Allez les jeunes !·Au collège·Chez les élèves·Evaluer·Non classé

Une heure d’évaluation

J’ai pour principe de répondre aux questions, en évaluation. J’écris dans mon carnet si c’est un coup de pouce, pour en tenir compte lorsque j’évalue. Mais je préfère donner une petite impulsion que laisser les élèves en panne, d’autant que je sais que l’évaluation est un moment d’apprentissage très efficace.

Mais quand même…

Je précise qu’avant de commencer, j’ai reformulé la consigne de l’exercice 2, car je sais qu’elle va poser problème. J’ai demandé à quelques élèves de la reformuler encore, à voix haute. Et que tout ce qui suit est véridique, en une seule heure. Ce n’est même pas inhabituel. Et j’ai proposé cette évaluation à trois classes, aujourd’hui.

Madame, quand vous dites de marquer l’angle en vert, faut le faire en vert ?

Madame, faut faire quoi dans le 2 ?

Madame, faut faire quoi dans le 2 ?

Madame, faut faire quoi dans le 2 ?

Madame, quand vous dites d’expliquer, il faut expliquer ?

Madame, faut faire quoi dans le 2 ?

Madame, faut faire quoi dans le 2 ?

Madame, on peut demander au monsieur dehors d’arrêter de hacher des branches ?

Madame la mesure c’est quoi ? C’est l’angle ?

Madame, est-ce qu’il y a un s à obtus ?

Madame, il y a un s à obtus ?

Mais madame, il y a un s à aigu ?

Madame, faut faire quoi dans le 2 ?

Madame, c’est le côté marqué de l’angle, qu’il faut mesurer, ou l’autre ?

Madame, là, comment faut que j’fasse ?

Madame, j’ai pas compris cet exercice-là. (et ce n’est pas le 2, youpi !)

Madame ? … Heu non rien.

Madame, mon rapporteur il marche pas. Il est faux, je crois.

Madame, qu’est-ce que vous voulez dire par « explique ta réponse » ? Vous voulez dire qu’il faut justifier ?

Madame, dans l’exercice comme quand on était en salle info, quand vous demandez une formule, c’est que c’est le truc qui donne le résultat avec un égal devant, comme en salle info ?

C’est quoi la nature d’un angle ?

Madame, quand vous demandez de mesurer un angle sans utiliser le rapporteur, on peut utiliser le rapporteur quand même ?

Madame dans l’exercice 5 il n’y a pas 360… (????)

Madame, dans çui-là, je peux rajouter un point, là ?

Madame, quand la mesure elle est entre deux, comment on fait ?

Madame, il y a aussi grave, comme angle, ou pas ?

Madame, j’ai le droit de prolonger ?

Madame, j’ai le droit de prolonger même si ça va dans les écritures ?

Madame, j’ai le droit de prolonger même si ça va dans les zotzexercices ?

Madame, ça veut dire quoi « conssien » ? (c’est « contient »)

Madame, je sais plus comment on place le rapporteur.

Madame, dans le 2, on fait ce que vous avez dit au début ?

Madame Lommé, ça se peut qu’il y ait pas de chose fausse dans l’exercice où vous demandez si c’est faux ?

Quand vous demandez de mesurer un angle, on le mesure en centimètres ou en degrés ?

Ça veut dire quoi « en expliquant ta démarche » ?

Madame, quand vous demandez pourquoi c’est faux, est-ce que aussi je peux expliquer l’erreur qu’il a fait l’élève ?

Madame, quand vous dites mesurer l’angle, ça veut dire mesurer les centimètres des côtés ?

Madame, ça veut dire quoi « contient » ?

Est-ce que si j’ai pas les mots je peux faire des dessins pour expliquer ?

Madame Lommé, mon rapporteur il a sauté, je peux aller le rechercher ?

Et moi est-ce que je peux faire des calculs ?

Madame si j’ai 2650 XP est-ce que je peux utiliser le pouvoir du niveau 3 mais en avance ?

Madame, calculer c’est pas mesurer ?

En fait madame, calculer c’est que vous voulez une opération ? Donc si je mesure, ça m’aide mais ça suffit pas ?

On peut gagner combien d’XP au maximum madame ?

Madame là mon rapporteur il est bien placé ?

Ce qui est intéressant, c’est qu’il y a des questions vraiment signifiantes, de diverses façons. Il en a qui me permettent d’évaluer les connaissances, la compréhension de concepts, l’interprétation de consignes, la maîtrise du vocabulaire, et mes propres consignes. Je sais bien que devant une évaluation, les élèves sont concentrés et n’écoutent pas les réponses aux questions de leurs camarades. Ils cherchent à se rassurer, aussi.

Mais j’ai un petit syndrome de coco-est-content, là, après trois heures d’évaluations. J’espère que je vais corriger de bonnes copies, au moins !

IMG_4568

A l'attaque !·Actualité·Chez les cadres·Je suis fan·Non classé

Profs, artistes et artisans (ou : les pieds dans le plat)

Madame Burban, IG de mathématiques, est intervenue pour l’ouverture des Journées Nationales Mathématiques de Dijon. Après Anne-Sophie Auteserre (régionale de Bourgogne), Francis Cortado (qui nous a parlé du curry idéal, version mathématique, il faut que je creuse), et avant Anne Cortella (ADIREM) et Sébastien Planchenault (notre président), madame Burban a mis les pieds dans le plat (c’est thématique),ce qui a valu d’ailleurs quelques réactions bruyantes dans l’amphi.

L’impression des saveurs culinaires dépend de la culture et de l’histoire de chacun. Il en va de même des saveurs mathématiques : pour les uns c’est une saveur aigre, amère, pouvant aller jusqu’à un rejet complet de la discipline et à arborer une vraie fierté de trouver la discipline nulle dans les dîners en ville, et pour les autres une saveur douce, sucrée, qui en fait une discipline délicieuse.

Et puis, après une introduction consensuelle, madame Burban est allée droit au but :

Quand on affirme qu’il n’y a pas de mathématiques dans l’enseignement scientifique, comment voulez-vous qu’un proviseur offre la possibilité qu’il y en ait ? Attention aux propos de chacun, qui peuvent avoir des conséquences dans la réalité.

Pour Anne Burban, les mathématiques de l’enseignement scientifique sont bien présentes et vont au-delà des trois piliers cités par Lautréamont : « Arithmétique! algèbre! géométrie! trinité grandiose! triangle lumineux! Celui qui ne vous a pas connues est un insensé! »

Un élève ayant suivi pendant deux ans l’enseignement scientifique du tronc commun ne devrait pas en sortir « insensé » au sens de la capacité de donner du sens mathématique aux phénomènes naturels ou humains.

Pour madame Burban, oui, il y a de la géométrie dans l’enseignement scientifique de première au travers par exemple de l’étude des cristaux, de la Terre (Madame Burban a évoqué Delambre et Méchin, ce qui devrait parler à mes élèves de sixième…). Oui, il y a de l’algèbre dans l’enseignement scientifique de première (compacité, masse volumique) et en terminale (intensité, tension, puissance et énergie, en lien avec l’emploi des lignes à haute tension). Mais on va au-delà : les graphes, les statistiques et les probabilités, l’optimisation sous contraintes, avec une part importante dévolue à l’algorithmique et la programmation.

Ce programme veut donner à voir des mathématiques présentées de manière inhabituelle. D’ailleurs, les programmes sont rédigés en phrases, ce qui est inhabituel en mathématiques où d’habitude les programmes sont présentés sous la forme d’une succession de notions.

Anne Burban a ensuite souligné le lien entre saveurs et savoirs : l’origine des deux mots tient dans la même racine, le latin sapor : le goût, ou le discernement. Il est important, y compris dans l’enseignement scientifique, de faire acquérir non seulement une culture, mais aussi des savoirs et des savoir-faire. Madame Burban a particulièrement insisté sur les ordres de grandeur ce qui m’a plu à titre personnel, et ceux que je forme comprendront. Elle a aussi évoqué les champs conceptuels de Vergnaud, qu’elle a explicités rapidement.

Je ne suis pas certaine qu’un enseignant qui ne serait pas mathématicien de formation pourrait faire apparaître ces trois volets du champ conceptuel de ce qu’il fait étudier.

Et en conclusion :

Les choix réalisés par les enseignants de situations didactiques et pédagogiques appropriées font dépasser la première impression, amère et acide, pour accéder à une saveur parfois exotique. Les professeurs de mathématiques, artisans et artistes de la pédagogie et de la didactique, sont ceux qui donnent la passion d’une discipline aux multiples facettes.

afficheapmep_2019_red

Non classé

Gauche-droite en CE1

Cette semaine, j’ai mis en oeuvre avec ma collègue Christelle la séance gauche-droite que j’avais construite. Je la décrivais ici.

Je suis très contente de la mise en oeuvre : nous nous sommes bien amusés au départ avec notre danse vers la gaude-vers la droite-vers la haut-vers le bas, et dans le reste de l’activité les enfants ont veillé à bien appliquer mes consignes, relayées soigneusement par Christelle. Par binôme, un enfant guidait, un autre dessinait, puis chaque binôme validait en glissant le chemin-solution dans la pochette du dessinateur. Ça a vraiment bien fonctionné et les enfants ont été très très actifs. Nous pensions que seulement quelques-uns arriveraient au niveau 3, qui résisterait, et s’il y a eu en effet résistance, les enfants ont presque tous réussi à le valider.

C’était bien chouette.

Non classé

Drôle de numéro nombre

Aujourd’hui , j’ai fait l’acquisition de Drôle de numéro, un jeu pour les élèves des classes d’écoles que je visite.

Unknown

Je suis bien contente de mon achat, mais je ne suis pas sûre de respecter la règle et je trouve le titre franchement mal choisi, même si je comprends la volonté d’accrocher avec une expression courante et sympathique.

Voici la règle en vidéo :

Ainsi, on retourne une carte de la pile et on la pose à côté de la pile. On a donc deuxUnknown2  cartes visibles. La carte retournée indique ce qu’il faut regarder sur l’autre carte : si je vois ABC, cela signifie que je dois chercher sur l’autre carte le nombre écrit en lettres rouges. Si je vois 123, il faut prononcer le mot-nombre du nombre représenté en chiffres bleus. Impec en cycle 2. Si c’est ABC+ qui apparaît, je cherche le plus grand nombre écrit en lettres. Si c’est 123-, je prononce le mot-nombre du plus petit écrit en chiffres. C’est sympa : on travaille aussi l’ordre. C’est le joueur le plus rapide qui gagne.

Jusque là, tout va bien.

Il arrive qu’une carte comporte plusieurs lignes :

Capture d’écran 2019-05-11 à 17.06.57.png

Dans ce cas, on doit concaténer les chiffres des nombres énoncés dans leur ordre de lecture. Là, ça me pose un problème : lire 20 et devoir comprendre qu’il s’agit de dizaines de milliers me semble difficile, voire dangereux pour la construction du nombre des élèves. Et cela rend le jeu impossible à jouer en cycle 2. Or je l’ai acheté plutôt pour les cycles 2, pour automatiser la reconnaissance des nombres avec différentes représentations. Je pense donc jouer plutôt en demandant d’énoncer verbalement chaque nombre successivement, et avec les plus vieux demander la somme. Avec mes collégiens, je demanderais bien le produit, car on ne dépasse pas vingt, ce qui me semble en même temps raisonnable et résistant.

Je vais essayer cette semaine avec des élèves de différents niveaux. Avec les adultes, j’essaierai avec la règle de base. Mais je ne suis pas certaine que cette règle fasse avancer du point de vue de compétences mathématiques.

Enfin, je n’aime pas le titre, pour des raisons évidentes : le mot numéro évoque le comptage-numérotage.

Mais sans doute je chipote : c’est un jeu. N’empêche que j’en parlerai aux élèves, et ainsi cela me permettra d’expliciter nombre et numéro.