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Feynman, pédagogue agité

Un ami m’a envoyé la préface des cours de Feynman, qui évoque la façon dont il avait pensé ses cours au début des années 60.

Feynman a vécu de 1918 à 1988. Selon France Culture, c’était « un physicien hors pair, au 738_richardfeynman-painemansionwoods1984_copyrighttamikothiel_bw.jpgfonctionnement intellectuel iconoclaste que d’aucuns qualifièrent de génial. Richard Feynman a contribué à repenser la mécanique quantique, les forces fondamentales, il a eu l’intuition de l’ordinateur quantique, et fut dans le même temps un vulgarisateur exigeant, à la pensée complexe, parfois ardue mais qui gagna, certainement pas son originalité, le respect et la notoriété outre-Atlantique, où son parcours suscite aujourd’hui encore de nombreuses vocations ».

Dans sa préface, Feynman se montre extrêmement moderne et vraiment tourné vers la transmission des savoirs et des compétences. D’abord, il pose le problème : comment intéresser des étudiants enthousiastes, dont il suppose qu’ils sont capables de réussir et savent des choses au sortir du lycée, alors que les contenus à présenter sont rébarbatifs, manquent de modernité, voire sont « abrutissants » ? Feynman, il veut de la vie dans son amphi. Il veut des étudiants actifs, intéressés, qui s’impliquent. Alors il cherche à atteindre tout le monde, en partant de ceux qui ont besoin de beaucoup de nourriture intellectuelle, de défi, mais avec la volonté de ne pas oublier ceux qui sont moins en réussite ou en facilité (ce en quoi il a plus ou moins bien réussi). Il cherche à trouver un moyen d’enseigner en amphi tout en différenciant. Il essaie de construire des cours originaux, des exposés qui réveillent car ils surprennent. Il se veut captivant, et je pense qu’il l’était.

Feynman se heurte à des difficultés. D’abord, il voudrait un retour pour s’évaluer : mais demander leur avis aux étudiants ne devait pas être une idée très fédératrice (l’est-elle aujourd’hui en général d’ailleurs ?). Il est aussi frustré par certaines parties de son programme à enseigner, pour lesquelles il n’arrive pas encore à construire une stratégie passionnante. Il expérimente, mais doute. Il ne se contente pas de mettre en oeuvre ses idées : il s’interroge véritablement sur son efficacité. Il ouvre de nouvelles portes. Par exemple, il pense qu’il gagnerait à proposer davantage de résolution de problèmes.

Enfin, Feynman exprime une autre frustration : celle d’animer des cours en amphi. Il déplore que les étudiants soient si nombreux, alors que pour apprendre au mieux ils ont besoin d’échanger, de s’exprimer, de réévaluer leur compréhension par le dialogue. Il met en corrélation directe la réussite de l’individu avec l’existence et la qualité des interactions avec l’enseignant. Il mise sur l’humain : sa propre humanité, celle des étudiants. L’enthousiasme de Feynman, son énergie, sont remarquables. Pourtant, Feynman, s’il a connu de nombreux succès, a connu aussi des échecs pédagogiques assez sévères, en particulier parce qu’il plaçait la barre très, très haut.

A écouter sur France Culture : la méthode scientifique, « L’étrange physique de monsieur Feynman« .

 

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Eduquons nos enfants sans violence

Sur le Monde.fr, Gilles Lazimi, médecin généraliste, revient sur la première campagne vidéo sur les violences verbales faites aux enfants, qu’il a coordonnée.

« Crier, hurler, se moquer d’un enfant, peut avoir des conséquences sur son développement. (…) L’idée n’est pas de culpabiliser. Aujourd’hui, 90 % des parents sont bienveillants, et pourtant la plupart utilisent encore des méthodes dépassées. Les mots qui blessent n’aident jamais à grandir.« 

 

« Frapper, crier, humilier n’est pas nécessaire pour poser des limites. Il faut réaliser que donner des droits aux enfants ne revient pas à les retirer aux parents, qui doivent rester les garants du « non ». Être bienveillant, ce n’est pas tout accepter. »

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Claire s’inscrit à la fac

Bonjour, j’ai un rendez-vous à 15h10 pour m’inscrire. Je suis en avance, dois-je attendre ?

Non, l’heure n’a pas d’importance.

Ah, tant mieux alors.

Auriez-vous votre convocation s’il vous plaît ?

Heu non, je n’ai pas reçu de convocation.

Elle s’appelle aussi autorisation d’inscription.

Ah ça oui, j’ai. Voilà.

Vous êtes étudiante ?

Non, pas encore.

Vous êtes salariée ?

Oui, je suis enseignante dans le public.

C’est quel code, vous savez ?

42.

Vous êtes salariée du public ou du privé ?

Du public.

Vous faites quoi comme métier ?

–  ... Enseignante. Du public.

Vous connaissez le code de CSP de vos parents ?

Sérieusement ? J’ai 44 ans et il faut que je vous donne les CSP de mes parents ?

Heu, oui.

Ok. 61 et 62.

C’est drôle, ça se suit. Vous avez l’original et la photocopie de votre CNI et l’original et la photocopie de votre dernier diplôme obtenu ?

Oui.

Vous vous êtes acquittée du paiement de la CVEC ?

–  Oui, et d’ailleurs c’est quoi ? Pourquoi faut-il payer ça ?

Ah bah ça sert à plein de choses…

Comme ?

Ca paye votre sécurité sociale.

Non, je ne crois pas. Et j’ai déjà la sécu et une mutuelle.

Ah bon ? Comment ça se fait ?

Je suis salariée.

Ah oui. Mais ça sert aussi pour faire du sport, et participer aux associations pour faire la fête vous voyez…

Ah super.

Heu bon alors est-ce que vous avez une photo ?

Oui. Voilà.

Est-ce que vous avez déjà la sécurité sociale ?

Oui…

Est-ce que vous avez un numéro d’INE ?

Non, je suis trop vieille pour en avoir un.

(panique dans le regard de mon interlocutrice)

Je fais comment alors ?

Je ne peux pas vous le dire. Je pense que vous devez m’en créer un.

Là, une dame d’un autre guichet a pitié et vient voir sa collègue. Elle lui explique :

La dame elle n’a pas d’INE parce qu’elle a eu le baccalauréat avant 1995. Donc tu coches « pas d’INE », là. Ca va en créer un. Tu vas voir, ça arrive assez souvent, alors il faut que tu saches le faire.

D’accord. Voilà. (…) Ah bah si, regarde, là, elle en a un en fait d’INE. Je ne l’avais pas vu.

–  Non mais c’est parce que tu viens de … (elle s’interrompt) Oui, bon ben alors tout va bien, utilise celui-là. (elle me regarde, consternée mais bienveillante)

Vous avez votre relevé de notes du baccalauréat, original et photocopie ?

Oui, mais comme ça date, il n’est pas en format A4 et donc je l’ai photocopié en deux fois. Il faut superposer partiellement les photocopies pour avoir tout.

J’ai pas compris.

Si vous avez de la colle, je m’en occupe.

D’accord.

Cinq minutes plus tard, je passe au deuxième guichet, puis au troisième, puis au quatrième, puis au cinquième.

– (Avec les gestes à l’appui) Alors il faut que cet autocollant, là, vous voyez, vous le colliez sur la carte, ici. Cet autocollant, là, ici. Vous voyez ? Ca, là.

La collègue de mon interlocuteur :

Je crois qu’elle a compris, la dame, tu sais. T’es lourd.

Ah ? Vous avez compris ?

Oui, ça va.

Non parce que c’est super important, sinon vous ne pourrez pas rentrer dans les bâtiments.

Bon, bin je vais le coller alors. (…) C’est normal que ça ne se décolle pas ?

Non, c’est autocollant. (…) Ah non, votre autocollant il n’est pas autocollant.

Bon, en tout cas pour un rendez-vous à 15h10 j’étais sortie à 15h11, avec ma carte étudiante et un INE tout neuf, et l’accueil a été très aimable, avec tout le monde.

Mais je sens confusément que je suis décalée.

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Avalanche de bonnes idées

Ces derniers jours, comme un échange spontané de bons procédés, vous m’avez envoyé des tas de ressources…

I   !

Surtout, n’hésitez pas à continuer : je thésaurise, je dépile tout ça tranquillement, j’analyse, j’intègre, j’assimile, je me réjouis et en plus c’est cadeau. Que du bonheur.

Bon, première conséquence : l’année prochaine, je fais la course aux nombres.

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Question 3 : Les ceintures de compétences ne te tentent pas ?

Dans les commentaires et les mails que vous m’avez envoyés, il y a pas mal de questions. Je vais en reprendre quelques-unes aujourd’hui dans des articles, car elles méritent développements on ne peut pas bien comprendre la logique de mes contenus sans ces réponses. Merci donc de me les avoir posées…

Question 3 : les ceintures de compétences ne te tentent pas ?

Ah, question un peu compliquée pour moi, car la réponse est ambivalente.

Avant tout, je précise que je n’ai pas d’a priori négatif sur les ceintures de compétences, au contraire. Je ne suis pas non plus très calée sur le sujet. J’ai vu des fonctionnements qui roulaient remarquablement bien, je sais que des collègues comme Guillaume Caron pratiquent les ceintures de compétences avec un succès comparable à leur talent (c’est pour toi, Guillaume, ce compliment), mais je crois que cela ne me convient pas. Cela me semble trèèèèès compliqué, ce qui indique sans doute que je n’ai pas tout compris et/ou que ce n’est pas en adéquation avec mes pratiques et ma façon d’être.

Pourquoi ?

  • Parce que dans l’idée que je m’en fais, cela nécessite d’avoir tout préparé à  l’avance en sériant toutes les tâches, et que j’aime particulièrement les tâches complexes dont des tâches qui nécessitent une collaboration du groupe entier, même si je ne pratique pas seulement ce type de tâche ;
  • Parce que je suis très attachée à la « culture classe » dont parle Boimare, et que je tiens à ce que tout le monde travaille sur des thèmes communs au même moment, pour pouvoir faire des bilans collectifs quand cela me chante. J’ai besoin, pour me sentir bien dans mon année, de sentir que nous construisons une histoire commune, mathématique et collective ;
  • Parce que j’ai peur d’individualiser. Je différencie, mais je ne veux pas tomber dans l’individualisation, ce qui pour moi est un risque.

Bon, maintenant, je suis peut-être à côté de la plaque en pensant que les ceintures de compétences font travailler individuellement les élèves sur des thèmes variés, mais c’est comme ça que je l’ai vu mis en oeuvre.

En revanche, j’ai clairement pris des éléments également présents dans les systèmes de ceintures :

  • Les points attribués avec Sacoche se rapprochent du système de ceintures : chaque compétence est non acquise, fragile, satisfaisante, très satisfaisante ou experte. C’est consultable sur l’ENT ;
  • L’obsession du développement de l’autonomie, de la coopération, de l’entraide, de la dévolution ;
  • J’essaie autant que possible dévaluer les élèves lorsqu’ils y sont prêts, et de les réévaluer s’ils le souhaitent.

En fait, je pense que je ne suis pas prête à suivre un système (quelle que soit l’échelle, d’ailleurs). Je fais ma tambouille, j’ai besoin de pouvoir m’adapter et changer quand je pense que c’est pertinent.

Je vous conseille d’aller lire le blog de Guillaume, si vous ne le connaissez pas encore :

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