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Anouk, Jean-Philippe, Alexis, l’émotion de la classe

Sur France Culture, le 5 mai dernier, le thème de l’émission « Etre et savoir » s’intitulait « L’école, quelle histoire ! Scènes de la vie scolaire ». La question centrale était : comment fonctionne la transmission des savoirs – en quoi la relation humaine entre l’élève et le professeur compte pour les apprentissages ?

Les invités de l’émission étaient :

  • Anouk F., professeur des écoles, créatrice du blog Merci Maitressechroniques scolaires (presque) ordinaires et auteur de Merci Maitresse!,
  • Jean-Philippe Blondel, écrivain et professeur d’anglais dans un lycée de Troyes, auteur notamment de G229, qui est le numéro de sa salle,
  • Alexis Potschke, professeur de Lettres dans un collège de la banlieue parisienne et auteur de Rappeler les enfants.

Inviter trois enseignants en poste, repérés pour leurs ouvrages, et exerçant dans des niveaux différents, voilà qui est intéressant.

Une des questions a tourné autour de l’écrit des enseignants, hors classe, au sujet de leur métier : Anouk F explique qu’elle utilise son blog comme exutoire (quand on en a gros sur le coeur ; il n’est pas question de colère), comme transition, comme moyen de partager et communiquer, de faire du lien aussi. Elle a commencé son blog pour elle, et l’a continué aussi pour les autres. Elle est enseignante en seconde carrière et explique comme la vision du métier d’enseignant est différente de la réalité de l’établissement, de la classe.

Jean-Philippe Blondel, lui, parle de « la sensation de vie » de l’établissement scolaire, pas toujours perçu de l’extérieur. Il explique avoir écrit pour lutter contre l’image médiatique simplificatrice et souvent négative liée à l’école.

Alexis Potschke dit qu’ « on vit des choses assez fortes et il faut qu’on puisse les exprimer, sinon ça gangrène l’esprit. », ce qui est violent mais c’est vrai que longtemps je me suis laissée envahir aussi. Alexis Potschke écrit pour faire entendre la parole d’élèves, aussi.

Ces trois enseignants ont chacun des paroles absolument fondamentales. Ils ont choisi ce métier, ils vont bien, ils ont envie de changer les choses. Ils parlent des élèves, avant tout, de l’humanité de notre métier, sans complaisance ni démagogie mais en étant constructif, avec un amour manifeste du métier. Comme le dit Louise Tourret, ils parlent de l’émotion de la classe.

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Géométrie in progress

Énième jour de prise de chou intensive sur le thème de la géométrie en élémentaire, pour préparer une formation que j’aimerai dans une autre académie. Mes collègues formateurs m’ayant envoyé leurs plans, leurs ressources, voire pour certains leurs contenus, j’ai pu cogiter sur des bases hyper riches et solides.

Je m’étais dit boooon, c’est dimanche, vas-y mollo cocotte, tu es relativement à jour GFVW2453.jpg(traduisez : tu es débordée de façon raisonnable), alors tu réfléchis et tu jettes un plan plus ou moins définitif mais global, et on verra dans la semaine et le week-end prochain, ça te laissera le temps de réfléchir encore. Et puis paf, je suis littéralement tombée dedans. Pourquoi tel collègue insiste sur ce point et tel autre non, ou pourquoi celui-ci fait-il ce choix-ci et celui-là ce choix-là, etc. Passionnant. Absolument passionnant. J’ai hyper avancé, pratiquement bouclé le premier module (il y en a deux), et je sais ce que je mets dans le deuxième. En plus, j’ai compris des tas de choses que je n’avais pas comprises, en particulier quant à la progressivité en géométrie au cycle 2, quant aux choix très très variés des manuels. J’ai pu réinvestir les cours que j’avais reçus de Catherine Houdement, utiliser les super travaux d’Édith Petitfour qui vient dans ma classe depuis plusieurs années… Alors j’y ai passé mon dimanche, mais je me suis éclatée.

C’est vraiment ça qui est super quand on est formateur : on apprend encore plus. On n’a pas le choix : on doit comprendre pour expliquer, on doit éclairer toutes les zones d’ombre pour pouvoir expliciter, on doit se cultiver pour être le plus réactif possible.

J’adore.

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La maîtresse de la maîtresse

En faisant mes courses au Super U du coin, je croise un petit garçon qui se met à agiter frénétiquement les bras dans tous les sens en m’appelant : « Claiiiiiiiiire, coucouuuuu ! » Je lui fais coucou aussi et j’entends sa maman lui demander qui je suis. Il lui répond « C’est la maîtresse de la maîtresse ! »

C’est rigolo, car si je suis bien aussi là pour former mes collègues, je n’ai jamais présenté les choses ainsi : avant tout, je vais dans les classes pour comprendre la réalité de terrain du premier degré, pour comprendre qui sont des enfants de cet âge, pour expérimenter. Jamais non plus mes collègues PE ne m’ont présentée ainsi. Sans doute une enseignante aura dit quelque chose aux enfants en ce sens. Je trouve ça très chouette, car très naturel.

Je ne vais plus aller qu’une dernière fois dans chaque classe… La fin de ma mission de formation approche, et j’ai bien conscience que cette année, grâce à la confiance que m’ont accordée les cadres, les enseignants, les enfants, j’aurai vécu une aventure extraordinaire, qui a déjà modifié mes propres pratiques pédagogiques : j’ai beaucoup appris, et mon arc ressemble à une harpe, à force de nouvelles cordes.

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Ai-je été jeune ???

– Bonjour madame, vous me reconnaissez ?

– Heu, non, je suis désolée.

– Je m’appelle B. J’ai été dans votre classe, à Saint-Valéry-en Caux.

– Aaaah oui d’accord… Mais donc je vous ai eu en seconde, et ça fait quoi… Ouhlala…

– Oui. Je vais avoir 40 ans. J’ai eu pas mal de boulots, j’ai trois enfants, et là j’en attends un avec ma nouvelle compagne, parce que bon, voilà, enfin c’est la vie, quoi. Vous savez, j’ai adoré les maths avec vous. C’était super.

– Hé bien tant mieux. Je suis contente de vous voir aujourd’hui, et je trouve super que vous me reconnaissiez et que vous veniez me donner de vos nouvelles. Ca me fait plaisir. Je me souviens de vous maintenant : vous aimiez le jeu de go et vous étiez très fort en calcul littéral. Mais pas moyen de vous faire faire de la géométrie.

– Oui, c’est moi ça ! (sourire) En fait, je vous ai reconnue tout de suite. Je trouve que vous n’avez pas du tout changé. Vous deviez être jeune en fait, à l’époque. On n’aurait pas dit.

😀

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Lire notre métier

Voici encore un livre que j’aimerais lire : Rappeler les enfants, d’Alexis Potschke. Un article du Café Pédagogique lui est consacré, et la notice de l’éditeur est ici.

« Défi pour l’enseignant : échapper tout à la fois au laxisme et à l’autoritarisme. Défi pour l’écrivain : éviter tout à la fois la mièvrerie et l’acrimonie. Double défi magnifiquement relevé par Alexis Potschke qui nous enseigne combien l’aventure de la bienveillance, pour le pédagogue comme pour le styliste, c’est une école du regard. Sans doute parce que, comme le soulignait Annie Ernaux, « voir pour écrire, c’est voir autrement. C’est distinguer des objets, des individus, des mécanismes et leur conférer valeur d’existence » (« Regarde les lumières, mon amour »). Assurément merci à Alexis Potschke de dépasser les stéréotypes, de bousculer les représentations, de nous « apprendre à aimer et à voir. » »

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Atelier BD, Olivier Longuet

Olivier nous a donné des références, et surtout des envies (qui vont me coûter cher !) de BD mettant en jeu, d’une façon ou d’une autre, des mathématiques. En plus, Olivier a fait références aux sculptures d’Owen… Merci Olivier !

Ensuite, nous avons essayé de calculer le nombre de chemin possibles dans un BD Oubapo-iste. Une collègue nous a expliqué la solution, et Fibonacci est apparu… Magique !

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Olivier réalise lui-même des bandes dessinées :

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Il en a aussi réalisé avec les Dudu :

Merci pour ce moment, Olivier, et pour toutes ces envies que tu fais naître !

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L’ « amour compassionnel »

BonjourUne question revient régulièrement, qui me tient à coeur : « Faut-il aimer ses élèves « . La 9782738146601.jpgquestion est réapparue dans mon quotidien deux fois le même jour : avec une de mes classes, puis sur le Café Péda, avec un article consacré à Mael Virat, chercheur en psychologie à l’ENPJJ et auteur de l’ouvrage Quand les profs aiment les élèves, chez Odile Jacob.

Un de mes élèves m’a demandé : « Madame, est-ce que vous nous trouvez, euuuuh, comment dire, enfin, chiants, quoi ? ». Je lui ai demandé de reformuler, en utilisant un langage adapté à la situation. Alors il a hésité, et a fini par arrêter son choix sur « fatigants ».

« Oui », ai-je répondu, « vous êtes fatigants, mais ça c’est normal, puisque vous êtes l’objet de mon métier. Et un métier, c’est fatigant, ça demande des efforts. Mais vous n’êtes pas que fatigants. Vous êtes parfois franchement pénibles, souvent ramollos, parfois carrément glandouilleurs, de temps en temps complètement bêtas. Et puis vous êtes aussi intéressants, parfois drôles, sympathiques, malins, complexes, souvent intelligents. »

Mon élève et ses camarades ont eu l’air satisfaits (que c’était-il passé juste avant qui justifie cette question, je l’ignore…). Celui qui l’avait interrogé s’est exclamé « Ah oui, c’est nous, ça! Rho en fait, on est hyper compliqués, c’est dingue! » et un autre m’a dit : « en fait, de toute façon vous nous aimez bien, madame. »

À cela, j’ai répondu « oui, je vous aime bien. Je ne suis pas là pour ça, je suis là pour vous enseigner, je suis là pour que vous appreniez pour pouvoir devenir adultes dans les meilleures conditions possibles, mais en même temps, je vous aime bien. Comme toutes mes classes, même celles qui m’en ont fait voir de toutes les couleurs. Mais ça n’a rien d’obligatoire, pour un prof, d’aimer ses élèves : c’est juste moi qui suis comme ça, ça n’a rien à voir avec les qualités professionnelles ».

Je suis vraiment persuadée de cela. Le respect, oui, c’est indispensable. L’empathie aussi (que je distingue de la compassion, bien sûr). Mais pas l’affection. Il se trouve que je vis ma vie ainsi, que je fonctionne ainsi. Longtemps, j’ai botté en touche sur ce genre de questions : il me semblait plus ou moins honteux de l’avouer.

Alors que nous dit Mael Virat ? « Il démontre, études à l’appui, que l’implication affective des professeurs ne nuit pas aux apprentissages des élèves ». Ah bin ouf, j’aurais été bien embêtée. « Par ce livre, Mael Virat veut lever un tabou dans un système éducatif qui veut instruire plus qu’éduquer et où les relations personnelles sont encore très mal considérées. »

Extraits de l’entretien avec le Café Péda :

« Quand on se pose la question des limites, c’est un indice qu’on conçoit encore mal le type de lien affectif dont il est question. Ce n’est certainement pas devenir copain avec l’élève. L’amour compassionnel est une relation asymétrique de responsabilité de l’adulte envers l’enfant. Cette responsabilité implique un intérêt pour l’enfant et une grande attention. Cela coûte de l’énergie et fait que l’enseignant est personnellement affecté émotionnellement par la réussite ou l’échec de l’élève. Mais il sait qu’il n’a pas à attendre grand-chose en retour. C’est une relation qui n’a pas besoin de limites car par définition elle est attentive à l’autonomie de l’élève. C’est le contraire du copinage, de l’intrusion ou de la relation amoureuse.« 

« Le tabou n’est pas lié à un danger. Il a à voir avec l’histoire de l’école française, avec la manière dont on forme les professeurs en mettant l’accent sur l’instruction. »

Interrogé sur les gestes professionnels engagés, Mael Virat répond : « Ce sont des choses simples. Des marques d’attention souvent non verbales. Les élèves y sont sensibles même quand ils n’en sont pas conscients. Le ton pris pour échanger ou répondre aux questions de l’élève par exemple. La joie exprimée pour sa réussite. Des attentions en dehors de la classe. Des gestes qui montrent que l’enseignant est affecté par sa relation avec l’élève. Ça peut être de la joie, de l’enthousiasme ou même de la colère du moment que ça montre l’implication du professeur dans la relation avec l’élève. »

Ca tombe drôlement bien tout ça : la joie et l’enthousiasme, c’est mon carburant. 100% bio et renouvelable.

Par contre, je préférerais emphatique plutôt que compassionnel, du point de vue du lexique.