Actualité·L'éducnat

Le CAPES, cuvée 2020

Aujourd’hui, j’ai plongé dans la deuxième épreuve du sujet du CAPES. Je l’ai traité en entier ; j’avais décidé de l’étaler sur deux après-midis, et puis non, j’étais bien dans ces maths-là. Il m’a plu, ce sujet, et je l’ai traité tranquillement (le luxe de ne pas l’envisager comme concours de recrutement pour moi…). J’ai retrouvé le plaisir de chercher, de trouver sans trop de résistance, de remplir des pages, des pages, des pages. J’aime bien quand tout s’emboîte bien, comme ça. Quand j’ai relevé le nez, j’avais l’impression d’être un peu assommée, mais d’avoir aussi réveillé une part de moi qui est en sommeil le plus souvent. Et qui pourtant me constitue aussi.

Le plaisir de faire des maths…

Actualité·Cycle 3·Evaluer·L'éducnat·Sixième

Les évaluations de 6e en septembre

Le 2 juillet, cet article est paru sur Eduscol :

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Comme je l’ai déjà écrit ici, je ne suis pas fan d’évaluations obligatoires au contenu prédéfini et non mis à disposition des enseignants. J’ai besoin d’évaluer mes élèves de façon diagnostique, évidemment, et l’année qui vient encore plus que d’habitude. Mais recevoir des bilans d’évaluations avec des petits points qui indiquent des niveaux sans savoir ce qu’on a demandé aux élèves ne me convainc pas de la pertinence de ces évaluations par rapport à mes élèves, mon enseignement. J’ai besoin de précision, de comprendre. Voilà : j’ai besoin de comprendre, pas d’une mesure synthétique globale.

Notez que je ne suis pas non plus contre la mise à disposition d’évaluations de ce type. Si c’est utile à des collègues qui, eux, savent comment les utiliser, très bien. Idéalement, j’aimerais qu’on puisse faire son marché d’items.

Pour être parfaitement franche, l’année dernière, j’avais passé plusieurs heures de mon temps libre à aller voir les passations des évaluations de 6e (car dans mon établissement ce ne sont pas les enseignants qui les font passer, mais des membres de l’administration ou de la vie scolaire). Et j’avais trouvé ces évaluations bien faites. Oui oui, bien faites. Les questions correspondaient à ce que j’essaie de développer chez les enfants, et les obstacles liés aux consignes étaient peu nombreux dans ce que j’ai vu. L’aspect adaptatif m’avait paru performant, aussi, et c’est quelque chose de difficile à réaliser à l’échelle de l’enseignant sur de nombreux items. Mais mon problème, c’est que je voudrais le détail des réussites, avec les items correspondants. Pour ma part, je suis mieux apte à utiliser les réussites à trois items précis pour organiser une AP, qu’un curseur général dans une compétence globale.

Bon, ceci étant dit, que nous apprend l’article d’Eduscol pour l’année à venir ?

  • Le calendrier de passation a été avancé, du 14 septembre au 2 octobre 2020. Parfait. Si mon collègue pouvait viser de démarrer le 14 septembre, ce serait extra. Arrivé au 2 octobre, un mois est passé, et on en sait déjà beaucoup sur nos élèves ;
  • L’ensemble des résultats individuels des élèves sur les parties résolution de problème en Mathématiques et compréhension de l’écrit en Français va être mis à dispo. Ça aussi, c’est bien. Mais pourquoi seulement sur ces thèmes ? J’aurais eu besoin des résultats en numération et surtout sur la proportionnalité, siouplé.
  • En mathématiques, l’évaluation porte sur les domaines « Nombres et calculs », « Grandeurs et mesures », « Espace et géométrie ». La proportionnalité ne figure pas dans cette liste parce que e n’est pas un domaine, et qu’elle est engagée partout ;
  • Les mots de passe ont été simplifié, et ça c’est une très très bonne idée.
  • Le nombre d’items par élève a été réduit. Ça aussi, c’est bien, car l’année dernière c’était vraiment long et beaucoup d’élèves ont été frustrés et inquiets de ne pas avoir assez avancé, selon leur ressenti ;
  • Les modalités de réponses des élèves sont simplifiées : seuls des QCM, menus déroulants et tableaux « Vrai/faux » ont été intégrés dans ce nouveau test. Cela évitera des erreurs d’évaluation, mais cela ne permet pas non plus de tester tout ce qu’on voudrait.

Une liste de fiches est proposée dans la suite de l’article d’Eduscol. Je les ai toutes lues ;  c’est rapide, car elles sont simples et contiennent ce que nous avons l’habitude de faire au quotidien, de l’analyse d’erreur. Elles proposent une analyse d’items. Par exemple :

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Les informations quant au positionnement sont intéressantes et donnent du sens. L’analyse des distracteurs peut permettre de gagner du temps, aussi, comme l’ensemble de la fiche : rien n’est révolutionnaire, mais c’est vrai que c’est pratique. Certaines fiches proposent des remédiations qui pourraient développer des pratiques pédagogiques positives pour des enseignants qui en ressentent le besoin, en particulier du côté des rituels et des développements d’automatismes pour lesquels on peut penser que les élèves sont au point, or non.

Et puis j’ai lu ceci, et je ne sais pas si cela signifie que nous pourrons même anticiper :

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Bon, on verra. Il y a du mieux, et nous jugerons sur pièce.

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Pokebadges ?

Depuis ce matin, la question agite les réseaux sociaux… Infantilisation ou reconnaissance ? Les badges permettraient de valoriser des compétences simplement, sur le terrain, mais ne se substitueront pas à une revalorisation de l’image du métier et salariale… Ce qui est sûr, c’est que cela fait parler !

Pour ma part, je trouve ça très mystérieux : « les badges, c’est encore plus que ça ! » nous dit-on dans la vidéo. Et là, pouf, générique. Du coup je n’ai toujours pas très bien compris à quoi ils servent. À attester de compétences, ok, mais pour en faire quoi ? Et qui les attribue ? Sur quels critères ? Parce que plus qu’un étiquetage, ce qui compte, c’est la valeur du système d’attribution.

Cela dit, les badges ne m’énervent pas plus que ça non plus. Au vu des informations dont je dispose, je n’ai pas d’avis et j’y suis pour le moment indifférente. S’il y a des collègues à qui cela plaît et qui se sentent reconnus grâce à eux, tant mieux !

Ce que je n’aime pas trop a priori, c’est l’aspect Pokemon-attrapez tous. Mais c’est sans doute parce que je sais que je suis très joueuse… C’est un peu dangereux pour moi, ce genre de truc.

En tout cas, il y en a un qui est trop fort : c’est mon mari. Et il est aussi un chouillat facétieux peut-être…

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Son blog
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Tous ensemble !!!!!!!!!

Un article du Monde explicite ce que j’essayais d’exprimer ce matin (sans doute maladroitement, puisque certains lecteurs ont cru que je refusais les contenus institutionnels type banque d’exercices, mais non, pas du tout : je les utilise et je les apprécie comme des outils de référence et vraiment pratiques. Tout comme les documents d’accompagnement et tout ça. Je ne remets pas en cause les outils ; je regrette certains choix politiques et les modes actuels de communication vers les enseignants) :

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Je ne suis pas d’accord avec tout son discours (par exemple sur la réforme du collège, sur l’efficacité des outils numérique comme la classe à la maison du CNED, et il faudrait discuter plus avant de la formation initiale), mais Blanche Lochmann écrit par exemple :

De quelles réformes les enseignants ont-ils besoin en 2020 ?

Celles des ressources humaines et de l’amélioration du cadre de travail sont les plus importantes. Il faut se demander quels sont les moyens que l’institution peut mettre à la disposition des professeurs pour qu’ils exercent leurs missions dans les meilleures conditions, comment elle peut les soutenir quand ils sont en difficulté, les valoriser ou les encourager dans leur fonction. Bref, comment elle peut les écouter, tout simplement, lorsqu’ils disent ce qui pourrait améliorer leur vie professionnelle, dans une logique de coopération et non plus de contrôle.

Ce sont la médecine du travail, aujourd’hui quasi inexistante, mais aussi l’architecture des bâtiments qui devraient contribuer à un environnement agréable pour tous, l’organisation des emplois du temps, les perspectives d’évolution de carrière, ou encore des crèches pour les personnels, comme l’ont demandé nos collègues dans une enquête menée par la Société des agrégés sur la carrière des femmes.

(…)

J’aurais aimé, pendant ma présidence, voir cet état d’esprit de l’administration de l’éducation nationale changer, laisser un peu de côté son rôle de courroie de transmission pour se mettre au service de l’enseignant, et donc de ses élèves, en prenant plus en compte sa parole.

Je voudrais travailler avec tous les acteurs de l’Education Nationale. C’est le cas à l’échelle locale : concernant les parents, les chefs, les IEN, les IA-IPR, les IG, c’est le cas, et de façon vraiment collaborative. Ce sont les étages du dessus qui coincent encore.

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Pédago ? Go ! ;-)

Dans l’Expresso du Café Pédagogique, Bruno Devauchelle, chercheur et formateur, a publié un article intitulé :

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A cette affirmation souvent entendue dans les discours officiels « le numérique transforme la pédagogie », j’oppose celle-ci, aussi connue : « la pédagogie précède toujours le numérique » ! Car la première affirmation erre dans les couloirs de l’éducation depuis bientôt cinquante ans.

Et Bruno Devauchelle développe ; je vous conseille évidemment d’aller lire son article dans son intégralité. Il y retrace l’histoire de l’utilisation du numérique dans l’éducation. Et puis il y a ce passage, qui m’a arrêtée et que j’ai relu avec plaisir :

On parle pédagogie, mais n’oublions pas la dimension didactique (celle liée aux contenus enseignés), les deux ne s’opposent pas mais se complètent. C’est en entrant par la discipline, les contenus enseignés que tous les enseignants tentent de scénariser leur enseignement. (…) Dès lors qu’il trouve des éléments pertinents qui lui semblent devoir faciliter les apprentissages, il sera amené à les mettre en place. Attention faciliter ne signifie pas ici baisser le niveau, rendre plus facile, éviter les efforts, non faciliter c’est d’abord se concentrer sur ce qui est essentiel dans l’apprentissage en permettant à l’élève d’éliminer ce qui peut le distraire de l’objectif. Si à certains moments le numérique peut apporter cette facilitation alors il est pertinent de l’utiliser.

Dans cet extrait, il y a tout : le fondamental duo pédagogie-didactique, et puis de la raison tranquille. Ca fait du bien.

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Encore un peu plus à l’ouest

Sur son blog, Lucien Marboeuf a publié récemment un article intitulé « Dernier couac avant fermeture ». Il dépeint avec réalisme une semaine qui clôt de façon tout à ait représentative cette période-encore-un-peu-plus-à-l’ouest.

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Voilà. Parents, sachez que la solution trouvée par certains de nos supérieurs hiérarchiques pour faire entrer tous les élèves en gardant une distance d’un mètre latéral entre eux est de virer les tables des classes, très pratique pour travailler on en conviendra, ça donne une idée de l’absurdité dans laquelle nous plongent les injonctions paradoxales de l’institution (et le zèle de certains à les mettre en œuvre).

Je vous conseille d’aller lire l’article en intégralité : il décrit tellement bien ce que nous vivons au quotidien…

Mercredi, on a la confirmation des propos tenus par le ministre dans la journée sur Public Sénat : « On essaie de faire respecter un mètre, mais dans certaines classes lorsque nous recevrons tous les élèves, parfois, on sera obligé d’avoir un peu moins d’un mètre donc c’est possible d’avoir un peu moins d’un mètre ».

Ok, fin du game. On comprend que le principe est un mètre latéral de distance, mais qu’on n’est pas obligé de le respecter si ce n’est pas possible. L’essentiel était ailleurs : accueillir tous les enfants.

Tout ça pour ça.

C’était quand même pas compliqué de le dire dès le départ, et de demander à n’importe quel enseignant dans quelles conditions c’était faisable, l’affaire était réglée en 5 minutes ! Ils devraient songer à s’entourer de personnes qui connaissent l’école, au ministère, ça ferait gagner du temps à tout le monde.

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Organiser la classe : des propositions du ministère

Le ministère a publié un document qui propose des organisations de classe. J’avoue qu’il y a des idées auxquelles je n’ai jamais pensé. Et pourtant, aménager la classe est une de mes lubies furieuses…

Il en aura fallu, du bruit, pour qu’enfin on réfléchisse en haut lieu au niveau de la classe, la vraie, celle où les élèves et leurs enseignants posent leurs pieds.

En tout cas, ce document me donne des idées d’organisations à tester, pour la rentrée. Des aménagements d’aménagements.

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Prof et pas cool, j’assume.

Attention, c’est violent dès le matin. Merci aux collègues qui m’ont fait découvrir le document suivant…

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Mmmmh… Mais de quoi parle-t-on ? Du métier d’enseignant, bien sûr ! Vous noterez les éléments de langage, pour un document qui se veut tout de même officiel (preuve ci-dessous), parfaitement condescendant dans ce contexte. On est potes, quoi. Je tique sur le « déclencher une vocation », mais je ne vais pas m’arrêter déjà là, sinon on n’a pas fini. Or la journée commence.

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Oh, une salle des profs !

Le mieux suit. Franchement, j’ai cru à une blague. J’ai dû vérifier. Et un doute demeure. Je n’arrive pas à y croire. Une campagne de recrutement via Konbini ? Konbini, c’est ça :

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Je suis vraiment perplexe. Mais je ne trouve pas de signe de canular. Bon allons-y, alors :

Flowchart MINISTERE DE L'EDUCATION NATIONALE

Flowchart MINISTERE DE L'EDUCATION NATIONALE

Flowchart MINISTERE DE L'EDUCATION NATIONALE

Bon, bon, bon.

Oh la la, je ne sais pas pas où commencer.

Par la fin : le rôle d’un prof n’est pas d’être cool. C’est d’enseigner. Cool, ce n’est pas une qualité. Et c’est familier, à proscrire donc dans une communication officielle.

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Je vais me limiter à deux points, car j’ai cours et il faut que je file :

  • « que faites-vous devant cet article ? » : c’est vrai, ça, si t’as pas fait d’études, dégage, quoi. Non mais c’est quoi cette manie de vouloir se renseigner quand on n’est pas à la hauteur, non mais alloooooo.
  • dans la vie, tu as le choix : tu fais des hamburgers ou tu es prof. Attention, hein, prof c’est peu populaire.

En plus, la préprofessionnalisation, je trouve ça bien. Mais là, je n’ai pas de mots : d’une part il n’y a aucune idée du métier (éducation, enseignement, apprentissage, transmission : nada.) et d’autre part les auteurs du document prennent les jeunes pour des débiles.

Atterrant.

La source, ici.

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Un port du masque allégé ?

Des collègues attentifs et d’une efficacité remarquable ont noté un changement dans le protocole sanitaire :

En effet, voici ce que contient le texte, publié aujourd’hui:

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Est-ce que dès demain on peut se passer de masque en classe ? Ce serait bien, du point de vue pratique, confort et de l’enseignement. Si en plus on pouvait prêter du matériel aux élèves, ce serait encore mieux.

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B-A-BAC ?

Dans le Monde, Annabelle Allouch, maîtresse de conférences en sociologie, écrit sur le bac. C’est l’année ou jamais pour questionner le bac sous sa forme d’examen bloquant, et le bon moment pour moi de mener ma charge annuelle un brin provocatrice. Le titre de son article est :

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Pour moi, le bac est un vestige archaïque de l’évaluation passéiste. Je sais que certains d’entre vous vont bondir (et on peut discuter, rasseyons-nous ensemble), mais je suis contre le fait de bloquer les jeunes par le bac. J’ai vu beaucoup de lycéens ramer dur pour décrocher leur bac en deux ou trois années de terminale et réussir ensuite des études supérieures. J’ai aussi vu beaucoup, beaucoup de lycéens décrocher leur bac sans problème, voire avec une mention, et échouer successivement à différentes poursuites d’études, pour finalement s’arrêter là. Alors je pense que le bac tel qu’il est en ce sens a un côté bizutage plus ou moins assumé. Annabelle Allouch évoque d’ailleurs la question du « bac bloquant » :

On avance souvent l’exemple de la session 1968 du baccalauréat, celle qui a suivi le mouvement de Mai. Passée à l’oral seulement, elle a conservé l’image, erronée, d’un « bac au rabais ». Mais avoir eu moins d’épreuves, avec un taux de réussite plus élevé, a permis à la génération de bacheliers de 1968 d’avoir une trajectoire professionnelle bien meilleure que les précédentes. Des économistes et des sociologues britanniques en ont fait la démonstration. De ce point de vue là, il y a de l’espoir…

Notez que je ne suis pas contre un examen terminal, national, équitable, exigeant et lisible, qui donne un curseur du niveau de connaissances et de compétences des élèves. Je ne m’oppose ni aux examens, ni à l’évaluation évidemment. Évaluer et certifier sont des actes nécessaires pour mesurer les effets d’enseignements et d’apprentissages. Mais je crois qu’on pourrait faire davantage confiance. Une évaluation vraiment positive, depuis l’entrée en maternelle jusqu’à la fin des études (et aussi professionnellement), permettrait à chacun de faire ses choix, en toute connaissance de cause. L’évaluation infantilise, souvent, telle qu’elle est envisagée chez nous. Cette infantilisation, qui se déploie dans tous les domaines actuellement, est méprisante, à mon sens.

L’autre aspect du bac qui me heurte, c’est que pour donner plus de chances aux élèves de l’avoir, parfois on les formate, on développe des automatismes, bref, on bachote. Or enseigner c’est faire grandir, rendre libre et capable de faire des choix éclairés au regard de ses connaissances et de ses capacités de raisonnement. Faire apprendre des trucs par coeur pour qu’ils soient oubliés aussitôt ne certifie rien du tout. Enseigner un programme, c’est chouette : on y navigue, on y fait des choix de focales, de développements. On le traite avec sérieux, mais on y vit. Enseigner à savoir répondre à une épreuve de bac, c’est beaucoup moins rigolo.

Enfin, que le bac soit une « institution » m’est bien égal. Le progrès consiste à interroger ce qui existe pour le transformer en mieux. En revanche, Annabelle Allouch porte un regard sur l’importance des rituels. Qualifier le bac d’institution ou le voir comme un rituel, c’est en même temps la même idée et très différent. Pour autant, un rituel n’a pas de raison d’être immuable : on peut en réinventer, s’ils sont nécessaires :

En France, les changements de niveaux passent presque toujours par une évaluation. Pourquoi ne pas s’emparer de l’expérience du confinement pour la transformer en rituel d’adieux ? Pourquoi ne pas imaginer des exposés, un récit de ce moment très particulier que les lycéens partageraient entre eux, lors d’un moment festif avec leurs enseignants en septembre ? En matière de rituels, tout peut être imaginé…

Madame Allouch écrit aussi :

Le baccalauréat, ce n’est pas seulement un rite individuel où l’élève reçoit une série de notes. C’est aussi un rite institutionnel et politique. En passant les épreuves, le jeune n’est plus jugé uniquement par ses professeurs : il rencontre pour la première fois l’État, qui valide ses capacités et lui garantit une égalité de traitement par rapport à ses pairs. Sous la IIIRépublique, le certificat d’études incarnait déjà ce rapport aux institutions ; avec ce diplôme national, l’État certifiait la valeur du citoyen. Cela n’a pas beaucoup changé. Et c’est de cette première rencontre avec l’institution politique que la promotion du « bac 2020 » se voit privée.

Je comprends cette idée de rencontre avec l’État, de validation officielle. On pourrait discuter l’emploi du mot « capacités », ou y adjoindre l’adjectif « scolaires ». Mais je ne suis pas d’accord avec « l’égalité de traitement par rapport à ses pairs ». Pas du tout. D’ailleurs Annabelle Allouch écrit :

Les épreuves du baccalauréat n’ont jamais été égalitaires ; il s’agit déjà d’un examen socialement discriminant.

Comme première rencontre avec l’État, on peut donc faire mieux.