A l'attaque !·Chez les chercheurs·Chez les collègues·Formation·Maths et genre·Maths pour tous·Tous ensemble !

Il n’y a pas nécessairement de baguette magique

Ici, vous trouverez un article et une petite vidéo qui propose de réfléchir à des stratégies pour réduire l’anxiété associée à l’apprentissage des mathématiques et des sciences.

capture d_écran 2019-01-16 à 18.52.14

« Les mathématiques sont une source de très grande anxiété pour les élèves, les filles sont sous-représentées dans le monde des sciences et des technologies, et celles qui vont développer un sentiment de non-compétence par rapport à ces disciplines le feront avant l’âge de 9 ans« . Alors comment faire, quels outils donner aux enseignants de primaire pour éviter cela ? L’outil Capture d’écran 2019-01-16 à 18.52.06.pngprincipal proposé par les deux intervenantes, Maude et Kim, c’est le temps. Le temps alloué aux sciences et en article aux mathématiques dans les programmations, mais aussi  le temps donné aux enseignants pour se former sereinement, en se confrontant eux-mêmes à leurs zones d’inconfort, à partir d’outils qu’ils connaissent déjà. En laissant les enseignants s’engager dans des domaines qui leur sont moins familiers, donc moins agréables à travailler et à enseigner, en les laissant échanger entre eux à partir de leurs découvertes, on leur permet d’avancer. C’est aussi l’occasion de travailler sur l’erreur, la leur d’abord, pour mieux appréhender, comprendre, accepter et traiter celle des enfants. L’une des intervenantes dit « Il n’y a pas nécessairement de baguette magique » : on peut trouver des solutions sans forcément « innover ».

« Accorder du temps, c’est accorder de la valeur » – Maude Lamoureux

A quoi ça sert les maths ?·Activité rigolote·Apprendre·Culture mathématique·Evénement·Expo de maths·Je suis fan·Manipuler·Maths ailleurs·Maths en vidéo·Maths et arts·Maths et BD·Maths et genre·Maths et musique·Maths et société·Maths par les jeux·Maths pour tous·Tous ensemble !

La semaine des mathématiques 2019

Du 11 au 17 mars 2019 aux lieu la semaine des mathématiques 2019.

Capture d’écran 2018-12-20 à 18.32.50.png

Le guide est ici. On peut y lire que « le thème n’est pas « Jeux et mathématiques », mais « Jouons ensemble aux mathématiques », pointant que le plaisir que peuvent procurer les mathématiques pourrait être un plaisir partagé, voire collectif ». On y trouve aussi beaucoup de pistes, et le guide regroupe des ressources autour des maths, par niveau.

A l'attaque !·Apprendre·Ca fait pas du bien aux maths·Chez les collègues·Décrochage·Genre·Lire·Maths et genre·Oups·scandale·Tous ensemble !

Paradoxes et genre

Un lecteur m’a envoyée vers un article du Café Pédagogique, paru hier, intitulé « Confirmé : L’Ecole préfère et surnote les filles« . François Jarraud explique qu’une étude italienne sur des élèves de sixième confirme ce qu’une autre étude, française, avait mis à jour : « les filles sont surnotées,  particulièrement en maths ».

La méthodologie de l’étude française est simple : on a comparé les résultats de travaux corrigés d’élèves, de façon anonyme et non anonyme. « L’écart de notation est d’environ 6% en faveur des filles quand les travaux ne sont pas anonymes. Elles dominent alors les garçons. Quand les travaux sont anonymes, les résultats des garçons dominent de façon claire ceux des filles en maths. Une situation qui ne se retrouve pas, en France, pour les devoirs de français.« 

L’étude italienne, elle, montre que l’évaluation par les enseignants est défavorable aux garçons, de façon deux fois plus importante en maths !

Mais pourquoi ? Pour Adriana Di Liberto et Laura Casulales enseignants « ont tendance à favoriser un comportement « de fille » en classe. Et punissent d’autant plus les garçons pour leurs écarts de comportement ». En fait, les filles se conforment davantage aux exigences scolaires en terme de comportement, d’engagement dans les études, de contrôle de soi. François Jarraud écrit « et finalement cela leur réussit. Enseigner ces compétences reste encore un défi peu relevé dans le système éducatif français. »

Jean-Louis Auduc, un expert sur les questions de mixité, livre une analyse un peu différente : les enseignants sur-valoriseraient les filles en interprétant de façon erronée ce qu’est encourager, pensant que les filles sont plus en difficulté scolaire que les garçons.

Evidemment, tout cela a sans doute des effets délétères, si les un(e)s et les autre(s) le perçoivent : on n’est pas dans l’égalité, à nouveau. En Italie, les garçons décrochent bien davantage que les filles (18% contre 12%). Est-ce directement lié ?

images

Enfin, C Terrier souligne que  » En mathématiques, les classes dans lesquelles les enseignants présentent les plus forts degrés de discrimination positive envers les filles sont aussi les classes dans lesquelles les filles progressent le plus relativement aux garçons ». Mais pourtant, mieux vaudrait pouvoir utiliser l’évaluation pour encourager (de façon juste et la plus objective possible) filles comme garçons… Le fait que les filles évoluent mieux que les garçons est-elle due à une approche différente, ou au fait qu’on « saque » les garçons ? Et comment lier tout ceci à la trop faible représentativité des filles dans les études scientifiques ?

Je remercie en tout cas le lecteur qui m’a orientée vers cet article. D’abord parce qu’il me fait vraiment réfléchir, et qu’il nous faut prendre conscience de cette pratique néfaste, même si elle est inconsciente. Ensuite, parce que ce conseil de lecture faisait référence à mon précédent article, et cela me fait réfléchir encore différemment.

Chez les collègues·Education·Enseignement·Maths et genre

Mathématiques, pour papa aussi

J’ai reçu il y a quelques jours Mathématiques pour papa, dans la même série que Mathématiques pour maman. Alors, qu’en dire ?

Tout d’abord, je me posais la question de savoir si Mathématiques pour papa serait aussi condescendant que Mathématiques pour maman. La réponse est oui. On se prend en pleine face le sexisme, c’est vrai, mais correspondant à l’époque, en gros. Je reste agacée par la différence de niveaux couverts par l’un et l’autre des ouvrages, et par le choix des exemples, hyper sexués, mais papa en prend aussi pour son grade dans le genre cliché ambulant.

La vision des maths dites modernes est amusantes : « Pour faciliter aux esprits préalablement « déformés » par les mathématiques classiques l’approche des notions modernes, …« . Je pense que pour beaucoup d’ex-élèves, la « déformation » n’est pas due aux maths classiques, mais aux maths modernes.

Le début du livre s’intitule « à bas Euclide! » et cherche à relativiser la modernité des maths modernes. Ce passage explique que les enseignants, en exposant les maths d’Euclide, sont comparables à des gardiens de musée. C’est exactement ce que je ressens aujourd’hui lorsque je transmets la géométrie de Pythagore et de Thalès, à l’heure de la géométrie sphérique. J’aurais bien aimé que ce préambule soit développé, et cela me fait réfléchir à mon voeu de voir le programme de géométrie à enseigner changer. Je n’ai pas tellement réfléchi à la violence d’une telle mutation.

Toujours des petits dessins rigolos…

Ensuite, le bouquin ressemble à son homologue féminin, si ce n’est qu’il va plus vite et plus loin. Les exemples portent sur Bardot, Lollobrigida, Louis XIV, XIII, XV, etc., les états des Etats-Unis, le bridge, la chasse et la pêche. Il n’y a pas de couleurs, alors que dans l’autre tome si. Il y est moins question de comprendre pour le plaisir de comprendre, et davantage pour « ne pas perdre la face » devant sa progéniture. Là où la femme s’instruit par altruisme, l’homme s’instruit par vanité. Le dénombrement y est abordé, ainsi que les nombres complexes, la notion de corps, d’anneaux, de calcul matriciel et de produit vectoriel. Dernière différence : il n’y a pas de mot de la fin, pas d’au revoir comme dans Mathématiques pour maman.

Chez les collègues·Education·Enseignement·Maths et genre·Maths et société

Mathématiques pour maman

Hier, nous sommes allés à Quevreville la Poterie. J’avais achevé de mettre en pot des litres et des litres de confiture, lavé une grande partie des draps, couettes et oreillers de la maison, nous avions tout bien nettoyé et rangé. Alors nous sommes partis fouiner dans cette IMMENSE bouquinerie.

J’en ai trouvé, des choses. Pour la fille d’amis, pour mon papa, pour mes élèves de l’année prochaine, pour mon mari, pour moi. J’ai même trouvé les trois bouquins de Piaget que je cherchais depuis si longtemps, et deux de Baruk. Et à vingt centimes, en plus. Mais ma pépite, la voilà :

Au départ, quand je suis tombée sur ce bouquin, j’ai été intriguée. Je suis maman, j’aime les maths, il s’adressait donc sans doute à quelqu’un comme moi, il y a quelques dizaines d’années. Impression corroborée par le feuilletage rapide du livre : il y est question de théorie des ensembles, de « maths modernes ». Allez hop, me suis-je dit, 1€ pour un bouquin qui m’appelle, c’est une aubaine.
Rentrée à la maison, je feuillette l’introduction. Là, je me suis dit une bonne dizaine de fois que l’époque n’est pas la même, mais tout de même. 1969, c’est tout récent. Et n’aurait été le regard amusé de mon mari attendant que je pique une crise de féminisme aigü, je me serais bien laissée aller…

Je cite (et je commente. Faut que ça sorte) :

« Nous aurons pu réaliser à votre intention, madame, un abrégé de « Mathématiques pour Papa » à grand renfort de ciseaux et de colle.« 
En effet, les auteurs ont tout d’abord écrit un Mathématiques pour Papa, que j’ai commandé et que j’attends avec hâte. Le ton en sera-t-il aussi condescendant ? Ca part mal : mathématiques pour Papa couvre des petits classes à la terminale, quand Mathématiques pour Maman s’arrête en troisième. Faut quand même pas en demander trop à Maman, après elle va oublier de surveiller le rôti sinon.          « Nous avons préféré vous écrire quelque chose d’entièrement différent, mieux adapté au climat intellectuel de ces heures bénies où, tout à la fois, votre fils de onze ans vous demande la différence entre une injection et une bijection, votre fille de neuf ans souffre sur une addition en système binaire et confond dangereusement ses études avec l’ensemble vide, votre petit dernier hurle dans le berceau pour vous obliger à le prendre dans vos bras, le téléphone sonne et, dans votre four, un gâteau d’anniversaire hésite doucement entre le Tanezrouft et le carbonifère…« 

 Le « climat intellectuel de ces heures bénies » ??? Ils décrivent l’enfer, ces gars-là, et ils parlent de climat intellectuel et d’heures bénies ??? Cela mis à part, on reste songeur sur l’étude des injections, surjections de bijections à en sixième et sur le calcul en base deux en CM1. Et puis enfin, le parallèle entre le gâteau qui brûle avec le Tanzrouft (un désert situé à cheval sur l’Algérie et le Mali) et le carbonifère me semble relever d’un humour assez peu scientifique de par l’hétérogénéité des parallèles.

« Autant vous avouer tout de suite notre hypothèse de départ : nous vous avons supposée furieusement littéraire, déclarant à tous échos n’avoir jamais rien compris aux mathématiques, donc vous avez, d’ailleurs, scrupuleusement presque tout oublié.« 

Serge, René, si vous m’autorisez cette familiarité, autant vous le dire tout net : vous auriez mieux fait de ne rien avouer du tout. Vous multipliez les erreurs et les maladresses, quand bien même vous êtes pétris de bonnes intentions.
D’abord, pouquoi madame Godiche est-elle forcément « furieusement littéraire » ? Pourquoi « furieusement », pourquoi « littéraire » ? Pourquoi aussi est-ce en opposition, d’être scientifique et littéraire ?
Ensuite, pourquoi madame Godiche au gâteau carbonisé doit-elle être activement contre les maths ? Elle pourrait simplement ne pas s’y intéresser, ou ne pas avoir compris, sans fureur déclarative. Elle peut aussi n’avoir pas retenu toutes ces notions abstraites, parce qu’elles ne lui servent à rien dans son quotidien aussi rempli que solitaire. Elle a peut-être non pas scrupuleusement, mais simplement oublié.
C’est vrai cependant, pas mal de gens revendiquent leur désamour des maths, affirment leur incompétence avec force. C’est bizarre. Je suis, pour ma part, une quiche en gymnastique, mais cela ne me rend pas fière.

Ca m’a rappelé ce qui disait Villani dans Comment j’ai détesté les maths, à partir de la trentième seconde de la bande annonce :

Bon. Une fois cette délicieuse introduction passée, force est de constater que l’ouvrage est plutôt bien fait. Assez pédagogique, s’appuyant sur des cas concrets (le plus souvent relatifs aux enfants, car madame est surtout Maman, et épouse, mais il reste fort peu de place à autre chose). C’est dommage que tout soit sous-tendu par cette incroyable condescendance.

L’icône signifie « fondamental »

Celle-ci signifie « A vous de jouer ! »

Là, j’ai du mal. Avec Papa et Maman.

Ils s’énervent, là, Serge et René, non ? 

La fin du livre m’a surprise : on y emmène madame (oh pardon, Maman) vers l’ensemble des nombres complexes, les matrices et les graphes. De façon sommaires, le tout résumé en trois pages, mais cela révèle une certaine ambition.

La conclusion, fort galante :

Education·Enseignement·Evénement·Formation·Maths et genre

Translittératie, l’égalité filles garçons

C’est l’intitulé d’un colloque auquel j’assite depuis hier et jusqu’à demain.

La journée d’hier a été dense, et les intervenants se sont enchaînés rapidement, pour faire état de leurs recherches, de leurs connaissances, d’actualités sur la question du genre. Passé le temps d’adaptation nécessaire pour moi pour changer de registre et m’habituer à un lexique différent (déjà, j’ai dû chercher pour trouver une définition de la translittéracie que je puisse vraiment comprendre), j’ai profité avec bonheur de toutes ces expériences, de la grande diversité d’approches proposées.

La première session a été celle de Nicole Mosconi, docteure en sciences de l’éducation. Son intervention était en même temps intéressante, parfaite comme entrée en matière, ouvrait sur de multiples questionnements et était tout à fait accessible. Elle posait la question de l’apparent paradoxe entre la réussite scolaire des filles et la mauvaise rentabilité de cette réussite sur le marché du travail. 
Les réflexions sur la norme proposées par madame Mosconi interrogent : la norme renvoie aux stéréotypes, à des représentations très fortes et ancrées dans les inconscients. Pour le garçon, être garçon c’est « Sois un chef », « On n’est pas des gonzesses » ou « Tu me cherches, tu me trouves ». Pour les filles, « Sois douce, emphatique, séduisante », « Ne cherche pas à concurrencer les garçons », « Sois docile et pas agressive ». Ces stéréotypes sont des conséquences du sexisme, sous la forme de croyances rigides, caricaturales, par lequel un groupe dominant catégorise un groupe dominé. Ils s’instillent dans les esprits depuis la petite enfance et altèrent les regards sans que chacun en ait une conscience claire.
Du côté de l’école, madame Mosconi a fait état d’observations, sur des échantillons d’effectifs suffisamment importants pour qu’elles soient généralisables : en primaire en particulier, les garçons, dans la cour de récréation, sont toujours en mouvement, occupent l’espace et les lieux de jeux. Les filles se retrouvent rejetées sur les côtés et sont statiques, collées les unes aux autres sur les bancs. Des vidéos ont été tournées, qui montrent les stratégies mises en oeuvre par les garçons, consciemment ou non, pour par exemple repousser les essais de filles pour atteindre les tables de tennis de table. C’est en effet assez frappant. Et es filles finissent pas laisser tomber et retrouver en grappes dans leur coin. 
De façon générale, le garçon est plus communément accepté par ‘enseignant comme rebelle à l’autorité scolaire, peu enclin aux études, comme ayant besoin d’activité physique. La fille en revanche, censée aimer l’école, davantage valorisée par la réussite scolaire, est perçue comme personnellement hostile à l’enseignant si elle agit autrement. On relativise chez les garçons les comportements qui choquent chez la fille. Au final, les filles développent un sens de la norme scolaire qui les rend de bonnes « élèves professionnelles ».