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« A celles et ceux qui doutent « 

Huit étudiants d’AgroParisTech ont mis les pieds dans le plat d’une façon assez frappante, lors de la cérémonie de remise des diplômes. Ils refusent un système, l’assument et le disent publiquement. Inspiré(e)s, oui, elles et ils le sont. Courageuses et courageux, aussi, et c’est joli.

Bifurquer. C’est un joli mot, bifurquer. Et c’est une décision libératrice.

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Le bac et ma fille : la délicatesse qui répare

Dans la catégorie bonne nouvelle, et même franchement excellente nouvelle, après des aménagements bien ajustés pour l’épreuve pratique de NSI, nous venons d’être informés d’aménagements pour le grand oral : ma fille aura son moment d’interactions par écrit (ça c’était prévu), que ce soit pour recevoir les questions ou pour y répondre, mais, surtout, les questions seront le plus fermées possible, le barème adapté, et le jury aura été mis au courant des aménagements en amont. Et ça, ça change tout. Pour ma fille comme pour le jury, d’ailleurs.

Ce que ça change aussi, c’est ma sérénité à moi. J’ai un énorme poids en moins. J’ignore si Alice réussira ses épreuves, mais au moins elle est prise en compte, en tant que personne et non sous la forme d’un numéro de candidat dérangeant. La communication avec les inspecteurs qui s’en chargent a été fluide, empreinte de bienveillance, sans l’ombre d’un jugement. Délicate, en fait. Je vis cela comme une réparation.

Je sais que des personnes se sont senties heurtées, vexées, peut-être blessées par ma communication, des articles ici ou la lettre ouverte commune avec d’autres parents d’enfants autistes. Evidemment mon intention n’était pas de heurter qui que ce soit, mais simplement de faire respecter les droits de ma fille et de lui permettre de passer au moins ce fichu bac. Elle a 17 ans, et ça fait bien 12 ans de lutte scolaire, donc de lutte personnelle. Elle tient bon, mais c’est vraiment dur. Et donc, si des personnes de bonne volonté se sont senties heurtées, j’en suis désolée ; mais il faut que nous nous interrogions collectivement : pourquoi ces personnes n’ont-elles pas eu vent plus tôt du cas de ma fille, alors que nous nous sommes attaqués à la demande d’aménagements pour le bac dès le début de la classe de seconde ? Pourquoi faut-il hurler pour être entendu en plus haut lieu que l’établissement scolaire ? Le lycée (équipes enseignantes, de vie scolaire, infirmière, administration) sont montées au créneau avec nous ; la médecine scolaire aussi. Eux aussi ont été frustrés des fins de non recevoir, eux qui oeuvraient activement à rendre le quotidien scolaire d’Alice moins difficile. Des services académiques ou ministériels m’ont dit (mais jamais écrit, bien sûr) des choses violentes : « Estimez-vous heureuse qu’elle soit en terminale ! C’est rare dans un cas comme le sien », « L’égalité, madame, vous savez ce que c’est ? » (oui, et l’équité, aussi), « Votre fille n’est peut-être pas faite pour le bac, à un moment il faut savoir s’arrêter », sans compter les « Elle est timide, en fait, hé bien c’est l’occasion, elle se force, elle respire et voilà ! », « Tout le monde est capable de passer le grand oral. Tout le monde. C’est une promenade de santé ». On m’a plusieurs fois affirmé que ce n’était pas le corps d’inspection qui s’occupait des aménagements, intimé de ne pas m’adresser à eux ; et tout ça, c’était faux. Peut-être les personnes qui m’ont dit cela ont-elles fait une erreur, peut-être suis-je tombée au mauvais moment, mais en attendant derrière il y a une personne, une famille, un combat, de la souffrance.

Je n’ai pas non plus reçu de réponse à notre lettre, de la part des 37 élus à qui je l’ai envoyée, sauf du cabinet du premier ministre qui m’a informée que ce n’était pas son affaire et que le ministère de l’éducation nationale me répondrait.

Je vous laisse imaginer l’impasse dans laquelle se trouvent les familles qui ne connaissent pas l’éducation nationale : je suis prof, tenace, en lien avec beaucoup d’interlocuteurs à l’intérieur du système, qui m’ont aidée. D’autres n’apprécient pas ou me trouvent pénible et je suis capable de l’entendre, et de le relativiser sans me sentir illégitime : soit ils sont frustrés car ils auraient aimé pouvoir intervenir et nous nous entendrons, car ce n’est ni leur faute, ni la mienne, soit nous resterons en désaccord car le problème est plus profond.

En attendant, l’air est plus léger sur nos épaules. Merci beaucoup, beaucoup aux inspecteurs qui nous ont apaisés.

Alice entame la dernière ligne droite et ensuite une nouvelle ère commence.

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Marion, Marion, regaaaarde !!!

On a vraiment écrit un bouquin, toutes les deux !!! C’est pas dingue ??? Et il y a même un prix, comme pour un vrai livre…

Ah, mon oreillette de chez Hatier me signale que C’EST un VRAI livre. Gloups.

Et je vois aussi une date de sortie.

Point positif : on va voir le bout.

Point moins positif : on n’a pas tout à fait fini. Tout est écrit, mais il faut relire, corriger, améliorer, amender, harmoniser… J’ai passé ma journée dessus, Marion aussi ; je m’y remets demain !

Autre point positif : nous ne savons pas si ce petit ouvrage vous plaira, mais nous avons eu beaucoup de plaisir à tout tester, re-tester, améliorer et mettre sur papier, ensemble. Nous, nous en sommes contentes, jusqu’ici… 🙂

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Claire passe un diplôme

Un jour en 2020 : qui veut participer à une nouvelle formation qui mettrait en lien la recherche et les formateurs dits de terrain ? Moimoimoimoimoi, siouplé !

Février 2021 : alors, alors, ça commence, quand, on y va, c’est bientôt ?

Mars 2021 : mais qu’est-ce que c’est que tout ce jargon ? Je ne vais pas y arriver si je ne comprends rien…

Ce qui me résiste

Qu’est-ce qui relève du vocabulaire spécifique indispensable, qu’est-ce qui relève d’un vocabulaire par trop spécialisé ? Pour moi qui forme aussi au décodage, à la compréhension et à l’accueil des élèves allophones, l’accessibilité du langage est primordiale. J’avance en équilibre précaire sur une ligne de crête : les savoirs partagés par des personnes initiées à leur propre langage m’imposent de m’emparer de ce langage, mais je sais que ce faisant je risque de l’utiliser dans d’autres contextes de formations que j’animerai, dans lesquels d’autres se sentiront exclus. Or je ne tolère pas cette exclusion : le savoir est fait pour être partagé par tous ceux qui le souhaitent ou en ont besoin et ce partage est à la base de mon projet de société. Je dois donc en permanence lutter contre des résistances qui pourraient m’empêcher d’apprendre. Tout l’enjeu, pour moi, est de rester fidèle à mes principes, à réussir à les faire vivre sur le terrain, en ayant l’humilité d’accepter de m’engager sur des territoires de savoirs inconnus et souvent résistants par le langage.

Et croyez-moi, c’est un exercice de funambule.

Extrait de mon premier écrit réflexif

Avril 2021 : suis-je légitime dans une formation passeurs, moi qui ai quitté la formation académique ? Etre formatrice ou ne pas l’être, telle est la question… Qu’est-ce que je veux faire, d’ailleurs, en réalité ?

Ce qui m’interroge

Un métier composite ou plusieurs métiers distincts ?

Cette phrase de Corinne Mérini me fait réfléchir différemment : « Amener à renforcer le pouvoir d’action de l’autre est tout l’objet des métiers en intermétier« . Vu sous cet angle, c’est enthousiasmant. Mais en même temps, cela accentue encore le fait que les métiers de la formation sont de « vrais » métiers, complets, et très différents de l’enseignement. Est-il possible de s’impliquer autant dans les deux en parallèle ? Dans le second degré, on ne peut pas être formateur sans être aussi en classe. Est-ce possible de mener les deux de front, en étant efficace et utile, sur le long terme ?

Extrait de mon deuxième écrit réflexif

Mai 2021 : mais c’est quoi, en fait, les sciences de l’éducation ? Je m’y retrouve, là-dedans ? Pas sûre… Je suis imprégnée de ma culture maths ; c’est difficile d’entrer dans une culture si différente. En même temps, toutes les sessions de formation m’ont apporté et déjà transformée, alors oui, je m’y retrouve, quand même.

Ce qui me construit

Pratiques et discours sur les pratiques : le grand malentendu

Bernard Charlot revient sur l’opposition supposée entre les savoirs du chercheur et ceux du praticien :

« En réalité, ce que le praticien oppose à la théorie, ce n’est pas, comme il le croit, sa pratique, c’est son discours sur sa pratique. Or, ce discours utilise des concepts le plus souvent non contrôlés, et bien souvent enracinés dans une théorie sans qu’il le sache. »

Je pense que ce propos vient à point nommé : d’une certaine façon il résume mon propre dilemme, qui pourrait s’apparenter à un déchirement parfois, et à un équilibre instable toujours. Mon identité professionnelle est mouvante, elle aussi mal définie, toujours précaire. Selon les rôles que j’incarne, qui suis-je aux yeux de mes collaborateurs ? Qui suis-je à mes propres yeux ? Qui sont mes pairs ? Mon mémoire de CAFFA m’avait aidée à progresser dans ma professionnalisation de formatrice ; mais aujourd’hui, en accumulant de nouveaux savoirs, en accédant à d’autres niveaux de compréhension, ces acquis sont remis en cause.

Extrait de mon troisième écrit réflexif

Septembre 2021 : je n’y arriverai pas. Je n’avais pas compris qu’on aurait tout ça à produire. Comment vais-je réaliser une expérimentation ? Ecrire un mémoire ? Je suis un imposteur, moi, dans ce dispositif. De toute façon je ne suis plus formatrice académique. Au secours.

Octobre 2021 : gloub. Trop de projets. Je bois la tasse. Le DE me demande de dégager des moments longs pour réfléchir, lire, écrire, je n’en trouve pas. Je m’accroche. Je m’accroche ? Non. Je décroche. Mais j’ai déjà abandonné le master dida, c’est quoi mon problème ?

Encore octobre 2021 : je m’accroche. Les formateurs sont top, ils me disent de leur faire confiance, que ça la le faire. Je leur faire confiance, ça va le faire. Enfin, je vais faire au mieux.

Novembre et décembre 2021 : chut, je lis.

Janvier 2022 : j’ai fait la connaissance de Rabardel. Ca résonne dur, même si la lecture est parfois âpre. Et que j’ai définitivement un problème avec le jargon et l’écriture réservée aux initiés.

Février 2022 : à fond. J’ai commencé à construire un plan, compris des tas de choses que je n’avais pas comprises. Je sais que je me plante sur tout un tas de trucs, mais ce n’est pas grave : ce qu’on me demande n’est pas de savoir, mais de montrer que j’ai des repères pour en trouver (des repères). L’important n’est pas de répondre à ma problématique de façon complète, exacte ou définitive, c’est de m’engager dans une démarche de recherche.

Mars 2022 : j’en suis à la moitié de mon mémoire. J’ai trois entretiens sur quatre, passionnants.

Avril 2022 : quatrième réécriture de ma moitié de mémoire. Je m’éclate.

Encore avril 2022 : tiens, je vais m’inscrire à cette certification-là, pour l’année prochaine… Ca a l’air chouette ! Mais d’ici là, je fais de la place, je refuse des projets, je mets mes conditions sur d’autres. Mon problème c’est l’espace libre. Alors je vais changer deux ou trois trucs.

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Hé, les copains ?

Aujourd’hui, c’est le dernier jour pour proposer un atelier aux prochaines journées nationales de l’APMEP, à Jonzac, du 22 au 25 octobre 2022. Je vais présenter le dispositif anamorphoses que j’ai mené en classe, et François Abélanet m’a autorisée à présenter et utiliser sa machine à anamorphoses ; il pense même pouvoir intervenir avec moi, youhou! Mais j’ai un problème : je cherche un titre évocateur, fantaisiste et percutant pour mon atelier (et en lien avec « Où se cachent les mathématiques ? »). Z’avez des idées ?

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Premiers pas vers les maths, version 2022

Aujourd’hui, je suis toute fière : bientôt va sortir la nouvelle édition de Premiers Pas vers les Maths, de Rémi Brissiaud. C’est à moi que Retz a demandé de reprendre le texte de Rémi, pour l’expurger de ce qui n’était plus d’actualité par rapport à ses propres pratiques, à la fin de sa vie. Et comme Rémi était un petit pois sauteur muni d’une réflexion infatigable, toujours à chercher à intégrer les derniers savoirs de la recherche, les derniers outils technologiques, il y avait en effet matière à réflexion.

Pour retravailler et commenter cette nouvelle édition, j’ai écouté, ré-écouté et ré-ré-écouté les conférences de Rémi, entre 2017 et sa mort. Toutes mes notes viennent directement de ses propos, ou de conversations que j’ai eues avec lui ; c’était important pour moi, car je m’en serais voulue de trahir son propos.

Retz m’a informée que son épouse avait apprécié la préface que j’ai écrite. Voilà qui me fait encore plus plaisir. Je l’ai écrite avec les notes d’une des dernières conversations en visio que nous avons eue, Rémi et moi. Il m’avait parlé de sa maladie, et avait tourné l’ordi vers la vue qu’il avait de chez lui, dans le Sud de la France. Il m’avait dit « Regarde, on n’est pas bien, là ? Qu’est-ce que je pourrais vouloir de plus, franchement ? »

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Joie

Alors que je suis bloquée à la maison pour cause de Covid (avec un variant dont le numéro est 417, même pas un nombre premier, quelle misère…), que je me demande si nos anamorphoses en ruban adhésif sont déjà par terre (je devais faire coller les contours aux élèves dans la semaine, et là après ce sont les vacances… Dans trois semaines, que va-t-il rester ???), je reçois d’assez nombreux messages d’élèves et de parents, tous plus gentils les uns que les autres.

Hé bien ça fait du bien, vraiment. Le must, c’est l’élève qui me remercie pour « cette période pleine de joie ». Quel joli mot, « joie », et quelle belle chose que de l’associer à la période du collège, pas forcément la plus agréable de l’existence…

Attendez un peu la rentrée… On en a, des trucs chouettes à faire ! Bon, c’est pas si grave que le nombre 417 ne soit pas premier, allez.

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Des innovations qui font bouger le monde…

Céline Valette m’a signalé cette innovation de fou (et que tu penses à moi en voyant cela m’a amusée et fait bien plaisir, Céline…) :

Alors bon, je pense que c’est l’occasion de travailler le décimal dans toutes les familles : quelle fraction d’anniversaire peut-on fêter ? Pourquoi ? Et d’ailleurs, Vahiné a-t-il prévu la bougie-barre-de-fraction pour celles et ceux qui ont envie de fêter leur tiers-niversaire ? J’espère bien, non mais sans blague.

On n’arrête pas le progrès…

Par contre, le premier qui fait bouger la virgule sur le gâteau, je déboule. Que ce soit dit.

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Chères vaches, je vous écris ce soir…


parce que les copines et les copains de la mathosphère et moi, nous aimerions beaucoup cette affiche. Pourriez-vous nous l’envoyer en numérique ou en papier ? Je précise que je suis normande… Ca compte, non?

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Non.

Voilà un tweet qui explicite clairement ce qui en fait me gêne peut-être le plus profondément :

Ce gouvernement nous maltraite depuis le début de son mandat et par l’intermédiaire de toutes et tous ses représentants. C’est déjà un point difficile à encaisser, d’autant plus que nous sommes fonctionnaires : notre employeur nous rend la vie difficile, toujours plus difficile, nous méprise et nous rabaisse en permanence.

Mais pire encore (pour moi), c’est notre métier lui-même qui est envisagé au filtre de fantasmes poujadistes, à travers une pensée toute petite, petite, petite. Monsieur Macron n’a-t-il pas idée des compétences, devoirs et obligations qu’implique le métier qu’a exercé son épouse ? Nous tricotons patiemment des séances qui s’articulent en séquences, entrelacées dans des programmations rusées, pour servir une progression efficace, en prévoyant différenciations, remédiations, réactivations, en mitonnant tout cela pendant des soirées, des weekends et des vacances, et en fait ce qui est important c’est de « faire des heures » et de transformer l’école en garderie ?

Non.