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Le sphérique c’est fantastique

Voilà. J’ai fini ma première version d’une formation sur la géométrie que je dois animer en juin. J’y ai passé un nombre d’heures effrayant, j’ai lu plusieurs dizaines d’articles, j’ai travaillé avec quatre collègues chercheurs, utilisé tous les contenus récoltés dans l’année dans les classes des écoles, j’ai enquiquiné collègues et IPR… J’ai même infligé la présentation de la dernière partie à mon mari, histoire de voir si c’est intelligible : à force de bosser dessus, je me comprends, mais quelqu’un d’autre le peut-il ?

Mais j’ai un premier contenu, qui va pouvoir maintenant être discuté. J’ai réussi à le faire, entre prep de cours, prep de formations interdegré, copies, et malgré un joli mal de dos.

Je suis HS. Et ravie : j’adore la géométrie, l’enseignement et la formation. Alors déjà, de base, même si j’ai dépensé une énergie importante, je me suis régalée. Mais en plus, j’ai pu réinvestir ce que m’avaient appris Élisabeth Hébert, Christian Vassard et Guillemette Le Hir en formation il y a vingt ans, avec leur générosité et leur compétences extraordinaires : ils m’avaient fait découvrir la géométrie sphérique. Ils avaient agrandi mon univers, et je n’ai jamais oublié cette journée-là. J’attendais de pouvoir réinvestir tout ça.

C’est fait. Je suis très contente. En fait, peut-être cette (toute petite) partie devra-t-elle sauter, car ce n’est qu’une proposition qui va être discutée. Mais de toute façon, j’ai passé un bon moment à remettre tout ça en ordre dans ma tête, à me replonger dans les démonstrations, à radiographier cette géométrie magnifique et inhabituelle dans mon quotidien tellement euclidien.

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l’International Women in mathematics day

L’union mathématique internationale a proposé qu’à partir de cette année, le 12 mai (le jour de l’anniversaire de Maryam Mirzakhani) soit institué l’International Women in mathematics Day. Maryam Mirzakhani était une mathématicienne iranienne, décédée d’un cancer du sein en 2017, à seulement 40 ans. Elle est la première et seule femme à avoir obtenu la Médaille Fields en 2014.

L’apparition de cet événement n’a pas échappé à notre excellent collègue François Sauvageot. Au travers de son association, Résonance – Art & Science, qui fait se rejoindre arts vivants et sciences, et en partenariat avec le Lieu Unique, François participe à l’élaboration et l’organisation nantaise de l’événement : une dizaine de personnes, d’origines variées, ont carte blanche pour dire en cinq minutes ce que la figure de Maryam Mirzakhani évoque pour elle. Les chanceux pour qui Nantes est à portée pourront donc se rendre dans le Salon de Musique du Lieu Unique, samedi 25 mai 2019 de 19h à 20h, et l’entrée est libre.

Raconte-moi

J’aurais adoré y être, d’autant que Maryam Mirzakhani était vraiment une femme émouvante.

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Notre maison de Raymond

Nous connaissons un vieux monsieur, Raymond. Un monsieur digne, malicieux, qui sait plein de choses que nous ignorons.

Un jour, Raymond a décidé de vendre sa maison. Comme j’ai toujours eu envie d’ouvrir un gîte (en retraite, peut-être même verserai-je dans la chambre d’hôtes) et que chez moi tout le monde est plutôt du genre enthousiaste, nous avons acheté sa maison à Raymond.

Alors depuis la fin du mois de janvier, entre deux stages, deux cours, deux copies, je bricole. Je prends des cours de plomberie, je rêve de lattes PVC, je passe un temps assez dingue dans des magasins de bricolage, j’emprunte aux copains profs de maths leur matériel… Toute la famille s’y met, sur trois générations. C’est un beau projet.

Si tout va bien, d’ici la fin de la semaine, la première pièce (la cuisine) sera tout à fait terminée. Nous aurons surmonté pas mal d’obstacles, déjà. Et maintenant, nous savons que nous n’avons aucune idée de ceux qui nous attendent.

L’intérieur, avant :

Pendant les travaux :

Maintenant :

Au mieux, ouverture prévue en septembre 2019. Si nous avons le temps, les sous et pas trop d’ennuis pour mettre nos projets en application. Et sinon, bin ce sera plus tard : pour une fois, nous nous donnons du temps, le temps de réfléchir, de nous tromper, de reréfléchir et de parvenir à ce que nous visons.

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Nos émotions mathématiques en CE1

Cet après-midi, j’ai accompagné deux enseignantes de CE1 et leurs élèves. Nous sommes en REP. Je commence à bien connaître les enseignantes, qui m’accueillent avec énergie et gentillesse et cherchent à chaque fois à « me montrer des choses différentes ». Elles ont des tas d’idées et un niveau de réflexivité épatant. Les dialogues didactiques, avec l’ensemble des enseignantes de cette école d’ailleurs, c’est un bonheur.

Aujourd’hui, au programme, ateliers jeux mathématiques. Deux classes de CE1 jouent, et « surtout font des maths ». Les élèves l’explicitent, naturellement : lorsque je leur demande s’ils aiment jouer comme ça, plusieurs me répondent « jouer oui, mais surtout faire des maths », « Oui, les maths c’est drôle », etc.

J’observe les différents ateliers (atelier banquier, atelier monnaie, Yam’s, mistigris, jeux de géométrie, …). Et une des enseignantes me montre le Matador Junior, qu’elle a emprunté à Canopé. Elle voudrait le mettre en route, mais ne l’a jamais pratiqué, et comme je connais, je me retrouve à animer le groupe.

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Mais il y a un hic : les enfants ne connaissent pas la multiplication. Je vais donc improviser des variantes. En partant s’occuper des autres groupes, ma collègue dit aux élèves : « Claire elle va vous faire découvrir la multiplication, comme ça. Comme elle est prof de maths, elle va savoir vous expliquer ». Hahaahaaa, heuuuuuuuu bon la collègue est partie et les enfants me regardent avec de grands yeux plein d’envie de découverte. Bon bin c’est parti. Où, je ne sais pas encore bien, mais on va faire ce qu’on peut.

En principe dans Matador on lance deux dés, un à six faces (qui fournit le chiffre des dizaines) et un à dix faces (qui fournit le chiffre des unités), pour composer un nombre, compris donc entre 10 et 69. On lance les autres dés, qu’on doit combiner en effectuant des opérations, pour trouver le nombre cible. Mais il y a une contrainte : si on est sur une case +, il faut utiliser au moins une addition, si on est sur une case – il faut utiliser au moins une soustraction, et pour la multiplication c’est le même principe. Comme les enfants ne connaissent pas la multiplication et qu’on part d’une case addition, je me dis que pour commencer nous allons non pas composer un nombre à deux chiffres de la sorte, mais additionner les deux faces : atteindre 78 à partir de cinq dés (un dé 6, un dé 8, un dé 10, un dé 12 et un dé 20), c’est compromis.

Nous commençons donc ainsi : on lance les deux dés rouges, on additionne, puis on lance les cinq dés blancs et on essaie d’atteindre la somme rouge en combinant des dés blancs. Pour s’amuser, nous cherchons plusieurs solutions. Les élèves cherchent des propositions tarabiscotées, l’émulation est naturelle. Même chose pour les cases « moins », ce qui marche bien aussi. L’affaire se corse lorsque les enfants tirent une somme rouge qui nécessite plus de deux calculs.

Lorsque nous tombons sur les cases « ? », je propose d’abord des suites logiques, puis des questions-allumettes. Au départ, les questions allumettes laissent perplexes mes petits mathématiciens, puis ils comprennent le but et nous réfléchissons ensemble aux différentes stratégies : opérer au hasard n’est manifestement pas productif, et ils se mettent à vraiment réfléchir. Très très fort. Et ils réussissent à trouver par eux-mêmes, ce qui les ravit.

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Et puis nous tombons sur une case multiplication. Ah. Bon. Je propose qu’on décide qu’il faut combiner au moins une addition et une soustraction sur ces cases, mais les enfants refusent collectivement : la maîtresse elle a dit que tu nous expliquerais la multiplication. Bon, ok, si la maîtresse a dit. Mais comment improviser une réponse à ces questions sans casser la conceptualisation qui sera proposée par ma collègue lorsqu’elle introduira la multiplication, d’autant que j’ignore comment elle le fera ? Alors je me lance :

Ce que je vais vous expliquer permet de trouver le résultat, mais vous verrez, il y a bien d’autres choses à comprendre. Il ne faut pas qu’avec ce que je vais vous expliquer vous pensiez que ça y est, vous avez compris la multiplication, que vous savez multiplier. On est d’accord ? C’est juste pour le jeu, pour commencer à réfléchir à la multiplication, aussi.

On est d’accord. De toute façon, du moment que je leur explique la multiplication, ils seront d’accord avec tout, je pense.

Sur les cases « × », nous allons juste lancer les deux dés rouges. Et nous allons essayer de trouver le résultat de la multiplication de ces deux nombres. Je vais vous expliquer. Vas-y, puisque tu es sur une case « × », lance les dés.

J’ai fait 3 et 6.

Ok. Nous allons calculer 3×6. Alors attention, écoutez bien. Calculer 3×6, c’est chercher combien de cases contiendrait un rectangle dans lequel j’aurais dessiné trois colonnes et six lignes. Je répète et je vous montre avec un dessin ?

Non, attends, j’essaie tout seul.

Le petit bonhomme trace un rectangle (à main levée, et là déjà je me dis que la maîtresse a donné des réflexes de recherche épatants), il trace trois colonnes, puis des lignes. Comme le rectangle est trop petit pour contenir six de ses lignes, il me demande :

Je peux allonger le rectangle ?

Oui, peu importe sa taille.

Il l’allonge et le contemple silencieusement, comme ses trois camarades.

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Je t’aide ?

L’enfant me regarde droit dans les yeux, hyper sérieux, hyper concentré :

Non.

Un moment s’écoule. Je les laisse cogiter.

J’ai compris. Je sais combien ça fait, 3×6. Il faut que je compte les cases, mais en fait je vais pas compter un par un, c’est trop long et puis c’est pas la peine. Ca fait 6+6+6, en fait. 6+6 ça fait 12, et encore 6 ça fait… 18. 

On peut écrire 3×6=18, alors, Claire ? On peut écrire « = » ?

Oui, c’est ça. Oui, on peut, puisque c’est égal. Vous m’épatez, là.

Mais c’est drôle, parce que 6+6+6, bah c’est 6, mais trois fois.

Aaaah oui. C’est pour ça : 6 qu’on compte trois fois, c’est trois fois 6, et donc 3×6 !

Ah oui, moi aussi j’ai compris.

A nouveau, moment de cogitation silencieuse.

Et regardez, si on se met comme ça (l’enfant tourne le rectangle), on inverse et ça ferait 6×3, mais ça ferait quand même 18 ! Ça marche comme ça tout le temps ?

Nous avons repris tout cela, écrit sur nos feuilles. J’en étais étourdie, émue. Un des garçons m’a dit « Mais c’est que ça, la multiplication ? » avec un ton condescendant du petit gars qui se la pète qui m’a bien amusée. Nous avons continué de jouer, et j’ai retenu mon souffle : allions-nous retomber sur une case multiplication ? Sauraient-ils répondre ?

Oui, et oui. Magnifique. Et à chaque fois, les enfants ne me lâchaient pas du regard pour savoir s’ »ils avaient bon ». C’était important, pour nous tous, et nous partagions quelque chose de très fort. Je sais bien que cela ne signifie pas qu’ils ont compris la multiplication. Là n’est pas mon propos. Mon propos, c’est que j’ai vu ces enfants faire des maths, je les ai vu penser, cheminer en eux-mêmes, vu avec mes yeux. J’ai du mal à m’expliquer, tellement c’était puissant.

Après la sonnerie, j’ai discuté avec les enseignantes, et je leur ai raconté tout ça. La maîtresse de ces enfants m’a dit, en parlant d’un autre enfant qui, arrivé à 1 000 dans un jeu, avait brandi le cube du mille avec un sourire lumineux et ne le lâchait plus :

« Tu vois, c’est qu’en maths que ça arrive, ça, que ça arrive comme ça : la révélation, quand ils comprennent ».

Ces collègues sauront-elles un jour ce qu’elles m’apportent ? Et sauront-elles que si les enfants ont été capables de cela, c’est grâce à leur travail quotidien, à leur réflexion didactique, à leurs pratiques pédagogiques, à leur façon de se poser sans cesse des questions, à leurs échanges en continu ?

J’espère.

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Semaine des maths : journée 2 (avec des yeux qui brillent dedans)

Aujourd’hui, entraînement à la course aux nombres en sixième, club maths, concours de tigres, coopération avec ma chercheuse préférée qui revient dans ma classe lundi pour animer une séance, première séance de démonstration en sixième… Je reviendrai sur cette séance, car elle marche vraiment bien. Cela a été l’occasion de parler de raisonnement, de lien avec le monde et notre environnement de vie, et comme les élèves étaient vraiment attentifs j’ai pu parler beauté des maths… J’ai vu des yeux briller et des sourires se dessiner : j’ai gagné ma journée, marquée par une certaine allégresse.

Je la termine avec une petite élève Syrienne à l’honneur : voici un tableau de conversion syrien, affiché fièrement dans ma classe !

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Sophie Germain Bientôt dans ma classe

Anne Boyé et Christine Charreton ont publié en 2017 un petit livre intitulé « Je suis Sophie 1777_COUV_sophiegermain.qxpGermain », aux éditions Jacques André Editeur. C’est un livre clair et instructif, qui se lit rapidement et facilement (et pour cause : il est écrit pour des élèves). Il retrace la vie de Sophie Germain. Comme j’ai décidé de lire des extraits d’ouvrages littéraires qui parlent de mathématiques ou de culture mathématique à mes élèves, j’ai décidé de leur en lire au moins des extraits, sinon tout : ils aiment que je leur lise à haute voix, mais sans doute aimeraient-ils suivre un livre entier. Je leur lis parfois trois minutes, parfois cinq, parfois dix si nous finissons en avance une activité, et ça marche bien : les élèves m’en reparlent, ensuite. Là, c’est l’histoire d’une vie, et en plus d’une mathématicienne, ce qui permet d’attendre trois objectifs en même temps : cultiver quant à l’histoire des maths, travailler les inégalités filles-garçons et discuter maths et filles.

Je pense que je commencerai par lire cette citation de Rousseau dans l’Émile (1712-1778, et Sophie Germain est née en 1776), que j’ai trouvée déjà dans un article d’Anne Boyé sur Sophie Germain, dans le bulletin de l’APMEP n°523 :

« Ainsi toute l’éducation des femmes doit être relative aux hommes. Leur plaire, leur être utiles, se faire aimer et honorer d’eux, les élever jeunes, les soigner grands, les conseiller, les consoler, leur rendre la vie agréable et douce, voilà les devoirs des femmes dans tous les temps et ce qu’on doit leur apprendre dès leur enfance.  »

Et encore : « La recherche des vérités abstraites et spéculatives, des principes, des axiomes dans les sciences, tout ce qui tend à généraliser les idées n’est point du ressort des femmes. (…) Elles n’ont pas non plus assez de justesse et d’attention pour réussir aux sciences exactes.»

Ensuite, je commencerai la lecture du livre de mesdames Boyé et Charreton (qui en plus m’ont fait une belle dédicace, ce à quoi mes élèves seront sans doute sensibles, car ils aiment imaginer les personnes auteur de ce que nous travaillons ; quand je leur parle d’Arnaud ou de Roland, ils réagissent comme s’ils les connaissaient personnellement). Cela nous donnera l’occasion de croiser quelques notions d’arithmétique, par exemple, dont mes élèves sont en mesure de s’emparer. J’espère qu’ils vont aimer et retenir ! J’aimerais qu’il retiennent la volonté de Sophie pour surmonter le déterminisme social qu’on lui opposait, et aussi que son rêve à elle, c’était les maths.

Si vraiment la lecture intéresse bien mes élèves, je pourrai prolonger par la lecture et l’affichage de ces documents, réalisés par les élèves du club maths du lycée Maurice Genevoix :

 

 

L’APMEP propose aussi des exercices autour de Sophie Germain, mais là ce n’est pas du niveau de mes élèves.

Mon projet suivant est de lire le One Zero Show de Denis Guedj avec des élèves qui partageraient les rôles de la pièce avec moi.