Chez moi·Patatipatata·Zut.

M’en fiche, je bosse quand même, ahaahaaa.

Alors d’abord je me suis fait terrasser par une gastro. Pas de réveillon et deux jours de boulot perdus, au bas mot.

Ensuite, là, je me décide à m’y remettre, pleine d’énergie.

Paf, au moment où je pose mon thé, où je charge mes documents, où il commence à faire nuit, le courant disparaît.

Obscurité.

Plus de lumière, de chaudière, de frigo, d’ordi, d’internet.

Non mais ça va bien, oui ???

Pour la lumière on a sorti les bougies. Pour la chaudière on a mis des pulls. Pour le frigo on a arrêté de l’ouvrir. Pour l’ordi on a sorti les portables. Et pour internet on a la connexion du téléphone. Mais ça fait deux heures que ça dure.

C’est pas ça qui va nous arrêter pour bosser, non mais oh hé on n’est pas des amateurs, pfff.

Mais quand même j’ai un peu faim.

ça m'énerve·C'est bien pratique·Ca fait pas du bien aux maths·Culture mathématique·Zut.

Ah non mais zut à la fin

Assez des emplois absurdes du signe =. C’est déjà hyper compliqué, le signe = et tous ses sens, on peut peut-être éviter d’en faire n’importe quoi.

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Alors je pourrais aller chez Domino, commander pour 28€ et ne payer au final que . Parce que 28 = 3x3x3+1 et si 2 = 3 ça donne 28 =  2x2x2+1 = 3×2+1 = 2×2+1 = 2×3-1 = 2×2-1 = 3 = 2. Et je pourrais faire encore mieux. Parce que si 2=3, alors 0=1. Et même avec un peu de mauvais foi, -1=0. Mais là c’est limite car des prix négatifs, ce n’est pas courant tout de même.

Remarquons aussi la non réflexivité de la relation d’égalité dans ce cas : 2=3, mais évidemment pas 3=2, sans quoi si vous commandes trois pizzas, on vous en chipe une. Sauf si on le considère pour le prix. Rholala il est compliqué ce signe =…

C’est vrai que ça ne fait pas cher les pizzas.

Actualité·Beaucoup de bruit pour rien·Chez les élèves·Chez les collègues·cycle 2·Evaluer·Evénement·L'éducnat·Zut.

Enseigner ou évaluer ?

Dans un article du 6 novembre, le Café Pédagogique pose la question des progrès ou non au regard des évaluations nationales de début d’année. Deux points de vue s’opposent : Jean-Michel Blanquer affirme des progrès, Roland Goigoux (entre autre) n’est pas de cet avis.

 « Les évaluations réalisées en cette rentrée – les deuxièmes complètes après celles de 2018 – montrent des progrès significatifs sur les points clés : la fluidité de lecture et la capacité de calcul. Nous vivons un moment historique pour l’école : d’une part, la maîtrise des savoirs fondamentaux est en hausse – autrement dit : le niveau des élèves remonte – et d’autre part, l’amélioration est plus forte pour ceux qui viennent des territoires les plus défavorisés. Ça répond à mes deux objectifs principaux : hausser le niveau général, assurer plus de justice sociale », affirme JM BLanquer dans le Journal du Dimanche du 3 novembre.

L’étude de la DEPP, sur le site du ministère, est plus prudente et plus factuelle. Je m’intéresse ici aux mathématiques.

On y trouve l’avis des enseignants quant aux questions posées. Par exemple, la question sur la ligne numérique est jugée pertinente par peu d’enseignants, en CP comme en CE1. J’espère que le ministère va s’emparer de la question, car il y a là matière à réflexion pour les évaluations à venir, et quant au fond, du point de vue didactique :

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En revanche, les enseignants sont beaucoup plus satisfaits des temps alloués pour les passations. On pourrait en discuter pour les sixièmes, tiens, aussi. J’aurais des choses à dire, moi.

Sur l’utilité des évaluations pour la construction des groupes de besoin, le paragraphe utile des mots positifs (plus d’un tiers, stable), mais c’est assez dramatique : ces Capture d’écran 2019-11-10 à 12.27.02.pngévaluations semblent vues comme une volonté institutionnelle de mesurer les performances, déconnectées de la classe, et pas comme un outil pédagogique, pour les enseignants ayant répondu au questionnaire.

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Regardons les « performances » en maths cette année en CP et en CE1 :

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Pourquoi cette controverse ? D’abord parce qu’en français il est des domaines qui régressent, comme la compréhension de mots et la reconnaissance de lettres, que moins d’élèves réussissent. Mais aussi parce qu’en fait l’évolution est très modeste :

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Globalement, il y a du mieux, en mathématiques. Ce mieux est modeste, pas dans toutes les compétences, pas pour toutes les catégories de niveaux, mais on peut se dire que c’est déjà ça : l’évolution est positive, et elle concerne tout de même un effectif important d’élèves. D’un autre côté, tout est une question de regard : on peut se concentrer sur les régressions ou les absences d’évolutions. Mais sur un temps si court, qu’attendait-on ?

Et pour les publics en zone d’éducation prioritaire ?

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Le Café pédagogique écrit :

Mais si les écarts se réduisent faiblement entre éducation prioritaire (EP) et non EP, l’écart entre Rep et Rep+ augmente. Le document Depp ne s’étend pas sur cette réalité. Mais les données de la Depp le donnent à voir.

En effet, certains résultats sont explicites :

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Pour Roland Goigoux :

« Quand le ministre dit que le niveau monte, il parle du niveau moyen. Mais quand on regarde entre Rep et Rep+ c’est le fiasco », nous a dit Roland Goigoux, un spécialiste reconnu des apprentissages qui avait déjà analysé les résultats de 2018. « En Rep+ les performances sont toujours aussi mauvaises. S’il y a une réduction entre éducation prioritaire et hors éducation prioritaire, elle est légère. L’effet des dédoublements est positif mais faible. Les dédoublements ne fonctionnent pas ».

Que d’agitation médiatique, de colères, d’argent dépensé, aussi, autour de ces mesures de performances… Au final, qui aident-elles ? Les élèves ? Les enseignants ? Au vu de leurs dires, elles semblent surtout ne rien changer, ne rien apporter dans les classes. Et comme toujours, on cherche à montrer des résultats immédiats, éclatants. Mais on est dans la vraie vie. Une vraie vie dans laquelle les écoliers apprennent, les enseignants enseignent, les formateurs forment. Mais nous voulons mieux, et nous sommes tous d’accord sur ce point : plus d’expertise, plus d’égalité. De nouveaux dispositifs de formation se déploient et auront, sans doute, des effets, pour peu qu’il soient pérennisés de façon cohérente. Tout le monde de serait ravi de constater des progrès qui promettent des jours meilleurs pour les enfants à l’école, et dans leur vie future d’adultes et de citoyens.

Alors peut-être le ministère pourrait-il nous laisser du temps ? Du temps, et du calme. L’urgence, nous l’avons comprise. La motivation pour changer les choses, nous l’avons.  Le courage et la capacité de travail aussi. Mais pour bien travailler, il faut nous laisser nous concentrer.

A l'attaque !·ça m'énerve·Coup de fatigue·L'éducnat·Zut.

Le cauchemar des états de frais

En général, je m’applique à rester discrète sur ce champ, mais là, aujourd’hui, j’en ai FURIEUSEMENT ras le bol. J’ai trois articles à écrire, un bouquin à organiser, ma mission de l’année prochaine à penser, mes cours à améliorer, j’ai besoin de temps pour me reposer aussi, et sur quoi ai-je passé des heures ces derniers jours ? Sur les dossiers de remboursement d’état de frais.

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Alors déjà c’est lourd en académie, mais au moins je sais comment ça fonctionne et ça tourne. Même si les remboursements mettent des semaines à arriver, c’est lisible et suivi. Je connais  les personnes du rectorat qui gèrent ça, j’ai confiance en elles et je sais quelles sont leurs difficultés. Cela dit, ce sont leurs sous-effectifs, l’inadéquation grotesque du logiciel, la lourdeur risible des démarches nécessaires (de mon côté, du leur) qui rendent tout ça affreusement long. Il nous arrive, à nous formateurs, d’attendre des remboursements de plusieurs centaines d’euros pendant des mois (il y a un moment, j’ai attendu des remboursements pendant un an et demi. Un problème de logiciel…). Ça fait un trou dans le compte bancaire, et c’est comme ça et c’est tout.

Mais cette année, j’ai effectué des déplacements hors académie huit fois. Là, bienvenue chez Ubu. Je n’en suis qu’au dossier de remboursements : même pour ceux envoyés depuis quatre mois, aucun signe de virement bancaire.

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Côté extra :

  • Il y a les académies qui ne demandent rien du tout valident le dossier.
  • Il y a les académies qui réservent le train elles-mêmes, et le formateur n’a rien à payer pour se déplacer.
  • Il y a les académies qui réservent l’hébergement, et le formateur n’a rien à payer pour se loger. Le luxe.

Côté perfectible :

  • Pour être sympa j’ai tout mis au pluriel au-dessus, mais croyez-moi, c’est de la pure bienveillance.
  • Il y a les académies qui n’envoient rien de rien et après vous reprochent de ne rien avoir envoyé de ce qu’ils ne vous ont pas transmis. J’adore.
  • Il y a les académies qui vous demandent une attestation de présence, alors que vous êtes le formateur. Je pourrais sans doute comprendre en faisant un effort, mais ça m’agace de devoir prouver que j’étais là alors que je suis venue pour travailler.
  • Il y a les académies qui vous demandent tellement de documents que vous avez envie de laisser tomber. C’est peut-être fait pour, d’ailleurs. C’est votre découvert qui vous motive : photocopie de la carte d’identité, de la carte vitale, du livret de famille (!!!), RIB, originaux de toutes les dépenses (c’est logique, mais quand la poste ou le rectorat perd les documents, c’est fichu, puisqu’une photocopie ne suffit pas), tickets de métro, autorisation de cumul (ok), autorisation du chef d’établissement, fiche de rétribution, fiche de renseignements, et le mieux du mieux : la convocation. Dans une académie, je ne l’avais pas. Le dossier m’a été retourné, avec mention « convocation manquante ». J’ai écrit : je ne l’ai pas. Le service m’a répondu gentiment : pas grave, on vous l’envoie pas mail. J’ai re-répondu : vous pourriez peut-être la garder, du coup ? On m’a re-re-répondu : ah non, il faut que vous nous la renvoyiez. Ils n’y peuvent rien, ceux et celles qui traitent les dossiers : c’est ce qu’on leur demande.

Je rirais bien, mais en fait j’en ai vraiment assez de ce système. Je me tais, habituellement, pour ne pas avoir l’air de cracher dans la soupe. Mais quand même, c’est juste d’être remboursée de ce qui m’est dû, que je demande ! Et que chaque académie fonctionne différemment, qu’il soit exclu que mon numen, mon affectation, ma fiche de renseignements soient mutualisables entre académies me stupéfie. Sur ce plan, elle a quoi de nationale, l’Éducation ?

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Bon, parfois ça marche et ça évolue bien, aussi. Exemples :

  • Les seuils de remboursement ont été augmentés par le ministère, ce qui permet de ne pas choisir une seule chambre d’hôtel pour trois dans un quartier inquiétant et loin du lieu de travail, avec une équipe de hockey lituanienne qui passe la nuit à vomir de joie par le fenêtre juste au-dessus (véridique). Ca, c’est une vraie avancée de la part du ministère, qui nous prend en compte en tant que personne, merci.
  • Toute cette année mes IPR m’ont permis de gérer mes déplacements d’une façon hyper fluide.
  • Pour le CAPES, c’est super bien organisé et on ne nous demande que peu d’informations, et c’est informatisé.
  • Et pour le plan Torossian, la DGESCO est là pour veiller au grain et nous aider face aux dysfonctionnements. Ça soulage.

Je ne vais pas cesser de former ni de me déplacer pour autant : je suis motivée. Mais motivée à découvert, à force ça fatigue. Et c’est pour le boulot, quand même. Pas pour déguster du homard.

Alors franchement, s’il y a bien quelque chose à améliorer à l’étage des rouages, c’est ça. Passer des heures en paperasses ne fait pas progresser les élèves.

A l'attaque !·ça m'énerve·Chez les collègues·cycle 2·Enseignement·Formation·Lire·Réformes·Tous ensemble !·Zut.

Lecture et crise de nerfs

Mon mari m’a malicieusement envoyé un mail reçu de l’association SOS Education. Il devait s’attendre à m’entendre m’énerver, et il n’a pas été déçu.

Le mail s’intitule :

Pourquoi les professeurs de CP n’enseignent pas (assez) la lecture

Bon déjà, là, je tombe de ma chaise. Je passe 6 à 12 heures dans des classes de cycle 2 chaque semaine. Je vois travailler de nombreux enseignants, et leurs élèves. Non seulement ils enseignent la lecture, en y consacrant un temps important et suffisant, mais en plus ils le font de façon organisée, anticipée, raisonnée. Avec intelligence et coeur, en fait.

Le mail commence ainsi :

« Selon nos premières estimations, les professeurs des écoles utilisent encore massivement les manuels de lecture « mixtes ».« 

Voilà une étude tout à fait scientifique et des arguments béton. D’ailleurs dans la suite du mail nous somme invités à témoigner de ce que nous observons dans les classes de nos enfants. Là aussi, c’est hyper scientifique, comme démarche : l’échantillonnage pose question.

Pourquoi faut-il enseigner la « méthode syllabique pure » (sic) ? SOS Education nous répond : « la méthode mixte, d’une grande brutalité, empêche l’apprentissage d’un enfant sur cinq », « les découvertes récentes sur le cerveau qui prouvent que la méthode syllabique pure correspond le mieux à l’apprentissage de la lecture », « les directives officielles très claires demandent d’utiliser des manuels syllabiques (non mixtes).« 

Alors sur les directives officielles, voici un extrait du programme de juillet 2018 :

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« des mots irréguliers mémorisés ». Ce n’est pas du « syllabique pur », ça.

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« Mémoriser des mots fréquents et irréguliers » : si en effet automatiser le décodage est absolument indispensable, on ne peut pas se passer d’un peu de global, donc de mémorisation, pour tous nos mots irréguliers. La langue française n’est pas aussi opaque que la langue anglaise, mais quand même : si je ne fais que du syllabique, des mots tels que monsieur, chorale ou ville, pourtant très courants, vont me poser des problèmes.

Pour mémoire, je rappelle que je suis formatrice sur un dispositif d’apprentissage de la lecture, et qu’il passe en grande partie par l’apprentissage du code, l’encodage, le décodage. Mais cela ne suffit pas en français.

Question suivante : « Pourquoi donc beaucoup de professeurs des écoles continuent-ils d’utiliser les manuels mixtes, contre toute logique ? »

Réponse :

« Parce que les professeurs ne sont pas formés. Ils sont censés choisir leur manuel alors qu’ils ne savent pas les différencier (à part un vague « j’aime, j’aime pas »), ni pourquoi tel manuel est plus adapté que tel autre.

Mais surtout, ils subissent encore la pression pédagogiste d’un autre âge, qui les déresponsabilise en leur disant que c’est normal d’avoir un taux d’échec de 20% et que ces élèves en échec finiront bien par apprendre plus tard.« 

Pardon ???

Les professeurs ne sont sans doute pas tous suffisamment formés à l’apprentissage de la lecture, c’est vrai. Des dispositifs académiques pallient souvent aujourd’hui cette défaillance, comme dans mon académie, et l’enseignement initial a évolué aussi en ce sens ces dernières années.

Pour le reste, ce que je lis, c’est que mes collègues de premier degré sont trop nouilles pour réfléchir à la pertinence pédagogique et didactique de tel ou tel support, incapables d’exercer leur logique, qu’ils se soumettent à une mode (le pédagogisme, ahaaaahaaaa, mais quel enseignant chercherait à ne pas être pédagogue, et d’abord que signifie ce mot ???), qu’ils acceptent l’échec de leurs élèves et n’ont pas le sens des responsabilités.

Ouch.

 Je vous épargne la suite, ou plutôt je me l’épargne. Pour un début de weekend, c’est trop.

Mais je m’insurge contre ce mépris. Lutter pour que tous les enfants, quels qu’ils soient, sachent lire, est une lutte nécessaire et des plus estimables. Mais traiter ainsi les enseignants est une honte, et c’est absolument injuste.

Même si cela semble très à la mode, monter les uns contre les autres n’a jamais fait avancer l’humanité.

Alors zut.