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Marasme

Le recrutement d’enseignants en maths inquiète, mais pas seulement : en allemand aussi, la situation est très tendue. Même en EPS où la désaffection ne se manifestait pas encore, c’est aujourd’hui le cas. Et côté professeurs des écoles ? Pas mieux, loin de là :

Les résultats du concours de profs des écoles sont tombés aujourd’hui pour les académies de Paris, Créteil et Versailles : 180 admissibles pour 219 postes à Paris, 521 admissibles pour 1079 postes à Créteil et 484 admissibles pour 1430 postes à Versailles. Une catastrophe.

Benjamin Bauné

Au-delà des bourrages de mou et des jolies images, le gouvernement (et la société) se rendent-ils comptent de la gravité de la situation ? L’école enseigne, éduque, apprend. Que devient une société avec une école défaillante ?

https://www.devenirenseignant.gouv.fr/
Au collège·Dur dur·Zut.

J’aime pas trop trop le jeudi

Mon créneau 11h10-14h40 :

Je rappelle que les 5e ont 3 heures et demie de maths hebdomadaires… Evidemment ça tombe sur ma 5e (j’en ai 3) la plus en difficulté et avec un nombre d’élèves aux comportements potentiellement inattendus plus important. C’est un challenge d’arriver à concilier cet emploi du temps et une programmation, pour que chaque heure demeure un temps d’apprentissage.

Bon voilà, c’est demain. Encore. Ce n’est qu’une semaine sur deux, mais cela reste compliqué et sans doute bien difficile pour les élèves… Ils ont le temps de se remettre l’autre semaine : je les vois deux heures seulement.

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Marre.

Avec CNews, on est sûrs de ne jamais s’ennuyer. Même moi qui n’ai pas la télé, ils arrivent à me distraire, c’est tout de même formidable…

https://twitter.com/LHomme_Qui_Rit/status/1512144414692544517?s=20&t=cWmuKy-1cOOLjdPxDZEw9A

Alors :

  • 31%+47%+28%+15%+17%=138% ; on a donc sous nos yeux ébahis la répartition des votes des 138% d’enseignants. Voilà voilà. Par contre, il y a 100% d’électeurs dans l’ensemble.
  • Vous aurez admiré la proportionnalité franchement fantastique de la barre du haut, avec 47% à peine plus grand que 15%, mais plus petit que 17%.
  • Accessoirement, on compare des données différentes (5 catégories en haut, 3 en bas)

C’est proprement scandaleux, à de multiples égards : non seulement produire jusqu’à la diffusion un diagramme aussi ridicule montre des lacunes de logique inquiétantes pour qui travaille à la diffusion de l’information, mais c’est aussi un mépris affiché pour les spectateurs. Encore une fois, cela montre comme personne n’en a rien à faire de la teneur des informations diffusées. On peut aussi s’interroger sur la valorisation visuelle des extrêmes pour les enseignants, absentes pour l’ensemble des électeurs.

C’est une honte et j’en ai RAS LA CASQUETTE, même si me faire porter une casquette est perdu d’avance. On pourrait voir là un argument pour appuyer la réapparition des maths dans le tronc commun, mais en l’occurrence on est bien au-delà : mes élèves de 6e riront en voyant ces représentations de données, et tout de suite ! Il y a un problème de niveau, de souci d’avoir un niveau minimum, mais aussi de professionnalisme et de déontologie.

Merci à la tornade prof de théorèmes qui m’a transmis cette merveille ! 🙂

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Quand ça veut pas…

Je reçois de gentils messages de lecteurs qui s’inquiètent de mon coup au moral suite aux annonces gouvernementales, suivi d’un silence inhabituel. La raison en est simple : j’ai la grippe (ou le covid, mais sans doute la grippe). Aujourd’hui, j’ai donc végété dans ce genre là, même pas capable de rédiger un articlounet :

Au moins, j’ai fini Disco Elyseum. C’est déjà ça.

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Non.

Voilà un tweet qui explicite clairement ce qui en fait me gêne peut-être le plus profondément :

Ce gouvernement nous maltraite depuis le début de son mandat et par l’intermédiaire de toutes et tous ses représentants. C’est déjà un point difficile à encaisser, d’autant plus que nous sommes fonctionnaires : notre employeur nous rend la vie difficile, toujours plus difficile, nous méprise et nous rabaisse en permanence.

Mais pire encore (pour moi), c’est notre métier lui-même qui est envisagé au filtre de fantasmes poujadistes, à travers une pensée toute petite, petite, petite. Monsieur Macron n’a-t-il pas idée des compétences, devoirs et obligations qu’implique le métier qu’a exercé son épouse ? Nous tricotons patiemment des séances qui s’articulent en séquences, entrelacées dans des programmations rusées, pour servir une progression efficace, en prévoyant différenciations, remédiations, réactivations, en mitonnant tout cela pendant des soirées, des weekends et des vacances, et en fait ce qui est important c’est de « faire des heures » et de transformer l’école en garderie ?

Non.

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Cela fait trois brouillons d’articles que j’écris, suite aux déclarations de monsieur Macron hier. Trois brouillons que j’efface, parce que j’essaie ici de transmettre de l’énergie ; ni du dégoût, ni du découragement.

Hé bin c’est pas facile.

C’est fort, de pourrir le bonheur d’exercer un si beau métier. C’est le résultat d’un travail collectif soigneux.

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Lutte intérieure

Bon, cet après-midi, je commence à rédiger mon mémoire.

(Un ange passe)

Pffff. Par où commencer ?

Je vais me faire un café.

Bon, j’ai bu mon café. Faut se lancer maintenant.

Rholala mais je ne sais pas où je vais, je ne suis sûre d’aucune de mes références, je ne les maîtrise pas encore. Je vais écrire n’importe quoi.

(Un autre ange passe et j’ai bu mon café)

Allez, je lâche ce téléphone, je ferme l’onglet du blog, j’y vais.

Franchement, je pense fort à mes élèves. Je vis ce que certains vivent plus ou moins régulièrement, et ce n’est pas confortable.

Bon allez, un carré de chocolat et c’est parti.

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Soulagement ? Ah non.

Certains médias expliquent ce matin que la communauté mathématique est soulagée des annonces hier de notre ministre, Jean-Michel Blanquer. Alors non. Remettons bien les choses à leur place :

Nous ne sommes pas soulagés par une annonce, venant d’un ministre qui est capable de décider sans concerter, de changer d’avis, de dire et de ne pas faire, et qui inscrit son revirement dans une période électorale.

Nous serons soulagés lorsque les mathématiques auront une place raisonnée et équilibrée dans le cursus de toutes et tous les élèves, lorsque les nouvelles générations de Français ne risqueront pas d’être dépassés dans la compréhension basique des mathématiques, lorsque nous garantirons la possibilité d’un haut niveau de qualification technologique et scientifique pour faire face aux défis de notre pays. Et là, je cite ce communiqué de l’APMEP.

Mais depuis le temps que nous subissons revirements, mépris et revers, nous ne sommes certainement pas « soulagés » par une telle « annonce ».

https://www.apmep.fr/L-enseignement-des-mathematiques,8896
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Prof : un métier, ne vous en déplaise.

Un article de France Info relève des dysfonctionnement dans la prise en charge de classes par des contractuels, embauchés bien vite et abandonnés sans aucune formation. Une enseignante résume ce qui me frappe ces temps-ci :

En effet, une partie de l’opinion publique et surtout les médias semblent considérer notre métier comme une occupation, pas comme un métier. Sur France 3, un reportage posait un regard admiratif sur une enseignante allemande qui passe le balai dans sa salle le midi. C’est ça qu’on attend d’un enseignant, passer le balai ? parce qu’alors on peut se calmer tout de suite : je le passe aussi, le balai, même si le personnel d’entretien nettoie les salles (et le fait très bien). Mais sept heures dans une classe avec des moments de découpage et des retours de récré-foot, ça salit, et oui, je nettoie en cours de journée pour que la salle reste agréable et pour que ma collègue qui nettoie ne soit pas encore plus submergée de travail, au sein d’une équipe en sous-nombre. Ca fait de moi une bonne enseignante, ça ?

Non.

Ca fait de moi une personne qui n’aime pas que ce soit crade et qui essaie de respecter les autres.

En revanche, en tant qu’enseignante, je m’applique à lire des travaux de recherche, me former, me tenir au courant des nouveautés (en pédagogie, didactique, sciences de l’éducation, psychologie, etc.), échanger avec mes collègues, lire les documents institutionnels, développer mes connaissances dans ma discipline, débusquer des ressources pour faire mieux pour mes élèves. Je prépare mes cours, je les adapte quand ça cloche, je peaufine les supports dans le fond et dans la forme, je me prends le chou pour construire des évaluations pertinentes, ambitieuses et valides, je corrige des copies, je prévoie les différenciations et les adaptations nécessaires pour la classe et pour hors la classe. Je réfléchis à comment expliquer tel ou tel point, je le mets en oeuvre, je sais faire travailler un groupe de 30 jeunes, aider à résoudre les conflits, réconforter ceux qui vont mal et se laissent approcher. Je me tiens disponible pour échanger avec les parents, éducateurs, professionnels de santé pour permettre aux enfants de dépasser leurs difficultés éventuelles. Je travaille le weekend, je travaille en vacances.

Et je ne suis pas une exception : je fais mon METIER. Pas toujours bien, mais toujours sincèrement et avec beaucoup d’énergie.

Une personne balancée dans ce métier ne peut pas deviner les gestes professionnels indispensables, les codes, les règles, les contenus curriculaires. Il serait temps de le remarquer, en effet.

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Inclusion et grand oral

Bon. Je vais tenter de rester calme.

Un élève de terminale qui est autiste, et ne peut pas s’exprimer à l’oral, peut bénéficier d’aménagements. Par exemple, cet élève peut bénéficier de temps supplémentaire pour tout écrire. Et un lecteur lit à sa place.

Jusque là, tout va à peu près bien. L’épreuve risque d’en être une au sens littéral du terme, évidemment, mais admettons.

Là où les choses se corsent, c’est pour l’évaluation : au travers du grand oral, ce n’est pas le fond de ce qui est présenté qui est principalement évalué. C’est la forme. Voici une grille indicative de l’académie d’Amiens :

Vous voyez le souci ? « Qualité orale de l’épreuve », « qualité de la prise de parole en continu », impossible à évaluer ici, sauf à évaluer les compétences du lecteur, qui d’ailleurs de son côté ne connaît a priori rien au sujet, ce qui ne va pas l’aider à être au top de sa prosodie. « Qualité des connaissances » et « qualité des interactions » reposent sur les échanges, leur dynamisme (enfin, dans « qualité des connaissances, l’écrit permettra d’évaluer des choses quand même). Là encore, les questions devront être posées à l’écrit et leur réponse fournie à l’écrit par le candidat. Du point de vue interaction, c’est en décalage avec la fameuse « norme ». « Qualité et construction de l’argumentation », ok, ça peut le faire au travers de l’écrit. En étant positive, je vois deux items sur 5 évaluables.

En plus, la présentation dure seulement 5 minutes, contre des échanges de 10 minutes… Ah et j’oubliais la délicieuse partie « causons orientation à bâtons rompus », qui en plus des mêmes problèmes que précédemment pose une nouvelle difficulté : le candidat, en raison de son handicap, ne peut pas se projeter dans l’avenir. Vu la situation, on le comprend d’ailleurs.

Voilà.

En plus, l’examinateur étant extérieur, il ne connaît pas le handicap du candidat. Il sera briefé, bien sûr. Mais par expérience, il est des examinateurs qui s’en contrefichent, demandent à un candidat dont on a annoncé qu’il ne peut pas interpréter l’implicite… d’interpréter l’implicite, direct comme ça paf, et qui lui mettent une bonne grosse gamelle.

Mais c’est comme ça, on ne peut pas faire autrement, vous comprenez.

Non ?

Moi non plus.