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Mon cerveau, cette drôle de bête

Depuis plusieurs semaines, j’ai un document à rédiger, pour un projet important auquel je contribue. Et ça ne vient pas vraiment. J’ai l’impression de gravir quelques marches, une fois de temps en temps, de réfléchir agréablement, mais jusqu’ici j’avais bien conscience que je n’étais pas en mesure d’écrire. Je sentais que si je m’installais devant mon ordi ou mon cahier, je moulinerais et que je ne conserverais pas au final ce que j’aurais produit.

Et puis ce matin, vers quatre heures, je me suis réveillée avec la certitude que j’étais prête. Je n’avais aucune idée de ce que j’écrirai, mais je savais que c’était le bon moment. Pour fêter ça, je me suis rendormie.

Et une fois un solide petit-déjeuner pris et la machine à penser remise en route en discutant avec mon mari de seuil d’immunité, de notre planning du jour et de la Hongrie, je me suis posée devant une jolie page blanche, et paf c’est fait. Je suis assez satisfaite. Reste à le faire valider, et éventuellement à tout recommencer, mais ça ce n’est pas grave : j’ai réussi à formuler ce que je voulais transmettre.

S’il y a bien quelque chose que l’âge m’apporte (enfin, l’expérience, mais c’est lié…), c’est à savoir être patiente, et sans doute à me respecter. Je sais comment je fonctionne, maintenant (enfin en général. On n’est jamais à l’abri d’une surprise), et je sais qu’au final je ferai ce que je dois faire, mais qu’il est inutile de forcer les choses. Comme j’ai une assez grosse capacité de travail, j’ai toujours assez de temps pour finaliser.

C’est bien confortable. En fait tout ça repose sur une notion essentielle : la confiance en soi.

J’ai mis un peu de temps à en arriver là. Et je n’y suis pas arrivée toute seule.

J’avais envie de l’écrire, ce matin.

Je vais me permettre un conseil, qui n’est pas simple à mettre en oeuvre, mais je vous assure qu’en se bagarrant on y arrive : ne vous mettez pas la rate au court-bouillon ni les nerfs par-dessus le tricot. Vous faites de votre mieux, et une activité professionnelle, tout importante et complexe qu’elle soit, ne vaut pas de se faire des noeuds à l’estomac ni de s’embrumer le cerveau. Ca aussi, c’est une lutte, et de tous les instants, même. Mais comme c’est chouette d’y parvenir !

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J’avais oublié, et je comprends pourquoi.

Au déjeuner, mon mari s’est remémoré des séries que nous regardions, gamins. J’ai découvert, sous le regard horrifié de nos enfants, que je suis toujours capable de chanter (à tue-tête, sinon ça ne compte pas) le générique de l’homme qui tombe à pic, de l’agence tout risque ou de l’amour du risque. Et quand j’entends les toutes premières notes de Mac Gyver, j’ai les images du générique en tête.

Pour montrer à quoi cela ressemblait aux enfants, j’ai cherché des images des séries que j’aimais bien. Hé bien, messieurs-dames, ça tape… En particulier, j’ai pris en plein dans la poire l’image de l’homme (et donc celle de la femme) :

Non mais sans blague… On s’en est bien sorti, quand même ! Le must c’est Colt Seavers. Tout y est : le cigare, la moquette et la bière. Et encore, nous avons découvert des séries auxquelles nous avons échappés, et ce n’est pas dommage…

Côté filles, il y avait cat’s eyes, Sheera ou Wonder woman pour montrer leurs formes si féminines, Candy, Juliette ou Heidi pour montrer comme une femme c’est fragile et courageux à la fois, Élisa pour le côté pestouille, ou Oscar qui résout le problème en se faisant passer pour un garçon.

Ou alors on éteignait la télé et on lisait Fantômette, ou on suivait Thya… 🙂

Bon, après cette prise de conscience que je me devais de partager avec vous, je me remets au travail. Autant vous dire que c’est pas facile, avec mon mari qui défile les génériques des années 80…

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On dirait des tournesols

8h30 J’arrive au collège. Un élève, qui attend à l’entrée son heure de début de cours, me demande « vous n’avez pas peur madame ? ». Je réponds que non, tout a été bien pensé (c’est vrai, c’est nickel. Des sens de circulation, à la demi-pension, en passant par les séances de cours, impec). Mais je sens bien l’angoisse de cet enfant, et je constaterai un peu plus tard que la majorité est vraiment impressionnée par les mesures prises,qui rendent l’épidémie plus réelle sans doute. Il y a de la lourdeur dans l’air.

8h45 Je me trompe dans le sens de circulation, je me fais très très vite remettre dans le bon sens. Oups, pardon, si si, elles sont grosses les flèches. Lutter contre les réflexes. Voilà le leitmotiv de la journée : rester concentré en permanence.

9h Tout est connecté, je suis prête. J’affiche un large « bienvenue ! » au vidéo, je marque la liste du matériel à amener chaque jour et j’ajoute « de la bonne humeur ! » avec des petits fleurs. Pas sûr que cela suffise, mais c’est déjà ça.

9h15 Les élèves arrivent et s’installent. Je la sens, la lourdeur dans l’air.

9h30 Le collègue d’à côté n’est pas arrivé. « Madame Lommé, vous pouvez surveiller les deux classes le temps qu’on trouve une solution ? » Heu ok, je me poste entre les deux, dans le couloir, et on fait une battle de calcul mental.

9h45 Je distribue les ardoises, après m’être désinfecté les mains et précisé qu’elles ont été désinfectées et restées là tout le weekend. « Ouaaaah, trop cool ». « On pourra les garder ? » « C’est la mienne ? » « C’est comme  l’école, j’aime bien… » « Je peux m’en servir comme brouillon ? » Bon, un petit cadeau ça fait toujours plaisir !

10h « Madame, je saigne du nez ». Ah mince. Mince mince mince. J’ai anticipé des trucs, mais pas ça. »Heu d’accord. Attends, je me désinfecte les mains pour te donner un mouchoir en papier. Cale-le sous le masque, non non sans soulever le masque. Oui, je sais, c’est pas facile. Bien. Ca va ? Bon on attend une minute, et si ça continue, on appelle la vie scolaire. » « Mmmhmmmh, chawazinquiétezpasmaaam ».

10h30 « … et nous allons étudier une oeuvre d’un artiste du vingtième siècle, Victor Vasarely ». « J’aime pas l’art plastique. On est en maths », me rétorque un élève. J’explique que les maths ne sont pas étanche des autres disciplines et de la culture, et je continue joyeusement. « Et d’ailleurs, vous connaissez Vasarely sans le savoir : il a créé le logo de Renault ». « Ouaaaaaaaah, coooool ! ». Ah bon, bin ok. C’est rigolo, ça, l’adhésion c’est parfois basé sur des éléments inattendus.

10h45 Ca y est, ils participent et j’ai réussi à en faire rire !!!

11h Fin du cours, je débranche tout, je désinfecte, l’agent qui s’occupe de ma salle aussi. Tout le monde y met du sien dans le respect des règles, vraiment. Je remballe mes sacs et je me dirige vers ma salle pour réaliser les vidéos du jour.

11h05 Je traverse la cour. Les élèves que je viens d’avoir sont en récré, immobiles en quadrillage, façon piquet. La collègue CPE est en train d’essayer de leur faire comprendre qu’ils peuvent bouger, juste rester à distance. Mais ils ne veulent pas. Ils se translatent collectivement au soleil, on dirait des tournesols. Ca a un côté douloureux.

11h30 Je teste la classe à distance pour le début d’après-midi, je tourne mes vidéos. Ca va le faire, ça marche. Je devrais pouvoir m’organiser pour avoir une charge de travail raisonnable, je crois, en étant bien rigoureuse.

13h20 J’ai déjeuné dans ma classe entre deux vidéos, et bien utilisé mon temps. J’ai monté deux des trois vidéos, et monterai la dernière après mon cours.

13h30 Classe en ligne. Les élèves sont contents de voir la classe, derrière moi. Certains sont vraiment ravis, et ça se voit. J’aime bien l’idée que ce lieu soit chargé positivement pour eux. Ils sont aussi nombreux que d’habitude malgré le changement d’emploi du temps. J’explique les règles et ils les respectent pendant l’heure. Ouuuuh, ça va marcher tout ça !!!

15h Je remballe. Il faut que je mette les vidéos en ligne à la maison, le débit est insuffisant ici. Il faut aussi que je publie les articles et que je complète Pronote. Mais je devrais finir assez tôt, au final. Et je n’ai pas la tête farcie.

18h30 J’ai tout fini, et j’ai eu le temps de papoter avec les enfants, mon mari, d’aider la petite voisine avec sa SVT, de siroter un café au soleil, de régler un truc urgent pour l’INSPE. Demain devrait être une journée tranquille car je reprends la même séance.

19h30 Un ami (son prénom commence par N et finit par ourdin, pour ceux qui le connaissent) nous apporte le dîner, qu’il a cuisiné avec sa famille : il m’a alléchée toute la journée avec des symphonies culinaires et des voyages gastronomiques… « Tu auras repris, tu n’auras pas besoin de cuisiner et tu te régaleras avec ta famille ! », m’a-t-il dit hier.

Je sais que je savourerai un bon repas ; mais déjà je savoure l’intention, pour clore une journée complexe, mais belle.

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Délectation

  • J’ai dépilé mes mails en souffrance,
  • Tout mis sur Pronote, sur la chaîne Youtube, dans les bons dossiers sur tous les supports possibles,
  • Rempli le frigo,
  • Préparé mes cous de la semaine prochaine, avec tous les supports (dessins, légos, impressions) et tout pris en photo pour poster l’ensemble au plus vite après lesdits cours),
  • Fait presque toutes les lessives,
  • Rangé le bureau de mon ordi qui était devenu une fourmilière,
  • Ecrit des projets pour des éditeurs,
  • Appelé les parents d’élèves que je devais appeler,
  • Réfléchi à une formation à construire,
  • Presque fini de corriger le dernier Quizinière,
  • Et il ne me reste qu’un onglet à traiter de trucs intéressants à lire, alors que j’en avais 11 ce matin.

Et là paf, grand week-end.

Alors au programme, je couds les travaux de crochet de ma fille, nous commençons à transformer nos maisons dans Animal Crossing en super école trop chouette, apéro à distance entre copains, scénar de jeu de rôles à distance entre copains, partie de jeu de fig, confection de roulés à la cannelle avec de la levure fraîche et lecture dans le jardin.

Cela fait maintenant quelques semaines que j’ai décidé de ne plus faire que bosser, et honnêtement ça marche plutôt bien.

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Intermède : la petite Claire, future prof de maths

Cette boîte à maths modernes a fait remonter un souvenir. Je suis en sixième, et en mathématiques j’ai madame Grégoire. Je l’ignore encore, mais je l’aurai pendant quatre ans. Madame Grégoire était d’une incroyable rigueur. Pas la prof-qui-materne, même si je ne souviens pas non plus qu’elle fût spécialement dure. M’enfin, elle n’était pas… souple, disons. Ça ne mouftait pas, pendant ses cours, croyez-moi. Et elle voulait de la rigueur.

Ainsi, la petite Claire (petite, façon de parler, j’étais très grande, en fait) arrive en sixième, avec pour ambition d’enseigner. Ça, je m’en souviens : du premier jour de maternelle, j’ai deux images : une petite fille en imperméable rouge, assise en face de moi, que je trouvais fascinante, et les maîtresses, qui ont été mes héroïnes direct, comme ça, bam, coup de foudre professionnel. Alors tu feras quoi quand tu seras grande : maîtresse d’école maternelle. À l’école élémentaire, j’avais décidé d’être maîtresse d’école élémentaire. Et arrivée au collège, il ne m’a pas fallu bien longtemps pour décider d’être prof de collège. De n’importe quoi, pourvu que ça puisse s’enseigner. Et au lycée, idem.

Donc là arrive madame Grégoire. Je me souviens de notre premier échange, tout au début de l’année scolaire. J’étais très, très timide. Mais vraiment violemment. Et madame Grégoire écrit au tableau :

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Boum. Là, je me dis trois choses :

  1. Ouahhhhh, trop chouette les maths, il n’y a pas d’implicite ! (enfin, à l’époque j’imagine que je savais pas ce que signifie implicite. Mais c’est l’idée : ne pas avoir à deviner des choses indevinables qu’on est censé deviner quand même. Démontrer, j’aime. Deviner, non.)
  2. Oulala, il y en a pas mal autour qui n’ont pas l’air de comprendre. Ça doit être cool d’être prof de maths et de faire comprendre, parce qu’en fait ce n’est pas si compliqué. Ils croient qu’ils ne peuvent pas comprendre, mais évidemment qu’ils peuvent.
  3. Pourquoi madame Grégoire a-t-elle mis des virgules une fois, des points-virgules une autre fois ???

Qu’est-ce qui m’a poussée, ce jour-là, à poser une question en classe ? Je pense que c’était un conflit intérieur violent : on m’explique qu’il existe un signe pour l’appartenance et un autre pour l’inclusion, et on note deux ensembles qui contiennent des objets de même nature avec des notations différentes. Il faudrait savoir : suis-je en train de découvrir la rigueur et la beauté d’un langage, ou en fait est-ce du grand n’importe quoi ?

Alors je lève la main. Je vous jure, je m’en souviens. C’était il y a 36 ans (36 ans!!!), et je m’en souviens très clairement tellement j’avais la trouille. Madame Grégoire me donne la parole, je demande : « pourquoi là on met des virgules, et là des point-virgule ? ». Madame Grégoire me fixe, je transpire, elle me demande comment je m’appelle, je réponds dans un état proche du liquide, et elle me dit :  » Très bonne remarque. En fait on devrait mettre des virgules car pour séparer des éléments de même nature on met des virgules, mais j’ai peur que vous confondiez avec les décimaux et du coup, je mélange les deux et ce n’est pas bien. On va mettre des points-virgules partout et tu vas retenir que ça devrait être des virgules. »

Là, j’ai compris un truc de fou : faire des maths et enseigner les maths, ce n’est pas pareil, et madame Grégoire vient de me le révéler. Je me sentais digne du secret de l’univers qu’elle venait de me confier.

Accessoirement, j’avais posé une question qui en valait la peine, à mes yeux, et j’étais drôlement soulagée.

Mon mémoire de stage pour le CAPES portait sur « les mots en maths », j’ai enseigné les maths à des malentendants, en DNL en allemand, et hier j’ai terminé le document « Verbaliser en mathématiques » pour la mallette, avec Nourdin.

Comme quoi, il y a des constantes.

Bon, je retourne à ma boîte de Problèmes par l’image.

Avec une pensée reconnaissante pour madame Grégoire.

Chez moi·Patatipatata·Zut.

M’en fiche, je bosse quand même, ahaahaaa.

Alors d’abord je me suis fait terrasser par une gastro. Pas de réveillon et deux jours de boulot perdus, au bas mot.

Ensuite, là, je me décide à m’y remettre, pleine d’énergie.

Paf, au moment où je pose mon thé, où je charge mes documents, où il commence à faire nuit, le courant disparaît.

Obscurité.

Plus de lumière, de chaudière, de frigo, d’ordi, d’internet.

Non mais ça va bien, oui ???

Pour la lumière on a sorti les bougies. Pour la chaudière on a mis des pulls. Pour le frigo on a arrêté de l’ouvrir. Pour l’ordi on a sorti les portables. Et pour internet on a la connexion du téléphone. Mais ça fait deux heures que ça dure.

C’est pas ça qui va nous arrêter pour bosser, non mais oh hé on n’est pas des amateurs, pfff.

Mais quand même j’ai un peu faim.

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Joyeux anniversaire mon blog !

Et voilà, un an de plus.

Six ans de blog, c’est fou. Un jour mon mari m’a dit allez hop, viens, on va te créer un blog, tu as des choses à écrire. J’ai dit non non, je ne crois pas, enfin si tu veux mais je n’en ferai rien. Et voilà, vous êtes toujours plus nombreux à me lire, je continue d’écrire pas mal et aujourd’hui tenir mon blog est un geste professionnel, partie intégrante d’un tout dans lequel le collectif est le centre. Il me permet de réfléchir, de transmettre et d’échanger.

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Je n’avais pas de bougies sous la main alors j’ai fait avec les moyens du bord !

Côté articles vedettes cette année, le ratio d’abord, puis la division partition et la division quotition, et l’indispensable glisse-nombres.

Hors blog, 2019 a été une année encore très riche et pleine de surprises, d’expériences et d’apprentissages pour moi, avec la nouvelle fonction de RMA-zero-bla-bla-zéro-tracas, la participation au jury de CAPES, au plan national de formation, sans parler de multiples événements ponctuels. J’adore.

Pour l’année à venir, je ne me donne aucune bonne résolution. Ce n’est pas trop mon truc, les voeux pieux. Je vais continuer à avancer au coup de cœur et au coup de tête, avec ceux que j’aime à mes côtés, et moi aux leurs.