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Prof et pas cool, j’assume.

Attention, c’est violent dès le matin. Merci aux collègues qui m’ont fait découvrir le document suivant…

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Mmmmh… Mais de quoi parle-t-on ? Du métier d’enseignant, bien sûr ! Vous noterez les éléments de langage, pour un document qui se veut tout de même officiel (preuve ci-dessous), parfaitement condescendant dans ce contexte. On est potes, quoi. Je tique sur le « déclencher une vocation », mais je ne vais pas m’arrêter déjà là, sinon on n’a pas fini. Or la journée commence.

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Oh, une salle des profs !

Le mieux suit. Franchement, j’ai cru à une blague. J’ai dû vérifier. Et un doute demeure. Je n’arrive pas à y croire. Une campagne de recrutement via Konbini ? Konbini, c’est ça :

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Je suis vraiment perplexe. Mais je ne trouve pas de signe de canular. Bon allons-y, alors :

Flowchart MINISTERE DE L'EDUCATION NATIONALE

Flowchart MINISTERE DE L'EDUCATION NATIONALE

Flowchart MINISTERE DE L'EDUCATION NATIONALE

Bon, bon, bon.

Oh la la, je ne sais pas pas où commencer.

Par la fin : le rôle d’un prof n’est pas d’être cool. C’est d’enseigner. Cool, ce n’est pas une qualité. Et c’est familier, à proscrire donc dans une communication officielle.

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Je vais me limiter à deux points, car j’ai cours et il faut que je file :

  • « que faites-vous devant cet article ? » : c’est vrai, ça, si t’as pas fait d’études, dégage, quoi. Non mais c’est quoi cette manie de vouloir se renseigner quand on n’est pas à la hauteur, non mais alloooooo.
  • dans la vie, tu as le choix : tu fais des hamburgers ou tu es prof. Attention, hein, prof c’est peu populaire.

En plus, la préprofessionnalisation, je trouve ça bien. Mais là, je n’ai pas de mots : d’une part il n’y a aucune idée du métier (éducation, enseignement, apprentissage, transmission : nada.) et d’autre part les auteurs du document prennent les jeunes pour des débiles.

Atterrant.

La source, ici.

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Tournicoti, tournicotons ?

Sur le café pédagogique, un article résume ce qui a changé entre le projet de protocole sanitaire et le protocole lui-même :

Les projets des 1er et 2d degré mentionnaient la distribution des masques au personnel le 11 mai. La date a été retiré (…) .Il est ajouté que le port de gants « doit être évité ». Les masques devaient être portés obligatoirement durant les cours. Cela disparait, sauf en maternelle où ils sont toujours exigés. Ils apparaissent par contre dans la cour de récréation et lors de l’entrée en classe, seuls moments où les enseignants doivent les porter.

La capacité d’accueil s’évalue sur la base de 4 m² par élève « à l’exception de ceux placés contre un mur, une fenêtre , une bibliothèque etc. » Il s’agit toujours « à titre d’exemple » de faire entrer 15 élèves : « une salle de 50m² doit permettre d’accueillir 16 personnes ». Pour l’éducation nationale 64 = 50, nouvelle arithmétique.

L’autre grand changement concerne la restauration. La première version recommandait la restauration dans la salle de classe. Maintenant c’est la cantine qui est privilégiée ce qui ne manquera pas de poser des problèmes aux collectivités locales.

Pourtant le nettoyage, qui leur incombe, a été allégé lui aussi. Il n’est plus question de nettoyer régulièrement tables et chaises. Il n’est plus question de désinfecter à chaque fois les objets que se passent les élèves.

Je m’interroge : pourquoi publier un projet protocole et le vider ensuite ? Pour montrer qu’on n’y connaît rien au terrain ? Pour montrer comme on méprise les enseignants, les enfants, leurs familles ? Pour montrer qu’on est incompétent ?

J’hésite.

Je ne devrais peut-être pas : pourquoi choisir ?

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J’aime et j’ai besoin de Canopé

La semaine dernière, alors que je suis allée rendre des Beebot, chercher mon expo développement durable et emprunter des Thymio, j’ai appris que le ministère a décidé de modifier le statut de Canopé. C’est une modification potentiellement décisive.

Canopé est sur la sellette depuis un moment. Mais en novembre, le Sénat a publié son rapport général n° 140 (2019-2020) de M. Gérard LONGUET, fait au nom de la commission des finances, déposé le 21 novembre 2019, et a récemment interpellé le gouvernement en rappelant  que :

« davantage qu’une réduction des moyens de Réseau Canopé, c’est une clarification de la stratégie numérique de l’État dans le secteur éducatif qui parait aujourd’hui nécessaire. Tout en appelant, au sein même du ministère et des services académiques, à une redéfinition des organisations et du partage des compétences, cette transformation ne justifie pas, a priori, de remettre en cause les moyens accordés au réseau Canopé. Au contraire, il semble préférable de renforcer cet opérateur pivot… ». 

Du côté de la Cour des comptes, le verdict était sévère en 2014. Mais suite à la refondation du CNDP en Réseau Canopé, la cour notait en 2019 que :

« le Réseau Canopé est devenu aujourd’hui un acteur clé du service numérique éducatif ». 

 Tout cela était encourageant. Mais voilà, le ministère a décidé fin décembre de faire passer le réseau Canopé aux rectorats. Une politique commune semble illusoire, et personne ne sait que Canopé va devenir, en fait. Mais il est évident que la disparition de Canopé serait une énorme erreur, et un signal tout à fait contradictoire quant à la formation des enseignants, déjà globalement en berne en France.

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Des pétitions sont en ligne : ici, sur Twitter, Facebook, Instagram.

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Le coût du travail

Louise Tourret a, ici, publié un article qui s’intitule :

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J’avoue que cela fait du bien de lire notre réalité et que quelqu’un l’évoque sans la négliger. Parce que personnellement, je dépense beaucoup beaucoup pour mon équipement pédagogique : les jeux du club maths, les livres de la bibliothèque de travail, la plastifieuse, les cartouches de l’imprimante de la classe, la quasi totalité du matériel didactique…

Ces dépenses personnelles qui compensent les besoins de la vie professionnelle témoignent de la porosité qui existe entre ces deux sphères dans la vie de beaucoup de profs

Oui. Pour beaucoup d’entre nous, ce métier est aussi une passion, une mission professionnelle. Pour la réussite des enfants et pour exercer dans des conditions confortables, nous sommes prêts à aller loin. Dans l’indifférence ou l’ignorance de l’institution.

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« Ne faisons pas d’économie sur les crédits destinés aux pauvres! »

Sur son blog, jean-Paul Delahaye a publié un article qui fait mal :

Le projet de budget 2020 de l’éducation nationale comporte une annonce inquiétante pour les familles pauvres et leurs enfants : le budget consacré aux fonds sociaux des établissements, qui avait été porté à 59 millions d’euros par le précédent gouvernement et maintenu à ce niveau en 2018 et 2019, sera de 30,6 millions d’euros en 2020, soit une division par deux de ces crédits d’une année sur l’autre.

Jean-Paul Delahaye expose les explications cette diminution drastique : malgré  » la vie difficile vécue par des millions de nos concitoyens pauvres », il reste des « reliquats » dans les établissements scolaires. Pas partout, loin s’en faut, car de nombreux établissements sont soucieux de venir en aide légitime aux familles qui en ont besoin pour que tous les enfants aient l’accès à éducation dans des conditions sinon confortables, du moins décentes. Mais pas tous. Et parfois, il s’agit d’établissements pourtant situés en zone de grande pauvreté. Mais il ne suffit pas d’avoir des fonds sociaux disponibles. C’est toute une politique d’établissement, d’académie, un véritable accompagnement, qui peut permettre de placer les familles pauvres dans des conditions favorables : demander n’est pas simple, et il faut qu’elles puissent le faire sans humiliation. Jean-Paul Delahaye l’expose avec sa clarté habituelle, allez donc le lire dans son intégralité.

Les fonds sociaux ne sont pas une aumône faite aux pauvres. Ces crédits sont délégués aux établissements par la République qui n’oublie pas que la fraternité donne tout son sens à notre devise. Ces crédits répondent à des besoins. Certes, une priorité chasse l’autre au ministère de l’éducation nationale, mais la question sociale doit échapper à ces changements de cap. Effectuer sa scolarité dans les meilleures conditions possibles est un droit que nous devons garantir à tous les élèves. Ne faisons pas d’économies sur les crédits destinés aux pauvres !

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Vivre son homosexualité à l’école

Récemment, j’ai découvert deux court-métrages sur l’homosexualité par des lycéens. La première partie de Comme un regard, par Théodore Tomasz, jeune réalisateur de 18 ans,  qui a tourné au lycée Camille Claudel à Digoin, dans le département de la Saône-et-Loire. Son travail est remarquablement abouti et sonne juste.

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J’avais précédemment visionné un autre court-métrage d’élèves, collectif cette fois, plus ancien :

Il y aussi un projet, intitulé PD, d’Olivier Allard, dont je n’ai vu que le teaser.

Il est urgent et indispensable que les personnels enseignants soient amenés à parler de l’homosexualité à l’école : les enseignants sont bienveillants, mais ont-ils tous conscience de la violence, parfois invisible, qui entoure les jeunes homosexuels, bisexuels, transsexuels, pansexuels, etc. ? Les deux court-métrages cités plus haut évoquent la mort, le suicide, les violences parentales et par les pairs.

C’est tout de même incroyable d’en être encore là. Face à ces comportements inacceptables d’exclusion, les enseignants ont un rôle à jouer, par un comportement exemplaire et une parole explicite, responsable, apaisante.

C’est si joli d’être amoureux…

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Préavis de travail et bons mots à la Cour

Ce matin, j’ai découvert, médusée, la vidéo de l’intervention de Claude Malhuret. Elle est ici.

« Les lycées, ZAD, zone à délirer », « les élèves sont forcés d’enseigner la morale à certains de leurs professeurs », « est-ce qu’ils ne pourraient pas un jour déposer un préavis de travail ? », « les révolutionnaires à statut protégé »… Monsieur Malhuret a le sens de la formule. Dommage qu’il n’ait pas aussi le sens des responsabilités.

Personnellement, j’ai été profondément blessée par les propos de ce sénateur. Mon premier réflexe a été de chercher sa présence au Sénat, à l’Assemblée. Et puis je me suis raisonnée : son rôle de sénateur ne se limite sans doute pas aux murs du Sénat. Moi aussi, j’aurais pu ironiser sur ceci ou cela. Mais comme la parole est publique (bon, la mienne est publique de niche, je le sais 🙂 ), elle mérite qu’on la soigne, qu’on exerce une attention particulière à ce qu’elle contient. Paradoxalement, c’est certainement ce que pense monsieur Malhuret : il doit être bien fier de son discours, dont on parle dans les médias. Pourtant, c’est confondre parole politique et bon mot. Cela m’évoque surtout la cour de Louis XIV ou Louis XV.

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Claude Malhuret est manifestement une personne complexe. Même sans partager ses convictions, force est de constater qu’il a accompli de bien belles choses au cours de sa carrière, a apparemment su faire des choix et s’y tenir. Pourquoi aujourd’hui cette saillie qui ressemble à un défouloir ? Lui qui s’est consacré à l’humanitaire, on aurait pu attendre un peu plus de délicatesse : pourquoi abîme-t-il l’image de notre métier, et la nôtre, personnelle, de la sorte ? Il parle du « manque de respect envers leurs collègues dont ils abîment l’image », de la part des « escamoteurs de copies », mais c’est bien ce qu’il fait, là, devant ses gens que nous avons élus, devant nos représentants : il nous traîne dans la boue, en faisant comme si cela concernait une infime fraction d’entre nous. Mais ce que tout un chacun entendra derrière ses mots, c’est une charge contre notre métier tout entier. Claude Malhuret règle-t-il ses comptes avec les enseignants ?

Il aurait pu proposer de discuter avec les collègues qui ont retenu des copies. Ce serait une idée certes désuète, mais productive. Ça s’appelle le dialogue. Le même dialogue qui permet que nous enseignions, en classe. Enseigner par l’autoritarisme ne fonctionne pas, et nous, nous l’avons compris. Dans la sphère publique, cela fait si longtemps que le contact a été rompu que les crises deviennent toutes plus violentes. Tout le monde crie, personne ne s’écoute, personne ne s’entend. La situation, de ce point de vue, semble bien bloquée. Moi qui suis de nature optimiste, je ne vois aucun espoir d’amélioration, aucun signe d’embellie. Monsieur Malhuret aurait pu exprimer son point de vue central (il faut punir les collègues qui ont retenu les copies) d’une façon différente, sans céder à la facilité de l’ironie. Je pourrais citer Bertet, mais comme il a aussi écrit que dans un couple, il y a pire que le mensonge, c’est la franchise, je vais m’abstenir. Que monsieur Malhuret réclame des sanctions contre tels ou tels, c’est son droit et il y aurait matière à débattre, mais je ne crois pas que cela ait été son objectif par cette intervention. Je pense qu’il a voulu les projecteurs, qu’il a sorti toutes ses belles plumes, accessoirement qu’il s’est défoulé contre notre profession tout entière, mais son message supposé me paraît relégué encore plus loin.

Hé bien moi, cela me peine. Voilà. Ça peut paraître nouille, mais l’intervention de Claude Malhuret m’a affectée. Je fais mon métier avec tout mon coeur, toute ma conviction, toute mon énergie, et nous sommes des milliers dans ce cas. Les collègues qui ont retenu les copies ne l’ont forcément pas fait par gaieté de coeur. On peut, encore une fois, débattre du moyen choisi. Mais pour en arriver à des extrêmes pareils, il faut être motivé par son métier, par le projet qu’il porte. Personne, dans l’Éducation nationale, ne ferait porter la pression sur les élèves et les familles sans le mesurer. Et l’opinion publique, dont une trop grande partie aime à déblatérer sur les enseignants (nous vivons tous le « sauf vous, madame XXX, vous on sait que vous faites bien votre métier. Mais les autres… »), va être relancée dans sa haine ordinaire. Alors que nous sommes là pour avancer ensemble, travailler ensemble à enseigner et à éduquer nos enfants, les citoyens de demain. C’est lamentable. Et je ne parle pas de l’attractivité du métier. Qui ira encore s’étonner de la désaffection des jeunes pour les métiers de l’enseignement, quand on travaille autant pour un salaire… disons modéré et tout gelé, et qu’on s’en prend plein la poire ?

Je croyais que les hommes politiques étaient là pour rassembler. Je croyais qu’ils devaient être exemplaires, eux aussi. Ou plutôt, je voudrais. J’aurais voulu, disons.

C’est compliqué de faire comme si quand des démonstrations aussi éclatantes de ce qu’est la réalité nous pètent à la figure.

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« Il y a des mots qui ne se disent pas, même pour rigoler »

Un rapport est paru, relayé par le Café Pédagogique, qui « présente en la matière plusieurs témoignages, affligeants et édifiants. Il analyse aussi les processus qui, à l’Ecole, mènent à la haine. (…) Dans une société encore très hétéronormée qui ne reconnaît que deux sexes et rejette l’idée de non-binarité, les LGBTphobies frappent celles et ceux qui ne correspondent pas à l’image attendue« .

La campagne du ministère de l’Education Nationale est là, avec des témoignages de jeunes.

Et nous, enseignants, nous nous devons en effet d’être clairs et attentifs. « Pédé », c’est un mot qui ne se dit pas, point. J’ai quelques élèves qui ont bien du mal à l’assimiler. Je crois qu’un nouvel affichage va venir habiller ma classe.

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Monsieur Bablet

Le Café pédagogique a publié aujourd’hui un article qui explicite les raisons du départ de Marc Bablet du ministère.

« Au contraire de cette dernière année 2017-2018 où je me suis tantôt agacé, tantôt ennuyé, où je me suis même laissé aller parfois à avoir du mépris pour certaines façons de faire, je dois dire que j’ai eu grand intérêt et satisfaction, souvent grand plaisir à contribuer au ministère à la refondation de l’éducation prioritaire entre 2013 et début 2017. »

« Le ministre actuel est un orfèvre de la communication dans ce monde où le spectacle médiatique l’emporte sur le réel du quotidien dans beaucoup d’esprits qui se laissent embarquer par la simplicité des messages. »

« Il est décisif que nous ayons à cœur de porter, contre ces dominations médiatiques de plus en plus marquées par le populisme, des idées construites, argumentées, sujettes à débats contradictoires. La pensée éducative, pour être une pensée, doit se construire dans la contradiction rationnelle sur la base de données solides, reproductibles, critiquables, ce que n’est pas la bouillie pour les chats que l’on nous livre trop fréquemment avec en prime un air d’assurance qui convainc parfois malheureusement ceux qui n’ont pas encore eu le temps d’y penser vraiment. C’est un enjeu éducatif d’abord car il nous faut proposer des pratiques éprouvées de travail pour améliorer nos résultats, c’est aussi un enjeu démocratique car il nous faut retrouver des débats de qualité fondés en valeur. Un mot d’ordre donc : prenons le temps d’y penser, rassemblons les savoirs… appliquons les préceptes de « l’autodéfense intellectuelle ». »

« Pourquoi partir maintenant du ministère ? Disons-le avec simplicité, c’est sans doute d’abord par manque de courage : manque de courage pour être en permanence à penser à ce qui va de travers, au sens caché des commandes, manque de courage pour voir détricoter ce qu’avec mon équipe nous avons patiemment élaboré, manque de courage pour dire franchement qu’il est insupportable de se sentir devenu inutile, manque de courage pour voir qu’une fois de plus ce qui est dit « prioritaire » n’est pas si prioritaire que cela dans le pilotage réel quotidien du système éducatif et que le seul fait de dépenser de l’argent public (les supposés huit milliards du plan pauvreté par exemple sur lesquels je reviendrai) ne constitue pas une véritable priorité qui doit, dans nos métiers, être d’abord une priorité de pilotage, d’engagement, de dialogue professionnel, de parole partagée. »

« On ne peut être que scandalisé par la manière dont on cherche en ce moment à remplacer dans des séminaires d’IEN de ce mois de septembre un Roland Goigoux qui est une vraie référence en matière de lecture par Franck Ramus qui, à ma connaissance n’a guère travaillé dans les classes et qui, s’il connaît le cerveau, ne connaît pas l’enseignement… Or, j’y reviendrai, pour travailler utilement pour les apprentissages en milieu populaire, il ne suffit pas de connaître en laboratoire les apprentissages, il faut connaître les conditions scolaires de leur réalisation. Car les enseignants sont chargés de faire apprendre leurs élèves à l’école pas en laboratoire sous un scanner…Si on continue comme cela, on ratera l’essentiel et tout espoir de voir évoluer les résultats inégalitaires de l’école française. En outre, on peut craindre que derrière ces façons d’aborder les questions, il n’y ait l’idée qu’il serait souhaitable de modifier très profondément l’école au point de ce qui s’est fait par exemple en Suède avec le succès que l’on sait (voir le Monde diplomatique de septembre 2018). C’est la seule manière que j’ai de comprendre la haine de la sociologie et des sciences de l’éducation qui règne en ce moment au ministère. »

Le fait d’avoir été dernièrement au ministère en situation de ne plus pouvoir écrire « refondation de l’école », même dans la citation de la  « Loi de refondation de l’école de la République » qu’il a fallu remplacer par « code de l’éducation » y est également pour quelque chose dans le malaise qui m’a amené à cette décision. (…) Ce choix de ne plus dire « refondation » est donc purement et simplement un acte de communication. Il y en a beaucoup actuellement qui n’ont pas pour objectif de mettre en évidence la qualité de tout ce qui est fait par les fonctionnaires de l’éducation nationale malheureusement. »

« Il est intéressant de voir qu’il {M Blanquer} ne cite volontiers pour cette politique que l’internat de Sourdun qu’il fit réaliser à un coût particulièrement élevé impossible à généraliser quand il était recteur de Créteil (il y a sur le sujet un rapport sévère de la cour des comptes) ou celui du collège de Marciac pour le lien de l’internat avec le festival de jazz. On voit là la préférence  du ministre pour les cas particuliers, pour les projets atypiques dont il pense qu’ils vont permettre de faire évoluer le système. Or ce qui caractérise un projet particulier c’est la grande difficulté de sa transférabilité. Il est significatif que quand monsieur Bourdin lui demande sur BFM le 10 septembre 2018 le nombre d’internats en France, il reconnaisse ne pas connaître cette information qui concerne tout le système et qui figure dans le dossier de presse de rentrée du ministère. Cela soulève un problème de fond que l’on abordera : comment concevoir le changement en éducation ? »

Voilà. Comme à son habitude, Marc Bablet ne transige pas mais est rigoureux. Pour ma part, pour l’avoir rencontré lors de divers événements et avoir bénéficié de ses interventions en formation de formateur REP+, j’ai une estime considérable pour ce monsieur toujours réfléchi, au propos franc mais toujours mesuré, qui sait lancer de piquantes vérités avec élégance, l’oeil qui frise mais le cerveau toujours en action, et qui m’a professionnellement beaucoup apporté.

C’est vraiment dommage qu’il ait quitté ses fonctions, et c’est surtout très inquiétant.

La bonne nouvelle, comme dirait Guillaume Caron, c’est qu’il a ouvert un blog.

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Pour terminer sur une note « continuons le combat », la phrase de Gramsci que monsieur Bablet affectionne : « il nous faut allier le pessimisme de la raison avec l’optimisme de la volonté ».