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Bon prof, mauvais prof, juste prof.

Ici, sur Agoravox, un enseignant de mathématiques devenu chef d’établissement propose un billet qui m’a intéressée.

L’auteur rebondit sur des réactions d’internautes suite à la grève de la correction du bac, qui a permis à bon nombre de nos concitoyens de nous balancer des seaux d’injures. Son but est de leur faire prendre du recul, d’apporter de l’objectivité. Bon, au vu des commentaires à son billet, pas sûr que ce soit tout à fait réussi, mais c’était prévisible.

Dans un premier temps, monsieur « Alain » affirme que  » Les enseignants du second degré (et a fortiori du supérieur) sont les meilleurs spécialistes dans leur matière : aucun ingénieur n’a le niveau d’un étudiant en master de mathématiques par exemple (ce qui est normal, les buts étant différents, mais ce qui donne un critère de comparaison sociétale objectif) « . Je ne sais pas si je suis d’accord, mais en fait je n’en sais rien car je ne connais pas le niveau d’un ingénieur. Mais tout de même, je voyais beaucoup d’ingénieurs, à l’ESPE, devenir profs de maths et donc obtenir un M2 sans difficultés.

Ensuite, l’auteur met en lumière la pléthore d’initiatives d’enseignants pour aider les élèves. Il prend deux exemples et écrit : « de telles actions ont été mises en place par des dizaines de milliers d’enseignants avec autant de dévouement et souvent de bénévolat depuis des dizaines d’années. »

Et cela l’amène à mon passage préféré : qu’est-ce qu’un bon prof ?  » « un bon prof » dépend d’innombrables facteurs qu’on ne maîtrise qu’en partie. » ;  » On peut être un soi-disant « bon » prof une année, dans un établissement et moins bon ailleurs ou plus tard, voire plus bon du tout. » Je suis bien d’accord, et je trouve ça assez extra. Nous illustrons nous-mêmes le principe d’éducablité, et notre compétence est remise en cause à chaque changement important d’environnement professionnel. Cela crée un challenge et permet d’évoluer, à n’importe quel moment de sa carrière. Et puis en avoir conscience pousse à l’humilité.

Enfin, l’auteur tente de mettre en évidence les qualités professionnelles et humaines de l’enseignant, pour un salaire qui n’a rien d’excessif… Et il explique pourquoi nous sommes fonctionnaires.

Mieux vaut éviter le verbatim des attaques d’internautes à la fin. C’est vraiment si triste…ebm097c

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Nouveau référentiel

Bon, j’avais envie de toiletter mon référentiel de compétences. Je pensais, après une lecture attentive des repères de cycles 3 et 4, procéder à quelques ajustements, rien de plus. Sans doute aussi éliminer ou redéfinir certaines compétences qui me faisaient parfois hésiter. Je pratique ce référentiel depuis longtemps maintenant, et s’il me fallait le remettre au goût du jour, car les programmes et les attendus ont un peu évolué, je voulais aussi respecter mes pratiques, mes principes, dont j’ai une conscience assez claire maintenant.

Mon ancien référentiel était celui-ci :

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J’ai décidé de rester sur un référentiel organisé par les six compétences : cela me semble plus cohérent, me parle bien et respecte les documents institutionnels, aussi, ce qui me permet de le présenter en formation, tout en montrant comment on peut être fidèle à soi-même tout en étant respectueux des programmes.

J’ai commencé par de petites modifications. Par exemple, dans chercher, « Prélever des informations » se voit adjoindre « utiles ». Dans modéliser, « Utiliser spontanément une expression littérale » perd son spontanément : spontanément ou pas, « utiliser une expression littérale » me paraît plus efficace. Dans raisonner, « Articuler un raisonnement » devient « Organiser un raisonnement » : pour les enfants et les familles c’est sans doute plus clair, et l’articulation forte et explicite de type logique correspondra au niveau vert-vert.

J’ai poursuivi avec des changements plus conséquents : dans modéliser, « Énoncer une règle adaptée » disparaît. Dans représenter, « Représenter une grandeur dans différentes unités » disparaît, car je peux m’appuyer sur « Représenter un nombre sous diverses formes » et « Utiliser des unités de mesure adaptées ». Dans raisonner, « Écrire et mettre au point un programme » apparaît, pour tout ce qui est programmation, tableur et géogébra. Résoudre des tâches complexes a disparu, puisqu’il y a « identifier un sous-problème » dans chercher. Dans calculer, « Choisir la bonne opération » est remplacée par « Utiliser les nombres et le calcul pour résoudre des problèmes ». Choisir la bonne opération me paraissait trop restrictif, au singulier en plus, et simpliste. Mettre en oeuvre des techniques de calcul est remplacée par « Calculer mentalement » et « Calculer à l’écrit ». Cela me permet de disposer d’une compétence pour la mémorisation des faits numériques de base, et d’y intégrer aussi les stratégies de calcul mental. Calculer à l’écrit contient les capacités à calculer en ligne, poser les calculs et faire appel à des stratégies de calcul adaptées à l’écrit. Utiliser les propriétés des opérations disparaît, intégrée dans calculer mentalement ou à l’écrit. « Estimer, comparer » apparaît, car cette compétence me semble symptomatique de la compréhension des nombres. « Contrôler la vraisemblance » devient « S’assurer de la vraisemblance d’un résultat » et déménage. Il me semble que c’est davantage du raisonner que du calculer.

Et puis à ce moment-là, j’étais un peu satisfaite, mais pas sereine. Quelque chose manquait ou clochait, mais pas moyen de comprendre quoi. En tout cas, je n’avais pas atteint mes objectifs, de toute évidence. Alors j’ai mis mon mari sur le coup. Il est prof d’histoire-géo-EMC, mais comme nous discutons sans cesse de boulot, qu’il travaille aussi avec les compétences, qu’il me connaît très très très bien et qu’il est sans concession, je me suis dit qu’avoir son avis serait une bonne idée. D’abord, il m’a fait réfléchir à tous les intitulés qui ne lui semblaient pas clairs ou creux : mon référentiel, s’il est appuyé sur les documents institutionnels, doit être facilement compréhensible pour les enfants et les familles. Ensuite, nous avons réfléchi ensemble à ce qui était redondant, mal placé dans l’intitulé de la compétence-mère.

C’était mieux, beaucoup mieux.

Et là, mon mari a eu l’idée de la septième compétence, parce que c’est ce que je fais beaucoup avec les élèves, développer leur culture mathématique. J’adore. Je vois bien ce que je vais mettre dedans. Comme tout n’est pas exigible je n’évaluerai pas forcément côté insuffisant, mais cela me permettra de valoriser tout ce que font, tout ce qu’apprennent mes élèves dans le domaine de la culture mathématique. Lorsqu’ils me ramènent une affiche qu’ils ont fabriquée, un bricolage, lorsqu’ils prennent la parole sur un sujet mathématique qui les intéresse, lorsqu’ils écrivent une nouvelle ou un poème mathématique, lorsqu’ils font spontanément référence à ce que nous avons appris sur les fractions en Allemagne, les nombres en Mésopotamie, le nombre d’or, les palindromes, lorsqu’ils me ramènent des pubs erronées, des photos type maths en vie…

Enfin, j’ai tout soclé.

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Et là, ce référentiel, il est vraiment bien.

Reste à le confronter à la pratique. Mais je pense que tout ira bien, car il est clair pour moi et ne dévie pas de ce que j’ai pratiqué jusqu’ici.

Il est juste mieux que le précédent.

Je l’ai partagé sur la plate-forme Sésamaths, sous la référence 76 – Mont-Saint-Aignan.

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Devin et charlatans

Sur le blog de Paul Devin (inspecteur de l’Education nationale, secrétaire général du SNPI-FSU, syndicat des inspecteurs), un blog Mediapart, un article est intitulé :

La souffrance des élèves : un nouveau marché pour charlatans?

Face à la complexité de la question des violences en milieu scolaire, la difficulté est grande de satisfaire une forte demande sociale de lutte efficace contre le harcèlement et les violences scolaires. Le sujet est objet de tensions récurrentes, la difficulté à mener cette lutte pouvant parfois être considérée comme révélatrice de l’incurie enseignante. (…) Tout cela forme un contexte de pression parfait pour que des organismes privés offrent leurs bons soins et fasse miroiter le leurre d’un traitement rapide du problème. 

L’auteur propose un exemple, celui du programme « Chagrin scolaire », proposé par une entreprise privée. La description qui en est faite est assez frappante et contraire à l’éthique et aux principes mêmes d’éducation. Cela dit je ne connaît pas du tout ce « programme ».

Conclusion de l’auteur :

Bien sûr il faut davantage sensibiliser les enseignants aux questions de harcèlement, bien sûr il faut les former à mieux y répondre mais l’institution a parfaitement les moyens de le faire pour peu qu’elle ait la volonté politique d’y parvenir et donc d’investir à la hauteur de ce qui est nécessaire. Mais le diktat libéral de la réduction de la dépense publique préfère se contenter de quelques expériences médiatisées qui rassurent en créant l’illusion d’une détermination d’action. Dans cette ouverture de l’école à l’innovation viennent s’engouffrer bon nombre de marchands d’offres pédagogiques, de charlatans toujours prêts à nous assurer de leur capacité à produire l’école du bonheur et à régler les problèmes de nos quotidiens professionnels. Et ce aux dépens des élèves!

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Recrutement et masterisation

Sur le Café Pédagogique, un article pose la question de la masterisation, qui serait responsable au moins partiellement de la crise du recrutement.

La « masterisation » désigne ici le fait de devoir être titulaire d’un master (5 ans d’études après le bac) ou équivalent pour pouvoir enseigner. C’est le cas depuis 2011. À l’époque, cela a permis de supprimer des postes. Avant cela, il fallait juste une licence. Selon une étude menée par Mélanie Hillion, docteure en économie et chargée d’études à la Dares, la masterisation a conduit à une diminution du nombre de candidats de l’ordre de 40% à 50 %. Les notes des enseignants aux épreuves écrites des concours ont également diminué de manière significative après l’introduction de la réforme. Selon madame Hillion, recruter à nouveau les enseignants au niveau licence serait sans doute une bonne idée, ainsi que « s’interroger sur la rémunération, les conditions de travail et, plus généralement, sur les facteurs d’attractivité de la profession. La qualité de l’éducation de plusieurs générations est en jeu et il est urgent que ces questions reçoivent l’attention qu’elles méritent ».

Pour ma part, je pense qu’on s’interroge bien assez : des rapports sur l’attractivité, les conditions de travail du métier d’enseignant, sur notre bonheur ou notre souffrance au travail, nous en avons déjà beaucoup, nationaux et internationaux, et tous convergent. Le souci, c’est que cela ne change rien. On pourrait même avoir l’impression que tout le monde s’en fiche, en fait. Chez les « décideurs », au moins.

Une autre conséquence de la masterisation est l’exclusion accrue, de fait, des candidats de milieu populaire : aller jusqu’en master est plus difficile, pour des raisons financières. De ce fait,  « chez les hommes, la part des pères cadres a triplé alors que celle des pères ouvriers est passée de 32 à 21%. »

Actuellement, la pré professionnalisation qui recrute dès L3 semble permettre une alternative. Il pourrait aboutir à un concours aménagé en fin de parcours. Le fait de recruter des contractuels qui n’ont pas de niveau master et de donner la possibilité de les titulariser également.

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Mais bon, globalement, qu’on aborde la question par le recrutement, la rémunération ou l’évolution globale du métier, le temps n’est pas à l’euphorie.

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Le cauchemar des états de frais

En général, je m’applique à rester discrète sur ce champ, mais là, aujourd’hui, j’en ai FURIEUSEMENT ras le bol. J’ai trois articles à écrire, un bouquin à organiser, ma mission de l’année prochaine à penser, mes cours à améliorer, j’ai besoin de temps pour me reposer aussi, et sur quoi ai-je passé des heures ces derniers jours ? Sur les dossiers de remboursement d’état de frais.

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Alors déjà c’est lourd en académie, mais au moins je sais comment ça fonctionne et ça tourne. Même si les remboursements mettent des semaines à arriver, c’est lisible et suivi. Je connais  les personnes du rectorat qui gèrent ça, j’ai confiance en elles et je sais quelles sont leurs difficultés. Cela dit, ce sont leurs sous-effectifs, l’inadéquation grotesque du logiciel, la lourdeur risible des démarches nécessaires (de mon côté, du leur) qui rendent tout ça affreusement long. Il nous arrive, à nous formateurs, d’attendre des remboursements de plusieurs centaines d’euros pendant des mois (il y a un moment, j’ai attendu des remboursements pendant un an et demi. Un problème de logiciel…). Ça fait un trou dans le compte bancaire, et c’est comme ça et c’est tout.

Mais cette année, j’ai effectué des déplacements hors académie huit fois. Là, bienvenue chez Ubu. Je n’en suis qu’au dossier de remboursements : même pour ceux envoyés depuis quatre mois, aucun signe de virement bancaire.

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Côté extra :

  • Il y a les académies qui ne demandent rien du tout valident le dossier.
  • Il y a les académies qui réservent le train elles-mêmes, et le formateur n’a rien à payer pour se déplacer.
  • Il y a les académies qui réservent l’hébergement, et le formateur n’a rien à payer pour se loger. Le luxe.

Côté perfectible :

  • Pour être sympa j’ai tout mis au pluriel au-dessus, mais croyez-moi, c’est de la pure bienveillance.
  • Il y a les académies qui n’envoient rien de rien et après vous reprochent de ne rien avoir envoyé de ce qu’ils ne vous ont pas transmis. J’adore.
  • Il y a les académies qui vous demandent une attestation de présence, alors que vous êtes le formateur. Je pourrais sans doute comprendre en faisant un effort, mais ça m’agace de devoir prouver que j’étais là alors que je suis venue pour travailler.
  • Il y a les académies qui vous demandent tellement de documents que vous avez envie de laisser tomber. C’est peut-être fait pour, d’ailleurs. C’est votre découvert qui vous motive : photocopie de la carte d’identité, de la carte vitale, du livret de famille (!!!), RIB, originaux de toutes les dépenses (c’est logique, mais quand la poste ou le rectorat perd les documents, c’est fichu, puisqu’une photocopie ne suffit pas), tickets de métro, autorisation de cumul (ok), autorisation du chef d’établissement, fiche de rétribution, fiche de renseignements, et le mieux du mieux : la convocation. Dans une académie, je ne l’avais pas. Le dossier m’a été retourné, avec mention « convocation manquante ». J’ai écrit : je ne l’ai pas. Le service m’a répondu gentiment : pas grave, on vous l’envoie pas mail. J’ai re-répondu : vous pourriez peut-être la garder, du coup ? On m’a re-re-répondu : ah non, il faut que vous nous la renvoyiez. Ils n’y peuvent rien, ceux et celles qui traitent les dossiers : c’est ce qu’on leur demande.

Je rirais bien, mais en fait j’en ai vraiment assez de ce système. Je me tais, habituellement, pour ne pas avoir l’air de cracher dans la soupe. Mais quand même, c’est juste d’être remboursée de ce qui m’est dû, que je demande ! Et que chaque académie fonctionne différemment, qu’il soit exclu que mon numen, mon affectation, ma fiche de renseignements soient mutualisables entre académies me stupéfie. Sur ce plan, elle a quoi de nationale, l’Éducation ?

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Bon, parfois ça marche et ça évolue bien, aussi. Exemples :

  • Les seuils de remboursement ont été augmentés par le ministère, ce qui permet de ne pas choisir une seule chambre d’hôtel pour trois dans un quartier inquiétant et loin du lieu de travail, avec une équipe de hockey lituanienne qui passe la nuit à vomir de joie par le fenêtre juste au-dessus (véridique). Ca, c’est une vraie avancée de la part du ministère, qui nous prend en compte en tant que personne, merci.
  • Toute cette année mes IPR m’ont permis de gérer mes déplacements d’une façon hyper fluide.
  • Pour le CAPES, c’est super bien organisé et on ne nous demande que peu d’informations, et c’est informatisé.
  • Et pour le plan Torossian, la DGESCO est là pour veiller au grain et nous aider face aux dysfonctionnements. Ça soulage.

Je ne vais pas cesser de former ni de me déplacer pour autant : je suis motivée. Mais motivée à découvert, à force ça fatigue. Et c’est pour le boulot, quand même. Pas pour déguster du homard.

Alors franchement, s’il y a bien quelque chose à améliorer à l’étage des rouages, c’est ça. Passer des heures en paperasses ne fait pas progresser les élèves.

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Etre populaire à l’école

Dans le Figaro du 10 juillet 2019, un article présente l’évolution des cotes de popularité de chefs de partis et de dirigeants politiques, et en propose une analyse.

Évidemment, mon attention a été particulièrement attirée par la cote du ministre de l’Éducation nationale :

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Pour que la liste soit complète, voici la liste de nos ministres depuis Chevènement :

Chevènement – Monory – Jospin – Lang – Bayrou – Allègre – Lang – Ferry – Fillon – De Robien – Darcos – Châtel – Peillon – Hamon – Vallaud-Belkacem – Blanquer.

On eut remarquer la performance répétée de Jack Lang, fort apprécié par les Français, et la situation actuelle, préoccupante.

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Préavis de travail et bons mots à la Cour

Ce matin, j’ai découvert, médusée, la vidéo de l’intervention de Claude Malhuret. Elle est ici.

« Les lycées, ZAD, zone à délirer », « les élèves sont forcés d’enseigner la morale à certains de leurs professeurs », « est-ce qu’ils ne pourraient pas un jour déposer un préavis de travail ? », « les révolutionnaires à statut protégé »… Monsieur Malhuret a le sens de la formule. Dommage qu’il n’ait pas aussi le sens des responsabilités.

Personnellement, j’ai été profondément blessée par les propos de ce sénateur. Mon premier réflexe a été de chercher sa présence au Sénat, à l’Assemblée. Et puis je me suis raisonnée : son rôle de sénateur ne se limite sans doute pas aux murs du Sénat. Moi aussi, j’aurais pu ironiser sur ceci ou cela. Mais comme la parole est publique (bon, la mienne est publique de niche, je le sais 🙂 ), elle mérite qu’on la soigne, qu’on exerce une attention particulière à ce qu’elle contient. Paradoxalement, c’est certainement ce que pense monsieur Malhuret : il doit être bien fier de son discours, dont on parle dans les médias. Pourtant, c’est confondre parole politique et bon mot. Cela m’évoque surtout la cour de Louis XIV ou Louis XV.

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Claude Malhuret est manifestement une personne complexe. Même sans partager ses convictions, force est de constater qu’il a accompli de bien belles choses au cours de sa carrière, a apparemment su faire des choix et s’y tenir. Pourquoi aujourd’hui cette saillie qui ressemble à un défouloir ? Lui qui s’est consacré à l’humanitaire, on aurait pu attendre un peu plus de délicatesse : pourquoi abîme-t-il l’image de notre métier, et la nôtre, personnelle, de la sorte ? Il parle du « manque de respect envers leurs collègues dont ils abîment l’image », de la part des « escamoteurs de copies », mais c’est bien ce qu’il fait, là, devant ses gens que nous avons élus, devant nos représentants : il nous traîne dans la boue, en faisant comme si cela concernait une infime fraction d’entre nous. Mais ce que tout un chacun entendra derrière ses mots, c’est une charge contre notre métier tout entier. Claude Malhuret règle-t-il ses comptes avec les enseignants ?

Il aurait pu proposer de discuter avec les collègues qui ont retenu des copies. Ce serait une idée certes désuète, mais productive. Ça s’appelle le dialogue. Le même dialogue qui permet que nous enseignions, en classe. Enseigner par l’autoritarisme ne fonctionne pas, et nous, nous l’avons compris. Dans la sphère publique, cela fait si longtemps que le contact a été rompu que les crises deviennent toutes plus violentes. Tout le monde crie, personne ne s’écoute, personne ne s’entend. La situation, de ce point de vue, semble bien bloquée. Moi qui suis de nature optimiste, je ne vois aucun espoir d’amélioration, aucun signe d’embellie. Monsieur Malhuret aurait pu exprimer son point de vue central (il faut punir les collègues qui ont retenu les copies) d’une façon différente, sans céder à la facilité de l’ironie. Je pourrais citer Bertet, mais comme il a aussi écrit que dans un couple, il y a pire que le mensonge, c’est la franchise, je vais m’abstenir. Que monsieur Malhuret réclame des sanctions contre tels ou tels, c’est son droit et il y aurait matière à débattre, mais je ne crois pas que cela ait été son objectif par cette intervention. Je pense qu’il a voulu les projecteurs, qu’il a sorti toutes ses belles plumes, accessoirement qu’il s’est défoulé contre notre profession tout entière, mais son message supposé me paraît relégué encore plus loin.

Hé bien moi, cela me peine. Voilà. Ça peut paraître nouille, mais l’intervention de Claude Malhuret m’a affectée. Je fais mon métier avec tout mon coeur, toute ma conviction, toute mon énergie, et nous sommes des milliers dans ce cas. Les collègues qui ont retenu les copies ne l’ont forcément pas fait par gaieté de coeur. On peut, encore une fois, débattre du moyen choisi. Mais pour en arriver à des extrêmes pareils, il faut être motivé par son métier, par le projet qu’il porte. Personne, dans l’Éducation nationale, ne ferait porter la pression sur les élèves et les familles sans le mesurer. Et l’opinion publique, dont une trop grande partie aime à déblatérer sur les enseignants (nous vivons tous le « sauf vous, madame XXX, vous on sait que vous faites bien votre métier. Mais les autres… »), va être relancée dans sa haine ordinaire. Alors que nous sommes là pour avancer ensemble, travailler ensemble à enseigner et à éduquer nos enfants, les citoyens de demain. C’est lamentable. Et je ne parle pas de l’attractivité du métier. Qui ira encore s’étonner de la désaffection des jeunes pour les métiers de l’enseignement, quand on travaille autant pour un salaire… disons modéré et tout gelé, et qu’on s’en prend plein la poire ?

Je croyais que les hommes politiques étaient là pour rassembler. Je croyais qu’ils devaient être exemplaires, eux aussi. Ou plutôt, je voudrais. J’aurais voulu, disons.

C’est compliqué de faire comme si quand des démonstrations aussi éclatantes de ce qu’est la réalité nous pètent à la figure.