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Le numérique à l’école ?

Mon ami Nourdin m’a envoyé cette vidéo :

Comme il se trouve que nous festoyons ensemble ce soir, avec notre comparse Hélène, entre auteurs de la mallette (je vous ai parlé de la MaMaN ? Oui ? Ici ? Et aussi ? Ah, bon.), nous allons pouvoir en parler, et débattre : je pense que nous n’allons pas avoir accroché sur les mêmes points.

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Ce que je n’aime pas, ou pas trop :

  • Le titre : « le désastre de l’école numérique », c’est trop et, surtout, comme le montre à mon sens le début de la vidéo de Philippe Bihouix, c’est gratuit. Philippe Bihouix explique tout au début qu’il s’agit d’une sorte de provocation (« Ca naît de la volonté de lancer un débat, qui n’a pas eu lieu » : d’accord, mis ce titre relève exactement de la même démarche). Le sous-titre, aussi : j’aurais préféré « pour un débat sur les écrans à l’école », ou « Plaidoyer pour une utilisation raisonnée et évaluée des écrans ». L’excès me rend méfiante, quand bien même il est là pour appâter le lecteur ;
  • À la question (que j’aime) : « apprend-on mieux avec le numérique, l’auteur dit « La réponse est non ; d’abord, on a très peu d’études ». Alors dans ce cas comment répondre non ? Mais peut-être est-ce le montage et/ou la vidéo elle-même qui donne cette contradiction, et sans doute devrais-je surtout lire le bouquin ;
  • Le temps d’écran a des conséquences néfastes sur les jeunes, mais pas seulement : si en effet 50% de l’enseignement se faisait en numérique, ce qui me semble parfaitement aberrant, on imagine aisément que les jeunes auraient les yeux carrés, comme je disais à nos enfants lorsqu’ils étaient petits. Mais le numérique apporte aussi des plus-values irremplaçables comme représenter une figure par un logiciel de géométrie dynamique, permettre une automatisation de certains exercices, etc. ;
  • L’opposition avec « l’école d’avant » (c’est quoi l’école d’avant ? Avant quoi ?) que je trouve caricaturale ;
  • La valorisation de l’ennui. D’accord, l’ennui est éducatif, en un sens. Comme l’explique Boimare, un élève doit réussir à gérer l’attente, car il est dans un groupe. Cet apprentissage d’une certaine frustration et d’un type de contrôle est indispensable et constructif. Mais dans une classe, la part d’ennui doit être maîtrisée. Sinon, l’enseignant va vite se retrouver en difficulté. Et puis je ne crois pas qu’un élève soit en classe pour s’ennuyer. Il doit être capable d’attendre, mais ce n’est pas de l’ennui, à mon sens. Peut-être je joue sur les mots et nous sommes d’accord, cela dit.

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Ce que j’aime :

  • On n’apprend pas forcément mieux avec le numérique, « on apprend mieux parce qu’on fait de la pédagogie active, quand l’élève produit du contenu ». Le numérique participe des pédagogies actives, à mon sens, mais il n’y a pas d’exclusivité du numérique, c’est vrai ;
  • Le numérique ne permet pas tout : il n’est pas une panacée pour remédier, rendre attentif et motiver à long terme ;
  • La classe inversée n’a pas besoin forcément de numérique ;
  • Les visions écologique et sociale des conséquences du numérique éducatif ;
  • Les nuances sur la gamification. Là, on n’est justement dans une réflexion qui n’est pas caricaturale.

Dans la rubrique questions, je voudrais lire les exemples d’innovations non numériques. Parce que je ne crois pas à l’existence de l’innovation, hors nouvelles technologies, justement. Mais je pense que là c’est juste un point de désaccord sémantique.

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TDAH : je me forme (2)

Je poursuis mon visionnage du séminaire national : Le déficit d’attention des élèves : comment agir ?, qui a eu lieu le 27 mai 2019, avec la deuxième partie de l’intervention de Nathalie Franc, pédopsychiatre, CHU de Montpellier, membre du Groupe de Travail Handicap & Inclusion du CSEN, sur le déficit attentionnel au trouble de l’attention.

Le TDAH est un trouble du neurodéveloppement. Il vient s’inscrire dans la même lignée que le trouble du spectre de l’autisme, la dyspraxie et les troubles spécifiques de l’apprentissage et non dans les troubles du comportement perturbateur. Le TDAH n’est pas lui-même un trouble spécifique de l’apprentissage, car l’attention n’est pas un apprentissage.

La recherche a mis en évidence un délai dans la maturation du cortex frontal et préfrontal (engagé dans tout ce qui est exécutif) de deux ans par rapport à un développement ordinaire. C’est une différence de maturation, pas une différence neuro-anatomique.

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Le poids du facteur génétique est très important, parmi les plus génétiques, après l’autisme. Si un enfant a un TDAH, chaque parent a 25% d’avoir ou d’avoir eu un TDAH. C’est important pour nous enseignants, car nous allons travailler avec des familles qui peuvent être elles aussi concernées par le TDAH, et l’école peut être un lieu compliqué pour elles.

Tout trouble neurodéveloppemental augmente le risque de séparation parentale, parce que c’est difficile à vivre et source de conflits (pas à cause des parents, ni à cause des enfants, mais à cause du trouble). Ce n’est pas l’inverse : la séparation n’augmente pas le risque de TDAH chez les enfants.

Côté idées reçues, on pense parfois que les familles d’enfants touchés par un TDAH sont plus « laxistes ». C’est tout le contraire : ces familles punissent plus, par exemple. Mais les punitions sont inefficaces avec des enfants touchés par le TDAH : ils ne voient pas les choses à long terme, et n’en retirent pas de « leçon » pour l’avenir. Et plus on punit, moins ça marche.

Il y a plus de risque d’usage problématique des écrans chez les enfants touchés par le TDAH, car cela les stimule : les jeux vidéos engagent considérablement l’activité cérébrale, et permet d’être performant (ce qui n’est pas forcément le cas hors jeux vidéos). On ignore encore si les écrans favorisent le TDAH,même si déjà il est probable qu’ils modifient les rapports attentionnels.

Le TDAH n’entraîne pas une psychothérapie, hors troubles associés qui peuvent, eux, le nécessiter. Il s’agit plutôt d’expliquer et d’aménager la vie de l’enfant. La médicamentation, avec le méthylphénidate (présent dans la ritaline par exemple), permet d’augmenter la concentration. Ce n’est pas un « calmant », qui permet de mieux s’auto-réguler et d’être capable d’apprendre en classe. C’est le dernier recours pour sortir de situations compliquées. En France, on prescrit très peu (sur la diagramme, nous sommes les deuxième à partir de la gauche). Mais les prescriptions augmentent. Le traitement médiatique, lui, renvoie souvent l’idée fausse d’une médicamentation massive.

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Chez les adultes, les femmes peuvent davantage que les hommes « exprimer » des conséquences de TDAH qui n’avaient pas été détectés, ou associés à des symptômes qui n’étaient pas trop gênants : le plus fatigant cognitivement, plus plus difficile au niveau éxécutif, c’est la gestion du quotidien (la maison, les enfants, …). On confond l’expression de cet épuisement avec une dépression, une crise de la quarantaine ou un burn-out. En réalité, il est dû à un TDAH associé à une trop grande charge mentale (négligée, puisqu’elle est « invisible » et encore pour beaucoup associée naturellement à la femme).

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Pour les enseignants, ce qui est fondamental, c’est de communiquer avec les parents, qui peuvent être plus impulsifs, plus méfiants vis-à-vis de l’école, et sont sur la défensive car ils craignent d’être jugés (comme tous les parents dont l’enfant a une difficulté particulière. Et comme toutes les difficultés sont particulières…). Les familles ont besoin de se sentir compris.

Les enfants TDAH marchent à la motivation et à l’affect. Leurs symptômes varient selon les situations : ils diminuent dans les rapports duels ou lorsqu’ils sont intéressés. Ces enfants ont des compétences lorsqu’ils sont motivés, et il faut donc aller les chercher, ce qui n’est pas simple dans notre système scolaire. Il s’agit aussi d’ « ignorer activement » les comportements pas trop dérangeants, d’instaurer un lien, de valoriser l’effort, bref de viser un « renforcement positif ».

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TDAH : je me forme (1)

J’ai décidé aujourd’hui de commencer de visionner le séminaire national : Le déficit d’attention des élèves : comment agir ?, qui a eu lieu le 27 mai 2019. Je me sens équipée  face à pas mal de situations (pas forcément de façon forcément complète ni même efficace, mais j’ai lu ou été formée) à la dyslexie, la dyscalculie, au syndrôme dysexécutif, à la dyspraxie, au haut potentiel et à l’autisme), mais pas face aux troubles de l’attention. Comme nous reprenons les emplois du temps ordinaires, je vais travailler plus normalement et retrouver le temps de me former. Après une phase de production intensive de contenus, cela va me faire du bien.

J’ai ce matin visionné la première vidéo, première partie de l’intervention de Nathalie Franc, pédopsychiatre, CHU de Montpellier, membre du Groupe de Travail Handicap & Inclusion du CSEN, sur le déficit attentionnel au trouble de l’attention.

On a beaucoup progressé en France sur le TDAH depuis quelques années, même si ce n’est pas encore suffisant.

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Qu’en ai-je retenu :

Le terme « hyperactif » reste encore très utilisé mais n’a pas de validité au niveau médical

LE TDAH est un trouble du neurodéveloppement qui touche environ 5% des enfants d’âge scolaire, repérable par une triade de symptômes : l’inattention, l’impulsivité, l’hyperactivité. La souffrance des enfants concernés est réelle et dans tous les contextes : à l’école, à la maison, socialement. L’école est parfois le lieu où les enfants sont le moins gênés par leur trouble : certains enfants font des efforts tels pour se comporter « correctement » en classe que de retour à la maison, ils « craquent ».

L’inattention est au cœur du trouble, et c’est ce qui va rester problématique tout au long du  développement. C’est ce qui fera la gêne chez le jeune et, plus tard, chez l’adulte qu’il sera devenu. L’inattention est persistante dans le développement, et ça je ne le savais pas. Je pensais que les TDAH passaient avec l’âge.

Concernant l’inattention, si un enfant a au départ une gêne, on peut creuser côté TDH si 6 critères au moins, sur 9, sont validés :

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À la maison, le plus difficile pour les parents, ce sont les routines : les enfants n’enregistrent pas et n’automatisent pas les routines et il faut leur demander systématiquement de se brosser les dents, par exemple. Ce n’est pas anodin, car les routines nécessaires sont nombreuses et quotidiennes. C’est donc épuisant pour les familles. Les pertes d’objets sont aussi compliquées à gérer pour les familles, en particulier.

Les enfants concernés ont du mal à engager leur attention, à initier l’effort : les devoirs peuvent prendre 5 minutes à être effectués, mais réussir à mettre l’enfant au travail peut prendre trois quarts d’heure. C’est aussi ce qui fait la procrastination, jusqu’à parfois qu’il soit trop tard pour effectuer la tâche.

À force de devoir tout répéter, les familles s’interrogent souvent sur un défaut d’audition. C’est pourquoi des bilans sensoriels sont systématiquement effectués.

Concernant l’impulsivité, c’est le défaut d’inhibition, un manque de filtre au niveau moteur. Elle est surtout repérable chez les petits. Chez les plus grands, les jeunes répondent en classe sans lever le doigt, se précipitent, ne lisent jamais des consignes jusqu’au bout. Cela rend ces élèves difficiles à évaluer. L’impulsivité existe aussi au niveau émotionnel, ce qui reste gênant pour les adultes concernés par les TDAH, dans leur intégration sociale. Mais l’impulsivité diminue quand même avec l’âge.

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L’hyperactivité est facultative dans les TDAH, et généralement modérée. C’est cette composante qui va s’améliorer en grandissant. Chez l’adolescent, c’est une tension qui va décroître. Mais les enfants concernés par les TDAH ont 5 fois plus de risques de passer aux urgences, car ils sont perpétuellement en mouvement. Toutefois, on peut avoir un TDAH sans hyperactivité, au contraire avec de la lenteur et de la passivité.

Du point de vue des critères, il faut que les symptômes soient apparus avant 12 ans, même si c’est discuté (du point de vue du repérage).

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À l’école, les problème ne sont pas « juste » avec les enseignants. Ils existent aussi avec leurs pairs : ils ne sont pas si appréciés que ça avec les camarades, et n’ont pas beaucoup de véritable proximité avec les copains. On s’interroge sur un lien avec un spectre autistique :  les enfants souffrant de TDAH parviennent-ils à comprendre les autres, ce n’est pas sûr. Et un tiers des enfants à TDAH ont un trouble dys, ce qui complique les apprentissages.

À la maison, le vécu familial est difficile. Les propos de type suicidaire sont des marqueurs de sévérité à prendre en compte sans les négliger. L’estime de soi de ces enfants est souvent mauvaise, et ils se déprécient. À l’inverse, certains enfants à TDAH adoptent une stratégie de survalorisation d’eux-mêmes. La stigmatisation des enfants se fait par les camarades, mais aussi par la famille.

Les enfants à TDAH disent souvent « Quand je fais des efforts, ça ne marche pas, alors j’arrête d’en faire », et c’est un premier pas vers la dépression et des complications.

Le TDAH est associé à beaucoup de troubles associés : la dépression et l’anxiété, les troubles des apprentissages, du comportement, les abus de substances. Comme les personnes à TDAH ont des difficultés à anticiper, donc à anticiper les risques, les abus de substance sont « facilités » car le manque de projection dans l’avenir ne permet pas de s’inhiber dans le comportement.

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Le problème des enfants à TDAH, c’est de gérer ses émotions. Alors qu’un individu ordinaire va passer à autre chose, après une émotion, ces enfants vont rester dessus longtemps et cela va les perturber toute une journée. Ils risquent d’exploser pour une raison qui semble minime, mais qui correspond à la goutte d’eau qui fait exploser la cocotte minute, si je puis dire.

On repère aujourd’hui de mieux en mieux le TDAH. De ce fait, le nombre d’enfants pris en charge augmente. Mais on ne pense pas, et en tout cas il n’y a aucun argument en ce sens, qu’il y a plus d’individus touchés qu’avant. Les filles sont moins repérées car elles font beaucoup plus d’efforts d’adaptation sociale, comme dans l’autisme.

Cet après-midi ou demain, j’écoute la deuxième partie.

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L’après confinement scolaire, par Véronique Decker

Sur le Café Pédagogique, un article propose la vision de l’après-confinement scolaire de Véronique Decker, professeure des écoles et directrice en Seine Saint-Denis, militante pédagogique (et dont l’ouvrage Trop classe ! est en téléchargement gratuit sur le site de l’éditeur).

La tête dans le guidon, voire même dans les guidons de plusieurs vélos en même temps, les enseignantes jonglent entre les envois de travaux, de jeux, de vidéos pédagogiques, de conseils d’émission de télévision, et des tentatives de classes virtuelles qui se heurtent en banlieue à deux écueils majeurs : la suroccupation des logements qui font qu’il n’est plus possible d’entendre ce que dit Souleymane, car ses deux frères se chamaillent et hurlent derrière lui, que la télé est restée allumée, et le fait que la plupart des enfants ne disposent que d’un téléphone portable pour faire lien avec ce qu’envoie l’enseignante. Le gouvernement est en train de mettre en place des envois de travaux par courrier, mais le temps que les codes arrivent puis que la poste relaye, alors que désormais les facteurs ne passent pas chaque jour, beaucoup d’enfants des cités auront déjà décroché. Jessica, qui ne savait lire qu’à peine, ne lit plus du tout et préfère s’occuper de son petit frère et regarder la télé avec maman.

Madame Decker rend ensuite un très bel hommage aux enseignants, qui essaient de surmonter les difficultés techniques, de compenser par eux-mêmes l’absence de formation aux nouvelles technologies et aux nouveaux moyens de communication, et qui eux-mêmes sont souvent parents et soutiennent leurs loulous.

Les parents réalisent qu’il est difficile d’être enseignant, qu’il faut de la patience et de l’autorité pour mettre les enfants au travail et cela les a rapprochés.

Et après, alors ?

Or le gouvernement, avec le dispositif « vacances apprenantes » semble bien mal parti, puis qu’il propose de l’aide par internet, aux élèves qui sont déjà connectés. Il faudrait précisément organiser l’inverse, et attendre la fin du confinement pour aller rechercher ceux qui ne peuvent pas communiquer virtuellement. Un peu comme le dispositif « devoirs faits », sur lequel le gouvernement a beaucoup communiqué l’an passé, mais sans dire qu’il commencerait en novembre, deux mois après le début des devoirs, pour d’arrêter en mars, non par en raison du confinement, mais parce que les crédits alloués étaient déjà consommés.

Je suis bien d’accord.

Il faudra former à la différenciation, et sans doute donner enfin plus à ceux qui ont eu le moins en installant de nombreux dispositifs « plus de maîtres que de classes » en élémentaire et des heures de demi-groupe en collège et en lycée pour donner plus d’heures aux élèves qui auront le plus souffert scolairement du confinement. Il faudra rétablir de véritables RASED implantés dans l’établissement ou le groupe scolaire pour construire des ateliers spécialisés pour les élèves qui auront décroché complètement, au-delà de la remédiation scolaire.

Cela amène aussi à une question qui me tient à coeur : la question de l’hygiène, et plus précisément des toilettes. Nous pourrions aussi profiter de la réflexion (enfin j’espère que réflexion il y aura) post-crise pour repenser l’hygiène à l’école. Parce que dans beaucoup d’établissements, les enfants ne disposent pas de locaux sanitaires adaptés : pas de savon, pas d’intimité, parfois des sanitaires sales, pas de papier, des procédures complexes (devoir passer demander l’ouverture des toilettes à des surveillants pour s’y rendre est un véritable obstacle pour beaucoup d’élèves). Je sais que la question est compliquée pour les équipes de vie scolaire et administrative. Mais que des enfants ne puissent pas se laver les mains (alors qu’ils tripotent tout à la demi-pension) et se retiennent d’aller faire pipi toute une journée, c’est intolérable. Madame Decker développe son propos sur ce point, et je trouve ça très bien, car on l’entend finalement assez peu sur le terrain.

Il faudra aussi venir à bout des ghettos sociaux qui redeviennent sources de contamination, et réinvestir la construction de logements publics destinés aux plus pauvres.  Cela paraîtra sans doute le moins important à la rentrée, face à l’urgence d’une rentrée derrière une période dans laquelle certains élèves auront travaillés pendant six mois, été compris, et ceux qui auront eu un grand vide dans lequel violence, suroccupation du logement, anxiété des ressources de la famille et parfois décès de proches auront frappé l’envie de grandir et d’apprendre.

J’ai téléchargé l’ouvrage Trop classe ! de madame Decker. Je vais bouquiner ça pendant les vacances.

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Avoir 7 ans à l’école

Aujourd’hui, je me rends chez un éditeur à Paris, contacté pour obtenir son autorisation pour faire figurer des images d’albums dans notre mallette du RMC. Je suis d’ailleurs ravie : jusqu’ici, tous les éditeurs contactés nous répondent positivement, et même nous aident parfois. Alors dans le train, je profite de l’enfermement obligé pour lire. J’ai glissé dans mon sac Avoir 7 ans à l’école, d’Isabelle Ellis, thérapeute pour enfants. L’ouvrage a été très gentiment envoyé à mon mari par l’Harmattan, qui l’édite (l’ouvrage, pas mon mari).

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Ce petit livre se lit rapidement, et est écrit de façon agréable. Tout est clair : pas de charabia, pas de grands mots pour faire savant. Je ne m’attendais pas tout à fait à ce propos, en revanche : je pensais qu’il serait davantage centré sur le quotidien de l’enfant. Il l’est, mais c’est surtout, à mon sens, une leçon adressée surtout aux parents, et dans une moindre mesure aux enseignants. Certains chapitres m’ont vraiment plu, et je m’appuierai sur ce livre, je pense (j’y reviendrai en fin d’article), mais j’ai aussi été heurtée par certains passages, que j’ai trouvés très moralisateurs et qui généralisent.

L’auteur, en début de livre, précise qu’elle ne veut « ni juger, ni culpabiliser, ni inonder de conseils ». En la lisant, on sent dans son ton dynamique et gai une vraie volonté de se rendre utile et de ne pas pontifier. Pourtant, il est difficile de ne pas trouver qu’elle pousse le bouchon parfois :

À la page 27, les parents sont décrits comme « stressés, obnubilés par leur travail » et les écrans ; un enfant imaginaire leur fait ce procès : « vous n’avez jamais le temps de venir jouer avec moi, vous faites des promesses et vous ne les tenez pas ». Ouille, mon sang n’a fait qu’un tour. En tant que maman, j’ai été agressée : j’ai consacré (et je consacre encore, même s’ils sont grands et que c’est très différent aujourd’hui) du temps à nos enfants, et , surtout, je me suis toujours appliquée à tenir mes promesses, à avoir une relation vraie, à les respecter en tant que personnes, à ne pas les trahir. Cette façon de faire parler un enfant imaginaire en lui faisant nous en mettre collectivement plein la poire m’a crispée, car je l’ai trouvée injuste et caricaturale. J’ai bien conscience que c’est une réaction épidermique.

Page 40, j’ai lu qu’Isabelle Ellis est scandalisée qu’un étudiant doté d’une bac scientifique puisse s’inscrire en droit ou en lettres alors qu’un étudiant titulaire d’un bac littéraire ne pourrait pas s’inscrire en médecine ou en science. Même si ce débat n’aura bientôt plus de sens puisque les filières disparaissent actuellement, c’est faux : on peut s’inscrire en licence scientifique avec n’importe quel bac. On n’est pas sûr d’y réussir, en revanche, pour deux raisons : la première est que les remédiations proposées aux étudiants issus de filières non scientifiques ou de bac pro ne sont pas à la hauteur, ce qui est en effet révoltant car hypocrite. Mais surtout, jusqu’ici, quand on suivait un cursus scientifique, on bénéficiait toujours d’un enseignement littéraire et des humanités. Alors que les lycéens de sections non scientifiques ne suivaient que peu d’enseignements scientifiques. Et ça, ça ne va pas s’arranger du tout, puisque les lettres et les humanités sont toujours au tronc commun, au contraire des sciences.

Plus loin, j’ai lu « Qui peut dire que le métier d’enseignant est un métier de passeur ? Personne. » Alors là non, je ne suis pas d’accord. La description qui suit reflète une réalité, d’enseignants qui souffrent, parfois jusqu’à l’insupportable, et ce n’est pas tolérable, c’est vrai. Mais là aussi, je lis une généralisation avec laquelle je suis en désaccord. Le métier se complexifie, c’est vrai. Les conditions de travail sont de plus en plus difficiles, d’accord. Les relations avec les parents changent, c’est vrai. Mais de là à conclure aussi brutalement, non. La réalité est plus nuancée et elle-même complexe, heureusement.

Côtés qualités, j’ai apprécié les références et les apports nombreux aux compétences mathématiques, à la description des étapes des différentes formes de maturité nécessaires pour réussir à s’épanouir dans les mathématiques. La proposition d’exposition de l’acquisition de certaines notions, comme la conservation de la matière du poids, du volume, la conservation des quantités numériques, la classification, la sériation, les groupements multiplicatifs est calée sur les âges des enfants à titre indicatif, mais constitue un repère utile.

J’ai aussi trouvé efficace le passage, destiné surtout aux parents, sur l’apprentissage de la lecture, même si dire qu’il existe deux méthodes d’apprentissages à école, par assemblage et globale, me paraît dépassé. De même, une partie importante de l’ouvrage est consacrée aux handicaps, et j’ai trouvé leur traitement bienveillant, sans complaisance pour autant, et réaliste. Bel exercice d’équilibriste, en fait. La dyscalculie est abordée, d’ailleurs, ce qui n’est pas si fréquent, et elle n’est pas pliée à coup de clichés.

Je partage la façon de l’auteur d’envisager les devoirs et les notes. Là, j’en aurais bien goûté davantage.

En fait, je crois que j’aimerais bien discuter avec Isabelle Ellis. Sans doute est-ce une personne que j’apprécierai, car son ton, son énergie et sa volonté de faire avancer le schmilblick sans langue de bois me plaisent. Je crois que ce ton, justement, m’a fait aborder son livre de façon très personnelle. Et j’y ai réagi personnellement : avec ma sensibilité de maman qui veut faire éclore l’altérité chez ses enfants, avec ma personnalité d’enseignante engagée pour une évaluation dynamique et formative, avec ma personnalité de formatrice en mathématique dans le premier degré et en automatisation du décodage.

J’ai donc été parfois heurtée ou en désaccord, mais touchée. Je pense que ce livre peut être utile à des parents, a des enseignants, à des curieux en général, qui voudraient mieux comprendre pourquoi être enfant, être à l’école et être enfant à l’école, c’est si complexe et délicat. Mais je ne suis pas sûre que les lecteurs effectifs soient la cible prioritaire des messages délivrés.

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« Parents hélicoptères »

Un article de The conversation a retenu mon attention : « Parents hélicoptères, enfants sous pression ! »

Je ne connaissais pas cette expression, « parents hélicoptères, pour désigner des parents « qui reviennent en courant à l’école lorsque leurs enfants ont oublié leurs affaires de sport ». Ils « laissent peu d’autonomie, mettent trop de pression pour atteindre les objectifs scolaires et personnels, donnant peu de chances d’expérimenter l’échec et la frustration ». Il y a d’autres typologies de parents, décrits dans l’article, comme les parents qui font les devoirs à la place de leurs enfants. Pour ma part, cette année, une maman m’a demandé, sur Pronote, de lui expliquer un devoir. Lorsque je lui ai répondu que nous avions commencé, avec les enfants, ce devoir en classe, et que toutes les consignes avaient été explicitées, elle m’a répondu que d’accord, mais comme son fils n’était pas à la maison à cet instant, elle ne pouvait pas le commencer… J’ai dû relire pour y croire. Et j’ai invité la maman à venir en classe avec nous si elle souhaite faire les devoirs.

Mais revenons à nos hélicoptères.

La suite de l’article m’a gênée, par son aspect excessif et caricatural. Les parents qui y sont décrits sont passés du côté la psychose, et j’en rencontre rarement de pareils. Pourtant j’en rencontre beaucoup, car ils sont, dans mon établissement, impliqués de façon générale dans la scolarité de leur enfant.

Ce qui m’a intéressée, c’est le rapport à l’erreur des parents. Là, si je peux me permettre, on a du pain sur la planche. Nombreux sont les élèves qui, quand on explique que se tromper est normal et formateur, répondent qu’ils sont bien d’accord, et que si l’erreur en elle-même ne les stresse pas, la réaction de leurs parents, elle, si. Moi-même j’ai dû travailler sur moi-même pour réussir à le vivre au quotidien avec nos quatre enfants : ce que je prône, que je vis professionnellement, n’était pas immédiat à vivre à la maison. Intéressant… Heureusement, mon mari veille et équilibre, et les enfants eux-mêmes ont su, quand il le fallait, me mettre gentiment devant mes contradictions. Ils ont bien fait, car aujourd’hui je me sens en équilibre avec tout cela.

En apprenant à surmonter l’échec, les enfants développent leur résilience. Ils apprennent à gérer leur frustration et à réguler leurs émotions à propos. Et il est crucial que les jeunes développent très tôt ces compétences pour être capables de réussir dans la vie.

Les enfants de « parents hélicoptères », d’après les études, doutent encore d’eux de façon plus importante que la moyenne une fois adultes. C’est assez peu surprenant, mais il faut l’entendre. Les parents eux-mêmes ne sont pas épanouis dans leur parentalité, ce qui est tout aussi logique. Et commence un cercle vicieux : je suis angoissé, je le transmets, tu deviens plus angoissé et tu me le transmets.

Mais évidemment, il n’est pas non plus conseillé de n’en avoir rien à fiche, de la scolarité de nos loulous. Nous avons besoin des parents, dans une relation éducative et affective, et les enfants, encore plus, naturellement.

Pour compliquer les choses, la recherche montre clairement que les enfants dont les parents sont investis réussissent en général mieux à l’école, ont une meilleure confiance en eux-mêmes et de meilleures relations sociales que les enfants dont les parents ne le sont pas.

Aïe aïe aïe, cela signifie donc que tout est encore une question d’équilibre, de nuance, de dosage, de réflexion. C’est bien la même ambivalence en classe, dans la relation pédagogique : lorsque je pose une question, je dois parfois lutter pour ne pas couper la parole à un enfant qui répond à côté, et que je vois venir de loin. Pourtant, le laisser développer son erreur est primordial : l’entendre, la comprendre, y remédier, voilà qui est un ensemble de gestes professionnels indispensables. Et si notre programme n’avance pas, tant pis : nous aurons appris ensemble, et nous aurons vécu l’erreur comme vraiment normale, et réparable.

Parents et enseignants sont bien là pour laisser s’épanouir les enfants, laisser leur personnalité se développer, en acquérant connaissances (curriculaires, mais pas seulement), compétences, savoir-être qui leur permette de vivre dans le monde en bonnes intelligence et harmonie.

Etre parent et être enseignant, c’est bien compliqué. C’est aussi ce qui est beau. Et fatigant.

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Enseigner les bons comportements

Un article sur Gynger reprend des apports et un diaporama de Franck Ramus :

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Pour qui a déjà étudié ou écouté Franck Ramus, rien de nouveau, et pourtant, remettre le  nez dans ces contenus est toujours sain. Pour se remémorer la règle des 5 (commentaires positifs) pour 1 (commentaire négatif), pour relire que les punitions dégainées en réflexe sont improductives, voire contreproductives, pour se souvenir que les enfants et les adolescents ne raisonnent et ne réagissent pas comme des adultes, bref, pour réfléchir et réguler nos nerfs.

Aujourd’hui, en relisant sur les récompenses, je me suis aperçue que c’était tout à fait en lien avec mon système de maths et jeu de rôles.

Enseigner les bons comportements est une entreprise exigeante, sans doute plus consommatrice d’énergie intellectuelle. Mais chercher à « étouffer une rébellion », même individuelle, est à long terme bien plus fatigant, car cela ne fonctionne pas et ne permet pas de transmettre efficacement des apprentissages. Et puis ce n’est pas satisfaisant humainement, éthiquement, par rapport au métier.

 

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Pas touche à mes ondes cérébrales.

Une collègue m’a signalé ce reportage du Wal Street Journal. Beaucoup d’articles sont parus ces derniers temps dans la presse anglophone sur le sujet :

Wouahou, impressionnant. Il s’agit d’une expérimentation, pas d’une pratique généralisée. Quelques écoles chinoises sont engagées dans ce processus, et des écoles espagnoles et brésiliennes semblent aussi intéressées. Les bandeaux utilisent des capteurs électroencéphalographiques pour détecter l’activité cérébrale des enfants.

Toute la question est de savoir pourquoi on veut analyser l’activité cérébrale de ces enfants. J’ai des conjectures, mais elles ne sont pas très positives… Et on fait quoi des enfants qui ne se concentrent pas assez selon les critères établis ? On applique ça aussi aux adultes, histoire de savoir qui travaille bien et qui glandouille ? D’ailleurs, le même genre de matériel est utilisé pour mesurer le stress d’ouvrier ou l’attention de conducteurs de transports en commun.

Et si on faisait des capteurs pour savoir comment ils rêvent ?

Merci Isabelle pour le lien !
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Vivre son homosexualité à l’école

Récemment, j’ai découvert deux court-métrages sur l’homosexualité par des lycéens. La première partie de Comme un regard, par Théodore Tomasz, jeune réalisateur de 18 ans,  qui a tourné au lycée Camille Claudel à Digoin, dans le département de la Saône-et-Loire. Son travail est remarquablement abouti et sonne juste.

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J’avais précédemment visionné un autre court-métrage d’élèves, collectif cette fois, plus ancien :

Il y aussi un projet, intitulé PD, d’Olivier Allard, dont je n’ai vu que le teaser.

Il est urgent et indispensable que les personnels enseignants soient amenés à parler de l’homosexualité à l’école : les enseignants sont bienveillants, mais ont-ils tous conscience de la violence, parfois invisible, qui entoure les jeunes homosexuels, bisexuels, transsexuels, pansexuels, etc. ? Les deux court-métrages cités plus haut évoquent la mort, le suicide, les violences parentales et par les pairs.

C’est tout de même incroyable d’en être encore là. Face à ces comportements inacceptables d’exclusion, les enseignants ont un rôle à jouer, par un comportement exemplaire et une parole explicite, responsable, apaisante.

C’est si joli d’être amoureux…

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Les ENT, dépassés ?

Le Café Pédagogique rapporte sa lecture d’un rapport de la Cour des comptes sur le plan numérique, jugé accablant. Différents points sont évoqués : le « pilotage désastreux », y compris financier, le mélange des rôles entre opérateurs et ministère, le plan tablettes, les accroissements des inégalités sociales, la surestimation du rôle du numérique dans la réussite à l’école… Un autre point, crucial pour les enseignants, est abordé : les ENT, jugés dépassés.

La Cour souligne les « résultats décevants des ENT » qui n’ont pas réussi à devenir les supports d’usages pédagogiques comme on l’avait imaginé.  » Entre 7 et 8 enseignants sur 10 déclarent ne jamais utiliser les ressources ou les services de l’ENT pour préparer leurs cours, personnaliser l’accompagnement des élèves, produire des contenus pédagogiques avec les autres enseignants ou encore faire collaborer les élèves entre eux », note le rapport. Les enseignants préfèrent d’autres outils pour collaborer. Pour la Cour il est clair que les ENT sont dépassés.  » L’efficacité des espaces numériques de travail (ENT) en termes de sécurité et d’usages s’avérant décevante, leur pérennité, dans un environnement technologique qui a beaucoup évolué depuis leur création mérite aujourd’hui d’être réinterrogée ».

La Cour est très inquiète de la domination d’entreprises privées en ce qui concerne les notes des élèves.  » Dans presque tous les établissements du 2nd degré, la confection des emplois du temps repose désormais sur un unique logiciel externe qui expose potentiellement toute l’institution à un risque de vulnérabilité », note le rapport.  » La DINSIC (Direction interministérielle du numérique et du système d’information et de communication de l’Etat)  partage le constat d’une quasi-dépendance du ministère de l’Éducation nationale s’agissant des logiciels de gestion de la vie scolaire. Cette situation doit, selon cette direction, conduire à interroger « des choix technologiques profonds au ministère de l’Éducation nationale ». En clair, la Cour recommande d’interdire ou de racheter Pronote.

Je suppose que ce rapport n’aura aucune incidence, mais au moins sur les ENT, ça défoule.

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