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Classe inversée en questions

Sur les Cahiers pédagogiques, Sylvain Connac, chercheur en sciences de l’éducation à l’université de Montpellier, revient sur la classe inversée. La classe inversée a fait l’objet d’un stage que j’ai animé récemment, pendant lequel j’ai bien compris que nous n’étions pas d’accord, certains stagiaires et moi. lire cet article m’a confortée dans mon analyse.

Sylvain Connac rappelle ce qu’est initialement le concept de classe inversée : les élèves lisent un chapitre d’ouvrage avant le cours, puis, une fois en classe, posent les questions que cette lecture a suscité chez eux. L’enseignant répond aux interrogations, anime les débats, attise les questionnements, et régule.

Les pratiques se sont extraordinairement diversifiées, en lien avec la classe inversée, en particulier dans la partie collective. Pour plus de détails, allez donc lire l’article de monsieur Connac.

De nombreuses critiques ont aussi émergé. Sylvain Connac les considère « comme des signes positifs, montrant une lutte effective contre l’immobilisme, le conservatisme, voire l’élitisme de nos pratiques traditionnelles d’enseignement ». En revanche, il s’interroge :  » Qu’inverse-t-on ? Est-ce la place de l’enseignant ou celle de la transmission des savoirs ? Quelle conception pédagogique ? » Et il écrit :  » il apparait que les capsules n’ont rien à faire en début d’une séquence d’enseignement, encore moins à la maison, au moment où les élèves les plus démunis sont seuls. La raison principale qui nous permet d’étayer cette thèse est que la cognition ne fonctionne pas ainsi. Si les capsules vidéos, aussi bien faites soient-elles, essaient d’apporter des réponses à des questions que les élèves ne se posent pas, le risque est immense que les informations comprises soient oubliées. C’est l’une des fonctions du sommeil, à savoir, procéder à un tri des données reçues par les sens au cours de la phase diurne, pour conserver dans les mémoires à long terme celles qui correspondent à des besoins. (…) En plaçant une capsule vidéo au démarrage d’une séquence d’enseignement, soit on intéresse les élèves qui ont eu l’occasion de se poser les questions relatives à ces savoirs ailleurs et autrement (et on exclut les autres, sans qu’ils ne s’en rendent compte), soit on donne l’impression à ceux qui répondent à la consigne qu’ils sont dans les attendus, alors que visionner de l’information n’est qu’une tâche subalterne. » A mon sens, faire visionner une capsule en début de séquence n’est pas forcément une mauvaise idée : partir d’une leçon étrangère aux élèves et détachée de leurs préoccupations et de leurs questionnements en est une. Proposer une capsule-accroche, une vidéo qui va déclencher la réflexion, en revanche, est un bon point de départ, à condition que les enfants soient tous en mesure d’y accéder, et de s’en emparer intellectuellement.

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Enfin, Sylvain Connac conclut : « Une dynamique s’est créée. Il aurait été suspect qu’elle ait pu trouver les réponses aux questions insolubles des pédagogies efficaces. Son principal atout est de mobiliser des enseignants sur le cœur de leur métier : ce qui aide leurs élèves à apprendre. (…) Son atout second est d’avoir révélé la question de la place des capsules numériques dans un processus d’enseignement. Leurs expériences nous ont permis d’avancer. Nul ne doute que les années à venir continueront à nous faire progresser sur ce périlleux chemin. »

J’aime beaucoup cette approche : je partage l’analyse de monsieur Connac. Malheureusement, je ne l’ai pas aussi bien formulé lors du stage que j’ai animé. Mais surtout, j’aime sa façon positive, dynamique, constructive, d’envisager ce débat.

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Cela dit, je sais tricoter, aussi.

J’allume mon ordi qui se vidéoprojette au tableau, en formation. Une des icônes est intitulée « Article Tricot ».

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Ni une ni deux, un collègue se lance dans une diatribe mi narquoise, mi outrée : autant pour la femme libérée, n’importe quoi, voilà, les femmes d’aujourd’hui sont exactement les femmes d’autrefois (???), quand elles ont du temps elles font quoi ? Du tricot, de la cuisine, pffff vraiment c’est décevant.

Alors d’une, si j’avais envie de tricoter et de lire des articles sur le tricot, j’apprécierais qu’on me laisse en profiter tranquille.

De deux, en l’occurence, il s’agissait d’un article d’André Tricot, professeur d’université très prolifique et intéressant, qui abordait les biais possibles de la correction de copies.

De trois, cher collègue, tu as l’air d’une truffe.

J’ai laissé mon collègue terminer sa tirade tout seul, sous l’oeil médusé de ses pairs. Et puis je lui ai envoyé l’article. Put-être que lui aussi, il aimera lire Tricot.

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En nos troubles

Alors que mon collège baigne en eaux troubles et est fermé le temps de sécher, je récupère deux heures… Or un de mes collègues stagiaires m’a demandé des ressources sur les TDAH, les troubles liés à un déficit de l’attention et à l’hyperactivité. J’ai commencé par farfouiller dans les ressources qui remplissent mes disques surs, mais tout cela datait, et c’est typiquement le genre de domaine dans lequel les connaissances évoluent rapidement. Alors j’ai cherché et je suis tombée sur ce documentaire, que je trouve intéressant. Le découpage en chapitres fait qu’on peut le regarder à son rythme.

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Dans la rubrique collège, je vous conseille cet onglet :

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Le site propose un compte-rendu de conférence de Michel Lecendreux, qui date… de 2005, mais résume bien pour ceux qui voudraient savoir ce que recouvrent les TDAH. Michel Lecendreux explique que l’hyperactivité n’est pas un mythe : c’est une réalité, un trouble neuro-développemental avec en son centre l’inattention. Il se caractérise par des symptômes, non significatifs en eux-mêmes, mais qui sont « en excès », que ce soit à la maison, à l’école ou dans les activités de loisirs. Les garçons sont plus concernés que les filles par l’hyperactivité.

Dès la crèche, on remarquera chez ces enfants des troubles du sommeil, une mauvaise tolérance à la frustration, de l’agressivité.Généralement, c’est à l’entrée au Cours Préparatoire que le diagnostic est posé, et il s’assortit souvent de troubles des apprentissages du calcul ou de la lecture (dyscalculie, dyslexie).

Pour être diagnostiqué de TDAH, l’enfant doit présenter au moins 8 symptômes pour l’inattention, 3 symptômes pour l’impulsivité, 6 symptômes pour l’hyperactivité. L’aspect chronique, répétitif, des comportements est très important. En fonction de l’âge, les symptômes vont évoluer.

Les hyperactifs sont des enfants qui dérangent ; ils sont bruyants, instables. Ils n’ont pas conscience, pour autant, de la gêne qu’ils provoquent chez les autres. Leur motricité excessive, propre à l’hyperactivité, risque de les mettre en danger. A l’adolescence, 
l’abus de substances nocives est fréquent, de même que les troubles anxieux (de l’ordre de 25 % des enfants hyperactifs seraient concernés), ainsi que la dépression, ou, à tout le moins, la faible estime de soi.

Du point de vue des recommandations aux enseignants, ce qu’on nous conseille correspond à ce dont tous les enfants ont besoin : une attention personnelle, des rappels à la règle, des sanctions si ces règles ne sont pas tenues. C’est sans doute encore plus important avec un enfant TDAH : l’attitude positive inconditionnelle, la priorité accordée aux images pour illustrer le cours, la nécessité d’établir fréquemment un contact visuel (« regarde-moi ! »), de s’approcher régulièrement de lui et de l’encourager, afin de canaliser son attention (lui toucher l’épaule de manière bienveillante, par exemple), d’obtenir un « oui » de validation de sa part après une remarque de l’enseignant (mieux vaut, dans tous les cas, un « non » sur lequel l’enseignant va pouvoir travailler, qu’un faux « oui »), etc.

Le site possède une déclinaison pour l’école :

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Sur Eduscol, on trouve aussi des ressources.

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L’académie de Paris a publié ce document, court et clair :

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Une vidéo fort québécoise :

Ici, vous trouverez un document belge spécifiquement destiné aux enseignants :

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Et puis pour finir, un document qui aborde tous les aspects quotidiens de la question, de façon un tantinet psychédélique, mais qui apporte encore d’autres éléments pratiques :

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Au final, j’ai bien envie de me pencher sur un module « attention » que je pourrais tester au collège, dans le cadre du décrochage au sens large, puisque j’en suis la référence dans mon établissement. Et cela pourrait aussi donner une formation, si je collecte et j’illustre suffisamment de propositions concrètes.

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C’est quoi le problème ? ;-)

un très intéressant dossier est à lire sur le site de l’Ifé , qui parle de du pilotage des réseaux d’Éducation Prioritaire.

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On y retrouve le style inimitable de Patrick Picard, ce qui m’a fait sourire et remémoré des sessions de formation qui ont vraiment changé ma façon d’envisager les choses et aussi sans doute d’enseigner. J’ai particulièrement été en résonance avec cette étude de cas.

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Un samedi de prof

Ce matin, j’ai bien bossé : j’ai dépilé tout un tas de petites choses que je devais faire, notées tout partout dans mon agenda. J’ai préparé mes cours destinés au professeurs de écoles pour la semaine, pensé à ceux qui vont plus vite avec une petite fiche d’exos en plus, à ceux qui vont moins vite ou qui sont en difficulté avec une fiche méthode qui va bien.

Capture d’écran 2017-09-30 à 17.04.22.pngPour le déjeuner, nous avons retrouvé mes parents au restaurant. Sushis et sashimis à volonté, moment en famille ; nos quatre loulous sont trèèèès calmes depuis que nous sommes rentrés… La maison toute entière digère.

Mais en rentrant, hop, mon mari a fait sa première séance de maths en vue du concours de professeur de écoles. Nous avons bûché sur le théorème de Pythagore, sa contraposée, sa réciproque, les identités remarquables, les équations, les triangles rectangles et les cercles pendant deux heures. C’est qu’il se débrouille drôlement bien, mon mari ! Je sais maintenant que ça va aller, que nous serons au point pour le concours, côté maths. Il manipule la calculatrice comme un objet venu de Mars, mais pour ce qui est logique et procédures, ça roule. Je m’interroge sur les raisons d’un rapport aussi conflictuel en maths pour quelqu’un qui les comprend ainsi en fait. En revanche vous noterez le White Dwarf, pas loin, comme objet transitionnel rassurant…

Revenue à mon bureau, je me suis dit bon, j’ai deux urgences : préparer les ateliers à présenter à l’APMEP et rédiger mon rapport de visite d’un professeur des écoles stagiaires. L’urgence la plus urgente c’est le rapport, car le stagiaire doit l’attendre. J’ai pris mon cahier de notes, je l’ai ouvert à la bonne page. Une petite feuille en est tombée, et j’ai revu mentalement Iliana me la tendre : « Tiens, c’est pour toi, et je te la prête, juste. Comme ça tu seras obligée de revenir pour me la rendre ».

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Je suis restée à repenser à ces enfants, à ceux de mes classes, à ce métier. J’ai écrit mon petit article.

Et là je vais le rédiger, ce rapport. Si si, je m’y mets…

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Donner des devoirs pour faire progresser

Sur les Cahiers Pédagogiques.com, Patrick Rayou présente son point de vue sur les devoirs à la maison.

« Les devoir tels qu’ils sont faits dans la plupart des cas tirent le niveau sinon vers le bas, au moins vers l’horizontale. (…) En réalité, la question des devoirs ne peut pas être prise à part. C’est un élément du continuum des apprentissages. Je pense qu’on a tort de focaliser sur la notion des devoirs ».

Cette petite vidéo pourrait nous faire réfléchir sur le thème du dispositif « devoirs faits » : comment organiser ce dispositif pour qu’il soit véritablement profitable aux élèves, à long terme, et pas juste une procédure pour « liquider » le travail nécessaire pour progresser au sein du collège.

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Le problème des modèles

En rentrant d’une formation fort agréable dispensée à Dieppe, j’ai écouté le dernier numéro de Rue des Ecoles sur France Culture. Il traitait de la méthode Montessori, de vent en poupe, de modèle et d’ambiance. Trois intervenants échangeaient autour des animateurs : Alexandre Mourot, réalisateur du film « Le maître est l’enfant », Patricia Spinelli, directrice de l’institut supérieur Maria Montessori et Paul Devin, inspecteur de l’Education nationale et secrétaire général du SNPI-FSU, un syndicat des inspecteurs.

Si vous connaissez déjà la « méthode Montessori » et la controverse à la mode (pour ou contre Céline Alvarez), vous n’apprendrez pas grand chose à l’écoute de cette émission. Toutefois, plusieurs choses m’ont frappée :

  • La méthode Montessori est appliqué surtout en école privée, et cela peut coûter aux familles entre 3 000€ et 10 000€ pour une année de scolarisation (en maternelle, donc). D’une part, si on érige la cette méthode en modèle, il faudrait trouver des solutions pour pouvoir la déployer dans le public dans les mêmes conditions. Ensuite, cela signifie bien que pour le moment les écoles Montessori sont principalement des écoles pour enfants favorisés. Quel est alors l’effet de la méthode  elle-même ? Comment comparer alors qu’elle concerne des enfants qui n’évoluent pas dans un milieu aussi favorable aux apprentissages que d’autres ? Et les familles qui choisissent ces écoles le font-elles toutes pour la méthode pédagogique, ou pour s’assurer d’un entre-soi qui aggrave encore les inégalités ?
  • Ensuite, a présentation de la pédagogie Montessori comme un modèle m’est désagréable. Des tas de bonnes idées ont déjà fait leurs preuves, et certains éléments de Montessori sont appliqués depuis longtemps dans presque toutes les classes. Pourquoi faut-il « faire tout pareil » ? Pourquoi serait-il insuffisant de se saisir d’éléments qui semblent simples à appliquer, de principes positifs dont il est évident de percevoir les atouts, pourquoi affubler des idées relavant parfois du bon sens de noms ronflants ? La formatrice à la méthode Montessori invitée parait d' »ambiance Montessori ». Une ambiance, c’est assez subjectif et le tome est vague. Et une ambiance dépend du public. Enfin, le manque de travaux de recherche véritablement fiables ne permet pas de tirer de conclusion quant à l’efficacité du dispositif.
  • J’ai aussi été interrogée par le vocabulaire spécifique : avec la méthode Montessori, on ne dit plus enseignant ou professeur des écoles, mais éducateur. Il faut que je m’en assure et que je comprenne pourquoi (même si je perçois la différence entre enseigner et éduquer).

Au final, je suis gênée par cette volonté systématique de vouloir formater les pratiques, de vouloir coller des étiquettes. Tous ces grands noms de la pédagogie ont fait avancer les choses, c’est certain, et je suis parmi celles et ceux qui leur empruntent sans vergogne et assument une forme d’héritage intellectuel. Mais Maria Montessori elle-même disait :

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Je me sens proche de cette pensée, et la capacité de s’adapter fait partie de ce qu’on appelle l’intelligence. Raison de plus pour nous adapter nous-mêmes, au monde d’aujourd’hui et surtout aux enfants d’aujourd’hui. Pourquoi mettre tous nos oeufs dans le même panier, pourquoi formater sans cesse ?