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J’aime et j’ai besoin de Canopé

La semaine dernière, alors que je suis allée rendre des Beebot, chercher mon expo développement durable et emprunter des Thymio, j’ai appris que le ministère a décidé de modifier le statut de Canopé. C’est une modification potentiellement décisive.

Canopé est sur la sellette depuis un moment. Mais en novembre, le Sénat a publié son rapport général n° 140 (2019-2020) de M. Gérard LONGUET, fait au nom de la commission des finances, déposé le 21 novembre 2019, et a récemment interpellé le gouvernement en rappelant  que :

« davantage qu’une réduction des moyens de Réseau Canopé, c’est une clarification de la stratégie numérique de l’État dans le secteur éducatif qui parait aujourd’hui nécessaire. Tout en appelant, au sein même du ministère et des services académiques, à une redéfinition des organisations et du partage des compétences, cette transformation ne justifie pas, a priori, de remettre en cause les moyens accordés au réseau Canopé. Au contraire, il semble préférable de renforcer cet opérateur pivot… ». 

Du côté de la Cour des comptes, le verdict était sévère en 2014. Mais suite à la refondation du CNDP en Réseau Canopé, la cour notait en 2019 que :

« le Réseau Canopé est devenu aujourd’hui un acteur clé du service numérique éducatif ». 

 Tout cela était encourageant. Mais voilà, le ministère a décidé fin décembre de faire passer le réseau Canopé aux rectorats. Une politique commune semble illusoire, et personne ne sait que Canopé va devenir, en fait. Mais il est évident que la disparition de Canopé serait une énorme erreur, et un signal tout à fait contradictoire quant à la formation des enseignants, déjà globalement en berne en France.

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Des pétitions sont en ligne : ici, sur Twitter, Facebook, Instagram.

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Le coût du travail

Louise Tourret a, ici, publié un article qui s’intitule :

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J’avoue que cela fait du bien de lire notre réalité et que quelqu’un l’évoque sans la négliger. Parce que personnellement, je dépense beaucoup beaucoup pour mon équipement pédagogique : les jeux du club maths, les livres de la bibliothèque de travail, la plastifieuse, les cartouches de l’imprimante de la classe, la quasi totalité du matériel didactique…

Ces dépenses personnelles qui compensent les besoins de la vie professionnelle témoignent de la porosité qui existe entre ces deux sphères dans la vie de beaucoup de profs

Oui. Pour beaucoup d’entre nous, ce métier est aussi une passion, une mission professionnelle. Pour la réussite des enfants et pour exercer dans des conditions confortables, nous sommes prêts à aller loin. Dans l’indifférence ou l’ignorance de l’institution.

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« Ne faisons pas d’économie sur les crédits destinés aux pauvres! »

Sur son blog, jean-Paul Delahaye a publié un article qui fait mal :

Le projet de budget 2020 de l’éducation nationale comporte une annonce inquiétante pour les familles pauvres et leurs enfants : le budget consacré aux fonds sociaux des établissements, qui avait été porté à 59 millions d’euros par le précédent gouvernement et maintenu à ce niveau en 2018 et 2019, sera de 30,6 millions d’euros en 2020, soit une division par deux de ces crédits d’une année sur l’autre.

Jean-Paul Delahaye expose les explications cette diminution drastique : malgré  » la vie difficile vécue par des millions de nos concitoyens pauvres », il reste des « reliquats » dans les établissements scolaires. Pas partout, loin s’en faut, car de nombreux établissements sont soucieux de venir en aide légitime aux familles qui en ont besoin pour que tous les enfants aient l’accès à éducation dans des conditions sinon confortables, du moins décentes. Mais pas tous. Et parfois, il s’agit d’établissements pourtant situés en zone de grande pauvreté. Mais il ne suffit pas d’avoir des fonds sociaux disponibles. C’est toute une politique d’établissement, d’académie, un véritable accompagnement, qui peut permettre de placer les familles pauvres dans des conditions favorables : demander n’est pas simple, et il faut qu’elles puissent le faire sans humiliation. Jean-Paul Delahaye l’expose avec sa clarté habituelle, allez donc le lire dans son intégralité.

Les fonds sociaux ne sont pas une aumône faite aux pauvres. Ces crédits sont délégués aux établissements par la République qui n’oublie pas que la fraternité donne tout son sens à notre devise. Ces crédits répondent à des besoins. Certes, une priorité chasse l’autre au ministère de l’éducation nationale, mais la question sociale doit échapper à ces changements de cap. Effectuer sa scolarité dans les meilleures conditions possibles est un droit que nous devons garantir à tous les élèves. Ne faisons pas d’économies sur les crédits destinés aux pauvres !

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Vivre son homosexualité à l’école

Récemment, j’ai découvert deux court-métrages sur l’homosexualité par des lycéens. La première partie de Comme un regard, par Théodore Tomasz, jeune réalisateur de 18 ans,  qui a tourné au lycée Camille Claudel à Digoin, dans le département de la Saône-et-Loire. Son travail est remarquablement abouti et sonne juste.

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J’avais précédemment visionné un autre court-métrage d’élèves, collectif cette fois, plus ancien :

Il y aussi un projet, intitulé PD, d’Olivier Allard, dont je n’ai vu que le teaser.

Il est urgent et indispensable que les personnels enseignants soient amenés à parler de l’homosexualité à l’école : les enseignants sont bienveillants, mais ont-ils tous conscience de la violence, parfois invisible, qui entoure les jeunes homosexuels, bisexuels, transsexuels, pansexuels, etc. ? Les deux court-métrages cités plus haut évoquent la mort, le suicide, les violences parentales et par les pairs.

C’est tout de même incroyable d’en être encore là. Face à ces comportements inacceptables d’exclusion, les enseignants ont un rôle à jouer, par un comportement exemplaire et une parole explicite, responsable, apaisante.

C’est si joli d’être amoureux…

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Préavis de travail et bons mots à la Cour

Ce matin, j’ai découvert, médusée, la vidéo de l’intervention de Claude Malhuret. Elle est ici.

« Les lycées, ZAD, zone à délirer », « les élèves sont forcés d’enseigner la morale à certains de leurs professeurs », « est-ce qu’ils ne pourraient pas un jour déposer un préavis de travail ? », « les révolutionnaires à statut protégé »… Monsieur Malhuret a le sens de la formule. Dommage qu’il n’ait pas aussi le sens des responsabilités.

Personnellement, j’ai été profondément blessée par les propos de ce sénateur. Mon premier réflexe a été de chercher sa présence au Sénat, à l’Assemblée. Et puis je me suis raisonnée : son rôle de sénateur ne se limite sans doute pas aux murs du Sénat. Moi aussi, j’aurais pu ironiser sur ceci ou cela. Mais comme la parole est publique (bon, la mienne est publique de niche, je le sais 🙂 ), elle mérite qu’on la soigne, qu’on exerce une attention particulière à ce qu’elle contient. Paradoxalement, c’est certainement ce que pense monsieur Malhuret : il doit être bien fier de son discours, dont on parle dans les médias. Pourtant, c’est confondre parole politique et bon mot. Cela m’évoque surtout la cour de Louis XIV ou Louis XV.

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Claude Malhuret est manifestement une personne complexe. Même sans partager ses convictions, force est de constater qu’il a accompli de bien belles choses au cours de sa carrière, a apparemment su faire des choix et s’y tenir. Pourquoi aujourd’hui cette saillie qui ressemble à un défouloir ? Lui qui s’est consacré à l’humanitaire, on aurait pu attendre un peu plus de délicatesse : pourquoi abîme-t-il l’image de notre métier, et la nôtre, personnelle, de la sorte ? Il parle du « manque de respect envers leurs collègues dont ils abîment l’image », de la part des « escamoteurs de copies », mais c’est bien ce qu’il fait, là, devant ses gens que nous avons élus, devant nos représentants : il nous traîne dans la boue, en faisant comme si cela concernait une infime fraction d’entre nous. Mais ce que tout un chacun entendra derrière ses mots, c’est une charge contre notre métier tout entier. Claude Malhuret règle-t-il ses comptes avec les enseignants ?

Il aurait pu proposer de discuter avec les collègues qui ont retenu des copies. Ce serait une idée certes désuète, mais productive. Ça s’appelle le dialogue. Le même dialogue qui permet que nous enseignions, en classe. Enseigner par l’autoritarisme ne fonctionne pas, et nous, nous l’avons compris. Dans la sphère publique, cela fait si longtemps que le contact a été rompu que les crises deviennent toutes plus violentes. Tout le monde crie, personne ne s’écoute, personne ne s’entend. La situation, de ce point de vue, semble bien bloquée. Moi qui suis de nature optimiste, je ne vois aucun espoir d’amélioration, aucun signe d’embellie. Monsieur Malhuret aurait pu exprimer son point de vue central (il faut punir les collègues qui ont retenu les copies) d’une façon différente, sans céder à la facilité de l’ironie. Je pourrais citer Bertet, mais comme il a aussi écrit que dans un couple, il y a pire que le mensonge, c’est la franchise, je vais m’abstenir. Que monsieur Malhuret réclame des sanctions contre tels ou tels, c’est son droit et il y aurait matière à débattre, mais je ne crois pas que cela ait été son objectif par cette intervention. Je pense qu’il a voulu les projecteurs, qu’il a sorti toutes ses belles plumes, accessoirement qu’il s’est défoulé contre notre profession tout entière, mais son message supposé me paraît relégué encore plus loin.

Hé bien moi, cela me peine. Voilà. Ça peut paraître nouille, mais l’intervention de Claude Malhuret m’a affectée. Je fais mon métier avec tout mon coeur, toute ma conviction, toute mon énergie, et nous sommes des milliers dans ce cas. Les collègues qui ont retenu les copies ne l’ont forcément pas fait par gaieté de coeur. On peut, encore une fois, débattre du moyen choisi. Mais pour en arriver à des extrêmes pareils, il faut être motivé par son métier, par le projet qu’il porte. Personne, dans l’Éducation nationale, ne ferait porter la pression sur les élèves et les familles sans le mesurer. Et l’opinion publique, dont une trop grande partie aime à déblatérer sur les enseignants (nous vivons tous le « sauf vous, madame XXX, vous on sait que vous faites bien votre métier. Mais les autres… »), va être relancée dans sa haine ordinaire. Alors que nous sommes là pour avancer ensemble, travailler ensemble à enseigner et à éduquer nos enfants, les citoyens de demain. C’est lamentable. Et je ne parle pas de l’attractivité du métier. Qui ira encore s’étonner de la désaffection des jeunes pour les métiers de l’enseignement, quand on travaille autant pour un salaire… disons modéré et tout gelé, et qu’on s’en prend plein la poire ?

Je croyais que les hommes politiques étaient là pour rassembler. Je croyais qu’ils devaient être exemplaires, eux aussi. Ou plutôt, je voudrais. J’aurais voulu, disons.

C’est compliqué de faire comme si quand des démonstrations aussi éclatantes de ce qu’est la réalité nous pètent à la figure.

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« Il y a des mots qui ne se disent pas, même pour rigoler »

Un rapport est paru, relayé par le Café Pédagogique, qui « présente en la matière plusieurs témoignages, affligeants et édifiants. Il analyse aussi les processus qui, à l’Ecole, mènent à la haine. (…) Dans une société encore très hétéronormée qui ne reconnaît que deux sexes et rejette l’idée de non-binarité, les LGBTphobies frappent celles et ceux qui ne correspondent pas à l’image attendue« .

La campagne du ministère de l’Education Nationale est là, avec des témoignages de jeunes.

Et nous, enseignants, nous nous devons en effet d’être clairs et attentifs. « Pédé », c’est un mot qui ne se dit pas, point. J’ai quelques élèves qui ont bien du mal à l’assimiler. Je crois qu’un nouvel affichage va venir habiller ma classe.

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