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Ce petit parfum de rentrée

Encore deux semaines. C’est long, deux semaines : c’est le temps des vacances interpériodes, dans l’année. Mais évidemment, l’été, cela signifie aussi que le temps de rentrer approche. Et pour ma part, dans une semaine je retourne au collège pour terminer l’aménagement de ma classe (j’ai déménagé, vous vous souvenez ? C’est ici,  et encore ), pour le premier conseil d’administration de l’année, pour photocopier les premières séquences, pour rencontrer inspecteurs et collègues pour se mettre d’accord sur le plan de bataille… Alors c’est vrai que le temps du bilan approche.

Est-ce que j’ai profité à fond de ma famille ? Oui !

Et des amis ? Oui !

Est-ce qu’on a avancé les travaux de notre nouvelle-maison-futur-gîte ? Oui, pas mal du tout, et ça rend super bien.

Est-ce que j’ai bossé ? Heu, oui, mais là juste ce qu’il faut…

Est-ce que j’ai appris des choses ? Oui ! J’ai lu, écouté la radio… Et suivi plein de tutoriels de bricolage. J’ai appris de nouvelles recettes de cuisine et je sais faire du crochet, maintenant.

Est-ce que je suis reposée ? Oui, merci, ça va bien.

Est-ce que je suis contente d’y retourner ? Bin oui, même si la perspective de mettre le réveil à sonner ne m’enchante pas. Mais je vais retrouver des élèves, transmettre du savoir et des compétences, les aider à grandir et à s’émanciper. J’ai de beau projets, je suis super bien entourée et j’ai la chance inestimable d’avoir un métier qui me passionne et que j’aime.

Pas mal, comme bilan. Equilibré, et tout.

Bon en attendant, je vais profiter à fond de ma semaine.

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Matheux méchant et théorème bancal

Maman, il faut que je te raconte la fin de mon cauchemar. C’est juste la fin, c’était moinsUnknown cauchemar que ce qui précédait. Il y avait une invasion de démons mais structurée comme une invasion de zombies, tu vois ? Les démons, on aurait dit des babau, comme dans Donjons et Dragons. Je savais qu’ils allaient détruire le monde alors je me suis dit tiens, la dernière chose que je vais faire, c’est aller livrer cette pizza. Et là, je Unknown2me retrouve à livrer une pizza au super méchant, mais je ne le savais pas à l’avance, que c’est le super méchant, et il ressemble comme deux gouttes d’eau à
Gary Gygax. En fait c’est un mathématicien rendu fou par le fait qu’il pense faux un théorème considéré comme vrai. Du coup à cause de ça il a déclenché l’invasion. Mais moi je lui démontre qu’il est faux, son théorème, alors l’invasion s’arrête net et le monde est sauvé.

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Quand même, la vision des matheux de mon fils me préoccupe.

Mais bon, la nuit il sauve le monde, quand même.

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Tadaaaaa !

Bon ça ne sert à rien, comme article, mais je suis tellement contente de moi :

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Même les tiroirs sont rangés ! Ils sont plein de ce que j’ai à bloguer… mais vidés de leur bazar périmé.

Demain je m’occupe des états de frais.

La semaine prochaine je commence à dépiler les questionnaires d’évaluation de mes formations Villani-Torossian.

Et je termine de mettre en page mon rapport d’activité.

Et cet après-midi je commence à écrire les trois articles qu’on m’a commandés pour… ouhlà, bientôt !

Et je traite sur tout l’été tout le contenu des tiroirs…

Mais cet après-midi, on s’occupe de l’extension cycle 4 du glisse-nombre, avec ma fille.

Et pour me récompenser de cette corvée accomplie, je vais continuer un peu ma partie de Gorogoa.

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Virage au frein à main

Jusqu’à hier, c’était le tour de France endiablé des formations RMC. Peu de sommeil, des heures dans le train, des centaines de collègues à accompagner, l’énergie à transmettre, les maths à partager, et toujours, toujours les élèves au centre.

Aujourd’hui c’est les vacances.

Le choc est de taille. Mais je crois que je suis assez adaptable…

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Décrochage professionnel

Sur Slate, Thomas Messias, professeur de mathématiques, a écrit sa fatigue et ce qui l’amène à baisser les bras sur une partie de sa fonction. Son article est clair et juste, et j’espère qu’il amènera nos cadres à s’interroger : notre métier est en danger. Que des collègues investis et tournés vers la réussite des élèves se découragent n’est pas plus acceptable que le décrochage de nos élèves.

Thomas Messias est prof de maths, mais aussi journaliste freelance. En 2015, il a publié un essai, Le Nouveau Cinéma argentin, aux éditions Playlist Society. Je ne le connaissais pas, mais je le lirai dorénavant, d’autant que j’ai vu beaucoup de titres « féministes » que je suis curieuse d’explorer.

Il décrit son découragement à endosser le rôle de professeur principal.

Tenter de leur offrir un suivi plus personnalisé, essayer d’influer positivement sur la dynamique de la classe, travailler ensemble sur leurs droits et devoirs, tout cela me semblait important et potentiellement passionnant.

Je savais que ce statut de prof principal ne serait pas de tout repos. Il allait falloir suivre les résultats des élèves, rester aux aguets face aux éventuelles baisses de moral ou de motivation, prendre des rendez-vous (une fois, deux fois, dix fois) avec certains parents pour parler discipline, orientation ou bien-être en milieu scolaire.

Plusieurs fois, Thomas Messias a envie de ne plus se proposer comme professeur principal. Mais il est tenace :

Si je ne l’ai pas fait, c’est parce que j’ai aussi réalisé ce qu’un travail de prof principal correctement mené pouvait apporter aux élèves: du cadrage, de la confiance, le sentiment de venir au lycée pour de bonnes raisons et pas juste parce que la scolarité est obligatoire.

Pour Thomas Messias, l’arrivée de Jean-Michel Blanquer change beaucoup de choses :

  • A force de nous faire vivre réforme sur réforme, ajustement sur ajustement, les enseignants se perdent :

Les informations nous sont parvenues au compte-gouttes, et que je n’ai jamais autant répondu «je ne sais pas» que cette année.

  • Thomas Messias fait partie des (nombreux) enseignants qui sont dubitatifs (le mot est faible) devant la réforme du lycée, quant aux plus-values pour les élèves.
  • Il regrette aussi les conséquences du déploiement de la réforme, en établissement : « guéguerres internes », « pressions », « lobbying », j’imagine bien l’ambiance. Pour avoir entendu beaucoup de collègues en discuter, ce sentiments est largement partagé sur le territoire.

Alors Thomas Messias renonce, et culpabilise. Alors il rationalise, pour rendre tout ça acceptable :

J’ai déjà passé plus de temps que nécessaire à écoper et qu’il est vraiment temps que je pense un tout petit peu à ma santé physique et mentale. L’an prochain, je serai juste un prof de maths, et puis c’est marre.

Je dois dire que je comprends son sentiment. Parfois moi aussi, je me demande si je ne vais pas raccrocher telle ou telle composante de mon activité professionnelle. Trop souvent il faut tellement se battre, pour que des dispositifs efficaces ne disparaissent pas dans une pure logique comptable, pour être payés du travail fait (dans quelle entreprise attend-on plus d’un an des remboursements ?), pour constituer des dossiers administratifs totalement ubuesques, pour être pris en compte en tant qu’individu, que personne, et pas uniquement comme outil de travail. Nous donnons tant de nous, et parfois il y a si peu d’humanité dans cette gigantesque machine. Tant que nous restons dans un niveau où de vraies relations humaines existent, tout va bien. Mais il y a un autre niveau, un niveau digne de films futuristes déprimants. Et ce niveau-là donne envie de le fuir.

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Dur dur·Genre·Maths et société·Patatipatata·Si si c'est drôle

Un vrai bonhomme.

Dans le tgv pour Marseille, un couple assez âgé, en face de moi sort quelques revues. Monsieur entame la lecture de Femme actuelle, madame celle de SUV Crossover. Je me dis que c’est sympa. Je me remets à travailler. La dame me demande : « vous ne faites que travailler depuis le départ. Vous voulez que je vous prête une revue ? » Je la remercie, mais non, j’ai encore du travail. Elle me demande ce que je fais, je lui dis des maths. Elle me dit : « Des maths ? Quelle drôle d’idée ? C’est plutôt un truc d’homme ça d’habitude, les maths ! Et ça vous plait ? »

Je n’ai pas encore trouvé la caméra cachée mais je cherche.

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Crispation : la « gestion de classe »

Dans l’enquête Talis, la question de la « gestion de classe » en France apparaît comme problématique.

En apparence tout va bien. 94% des enseignants français déclarent avoir de bonnes relations avec leurs élèves, un pourcentage conforme à la moyenne des 48 pays de Talis. Mais 27% des principaux signalent des actes d’intimidation ou de harcèlement dans leur établissement, soit le double de la moyenne OCDE. Ce pourcentage a nettement augmenté depuis 2013. Du côté des enseignants, 71% déclarent devoir fréquemment calmer des élèves contre 65% pour la moyenne OCDE. En moyenne, les professeurs passent 17% du temps des cours à gérer la discipline de la classe, ce qui est au dessus de la moyenne de l’OCDE (13%). Seulement 5 pays passent plus de temps à rétablir l’ordre en classe que la France parmi la quarantaine de pays qui ont répondu à cette question. (à lire ici)

Le ressenti des enseignants français s’est dégradé de façon significative : ils sont 10% de moins qu’en 2013 à déclarer faire respecter les règles de la classe, et 20% de moins à se sentir compétents en la matière. En cinq ans, la dégradation est effectivement notablement préoccupante. La France a donc un problème de climat scolaire. Le manque de mixité des établissements y participe, et reflète en cela le manque de mixité dans toute notre société. Et là, il va falloir un changement ébouriffant pour y remédier… Comme l’écrit François Jarraudle climat scolaire a aussi à voir avec la façon dont la société organise son école. Mais elle organise son école comme elle se vit elle-même au-delà de l’école.

J’en reviens à la « gestion de classe ». Les médias se sont jetés sur ce thème en pointant du doigt les enseignants, suivant un rapport totalement stéréotypé au portait robot du « mauvais élève ». Facile et défoulant.

A mon sens, on est en fait à côté de la plaque. La « gestion de classe » est une fausse problématique telle qu’elle est abordée. D’abord, elle consiste à supposer que pour enseigner il faut un public bien sage comme il faut, que c’est un pré-requis aux apprentissages. C’est réfléchir à l’envers que d’envisager les choses ainsi : les élèves ne peuvent être attentifs que s’ils ont envie d’apprendre, s’ils y voient un intérêt. On se ramène donc à nouveau à un problème de société au sens large d’une part (l’école : pourquoi ? Les profs sont-ils des clowns, des planqués ou des personnes utiles? Etc.), mais aussi à une diffusion d’un cliché tout à fait périmé. Ensuite, la « gestion de classe » n’a pas de sens, selon moi, déconnectée de nos disciplines. Dans la classe, chercher à établir le calme ou l’ordre puis se consacrer aux apprentissages est vain. C’est différent du point précédent, qui se rattache à l’appétence et la motivation. Pour qu’une classe fonctionne, je pense qu’il faut entrer par le disciplinaire. Je ne nie pas l’existence du pédagogique, mais je pense qu’il est fermement rattaché au didactique. Enfin, si l’on envisage la « gestion de classe » sous un angle plus général qu’est le climat scolaire, la question dépasse largement la classe et concerne au moins tout l’établissement. C’est rarement le problème d’un enseignant, et presque toujours celui d’un collectif. C’est tout le climat scolaire qui rejaillit dans la classe, avec toutes ses composantes.

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A lire ici
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A lire là

Le terme même de « gestion » de classe m’embête. Il renvoie à un face à face potentiellement conflictuel. Nous ne « gérons » pas nos élèves, nous faisons un bout de chemin avec eux en essayant de les faire grandir et de les préparer au mieux à prendre leur place dans la société, individuellement et collectivement. Ce n’est pas de la « gestion », c’est bien plus humain et subtil que cela. Ce qui ne signifie pas que c’est facile. C’est bigrement difficile et cela ne dépend pas que de nous, enseignants.

J’espère que nous n’allons pas voir fleurir des formations « gestion de classe » théoriques et généralistes. Il y a certes des messages à diffuser, mais ils le sont déjà dans les ESPE et en formation continue. Ce sont des messages de bon sens : temporiser, expliquer, être régulier, suivre un cadre éthique stable et justifié, laisser à l’individu la possibilité de trouver son équilibre, ne pas humilier… Pour le reste, les catalogues d’incidents avec réponse formatée ou les lamentations collectives, même si elles peuvent constituer un exutoire, ne nous mèneront pas loin. La solution ou les solutions ne peuvent qu’être qu’hyper individuelles avec un accompagnement personnalisé respectueux des enseignants en difficulté en la matière (car être en difficulté n’est pas être incompétent et le principe d’éducablité s’applique aussi à nous), et surtout collectives, de l’établissement à toute la société.