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« Il y a des mots qui ne se disent pas, même pour rigoler »

Un rapport est paru, relayé par le Café Pédagogique, qui « présente en la matière plusieurs témoignages, affligeants et édifiants. Il analyse aussi les processus qui, à l’Ecole, mènent à la haine. (…) Dans une société encore très hétéronormée qui ne reconnaît que deux sexes et rejette l’idée de non-binarité, les LGBTphobies frappent celles et ceux qui ne correspondent pas à l’image attendue« .

La campagne du ministère de l’Education Nationale est là, avec des témoignages de jeunes.

Et nous, enseignants, nous nous devons en effet d’être clairs et attentifs. « Pédé », c’est un mot qui ne se dit pas, point. J’ai quelques élèves qui ont bien du mal à l’assimiler. Je crois qu’un nouvel affichage va venir habiller ma classe.

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Monsieur Bablet

Le Café pédagogique a publié aujourd’hui un article qui explicite les raisons du départ de Marc Bablet du ministère.

« Au contraire de cette dernière année 2017-2018 où je me suis tantôt agacé, tantôt ennuyé, où je me suis même laissé aller parfois à avoir du mépris pour certaines façons de faire, je dois dire que j’ai eu grand intérêt et satisfaction, souvent grand plaisir à contribuer au ministère à la refondation de l’éducation prioritaire entre 2013 et début 2017. »

« Le ministre actuel est un orfèvre de la communication dans ce monde où le spectacle médiatique l’emporte sur le réel du quotidien dans beaucoup d’esprits qui se laissent embarquer par la simplicité des messages. »

« Il est décisif que nous ayons à cœur de porter, contre ces dominations médiatiques de plus en plus marquées par le populisme, des idées construites, argumentées, sujettes à débats contradictoires. La pensée éducative, pour être une pensée, doit se construire dans la contradiction rationnelle sur la base de données solides, reproductibles, critiquables, ce que n’est pas la bouillie pour les chats que l’on nous livre trop fréquemment avec en prime un air d’assurance qui convainc parfois malheureusement ceux qui n’ont pas encore eu le temps d’y penser vraiment. C’est un enjeu éducatif d’abord car il nous faut proposer des pratiques éprouvées de travail pour améliorer nos résultats, c’est aussi un enjeu démocratique car il nous faut retrouver des débats de qualité fondés en valeur. Un mot d’ordre donc : prenons le temps d’y penser, rassemblons les savoirs… appliquons les préceptes de « l’autodéfense intellectuelle ». »

« Pourquoi partir maintenant du ministère ? Disons-le avec simplicité, c’est sans doute d’abord par manque de courage : manque de courage pour être en permanence à penser à ce qui va de travers, au sens caché des commandes, manque de courage pour voir détricoter ce qu’avec mon équipe nous avons patiemment élaboré, manque de courage pour dire franchement qu’il est insupportable de se sentir devenu inutile, manque de courage pour voir qu’une fois de plus ce qui est dit « prioritaire » n’est pas si prioritaire que cela dans le pilotage réel quotidien du système éducatif et que le seul fait de dépenser de l’argent public (les supposés huit milliards du plan pauvreté par exemple sur lesquels je reviendrai) ne constitue pas une véritable priorité qui doit, dans nos métiers, être d’abord une priorité de pilotage, d’engagement, de dialogue professionnel, de parole partagée. »

« On ne peut être que scandalisé par la manière dont on cherche en ce moment à remplacer dans des séminaires d’IEN de ce mois de septembre un Roland Goigoux qui est une vraie référence en matière de lecture par Franck Ramus qui, à ma connaissance n’a guère travaillé dans les classes et qui, s’il connaît le cerveau, ne connaît pas l’enseignement… Or, j’y reviendrai, pour travailler utilement pour les apprentissages en milieu populaire, il ne suffit pas de connaître en laboratoire les apprentissages, il faut connaître les conditions scolaires de leur réalisation. Car les enseignants sont chargés de faire apprendre leurs élèves à l’école pas en laboratoire sous un scanner…Si on continue comme cela, on ratera l’essentiel et tout espoir de voir évoluer les résultats inégalitaires de l’école française. En outre, on peut craindre que derrière ces façons d’aborder les questions, il n’y ait l’idée qu’il serait souhaitable de modifier très profondément l’école au point de ce qui s’est fait par exemple en Suède avec le succès que l’on sait (voir le Monde diplomatique de septembre 2018). C’est la seule manière que j’ai de comprendre la haine de la sociologie et des sciences de l’éducation qui règne en ce moment au ministère. »

Le fait d’avoir été dernièrement au ministère en situation de ne plus pouvoir écrire « refondation de l’école », même dans la citation de la  « Loi de refondation de l’école de la République » qu’il a fallu remplacer par « code de l’éducation » y est également pour quelque chose dans le malaise qui m’a amené à cette décision. (…) Ce choix de ne plus dire « refondation » est donc purement et simplement un acte de communication. Il y en a beaucoup actuellement qui n’ont pas pour objectif de mettre en évidence la qualité de tout ce qui est fait par les fonctionnaires de l’éducation nationale malheureusement. »

« Il est intéressant de voir qu’il {M Blanquer} ne cite volontiers pour cette politique que l’internat de Sourdun qu’il fit réaliser à un coût particulièrement élevé impossible à généraliser quand il était recteur de Créteil (il y a sur le sujet un rapport sévère de la cour des comptes) ou celui du collège de Marciac pour le lien de l’internat avec le festival de jazz. On voit là la préférence  du ministre pour les cas particuliers, pour les projets atypiques dont il pense qu’ils vont permettre de faire évoluer le système. Or ce qui caractérise un projet particulier c’est la grande difficulté de sa transférabilité. Il est significatif que quand monsieur Bourdin lui demande sur BFM le 10 septembre 2018 le nombre d’internats en France, il reconnaisse ne pas connaître cette information qui concerne tout le système et qui figure dans le dossier de presse de rentrée du ministère. Cela soulève un problème de fond que l’on abordera : comment concevoir le changement en éducation ? »

Voilà. Comme à son habitude, Marc Bablet ne transige pas mais est rigoureux. Pour ma part, pour l’avoir rencontré lors de divers événements et avoir bénéficié de ses interventions en formation de formateur REP+, j’ai une estime considérable pour ce monsieur toujours réfléchi, au propos franc mais toujours mesuré, qui sait lancer de piquantes vérités avec élégance, l’oeil qui frise mais le cerveau toujours en action, et qui m’a professionnellement beaucoup apporté.

C’est vraiment dommage qu’il ait quitté ses fonctions, et c’est surtout très inquiétant.

La bonne nouvelle, comme dirait Guillaume Caron, c’est qu’il a ouvert un blog.

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Pour terminer sur une note « continuons le combat », la phrase de Gramsci que monsieur Bablet affectionne : « il nous faut allier le pessimisme de la raison avec l’optimisme de la volonté ».

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Déjeuner à la cantine, un droit pour tous !

Jean-Paul Delahaye a signalé cet article de Mediapart sur les enjeux de la restauration scolaire : « la restauration scolaire est un enjeu capital pour la réussite de tous« . Il s’appuie sur un rapport du HCFEA.

Dans les établissements relevant de l’éducation prioritaire, peu d’élèves mangent à la cantine : c’est trop cher. D’ailleurs, certains établissements ont instauré des tarifs très très bas, et ils ont réussi à faire revenir les élèves à la cantine.

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C’est un enjeu capital, car « toutes les études récemment publiées font apparaître une réalité incontestable : les comportements alimentaires sont très liés aux conditions sociales. Il n’y a pas d’égalité en alimentation, et les cas de malnutrition, de diabète et d’obésité touchent davantage les plus modestes« . L’article explicite une partie de ces inégalités.

« Il n’y a rien de pire pour un enfant que de passer sa journée le ventre vide, et le fait de pouvoir bénéficier d’un repas complet et équilibré le midi est une des conditions nécessaires pour pouvoir bénéficier des apprentissages que propose l’école », mais permet aussi d’atténuer les conséquences sur la santé, et à long terme le risque de reproduction de ces inégalités sociales.

Le 15 septembre, un plan pauvreté gouvernemental -projet de loi sur la « stratégie de lutte contre la pauvreté des enfants et des jeunes » sera présenté.

En attendant, on ne peut effectivement pas tolérer que nos élèves aient faim. Mais pour pouvoir agir, il faut qu’on nous donne les moyens de la faire, et aussi que les familles concernées puissent en parler en étant accueillies et accompagnées.

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Lu dans le rapport.
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Gestion de ressources humaines ???

Peut-être avez-vous lu ce titre dans les Echos hier :

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Pour ma part, j’en serais bien tombée de ma chaise : quoi ??? On a une gestion des ressources humaines dans l’Éducation Nationale ????? Et pourquoi pas une médecine du travail, aussi, ahahaaaaa !

Mais bon, piquée par la curiosité, j’ai lu : ce logiciel, SIRHEN, existe depuis 2007. Prévu pour « la prise en charge de 850 000 enseignants » (?) et préparer les rentrées scolaires, il paraît que ça allait coûter à l’État 496 millions d’euros, mais que grâce à la décision de monsieur Blanquer de l’arrêter, nous en serons pour 320 millions d’euros (?!?!?!). Au final, SIRHEN aura servi à gérer les ressources humaines des personnels de direction (mais pas des enseignants ; 18 000 personnes au lieu de 850 000), à la gestion des remplacements et au suivi des stages. Et un nouveau dispositif est en préparation.

Je n’y comprends rien de rien. Comment autant d’argent peut-il être « englouti » pour un dispositif invisible, alors qu’il y a tant de besoin ?

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La Cour des Comptes pas du tout de fées

Roland Goigoux a publié hier, sur le Café Pédagogique, un article qui répond au rapport de la Cour de Comptes sur l’étude « Lire et écrire au CP » qu’il a dirigée. Sa réponse est claire, argumentée. Et sa lecture m’a laissé un profond sentiment d’inconfort, pas pour son contenu, mais pour sa nécessité même d’être.

Je lis les publications et je suis les travaux de Roland Goigoux, car je les trouve de très grande qualité, car ils me font avancer dans ma pratique professionnelle d’enseignante, et dans celle de formatrice. Ses interventions sont claires, intelligibles, étayées, réflexives. Mais quand bien même je serais en opposition avec ses thèses, cela ne changerait rien. Ce qui me choque aujourd’hui, c’est la façon dont on remet en cause des travaux, des dispositifs, en déformant la réalité, sans interroger du tout la méthodologie de cette critique. À l’heure où il s’agit de lutter contre l’attractivité facile des théories complotistes, on peut être effaré par les méthodes utilisées.

Qu’on ne soit pas d’accord sur telle ou telle théorie des apprentissages, c’est normal et cela peut faire avancer le schmilblick. Qu’on s’interroge même sur le bien-fondé de telle ou telle instance, pourquoi pas. À mon sens c’est vite plié, mais on peut toujours en parler. Mais le délingage systématique qu’opère ce rapport, c’est vraiment inquiétant, voire caricatural, et cela donne une mauvaise image du fonctionnement de l’État.

Il y a vraiment un problème dans la forme, au moins… Alors débattons, discutons, interrogeons, mais avançons ensemble, et en respectant les individus et leur travail !

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Tirs croisés, profonde fatigue

Sur Slate, Louise Tourret a publié un article intitulé :

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J’avais déjà entendu ces inquiétudes, mais là, panique à bord.

La situation est particulièrement grave dans les zones rurales, où des écoles sont menacées de fermeture. Ailleurs, on envisage des classes pouvant aller jusqu’à 37 élèves.  Pour moi qui vais régulièrement dans des classes de premier degré, je ne parviens même pas à l’imaginer, ni du point de vue de l’organisation, ni du point de vue de l’efficacité des enseignements, ni du point de vue du développement du lien social, ni du point de vue de la sécurité. Louise Tourret voit dans la mesure de dédoublement des CP-CE1 en REP un « gigantesque aspirateur à postes ». Nous sommes vraiment dans une stratégie : effet d’annonce puis action puis réflexion.

Mais ce n’est pas tout : monsieur Blanquer a déclaré récemment ceci: «Il y a une interrogation depuis l’étude de France Stratégie qui introduit un doute sur la scolarisation dès 2 ans. Ce doute que je peux avoir par l’observation de la réalité va me conduire à une vision pragmatique… Il est probable que la crèche soit plus pertinente que la scolarisation à 2 ans.»

Supprimer la petite section ou la toute petite section serait une mesure discriminatoire et inégalitaire. L’école est gratuite, la crèche non. Et les autres moyens de garde d’enfants ne sont pas équivalents à la crèche. Le risque est un afflux massif des familles de CSP qui peuvent se le permettre vers le privé, histoire de creuser les chances de réussite avant 3 Unknownans. Sans compter le nombre de mamans (et de papas) aux revenus faibles ou modestes qui vont faire le choix de ne plus travailler pour élever leur enfant, alors que le travail les ouvre eux-mêmes au monde et les protège de l’isolement social. C’est absolument scandaleux. Ce sont ceux à qui la scolarité précoce profite le plus qu’on va écarter. D’autant qu’on apprend des tas de choses, à l’école maternelle. Il y a des programmes, qui encadrent les apprentissages et permettent de fixer des objectifs. Meirieu écrivait, en 2008 : « je crois qu’il faut revendiquer pour l’école maternelle française un statut de véritable école, et même un statut d’école fondatrice de la scolarité. C’est pourquoi je propose de l’appeler « école première » et je vous suggère de relayer massivement cette demande… « École première » cela signifie que c’est, chronologiquement, la première des écoles, mais aussi que c’est premièrement une école et une école essentielle pour la réussite de la scolarité de l’enfant ainsi que pour la construction d’une société démocratique plus juste et plus solidaire. »

Quelle vision du petit enfant ont nos décideurs pour les négliger à ce point ? Se souviennent-ils que ce sont des personnes ? Ont-ils conscience de tout ce qu’ils sont capables d’apprendre ? Et de ce qu’il est fondamental qu’ils apprennent pour eux, pour tous ?

Jusqu’ici, avec monsieur Peillon et madame Vallaud-Belkacem, on en était là :

«Le développement de l’accueil en école maternelle des enfants de moins de trois ans est un aspect essentiel de la priorité donnée au primaire dans le cadre de la refondation de l’école. La scolarisation d’un enfant avant ses trois ans est une chance pour lui et sa famille lorsqu’elle correspond à ses besoins et se déroule dans des conditions adaptées. Elle est la première étape de la scolarité et, pour beaucoup d’enfants, la première expérience éducative en collectivité. Il s’agit notamment d’un moyen efficace de favoriser sa réussite scolaire, en particulier lorsque, pour des raisons sociales, culturelles ou linguistiques, sa famille est éloignée de la culture scolaire. Cette scolarisation précoce doit donc être développée en priorité dans les écoles situées dans un environnement social défavorisé.

Et aujourd’hui, changement de cap. Il va falloir changer de devise, parce que Liberté, égalité, fraternité, c’était déjà has-been, mais là c’est seulement un slogan vide de sens. Et pourtant, c’est pour ce slogan-là que je suis prof.