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Suspense

L’aventure RMC commence. Après une journée de boulot hier de 7h30 à 20h30 sans même de pause le midi, après deux heures de cours puis deux heures d’animation pédagogique sur la proportionnalité pour des enseignants de cycle 3 ce matin, après des bisous à toute ma tribu, le train est parti, direction Rennes.

Je vais bientôt savoir si mon contenu de formation est adapté.

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Rémi Brissiaud vs Stanislas Dehaene (2)

Rémi Brissiaud avait, le 15 mars dernier, publié dans les Cahiers Pédagogiques un article intitulé « maths : les fondements scientifiques de l’évaluation s’effondrent« , dont j’avais proposé une lecture ici. La deuxième partie est à lire , en date du 20 mars.

Dès le début de cet article, Rémi Brissiaud annonce : « tout ceci conduit à réfléchir sur la façon dont il convient d’articuler les connaissances en sciences cognitives et celles concernant la pédagogie scolaire ». Mon dernier post, sur un article de Serge Pouts-Lajus, tournait autour du même questionnement.

Pou ma part, je vous recommande d’aller lire l’article (et même les deux) dans son intégralité : le contenu est dense et le propos impossible à résumer sans perdre son sens. je vais donc me contenter d’en souligner les grands propos.

Rémi Brissiaud propose une réflexion approfondie sur l’usage de la ligne numérotée, appelée parfois abusivement ligne numérique. La ligne numérotée est en lien avec le comptage-dénombrement, et tout cela nous ramène au sens profond, conceptuel, du nombre, versus des automatismes dénués de sens pour la plupart des enfants. Plus loin, il évoque aussi la file numérotée.

Le passage ci-dessous m’a particulièrement intéressée, car je le trouve extrêmement clair. Il m’a rappelé mes élèves de lycée et leurs problèmes de numérotation de termes de suites numériques, et, au passage, à un autre niveau scolaire, la méthode ACE :

En fait, l’unité est la longueur de l’intervalle entre deux chiffres consécutifs : « un » est la longueur de l’intervalle entre 0 et 1, celle de l’intervalle entre 1 et 2, entre 2 et 3, etc.

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Une difficulté supplémentaire provient du fait que chiffres et quantités ne sont pas facilement appariés : dans la figure précédente, pour faciliter la compréhension, il faudrait créer de « grandes accolades » et expliciter les quantités au sommet de ces accolades.

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Tel que les chiffres sont placés, à l’extrémité droite de ces grandes accolades, ils ne facilitent pas le cumul des unités. 

Dans la suite, Rémi Brissiaud rappelle que « l’usage de la ligne numérotée au CP est aujourd’hui condamné » dans grand nombre de pays, qui s’appuient sur des résultats de recherche. Et « les recherches fondamentales en psychologie cognitive incitent à s’abstenir de proposer l’épreuve dite de la « ligne numérique » à des fins de pronostic ». Ce type de support n’est donc pas adapté, pour monsieur Brissiaud, à une évaluation nationale, car il n’est simplement pas prédictif.

Ensuite, monsieur Brissiaud aborde les questions de comparaison, en exhibant deux grands courants pour apprendre aux élèves à les résoudre : s’appuyer sur la ligne numérotée (représentée ou mentale), et donc le comptage-numérotage, ou s’appuyer sur une procédure numérique qui permet de décompter les nombres (8 est plus grand que 5 parce que 8=5+3). Or les conditions de passation semblent avoir été trop peu précises pour pouvoir s’assurer que les enfants ont vraiment répondu à la même question, du point de vue de la démarche.

Rémi Brissiaud voit dans la façon dont ces évaluations ont été construites et proposées du mépris pour les enseignants, « effectivement considérés comme des personnes a priori incapables de comprendre en quoi ces épreuves sont « cognitives ». L’intérêt de ces tests est affirmé de façon générale et dogmatique : « (ces) tests cognitifs (sont) plus complets et plus précis que ceux (que les professeurs) utilisent la plupart du temps ». » Le titre de mon précédent article était « Rémi Brissiaud vs Stanislas Dehaene », et là on entre dans le coeur de leurs désaccords. Je trouve ça très, très intéressant : c’est de la controverse de haut vol, et il y a à se nourrir les neurones à foison là-dedans.

Pour l’anecdote, monsieur Brissiaud évoque le Musée Nationale de l’Éducation, seul en son genre, et son splendide centre de ressources, le tout sis dans la belle ville de Rouen. Avis aux amateurs de tourisme éducatif ! (et puis comme savons viendrez me faire un coucou !)

Enfin, Rémi Brissiaud revient sur l’histoire des programmes et des recommandations didactiques quant à l’apprentissage du nombre :

le comptage-numérotage « fait acquérir à force de répétitions la liaison entre le nom des nombres, l’écriture du chiffre, la position de ce nombre dans la suite des autres, mais il gêne la représentation du nombre, l’opération mentale, en un mot, il empêche l’enfant de penser, de calculer ». (1966)

(…)  À ce sujet […] nous signalons le danger qu’il y a, dans le comptage, à énoncer les nombres en prenant les objets un à un. C’est en posant la 2e assiette sur la 1ère que je dis 2, non en la prenant en mains (la 2e n’est pas 2, elle est 1) ; ibid. pour la 3e, la 4e… C’est en examinant la pile constituée que j’énonce 2, 3, 4… 6. » (1962)

Deux phrases pour conclure ?

Une science cognitive qui fait fi de l’expérience de plusieurs générations de praticiens est une science arrogante susceptible de provoquer de l’échec scolaire. (…)

Notre conviction est donc que la pédagogie scolaire et les sciences cognitives peuvent très bien collaborer si, sans dogmatisme ni arrogance, elles cherchent ensemble à comprendre le fonctionnement mental des élèves en situations scolaires réelles, et à proposer les dispositifs d’explicitation et les exercices les mieux adaptés à leurs acquisitions et à leur réussite.

Je n’ai rien contre les claquements de porte, vous l’aurez compris : des désaccords naissent souvent l’énergie et les bonnes idées. Et puis là, les portes claquent, mais au final on les laisse ouvertes.

Maintenant, il faut que le discussion se poursuive…

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Dis-moi, élève, il est où ton esprit ?

Un article des Cahiers Pédagogiques a retenu mon attention. il est signé de Serge Pouts-Lajus (président de l’association Education et territoires) et s’intitule « Non, le cerveau n’apprend pas ! »

Serge Pouts-Lajus dresse d’abord un état des relations entre enseignants et neuro-scientifiques : « Les partisans des NSC y voient un encouragement à aller de l’avant tandis que d’autres s’interrogent à propos de cette science qui ne fait que démontrer des résultats déjà connus ou triviaux… » Mais le passage qui a le plus retenu mon attention est la paragraphe « Abus de langage ? » :

la littérature des NSC, dont les publications des Cahiers pédagogiques citées plus haut, fourmillent d’expressions telles que : « le cerveau apprend », il « se souvient », il « pense »… Abus de langage ? Sans doute car ce n’est évidemment pas le cerveau de Jean qui apprend mais Jean, personne et sujet de l’apprentissage. C’est ainsi du moins que la plupart des enseignants considèrent leurs élèves : comme des sujets et non comme des cerveauxAccepter l’abus de langage revient à identifier le sujet à son cerveau, à céder à un neuro-essentialisme [1] auquel on est en droit de ne pas adhérer. La science se fait ici l’alliée d’une philosophie qui situe l’esprit dans le cerveau et s’oppose à une autre qui le situe aussi à l’extérieur, non seulement dans le corps tout entier mais dans l’environnement, les interactions sociales, l’histoire [2]. Le choix du cerveau apprenant contre le sujet apprenant ne relève donc pas d’un débat scientifique mais d’un débat philosophique.

Dans la suite de son article, Serge Pouts-Lajus s’interroge sur le « pouvoir de la preuve », seulement effectif « dans un domaine où la science est pleinement compétente ». Sans rejeter les apports potentiels des neurosciences en éducation, il pose la question : la pédagogie est-elle un de ces domaines ?

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Membre du jury en formation

Aujourd’hui, j’ai commencé à suivre un parcours m@gistère intitulé « Formation des membres du jury des concours nationaux ». C’est un m@gistère proposé de façon non obligatoire. Mais j’ai eu envie d’aller voir, d’aller écouter : je suis nouvelle membre de jury du CAPES de maths cette année, et j’aimerais faire les choses de mon mieux.

Je ne sais pas où je vais trouver les six heures requises, mais ça se tente. Je vais forcément apprendre ou évoluer. Et puis je suis contente que l’institution me propose cette formation, qui pourrait bien répondre à un besoin. Alors allons-y !

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Le chemin d’une formation, côté formateur

Dans moins de deux semaines, j’aurai commencé à animer le module « accompagnement » destiné aux futurs référents mathématiques de circonscription. Je crois très fort dans les RMC. Et là, j’anime dans d’autres académies que la mienne. Une collègue m’a demandé comment cette formation avait été construite. Alors voilà :

Lorsque le rapport Villanui-Torossian est paru, la mission de RMC m’a tout de suite beaucoup plu. À maints égards. J’y vois un levier pour changer les choses. J’ai négocié avec le rectorat, avec mes IPR, de pouvoir intégrer à ma mission de formation des tâches de RMC : cela permettait de se projeter, de tester. Ils m’ont fait confiance, et je les en remercie encore, parce que franchement, mes activités de formation cette année m’apprennent et me transforment, mon quotidien professionnel est passionnant et agréable, et je me sens utile. Que demander de plus ???

En décembre, nos IPR ont demandé à leurs formateurs de se positionner sur les thèmes qui leur plaisaient, dans le cadre de la formation RMC à venir. J’en ai choisi douze… La curiosité n’est pas forcément un vilain défaut, mais croyez-moi, c’est un défaut fatigant !

En janvier, la DGESCO nous a contactés pour que nous construisions des propositions de formations. Douze thèmes, c’était trop, et j’étais déjà épuisée. J’en ai quand même envoyé dix, mais trois de mes productions me plaisaient vraiment (et j’avais échangé avec mes IPR, qui m’avaient aidé à clarifier ce qui était nébuleux). Pour les autres, je manquais de temps et surtout d’espace libre dans ma tête, et je sentais bien que j’étais trop… le nez dessus, disons.

En février, la DGESCO m’a informée que j’étais retenue sur le thème de l’accompagnement. J’étais ravie : je suis dans une relative zone de confort sur ce thème, et c’est d’une cohérence parfaite avec mes activités. Pendant les vacances, nous avons eu une réunion à distance, avec monsieur Torossian et ses collaborateurs, pour préciser les attendus. Je me suis rendu compte que si j’avais bien perçu les enjeux, mon contenu dans sa forme, n’allait pas du tout.

Comme nous sommes deux dans mon académie à être retenus sur le thème « accompagnement », et que l’autre formateur est Pascal Féréol, un IEN hyperactif avec lequel j’aime beaucoup travailler, nous nous sommes mis au travail ensemble. Au final, après des échanges énergiques, pas mal de chocolat et beaucoup de café, notre contenu commun ne ressemble plus beaucoup à ma proposition initiale : il est bien mieux, plus clair, mieux structuré, et les messages importants sont lisibles. Nous avons aussi préparé la bibliographie, résumé des articles de recherche pour que les collègues RMC ne croulent pas sous les lectures (car ils ont un quotidien bien rempli, eux aussi !), nous nous sommes prêtés aux jeux que nous proposerons à nos futurs RMC, nous avons visionné des conférences, bref nous avons bossé d’arrache-pied, en nous appelant quasi-quotidiennement pour modifier, clarifier, enrichir, reformuler.

C’était très dense, et en parallèle il fallait mener de front les cours au collège, la formation et ma vie à moi, mais j’ai adoré cette phase.

Nous avons été dans les temps pour pouvoir mutualiser notre travail avec les autres formateurs. Nous avons échangé avec eux, à cette occasion, ce qui a une nouvelle fois influé sur nos préparations. Puis nous avons tout déposé sur le M@gistere dédié.

Depuis, nous avons présenté une synthèse de nos contenus autour de nous : à quelques CPC, à des collègues, histoire de voir s’ils comprennent où nous voulons en venir. Et cette semaine, je me suis entraînée, toute seule dans mon salon, une première fois. Ça tient dans le temps imparti, je me sens à peu près à l’aise.

À partir de maintenant, je vais m’entraîner encore une ou deux fois, en me détachant de l’ordi, cette fois, et chaque jour jusqu’à la première date de formation je lirai un ou deux articles, pour les maîtriser vraiment et retenir quelques éléments-clefs par coeur.

Pour moi, la phase de stress et de surcharge intellectuelle est terminée. Maintenant je peaufine, et je savoure le plaisir de maîtriser de mieux en mieux, d’avoir appris. Je cherche la petite bête, j’approfondis. Et puis j’ai hâte de vivre cette rencontre, de voir si je suis à la hauteur des attentes et des besoins de mes collègues.

J’adore ce métier, formateur.

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Punir, pourquoi ?

Sur le blog NousVousIls, Dorothée Blancheton  propose un article intitulé « des alternatives aux punitions ». Alors que justement je dois gérer des dysfonctionnements massifs dans une classe, pas spécialement dans ma discipline mais en tant que prof principale, cela m’a attirée. D’autant que mon mari et moi avions eu une discussion récemment à ce sujet : il trouve les punitions inutiles pour la majorité. Je suis d’accord (comment ne pas l’être, lorsqu’on observe les « effets » ?) mais mes stratégies d’éducation au vivre ensemble, les conseils de la classe et tout et tout ne semblent avoir aucun effet en dehors de ma propre salle. Je m’interroge donc : parfois, la punition permet aussi d’apaiser les collègues, qui voient qu’on marque le coup, qu’ils sont écoutés et pris en compte, pour des faits évidemment en dépassement des règles de l’école.

Mais ce n’est pas simple. J’ai l’impression de partir dans des directions opposées. Cela ne peut pas permettre à mes élèves de comprendre ce qui se passe, me semble-t-il.

Madame Blancheton évoque le livre « L’impasse de la punition à l’école », paru chez Livre.jpgArmand Colin, sous la direction d’Eric Debarbieux, spécialiste du climat scolaire. Ces deux documents (ici pour l’école et là pour collège et lycée) m’ont souvent aidée, d’ailleurs.

Les garçons sont plus punis que les filles, les punitions sont trop souvent vécues comme injustes (particulièrement en éducation prioritaire), et les punitions « produisent rarement l’effet voulu. » Que faire donc ? Réitérer, encore et encore, des punitions ? Eric Debarbieux dit : « Les professeurs ont un besoin fort d’acquérir des gestes professionnels pour gérer des élèves difficiles. Attention, il n’y a pas une méthode miracle. Mais il y des pistes à explorer» : un collège, après formation à la discipline positive et à la médiation, a divisé par dix le nombre d’exclusions espar trois celui du nombre d’élèves harcelés. mais avant tout, pour améliorer les choses, il faut une cohésion de l’équipe.

Par discipline positive, on n’entend pas « fais ce que tu veux mon grand, il faut que tu fasses tes expériences ». La discipline positive « implique de poser un cadre ferme et bienveillant autour de lignes de conduite, de responsabilités et de rituels. (…) La discipline positive propose de « transformer un incident en opportunité d’apprentissage pour l’élève et le groupe classe » ». 

Une phrase que nous devons ne pas oublier lorsque la mayonnaise nous monte au nez parce que Roman-Manon-Aston-Jennie semble ruiner notre séance et que non, définitivement non, nous n’arriverons pas à faire comprendre à tous avant que ça sonne la notation scientifique ou la différence entre aire et périmètre :

« tout comportement est une stratégie pour nourrir un besoin fondamental ».

Moi, ça me fait du bien de rationnaliser.

Je dois sans doute être plus patiente, et réfléchir davantage.