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Baba is me aussi

Comme j’ai corrigé des copies de concours pendant des heures et des heures aujourd’hui, j’ai fini par avoir les neurones tout bizarres. Or, je voulais arriver à un point étape précis, en effectuant une correction de qualité… J’ai donc appelé ma fille à la rescousse, pour m’aérer le cerveau. Nous avons fait une partie d’un jeu très sympa, Azul, mais cela ne suffisait pas. Alors elle m’a montré le dernier jeu sur PC qu’elle s’est acheté : Baba is you.

C’est très très chouette, ce jeu. En fait, c’est de la programmation : des phrases sont écrites sur l’écran, le joueur est représenté par une espèce de lapin (Baba) et peut aller pousser des mots, pour changer les phrases. Il s’agit donc simultanément de définir un objet qui fait gagner, et d’endosser un rôle qui permette d’atteindre cet objet. Les premiers niveaux sont assez simples (enfin bon, j’ai dû en reprendre un plusieurs fois pour réussir…) mais rapidement cela se complique.

Baba is you, c’est un mélange de programmation et de logique, et je suis conquise. Mais j’ai un Mac. Tant mieux : je vais continuer mes copies…

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Rêver, se réveiller, vivre

Dans un article du Monde, Boris Cyrulnik pose la question : « si, après son bac, on perd un an ou deux, qu’est-ce que cela peut faire ? »

C’est une bonne question, je trouve. Qu’est-ce que cela peut faire ?

Ca dépend pour qui.

Cela peut permettre de rester serein : Boris Cyrulnik relève que nombre de jeunesBORIS-CYRULNIK-1.png s’engagent dans des voies post-bac sans réelle motivation, ou qui ne leur correspondent pas. Ils lâchent, leur estime de soi se dégrade, et naturellement tout cela n’est pas constructif, « à l’âge où l’on apprend neurologiquement et psychologiquement à travailler« .  Boris Cyrulnik dit : « ce qui peut aider un jeune à prendre sa voie, c’est son pouvoir de rêve. Il faut ensuite se réveiller, bien sûr. Le rêve mène au réveil. Mais si un jeune arrive à rêver et à se mettre au travail, il pourra prendre une direction de vie.« 

Je suis complètement d’accord, sur le principe. Mais les principes, c’est plus facile à appliquer quand on est dégagé des contraintes matérielles. La question est de savoir ce que signifie « perdre un ou deux ans » : pour beaucoup de familles, avoir un enfant jeune adulte à la maison sans projet défini, c’est angoissant, car cela fait craindre qu’il ne puisse pas prendre son autonomie. Or cette autonomie est indispensable, et c’est même le but de l’éducation que nous transmettons à nos petits : nous leur apprenons, en leur tenant la main, en les aidant à se relever, en les soutenant, à se passer de nous. Un jeune qui se projette joyeusement vers cette autonomie, et qui a une passion ou un intérêt qui le meut, forcément, c’est rassurant. D’autant qu’il a tout de même beaucoup plus de chances de réussir qu’un autre qui avance dans le brouillard (et puis maintes familles sont dans des situations financières de plus en plus précaires, et lorsque les enfants volent de leurs propres ailes, la vie est plus légère).

Et justement, nos enfants, de 18, 19, 20 ans aspirent à cette autonomie. Comment concilier ce besoin et quelques années sabbatiques ? Boris Cyrulnik cite l’exemples de pays du Nord de l’Europe, qui organisent des voyages à l’étranger sabbatiques pour les jeunes. C’est une idée séduisante, en effet. En fait, il faudrait préciser de quoi on parle : monsieur Cyrulnik ne parle pas des jeunes qui campent chez papa-maman scotchés à la console en pensant niveau de jeu plutôt que lendemain. Il parle de jeunes qui ont besoin de temps pour mûrir leur projet, mais qui sont prêts à s’engager dans une aventure. Ce n’est pas la même chose du tout. En tant que parent, je pense que nous avons surtout peur que nos enfants n’avancent pas, ne s’engagent pas dans leur vie à eux. Nous avons peur de l’absence de rêve.

Dans la suite de l’article, Boris Cyrulink propose une réflexion sur «  le choix entre le plaisir de vivre et l’austérité d’apprendre« . Elle est intéressante : « Il faut être capable de moments d’austérité, de moments où l’on retarde le plaisir de façon à pouvoir acquérir des connaissances pas toujours très amusantes. L’équilibre à trouver est comme le flux et le reflux : c’est l’alternance entre les deux qui donne le plaisir et la solidité de vivre. » Il parle aussi de la notion de prise de risque, qui constitue un danger, tout comme l’absence de prise de risque : tout dépend du moment de la vie.

« Maintenant, excepté les enfants d’enseignants, les jeunes n’exercent plus le même métier que leur père« . Ah bin nous, on a dû rater quelque chose : s’il y a bien un métier qu’ils ne veulent pas faire, nos quatre loulous, c’est enseignant… Pourtant, nous, on aime ça !

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Ma cape est au lave-linge

Je suis assez douée pour « fermer les volets », comme je le dis parfois, c’est-à-dire m’isoler dans ma bulle. C’est normal, je fais des maths. Faire des maths, cela permet de naviguer dans des concepts, des espaces et des dimensions régis par d’autres lois, construire des univers mentaux qu’on se lasse pas d’explorer… Mais tout de même, en ce moment, mes volets ne suffisent plus. La société crie, sans que ce cri ne soit une clameur. Je comprends certains cris, d’autres pas. Et forcément je suis confrontée à des cris qui me heurtent, voire me blessent. J’ai beau savoir que je fais mon métier avec coeur, avec bonheur, avec énergie, j’ai beau être bien dans les classes, avec les enfants, j’ai beau y consacrer le plus clair de mon temps, j’ai beau être prête à marcher longuement dans la neige alors que je suis malade, tout ça pour aller enseigner cette merveilleuse discipline que sont les mathématiques, la cacophonie me fatigue et m’agresse. Quand cela se combine avec un pic de boulot de ouf, et un énorme travail inattendu qui me tombe dessus un vendredi soir avec remise des copies dans dix jours, hé bien paf, mon cerveau fait plop.

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Voilà pourquoi j’ai moins écrit ces derniers temps. Je ne m’entendais pas réfléchir, les mots qui sortaient n’étaient pas les bons, je ne pouvais plus penser. Super woman est en panne. Certains d’entre vous se sont inquiétés, c’est gentil, merci. Mais ça va mieux.

Je sais que c’est quelque chose qui nous menace tous, les pétages de plombs cérébraux. Une collègue m’a demandé comment j’avais fait pour limiter les dégâts, car elle ne se sent pas très bien non plus. Voilà comment j’ai fait :

  • J’ai écouté les miens. Je me suis freinée à temps, du coup.
  • J’ai fait le point de ce que je devais absolument faire là tout de suite, point de vue boulot, pour ne pas être dysfonctionnelle.
  • J’ai réfléchi à ce que je veux faire.
  • J’ai essayé de définir ce dont j’ai besoin, envie.
  • J’ai lu.
  • J’ai fait des tonnes de cookies avec les enfants.
  • J’ai regardé une comédie musicale.
  • J’ai mis des graines aux oiseaux, fait le tour des fleurs qui soudainement ont fleuri dans mon jardin.
  • J’ai fait des projets, avec mon mari, pour notre famille.

Autrement dit, je me suis rappelée ce qui est fondamental.

Ce qui est fou, c’est le nombre de témoignages que je reçois d’enseignants épuisés, à bout. Parce que ce métier nous passionne, parce que le vivre, c’est croire en un projet de société, pour certains parce qu’ils se sentent obligés d’en faire trop pour ne pas avoir l’air de ne pas en faire assez, nous nous laissons emporter.

Et si on balançait nos capes ?

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Et là paf, c’est les vacances.

Une rencontre avec des parents, deux heures de cours, une prise de contact avec des collègues de cycle 2, un passage à l’inspection académique et voilà, je finis plus tôt que prévu et c’est les vacances. C’est un peu comme quand on freine brutalement en voiture : la ceinture qui se tend, ça surprend et sur le coup on a le souffle coupé.

Là, j’en suis là, j’ai le souffle un peu coupé. En même temps j’ai des tas de beaux projets très variés, plein de questions dans la tête, plein de pistes de travail… Mais comme à chaque début de vacances, je vais commencer par ranger mon bureau. Mon bureau sur lequel je pose mon ordi et mon bureau d’ordi. Pour remettre tout à sa place et libérer de l’espace pour la suite.

Et ensuite, je coupe les réveils. Ah ça, c’est le moment béni des vacances…

Demain j’attaquerai les 26 mails non urgents que j’ai laissés traîner depuis un moment.

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C’est encore dimanche

Que fait un prof le dimanche ?

Il fait le ménage et quelques lessives. Faut bien…

Il prépare des évals, sans doute un des exercices les plus difficiles pour l’enseignant, fait d’une fine dentelle.

Il corrige ses copies : des fiches de visionnage, l’activité Léonard de Vinci :

Il prend connaissance du document pour se préparer au PPMS et regrette de ne pas l’avoir lu avant, car il ne comprend pas tout et n’a personne pour sous la main pour poser ses questions…

Il embauche une partie de ses loulou pour trier 1300 cartes avec des calculs de fractions, pour préparer un jeu avec les quatrièmes (et en plus c’est dans la joie et la bonne humeur) :

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Il fait un bon déjeuner de fête pour les onze jeunes présents dans la maison aujourd’hui…

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Il répond aux mails de boulot et du blog de samedi et dimanche (avant/après ; pas mal, non ?) :

Il fait le point de la semaine à venir.

Il échange des tas de SMS avec les copines.

Et puis il va nager, musique dans les oreilles, pour réfléchir et se défouler.

Pas mal. C’est une bonne journée.

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La maîtresse en maillot de bain

A l’entrée de la piscine (toute proche du collège) :

Madame Lommé ! Vous allez bien ? Vous avez des quatrièmes, cette année, parce que Elsa, elle rentre en quatrième…

Dans les vestiaires :

Madame Lommé ! C’est inattendu de vous voir ici ! Vous vous préparez à encaisser le retour de nos monstres, vous vous remettez en forme ? Joli, votre maillot.

Au pied de la piscine :

Oooooooh, madame Lomméééééé, madame Lommééééééé, vous venez à la piscine aussi ? Elles sont trop belles vos lunettes.

Au départ de la ligne d’eau :

Excusez-moi, vous ne seriez pas madame Lommé ? Ah, il me semblait bien, même si avec le bonnet et les lunettes je n’avais pas sûr. Dites-moi, qu’en est-il cette année du téléphone portable ? Pour la rentrée je ne sais pas si je dois laisser mon fils l’emmener. Vous en pensez quoi d’ailleurs, de cette décision du ministre ?

Dans le tunnel de sortie :

Madame Lommé !!! Les filles elles m’ont dit que vous étiez là, chuis trop contente de vous voir, comment vous m’avez trop manqué, genre les vacances c’est bien mais quand même c’est long, hein ? On vous a manqués, nous ? Et c’est rigolo votre tête avec le bonnet ! Moi j’vous aurais pas reconnue. Pourquoi vous avez des trucs dans les oreilles ? Vous écoutez de la musique en nageant ? Ouah, c’est trop classe !

En retraversant la piscine dans l’autre sens :

Madame Lommé ! Je voudrais faire du toboggan mais j’ose pas. J’ai peur d’y aller, toute seule. Vous pouvez pas m’aider ?

(Non, je n’ai pas fait de toboggan avec une élève. Non pas que je n’aime pas le toboggan, mais quand même, faut pas pousser. Je suis allée chercher la petite qui trouvait ma tête rigolote avec le bonnet et je lui ai demandé si elle voulait bien accompagner sa camarade. J’ai vérifié, planquée d’en haut, que tout se passait bien, quand même…)

Bon, il va falloir que je m’y fasse. Cet été, c’était plus tranquille…

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