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Ce petit parfum de rentrée

Encore deux semaines. C’est long, deux semaines : c’est le temps des vacances interpériodes, dans l’année. Mais évidemment, l’été, cela signifie aussi que le temps de rentrer approche. Et pour ma part, dans une semaine je retourne au collège pour terminer l’aménagement de ma classe (j’ai déménagé, vous vous souvenez ? C’est ici,  et encore ), pour le premier conseil d’administration de l’année, pour photocopier les premières séquences, pour rencontrer inspecteurs et collègues pour se mettre d’accord sur le plan de bataille… Alors c’est vrai que le temps du bilan approche.

Est-ce que j’ai profité à fond de ma famille ? Oui !

Et des amis ? Oui !

Est-ce qu’on a avancé les travaux de notre nouvelle-maison-futur-gîte ? Oui, pas mal du tout, et ça rend super bien.

Est-ce que j’ai bossé ? Heu, oui, mais là juste ce qu’il faut…

Est-ce que j’ai appris des choses ? Oui ! J’ai lu, écouté la radio… Et suivi plein de tutoriels de bricolage. J’ai appris de nouvelles recettes de cuisine et je sais faire du crochet, maintenant.

Est-ce que je suis reposée ? Oui, merci, ça va bien.

Est-ce que je suis contente d’y retourner ? Bin oui, même si la perspective de mettre le réveil à sonner ne m’enchante pas. Mais je vais retrouver des élèves, transmettre du savoir et des compétences, les aider à grandir et à s’émanciper. J’ai de beau projets, je suis super bien entourée et j’ai la chance inestimable d’avoir un métier qui me passionne et que j’aime.

Pas mal, comme bilan. Equilibré, et tout.

Bon en attendant, je vais profiter à fond de ma semaine.

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Et là, paf, je sais que je suis toujours prof.

C’est curieux, le fonctionnement du cerveau. J’ai beaucoup travaillé, l’année qui vient de s’écouler, et j’ai fini par un mois loin de chez moi, en jury de concours et en formations nationales. Je suis rentrée heureuse, de retrouver les miens, ma maison, du travail accompli, et d’être en vacances. Tout de suite, je me suis sentie en vacances. A fond. Il faut dire que quoi que je fasse, c’est à fond. Mais c’est ce genre de « à fond » qui fait se dire « mais jamais je ne pourrai retourner travailler… Je suis trop loin, je n’ai pas l’énergie, je ne sais plus, peut-être. Je n’ai plus l’idées, je ne créée plus ».

Et puis paf, je passe un super mois de juillet, je me repose, je profite de partager du temps avec ceux que j’aime, je continue de réfléchir, aussi, mais différemment. Là on est le 2 août, nous avons bien avancé nos travaux de rénovation d’une nouvelle maison,  je suis parfaitement cuite et fourbue, et je m’assois devant l’ordi. Je lis un mail de mon IPR, et blop-blop-blop, voilà que ça rebouillonne. Des idées, des projets, des pistes… C’est rigolo, car je n’y peux rien. Je ne maîtrise pas.

Finalement je suis toujours prof. Ca va le faire pour reprendre en septembre.

Mais avant ça, je vais profiter d’août !

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Virage au frein à main

Jusqu’à hier, c’était le tour de France endiablé des formations RMC. Peu de sommeil, des heures dans le train, des centaines de collègues à accompagner, l’énergie à transmettre, les maths à partager, et toujours, toujours les élèves au centre.

Aujourd’hui c’est les vacances.

Le choc est de taille. Mais je crois que je suis assez adaptable…

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Baba is me aussi

Comme j’ai corrigé des copies de concours pendant des heures et des heures aujourd’hui, j’ai fini par avoir les neurones tout bizarres. Or, je voulais arriver à un point étape précis, en effectuant une correction de qualité… J’ai donc appelé ma fille à la rescousse, pour m’aérer le cerveau. Nous avons fait une partie d’un jeu très sympa, Azul, mais cela ne suffisait pas. Alors elle m’a montré le dernier jeu sur PC qu’elle s’est acheté : Baba is you.

C’est très très chouette, ce jeu. En fait, c’est de la programmation : des phrases sont écrites sur l’écran, le joueur est représenté par une espèce de lapin (Baba) et peut aller pousser des mots, pour changer les phrases. Il s’agit donc simultanément de définir un objet qui fait gagner, et d’endosser un rôle qui permette d’atteindre cet objet. Les premiers niveaux sont assez simples (enfin bon, j’ai dû en reprendre un plusieurs fois pour réussir…) mais rapidement cela se complique.

Baba is you, c’est un mélange de programmation et de logique, et je suis conquise. Mais j’ai un Mac. Tant mieux : je vais continuer mes copies…

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Rêver, se réveiller, vivre

Dans un article du Monde, Boris Cyrulnik pose la question : « si, après son bac, on perd un an ou deux, qu’est-ce que cela peut faire ? »

C’est une bonne question, je trouve. Qu’est-ce que cela peut faire ?

Ca dépend pour qui.

Cela peut permettre de rester serein : Boris Cyrulnik relève que nombre de jeunesBORIS-CYRULNIK-1.png s’engagent dans des voies post-bac sans réelle motivation, ou qui ne leur correspondent pas. Ils lâchent, leur estime de soi se dégrade, et naturellement tout cela n’est pas constructif, « à l’âge où l’on apprend neurologiquement et psychologiquement à travailler« .  Boris Cyrulnik dit : « ce qui peut aider un jeune à prendre sa voie, c’est son pouvoir de rêve. Il faut ensuite se réveiller, bien sûr. Le rêve mène au réveil. Mais si un jeune arrive à rêver et à se mettre au travail, il pourra prendre une direction de vie.« 

Je suis complètement d’accord, sur le principe. Mais les principes, c’est plus facile à appliquer quand on est dégagé des contraintes matérielles. La question est de savoir ce que signifie « perdre un ou deux ans » : pour beaucoup de familles, avoir un enfant jeune adulte à la maison sans projet défini, c’est angoissant, car cela fait craindre qu’il ne puisse pas prendre son autonomie. Or cette autonomie est indispensable, et c’est même le but de l’éducation que nous transmettons à nos petits : nous leur apprenons, en leur tenant la main, en les aidant à se relever, en les soutenant, à se passer de nous. Un jeune qui se projette joyeusement vers cette autonomie, et qui a une passion ou un intérêt qui le meut, forcément, c’est rassurant. D’autant qu’il a tout de même beaucoup plus de chances de réussir qu’un autre qui avance dans le brouillard (et puis maintes familles sont dans des situations financières de plus en plus précaires, et lorsque les enfants volent de leurs propres ailes, la vie est plus légère).

Et justement, nos enfants, de 18, 19, 20 ans aspirent à cette autonomie. Comment concilier ce besoin et quelques années sabbatiques ? Boris Cyrulnik cite l’exemples de pays du Nord de l’Europe, qui organisent des voyages à l’étranger sabbatiques pour les jeunes. C’est une idée séduisante, en effet. En fait, il faudrait préciser de quoi on parle : monsieur Cyrulnik ne parle pas des jeunes qui campent chez papa-maman scotchés à la console en pensant niveau de jeu plutôt que lendemain. Il parle de jeunes qui ont besoin de temps pour mûrir leur projet, mais qui sont prêts à s’engager dans une aventure. Ce n’est pas la même chose du tout. En tant que parent, je pense que nous avons surtout peur que nos enfants n’avancent pas, ne s’engagent pas dans leur vie à eux. Nous avons peur de l’absence de rêve.

Dans la suite de l’article, Boris Cyrulink propose une réflexion sur «  le choix entre le plaisir de vivre et l’austérité d’apprendre« . Elle est intéressante : « Il faut être capable de moments d’austérité, de moments où l’on retarde le plaisir de façon à pouvoir acquérir des connaissances pas toujours très amusantes. L’équilibre à trouver est comme le flux et le reflux : c’est l’alternance entre les deux qui donne le plaisir et la solidité de vivre. » Il parle aussi de la notion de prise de risque, qui constitue un danger, tout comme l’absence de prise de risque : tout dépend du moment de la vie.

« Maintenant, excepté les enfants d’enseignants, les jeunes n’exercent plus le même métier que leur père« . Ah bin nous, on a dû rater quelque chose : s’il y a bien un métier qu’ils ne veulent pas faire, nos quatre loulous, c’est enseignant… Pourtant, nous, on aime ça !

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Ma cape est au lave-linge

Je suis assez douée pour « fermer les volets », comme je le dis parfois, c’est-à-dire m’isoler dans ma bulle. C’est normal, je fais des maths. Faire des maths, cela permet de naviguer dans des concepts, des espaces et des dimensions régis par d’autres lois, construire des univers mentaux qu’on se lasse pas d’explorer… Mais tout de même, en ce moment, mes volets ne suffisent plus. La société crie, sans que ce cri ne soit une clameur. Je comprends certains cris, d’autres pas. Et forcément je suis confrontée à des cris qui me heurtent, voire me blessent. J’ai beau savoir que je fais mon métier avec coeur, avec bonheur, avec énergie, j’ai beau être bien dans les classes, avec les enfants, j’ai beau y consacrer le plus clair de mon temps, j’ai beau être prête à marcher longuement dans la neige alors que je suis malade, tout ça pour aller enseigner cette merveilleuse discipline que sont les mathématiques, la cacophonie me fatigue et m’agresse. Quand cela se combine avec un pic de boulot de ouf, et un énorme travail inattendu qui me tombe dessus un vendredi soir avec remise des copies dans dix jours, hé bien paf, mon cerveau fait plop.

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Voilà pourquoi j’ai moins écrit ces derniers temps. Je ne m’entendais pas réfléchir, les mots qui sortaient n’étaient pas les bons, je ne pouvais plus penser. Super woman est en panne. Certains d’entre vous se sont inquiétés, c’est gentil, merci. Mais ça va mieux.

Je sais que c’est quelque chose qui nous menace tous, les pétages de plombs cérébraux. Une collègue m’a demandé comment j’avais fait pour limiter les dégâts, car elle ne se sent pas très bien non plus. Voilà comment j’ai fait :

  • J’ai écouté les miens. Je me suis freinée à temps, du coup.
  • J’ai fait le point de ce que je devais absolument faire là tout de suite, point de vue boulot, pour ne pas être dysfonctionnelle.
  • J’ai réfléchi à ce que je veux faire.
  • J’ai essayé de définir ce dont j’ai besoin, envie.
  • J’ai lu.
  • J’ai fait des tonnes de cookies avec les enfants.
  • J’ai regardé une comédie musicale.
  • J’ai mis des graines aux oiseaux, fait le tour des fleurs qui soudainement ont fleuri dans mon jardin.
  • J’ai fait des projets, avec mon mari, pour notre famille.

Autrement dit, je me suis rappelée ce qui est fondamental.

Ce qui est fou, c’est le nombre de témoignages que je reçois d’enseignants épuisés, à bout. Parce que ce métier nous passionne, parce que le vivre, c’est croire en un projet de société, pour certains parce qu’ils se sentent obligés d’en faire trop pour ne pas avoir l’air de ne pas en faire assez, nous nous laissons emporter.

Et si on balançait nos capes ?