Actualité·Apprendre·BRAVO!!!·Je suis fan·Lire·Merci !

La bourrasque

La bourrasque est un livre écrit par Mo Yan, prix Nobel de littérature, illustré par Zhu Chengliang et traduit par Chun-Liang Yeh, édité chez Hongfei. Il est une adaptation d’une nouvelle de Mo Yan, émanation d’un souvenir de vie, et il est magnifique. C’est l’histoire d’un coup de vent ; pas n’importe quel coup de vent : une bourrasque mise en mots, en images et en émotions avec beaucoup de talent. Je pense que cet ouvrage peut s’adresser à un large public. Le vocabulaire n’est pas évident pour des petits (bourrasque, portillon, digue, faucher, azuré par exemple), mais qui n’est pas non plus rare.

J’aimerais lire cette histoire à des élèves pour écouter leur sentiment ensuite : qu’éprouvent-ils en se mettant à la place de l’enfant et de son grand-père : de la tristesse, de la frustration, de la fierté ? Car on peut rester sur un sentiment d’échec, mais ce n’est pas ainsi que l’auteur envisage son aventure :

Le goût que nous a laissé cette épreuve ne fut ni celui de la défaite ni celui de la peur. (…) Nous sommes sortis victorieux de ce face à face.

Mo Yan

Il est fort, cet ouvrage : on l’entame comme ça, avec tout ce qui nous occupe au quotidien, et puis on se retrouve dedans, entièrement. Mon mari, à qui je l’ai fait lire, a manifestement eu la même expérience : il a réagi à la lecture comme moi.

Ce bel album est aussi un formidable support pour découvrir un peu une culture différente.

A l'attaque !·Actualité·Chez les cadres·Chez les chercheurs·Chez les collègues·Décrochage·Education·Enseignement·Evaluer·L'éducnat·Lire·Quel beau métier·Réformes·Tous ensemble !

Contre l’école injuste !

C’est le titre d’un ouvrage dont je viens de termine la lecture. Il est écrit par Philippe Champy, qui a été ingénieur de recherche à l’INRP et a dirigé Retz (je l’ai d’ailleurs rencontré il y a une semaine, à la journée Brissiaud), et Roger-François Gauthier, ancien IGEN. Le livre est publié chez esf sciences humaines.

Cet ouvrage se lit facilement et rapidement, car il est clair et accessible à tous. Le propos est direct et il ne se limite pas à des constats, mais s’engage dans des propositions. Un webinaire aura lieu samedi prochain, le 1ier octobre 2 022, en présence des auteurs, par les Cahiers pédagogiques.

Inscriptions

Ce que retranscris ici est naturellement subjectif. C’est ce qui m’a plu, frappée, interrogée ou ce avec quoi je n’ai pas été d’accord. En tout cas j’ai apprécié cette lecture, qui m’a fait réfléchir.

Une des premières questions posées et : « que s’est-il passé et que se passe-t-il dans ce pays pour que, depuis cinquante ans, l’Ecole ait connu plus de difficultés résistantes que dans les autres pays similaires ? » Très justement, les deux auteurs identifient un imaginaire collectif particulier comme une cause majeure. Cet imaginaire (dont le propos n’est pas de critiquer l’existence, mais le fait qu’il empêche l’analyse et le progrès) est « composé de croyances en des constructions mentales qui peuvent aller jusqu’au mépris de la réalité » :

  • l’école, basée sur le mérite, serait centrale dans la démocratie,
  • Le système éducatif serait protecteur et adapté à toutes et tous,
  • Les évaluations dresseraient un portrait scolaire juste des individus,
  • Les savoirs enseignés seraient indiscutables et pertinents.

Alors bon, spoiler : non, non, super non et mega non. Je partage le point de vue de messieurs Champy et Gauthier.

Malgré les apparences et les discours, le système éducatif français est devenu relativement indifférent aux savoirs ! Il privilégie sa fonction de sélection et de classement à sa fonction de diffusion à tous des connaissances et des acquis civilisationnels »

C’est vrai, mais cela date. Notre système éducatif est construit sur un modèle anachronique et reproduit inlassablement par celles et surtout ceux qui y ont réussi, qui se sentent parvenus à une hauteur qui leur sied. Les auteurs critiquent le rôle des politiques, des ministres qui chacun s’échinent tristement à laisser leur marque alors qu’ils ne travaillent que dans le « fugace ». Cela les amène à un point saillant de leur propos : « ce qu’enseigne l’Ecole est, selon eux, « le lieu d’un large impensé ». Les disciplines sont morcelées, les savoirs éclatés, chacun court après des pseudo-priorités sans pouvoir participer ou construire un projet global pour l’individu, sans même savoir comment s’articulent les programmes des différentes disciplines. Autant pour « le respect du collectif et de l’intérêt général » que les décideurs prétendent considérer comme prioritaire.

Au passage, le principe de notation chiffrée s’en prend un coup, « aberrant » et « inamovible », hé oui.

Page 58, ce que les auteurs appellent « le piège du disciplinaire » apparaît. Là, je ne sais pas. C’est vrai, la solitude, la singularité qui débouche sur le cloisonnement des disciplines est délétère. Mais la suite de la lecture va plus loin, et peut-être bien vers la tendance actuelle du ministère (donc en fait de la présidence de la république), qui prépare un démantèlement du collège, en espérant rendre les enseignants polyvalents, au mépris même de la didactique des disciplines puisque c’est sans accompagnement (mais la flexibilité est si pratique pour masquer le manque de moyens et le naufrage de l’école). Alors c’est le moment de ma lecture où je deviens pour le moins vigilante. Et pourtant, je pratique au quotidien l’interdisciplinarité, je cherche à oeuvrer dans le sens d’un projet de société et du développement de chacune et chacun. 

Les auteurs reviennent sur la question de ce qui est enseigné, de pourquoi c’est enseigné (et peut-être pas assez de l’importance du comment, à mon sens) : l’école est toujours dogmatique et trop souvent éloignée des réalités, de locales à planétaires. La dichotomie général/technologique/professionnel est absurde et clivante. Philippe Champy et Roger-François Gauthier interrogent même le sacro-saint aspect national du curriculum. Ils se demandent si le faire varier « en fonction de l’environnement régional, culturel, économique et démographique » ne serait pas pertinent. C’est très risqué car il faudrait que ce soit mis en oeuvre de façon éclairée, ce qui selon moi est illusoire vu le manque d’humanisme et d’altruisme de celles et ceux qui sont aux manettes. D’un autre côté, dans un monde idéal, j’aimerais, moi, qu’il n’y ait plus de programme au sens strict, mais des thèmes liés aux compétences à developper pour rendre nos élèves et étudiants autonomes, thèmes que nous développerions en interdisciplinarité au travers de questions actuelles. Alors en fait je crois que nous nous retrouvons bien davantage que je ne l’ai cru pendant quelques pages.

La fin de l’ouvrage propose trois angles d’attaque qui se constituent en révolution :

  1. Définir les finalités de l’éducation
  2. Privilégier l’idée que l’école est là pour éduquer (mmmh, ce point instruction/éducation est passionnant et se discute)
  3. Donner du sens aux contenus pour transmettre de la culture

C’est bien en effet d’une révolution que l’école a besoin, urgemment, contre « une inégalité anthropologiquement inacceptable d’accès aux savoirs ».

Je vous conseille la lecture de ce livre, et d’en débattre.

Actualité·Apprendre·Chez les chercheurs·Chez les collègues·Culture mathématique·Didactique·Enseignement·Evénement·Expo de maths·Formation·hommage·Je suis fan·Lire·Maths pour tous·Partager les maths·Tous ensemble !

Hommage aux travaux de Rémi Brissiaud : Stéphane Bureau

Pour clore la matinée, Stéphane Bureau a exposé l’oeuvre intellectuelle et pédagogique au service des enseignants, de Rémi Brissiaud. Rémi n’est toujours resté à l’interface de la recherche et des pratiques de terrain. C’était en même temps extraordinairement stimulant et très délicat.

Rémi s’est situé à contre-courant d’une époque, à la fin des années 70 et dans les années 80, en soulignant l’importance des dialogues en classe. Il cherchait en même temps à former les enseignants et à les outiller. Or passer de la théorie à la pratique n’est pas chose aisée : de nombreux projets arrivent chez les éditeurs, proposant de transposer des pratiques de classe. Mais souvent il y a des biais, qui empêchent la généralisation et la décontextualisation des connaissances produites. Rémi a évité tous les écueils, avec l’aide d’André Auzoulias.

Rémi s’inscrit dans la lignée des pédagogues inventeurs comme Montessori, Herbiniaire-Lebert ou Cuisenaire. Il était capable d’innovations pédagogiques qu’il présentait à Retz avec son énergie légendaire. Il était d’une intelligence vraiment lumineuse, et capable d’une grande plasticité intellectuelle. Les Noums le montrent bien, avec une adaptation aux nouvelles technologies qui en même temps servait ses objectifs et ce à quoi il croyait. Stéphane Bureau a décrit ses expérimentations en CP, sur la fin de sa vie, d’une façon touchante et qui résonne bien avec ce que je connaît de Rémi.

Rémi faisait le show, mais tel un thérapeute des mathématiques il prenait soin de son public d’enseignantes et d’enseignants. Sur un temps donné assez court il parvenait à leur redonner une véritable confiance en eux-mêmes. Cette alchimie extraordinaire s’est produite suffisamment souvent pour qu’une école porte déjà son nom ou que Google ait décidé de retenir Picbille comme une figure iconique d’une période de vingt ans.

Stéphane Bureau

Stéphane Bureau a eu la gentillesse de me nommer en évoquant Premiers pas vers les maths, et j’en suis très fière.

A l'attaque !·A quoi ça sert les maths ?·Actualité·ça m'énerve·Dur dur·Lire·Maths et société·Maths pour tous·Partager les maths

Stéréotypes des maths, tellement ancrés

Voilà que mon assurance s’en mêle :

Il y a de bonnes idées, de bonnes références, de bons conseils, et puis des moins bons. C’est normal. Dans la catégorie groumf, par exemple :

Certes ??? TROP formel ? C’est vrai, il y a de l’abstraction, et l’abstraction est parfois un obstacle. Et le « certes » picote. Et là, aussi :

Alors là, je ne suis à peu près d’accord avec rien. Il faut un objet de réflexion, donc ok pour le problème ou l’exercice, mais en fait j’aurais plus vu une question. Le reste, pas forcément. Il n’y a pas de recette, pas d’obligation. Les maths sont une discipline naturelle et vivante. Chacun fait comme il veut. Il faut un cerveau, de l’envie, de la fantaisie éventuellement, mais des tables trigo, pas trop en fait. De quoi écrire, aussi, d’accord. Autoriser la calculatrice seulement si on maîtrise « parfaitement » les quatre opérations me semble un excellent moyen de laisser toute une population à l’écart du merveilleux exercice des mathématiques.

Tout ceci part d’une bonne intention et, comme je l’ai écrit, il y a des points positifs dans cet article. Mais aussi tellement de stéréotypes, alors que les auteurs veulent les combattre : c’est un bel exemple de la façon dont notre société en est imprégnée.

A l'attaque !·Actualité·BRAVO!!!·Chez les chercheurs·Chez les collègues·Culture mathématique·Ici et ailleurs·Je suis fan·Lire·Maths et société·Maths pour tous·Merci !·Partager les maths·Tous ensemble !

Youpi, des maths !

RTBF propose un article intitulé « Comment redonner le goût des maths aux jeunes générations ? », ainsi illustré :

Hé bin ouf, ça fait du bien, ça ! Cette jeune élève a l’air joyeuse et positive, et les opérations ne sont pas incompréhensibles. Dans cet article, il est question de liberté, de plaisir, de rapport au monde et même de poésie. Voilà qui contrebalance avec le dossier de Télérama !

A l'attaque !·A quoi ça sert les maths ?·Apprendre·Chez moi·Culture mathématique·Expo de maths·Ici et ailleurs·Je suis fan·Lire·Maths et BD·Maths et société·Maths par les jeux·Maths pour tous·Mes projets·Partager les maths·SBPMef·Tous ensemble !

De la lecture à venir

Voici ce que j’ai ramené de Belgique :

J’ai été plutôt raisonnable cette fois… L’origami c’est pour être au point pour Jonzac, où j’ai choisi deux ateliers sur le sujet, le rubik’s cube c’est pour en savoir plus et pouvoir être robuste au club Interrubik, et le reste c’est pour mes bibliothèques de classe, une fois que je les aurai lus.

Actualité·Culture mathématique·Dur dur·Enseignement·Lire·Maths et société·Maths pour tous·Tous ensemble !

Téléramaths

Télérama a publié un dossier intitulé « L’éternel problème des maths » et fait sa couverture sur le même thème. Comme ça, on est sûrs dès le début que ses auteurs donnent un tour de vis supplémentaire avec ce titre tout négatif et sans aucun espoir, ainsi qu’une illustration de tableau noir empli de formules et de schémas. Le tableau noir et cette approche sont bien peu adaptées à présenter les maths et l’enseignement des maths sous un jour moderne, dynamique et ouvert à toutes et tous. Il manque un enseignant en blouse, tiens.

Comme on ne juge pas à une couverture, j’ai lu.

Marc Belpois commence avec l’introduction. La question posée est intéressante, et à ce moment-là je m’interroge : peut-être bien, mais à réinventer par qui, pour qui ? Par les mathématiciens ? Par les enseignants ? Ou par la société, qui se nourrit manifestement de clichés élimés ?

Dans cette introduction, Denis Choimet, président de l’union des professeurs de classes préparatoires scientifiques, resitue le problème : avec la réforme du lycée, Jean-Michel Blanquer a prévu des maths pour spécialistes des sciences, mais rien pour toutes celles et ceux qui auront besoin d’outils mathématiques, mais pas de « maths pures ». L’APMEP a porté ce propos depuis le début, en collaboration avec de nombreuses sociétés savantes. C’était une décision simpliste que de réserver les maths à des soit-disant spécialistes de la disciplines, une vision naïve de personnes qui n’y sont tellement pas compétents qu’ils ne comprennent même pas que des savoirs et des compétences leur manquent.

La question de l’évaluation est également posée, par Nathalie Sayac par exemple :

La question est de savoir pourquoi les maths sont ainsi affectées : le système français porte globalement un système d’évaluation rigide et anxiogène, mais dans toutes les disciplines; C’est donc en effet le regard sur les mathématiques qu’il faut modifier. C’est ce qu’explique Mélanie Guénais, vice-présidente de la Société mathématique de France. Vu le titre du dossier, il y a encore du chemin. Et tant que la société n’acceptera pas d’ouvrir son esprit pour déconstruire des préjugés, je crains que nous puissions toujours gigoter dans tous les sens, nous ne modifierons les choses, dans nos classes, nos amphis, nos labos, que de façon isolée.

Marion Rousset pose ensuite la question de la disparition des profs, dans l’article suivant. Rien de nouveau, mais tout est évoqué, même si la question salariale est rapidement éludée. Édouard Geffray, de la DGESCO, affirme quand même sans rire que la réforme du lycée devrait améliorer la situation.

Voilà, c’est tout.

Je ne sais pas à quoi sert ce dossier. Il a l’avantage d’être nourri par les témoignages d’acteurs de la mathosphère bien choisis, mais le reste du propos est convenu et les questions de fond soulevées par les personnes interviewées ne sont pas exploitées ou développées.

Pour un dossier, c’est léger. Je suis déçue.

C'est bien pratique·Chez les chercheurs·Enseignement·Faut que je fasse mieux·Formation·Je suis fan·Lire

Enseigner par projets

J’ai vu passer sur Twitter une mention d’un Edubref de l’Ifé sur l’enseignement par projets, qui date d’octobre 2019. L’année passée, je me suis vraiment lancée dans des projets d’envergure, très différents des mini-projets dont j’émaille mes année depuis longtemps. Cet Edubref m’a permis de confronter mes impressions à une référence plus solide et objective.

Quelle que soit la thématique du projet réalisé, le ou les objectifs d’apprentissage doivent être clairement définis et maintenus tout au long du projet pour éviter que la production finale ou le problème à résoudre ne soient finalement les seuls objectifs.(…)

Les compétences développées spécifiquement par les projets sont difficiles à évaluer en situation (Feyfant, 2011), mais les projets sont théoriquement à même de favoriser les compétences sociales (souvent les projets se font en coopération) et les compétences disciplinaires des élèves (réinvestissement des connaissances dans un contexte inédit). Ce double processus facilite une certaine structuration des connaissances tout au long du projet, à condition de laisser chaque
élève apprendre et avancer dans son projet à son rythme.
Les élèves doivent pouvoir acquérir l’habitude de se projeter, d’imaginer des solutions et de prendre des initiatives avant de se lancer dans de grands projets : les faire réaliser des projets de moindre envergure ou dans une seule matière scolaire peut d’abord être une manière de commencer à développer leur autonomie.

https://eduveille.hypotheses.org/files/2019/07/Edubref-octobre-2019.pdf

L’extrait que j’ai proposé ci-dessus ne résume pas le document, qui est si synthétique que mieux vaut vraiment le lire intégralement si le sujet vous intéresse. En tout cas, je m’y retrouve tout à fait. Pour ma part, je dois lutter contre la dérive techniciste. Heureusement mes élèves sont si créatifs et libres dans leur communication avec moi qu’ils m’en prémunissent.