Evénement·Formation·I'm not dead

Retour d’Epinal

Après Poitiers, me voici revenue du colloque d’Epinal. Qu’est-ce que je ramène avec moi, cette fois ?

  • Deux idées d’expérimentations en classe
  • Une super adresse de chambre d’hôtes
  • Une idée pour la formation des futurs profs de maths
  • Des pensées pour un collègue absentCapture d’écran 2017-06-15 à 06.25.51.png
  • Une idée pour la formation des futurs profs de maths et des futurs professeurs des écoles
  • Un coup de soleil
  • Un émulateur de calculatrice et des activités
  • Certainement plusieurs kilos, car ma collègue nous a déniché des restos incroyables !
  • Un niveau supplémentaire en langue des didacticiens
  • Un manque de sommeil avéré
  • Des projets, des échanges, des réflexions avec une collègue extra

Demain, il va falloir que je me mobilise à fond en classe : deux colloques coup sur coup, ça décale bien des réalités professionnels quotidiennes !

 

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Les gestes dans le cours de mathématiques

csabena.fotografia.pngHier, au colloque Copirelelm d’Épinal, Cristina Sabena, chercheuse à Turin, a animé une conférence sur les gestes comme ressource pour l’enseignant. Le colloque porte sur la sémiotique en mathématiques et le titre complet était : les gestes comme ressources sémiotiques dans les activités mathématiques : quelles implications pour les enseignants ? C’était absolument passionnant, et je vais creuser le sujet, en commençant par quelques lectures :

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Madame Sabena a développé l’idée selon laquelle les aspects perceptifs et corporels sont fondamentaux dans les apprentissages, y compris dans l’acquisition des concepts mathématiques. Notre corps et notre fonctionnement quotidien dans le monde structurent l’acquisition des concepts mathématiques. Nous apprenons par nos gestes, mais aussi par ceux des autres (cela renvoie aux neurones miroirs). Et nos gestes ne nous permettent pas seulement d’apprendre à faire. Ils sont aussi importants pour les actions  de planification, liées à la pensée.

Le mot geste est ici à prendre dans un sens étendu par rapport au langage courant : le regard, par exemple, en est un. Madame Sabena est italienne, et parle beaucoup avec les mains. Alors elle a pris soin, non sans humour, de préciser que toutes les cultures utilisent les gestes. Autrefois on les considérait comme de simples ornements de rhétorique, du discours, ou comme des moyens de décharge d’énergie excessive. Maintenant ils sont aussi considérés comme un aspect constitutif de la communication.

La pensée n’est pas simplement exprimée par des mots, elle existe aussi par eux. Gestes et mots sont intimement liés (par exemple, ils sont synchronisés). Mais ils sont aussi différents : les gestes forment un tout, sont non combinatoires, ont un sens propre selon l’individu et dépendent du contexte. Ce n’est pas le cas des mots.

Dans la suite de son exposé, madame Sabena a présenté des études de gestes filmés en classe. Elle nous a entraînés à repérer des types de gestes différents :

  • Les gestes iconiques ont une relation de ressemblance avec les contenus sémantiques du discours. Par exemple, le geste peut dessiner dans l’espace l’objet dont on parle, ou des caractéristiques de cet objet.
  • Les gestes métaphoriques ont un contenu pictural qui présente un concept abstrait sans forme physique. Ils ressemblent aux gestes iconiques, mais ne s’associent pas à un objet concret.
  • Les gestes déictiques indiquent quelque chose. Ils pointent vers un espace qui semble vide, mais qui ne l’est pas : il est plein d’importance conceptuelle.

Cependant, la classification des gestes doit tenir compte du contexte plus large dans lequel un geste est étudié. D’ailleurs un même geste peut appartenir à plusieurs catégories. L’interprétation des gestes est un domaine vraiment très … interprétatif ; on n’émet que des conjectures.

À partir des vidéos, Cristina Sabena s’est interrogée : quelle contribution spécifique peuvent donner les gestes, lorsqu’ils sont considérés comme des signes, pour le développement des signifiés en mathématiques, de résolution de problèmes, et surtout le processus d’argumentation en maths ?

 

Par l’observation des gestes des élèves, l’enseignant peut acquérir une meilleure compréhension des processus cognitifs des enfants, mais il peut aussi utiliser les gestes. Si par exemple un enfant associe à la parole un geste qui montre une représentation incomplète, erronée ou mal adaptée, l’enseignant peut reproduire le geste de l’élève, en l’associant à une parole correcte. En réutilisant le même geste, l’enseignant peut remédier à une représentation fausse, tout en respectant le schéma mental de l’enfant. D’autre part, en encourageant à utiliser des gestes, l’enseignant amène les élèves à expliciter leur pensée et à passer des significations individuelles à des significations institutionnelles. Il développe une culture commune, mais qui n’est pas formatée : chacun exprime une idée institutionnalisée à sa façon, en référence à son propre corps. Enfin, faire attention aux gestes, les analyser et les utiliser permet d’améliorer le contrôle de soi et la qualité de la transmission des apprentissages.

C’était passionnant. Cela m’a rappelé la lecture de La septième fonction du langage, dans ce que j’ai pu ressentir. Et je compte bien développer mes connaissances en la matière : dans sa conférence, Cristina Sabena a mis en mots, a rationalisé quelque chose qui me tient à coeur au quotidien dans mon enseignement.

Allez les jeunes !·Chez les collègues·Evénement·Je suis fan·Maths par les jeux·Tous ensemble !

Pour Navadra ?

Lundi prochain, Navadra entame la phase de collecte qui lui permettra, j’espère, de se développer en restant autonome. Or pour qu’une campagne de crowdfunding réussisse, il est impératif qu’au moins 20% du montant recherché soit atteint pendant les 2 premiers jours… Gros stress pour les concepteurs du jeu !

Si vous en avez envie, ce sera ici, dès lundi !

PS pour mes élèves : hé, les jeunes, vous êtes dans la pub de Navadra… Trop la classe, non ?

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Chez les cadres·Ecouter·Education·Enseignement·EPI·Evénement·L'éducnat·Réformes

Excellence et bonheur, d’accord. Le reste, faut voir.

Sur France Culture, dans l’émission d’hier de Rue des écoles, Louise Tourret et Marie-Caroline Missir recevaient  Jean-Michel Blanquer, notre nouveau ministre de l’Education Nationale.

En préambule dans l’émission, monsieur Blanquer a commencé par annoncer qu’il n’était pas dans une philosophie de détricotage et qu’il attendait qu’on arrête d’écouter les bruits, et qu’on l’écoute lui. Selon lui, ses propos sont déformés par les différents médias. Il veut rétablir de la confiance, entre tous les interlocuteurs de l’Éducation Nationale, les élèves et les parents. Il rejette l’image du « technocrate froid » et met en avant les mots « excellence et bonheur« . Il affirme rechercher le consensus, la sérénité à l’échelle collective.

  • Sur l’école primaire :

C’est la priorité annoncée de Jean-Michel Blanquer. Selon lui, c’est là que le principal se joue, avec une attention particulière de la classe de CP. Il fait référence à des études, mais il ne les cite pas, ce qui est dommage je trouve.

Notre ministre tient aussi beaucoup à l’école maternelle, qui doit être l’école du langage. Quelles innovations ? « Il y en aura certainement beaucoup« , répond-il, « mais je pense que ce sont principalement des innovations du terrain« , pensées et inventées par les enseignants.

  • Sur les rythmes scolaires :
Les rythmes ont déjà changé de multiples fois. L’offre scolaire risque d’être inégale sur le territoire, avec la possibilité de décider de façon locale. Cela dit, cette offre est d’ores et déjà inégale et hétérogène. La véritable question est : qu’est-ce qui profite le plus aux élèves, qu’est-ce qui les fait le mieux réussir ? Jean-Michel Blanquer en parle explicitement, en évoquant des études quant au « temps de l’enfant« , en particulier concernant les tout-petits. Mais il dit aussi que ces études ne montrent pas grand-chose, que la chronobiologie n’est pas une science exacte, et que tout dépend des réalités du terrain.
  • Sur la réforme du collège :
Le Café pédagogique pense que monsieur Blanquer est du côté de l’ « anti-pédagogisme ». En effet, dans Le Point, le ministre a déclaré : « Le pédagogisme doit désormais relever du monde d’hier« . Mon problème, c’est que je ne sais pas ce qu’est le « pédagogisme » (mon correcteur orthographique non plus d’ailleurs). Alors j’ai cherché. D’abord j’ai tapé « pédagogisme » dans le Larousse, et ça a fait planter l’application. Après un deuxième essai, le mot ne figure pas dans le dico.
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J’ai lu dans Le Figaro qu’il y a d’un côté les «pédagogistes», enclins à voir dans l’enfant un petit roi qui construit son savoir, et de l’autre, les «traditionalistes», persuadés que l’école d’hier faisait mieux que celle d’aujourd’hui. Les deux dénominations ne me semblent pas vraiment liées, en réalité. La première est grotesque, car faire construire son savoir ne fait pas de l’enfant un enfant roi, mais un enfant qui comprend. De l’autre côté, que l’école faisait mieux autrefois ne signifie pas grand-chose, car on ne définit pas ce que signifie « faire mieux ». Philippe Wattrelot synthétise ainsi sa pensée : « Dans sa dernière chronique dans le magazine Le Point, il {le ministre} prône une troisième voie entre le « pédagogisme » et le « traditionalisme ». J’ai pour ma part été agacé par l’utilisation de ce mot péjoratif de « pédagogisme » et la caricature qu’il y fait en parlant d’une pédagogie qui voit « dans l’enfant un petit roi qui construit son savoir». On peut déplorer ce schématisme. « . Mais Philippe écrit aussi  « Pour ma part, je l’ai croisé deux ou trois fois dans des studios de radios pour des débats. J’ai trouvé face à moi quelqu’un d’assez combatif, quelquefois excessif. Mais je sais aussi qu’il est capable sur certains points d’avoir une écoute attentive et constructive. » En tout cas, dans Rue des Ecoles, Jean-Michel Blanquer n’a pas été aussi virulent que dans son interview du Point, dans laquelle ses propos étaient clairs et non déformés par les médias.
Les personnels de direction ne ressentent pas tous la décision d’enterrer les EPI de façon positive (et les enseignants non plus, d’ailleurs, même si sans doute une majorité se réjouit) : cette année a été complexe, des efforts importants ont été déployés par nombre d’acteurs de l’éducation, et finalement, tout passe à la poubelle sans autre forme de réflexion. C’est vrai que cela paraît précipité et simpliste. Pour ma part, je ne formerai pas à ce à quoi je ne crois pas, en tout cas.
Dans Rue des écoles, monsieur Blanquer trouve que la réforme du collège n’était pas cohérente, car elle donnait et enlevait dans le même temps des moyens pour l’autonomie des établissements, qui est un principe qu’il trouve très important. Cette autonomie est fondée sur « l’idée de liberté chère à la France« , qui elle-même n’est pas en opposition avec l’idée d’égalité. Là encore le mot-clef pour monsieur Blanquer est la confiance, « avec une institution qui vient aider« . Il veut donc changer des choses, mais n’envisage pas cela comme des « retours en arrière« , mais comme de « nouvelles phases« .
Comment rétablir les classes bilangues et les langues anciennes sans moyens supplémentaires ? À cette question de Louise Tourret, monsieur Blanquer répond que les moyens, on les a déjà, et qu’il n’est pas besoin d’en ajouter. Mais ensuite il répond à autre chose : si on veut, on garde les EPI. Mais il n’y a aucun lien entre les EPI et les dotations horaires, puisque les EPI se font sur le temps scolaire, intégrés aux disciplines. Il n’y a aucune heure en plus pour les EPI.
  • Sur les programmes scolaires :

Le ministre a annoncé des « évolutions » des programmes, en particulier en français et en histoire. Au collège, « il ne faut pas supprimer les programmes actuels mais les faire évoluer grâce à des repères annuels et aux initiatives que nous prendrons en matière de formation des professeurs et de développement des outils pédagogiques« . news502.gifÇa ressemble à la mort des cycles. Je suis vraiment profondément perplexe devant l’absence totale de réflexion (ces décisions sont prises trop vite pour être vraiment réfléchies) et de concertation. Et, mais je l’ai déjà dit, devant le déploiement d’énergies et d’argent investis dans les formations l’année dernière et cette année. C’est absurde et indécent.

Sur les programmes de français et d’histoire, monsieur Blanquer dit : « L’apprentissage du français repose sur le vocabulaire et la grammaire. La progression de l’élève doit se faire selon un programme, clair, explicite et structuré« .  En histoire, le ministre veut que l’on avance « de façon structurée et explicite : aller du simple au complexe. Il est normal de déployer une chronologie narrative« , reprenant au passage l’accusation de l’absence de chronologie dans les programmes d’histoire. J’en connais que ça va contrarier… D’autant que les programmes d’histoire sont toujours chronologiques.

  • Sur l’innovation :

Jean-Michel Blanquer affirme ne pas y être opposé, au contraire. Il se dit ouvert à toutes les expérimentations, à condition d’être évaluées, ce qui est effectivement normal. La question se pose alors de la façon d’évaluer, des outils d’évaluation. Il se peut, en tout cas, « progressiste« , prêt à aller chercher partout les bonnes idées.

  • Sur le redoublement :
Monsieur Banquer semble revenir sur la suppression des redoublements.  Pourtant, la recherche a établi des résultats en défaveur du redoublement, et cela de façon internationale. Nathalie Mons explique : « La recherche montre que le redoublement pour les élèves en difficulté scolaire n’a pas d’effet positif. Il faut réfléchir de façon posée. On ne peut pas systématiquement à chaque quinquennat entamer des politiques différentes« . En fait si, manifestement, on peut. Mais on ne devrait pas. Mais Rue des Ecoles n’a pas abordé cette question.
  • Sur les devoirs faits à l’école :
Madame Missir explique que le dispositif existait sous le gouvernement Sarkozy, mais que Najat Vallaud-Blekacem l’a supprimé, faute de moyens pour payer les enseignants pour l’animer. Mais rien de plus dans l’émission de France Culture, qui a manqué de temps pour aborder tous les sujets.
  • Sur le baccalauréat :
Jean-Michel Blanquer veut le remuscler et le rendre plus utile. Il parle de « perspectives d’évolution« , mais affirme ne pas vouloir le supprimer.
Dans sa dernière partie, Louise Tourret interroge Paul Vannier, enseignant d’histoire-géographie en lycée, responsable du programme éducation de la France insoumise, candidat au élections législatives de 2017.
A l'attaque !·bac·Evénement

Après Pondichéry, l’Amérique du Nord

Dans la cuvée 2017 du bac, voici les sujets de l’Amérique du Nord. J’ai commencé à traiter le sujet de S avec mon fils. Nous avons traité trois exercices sur quatre en deux heures, mais le troisième lui aurait résisté plus longtemps sans un brainstorming commun. J’ai beaucoup aimé cet exercice.

Le premier est un classique exercice de probabilités, avec de la loi normale au début, des probas conditionnelles ensuite et de la fluctuation pour finir. La consigne oblige à réfléchir un peu pour dessiner un arbre incomplet, mais bon, rien de renversant (tant mieux pour les candidats d’ailleurs ; si tous les exercices étaient renversants au bac, cela poserait un sérieux problème).

Le deuxième exercice est une étude de fonction bien dosée, avec une contextualisation en forme de portail. La dernière partie est un peu sympa, car il y a une petite prise d’initiative, que mon fiston et moi n’avons pas traitée de la même façon.

Et puis il y a l’exercice 3, celui sur les suites. Alors là, je me suis bien amusée ! La suite proposée est définie de façon originale et la question 2b m’a plu.

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Demain nous terminons le sujet, avec un exercice, contextuels lui aussi, de géométrie dans l’espace.

Ce sujet m’a davantage plu que celui de Pondichéry. J’ai été surprise et la présence de prises d’initiatives ou d’interprétations de consignes pour répondre à une question concrète sont chouettes. Et puis j’aurais aimé l’exposer à des élèves, en classe, pour leur expliquer comment on peut voir l’idée de procéder de telle ou telle façon.

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Et vlan dans le pif de la réforme du collège

La réforme du collège va être plus ou moins enterrée à la rentrée (sans doute plus que moins). Je n’ai même pas envie d’écrire sur le sujet, tant tout ceci me paraît être un gâchis considérable de temps et d’énergie. Je vous invite donc à aller lire l’article que mon mari a consacré à cette « nouvelle » qui n’a pas grand chose d’une surprise.

Les nouveaux programmes demeurent, pour le moment.

En tant que formatrice je suis désolée de ces revirements, et de ce déploiement d’énergie, d’argent, qui a été consacré de façon inédite à former des profs, dans la douleur, pour une seule année.

Je sui également désolée pour les élèves en difficulté, qui bénéficiaient des bienfaits d’heure d’accompagnement personnalisé dédoublées, qui vont pour une partie au moins disparaître pour les les élèves en réussite fassent du latin et des classes bilangues. Il serait vraiment de bon goût de préserver ces heures d’AP (qu’on rétablisse ou pas le latin, les bilangues), pour ceux qui en ont besoin pour réussir leur scolarité obligatoire.