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Il suffit de compter jusqu’à 5

Je m’exprime peu sur la situation politique de l’éducation, ces derniers temps, pour deux raisons : je n’ai que peu de temps et des urgences à gérer, et en général j’essaie de ne pas m’exprimer sous le coup de la colère. Le problème, c’est que j’ai peur d’être en colère en continu, maintenant.

Comment est-il possible que celles et ceux qui décident ne perçoivent pas l’absurdité de la situation et l’inanité à moyen et long terme de leurs réactions ?

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Halte à l’élitisme.

Voilà une très belle intervention : Elise Huillery, professeure d’économie à l’université Paris-Dauphine, résume de façon lumineuse la situation de l’école en France dans cet extrait :

Une année d’études supérieures en plus, ça a un coût, mais ça a un effet causal sur des éléments comme l’espérance de vie, l’accès à la citoyenneté, etc. Faire des études supérieures, c’est rentable. Il ne faut pas se contenter de la gratuité de l’enseignement supérieur. Elle ne suffit pas. Il faut aussi payer du logement étudiant et de quoi vivre. Il faut avoir des politiques beaucoup plus volontariste, pour aider via un salaire étudiant les catégories populaires et les classes moyennes à pouvoir véritablement suivre des études supérieures.

Il faut un changement d’approche global du système éducatif qu’il faut effectuer.

Si on ne change rien aux logiques d’évaluation et de sélection, le gain d’apprentissage dans les différents dispositifs comme le dédoublement des CP est minime. C’est bien d’apporter des ressources, de faire de l’accompagnement, des réductions de tailles de classe (…), mais sans changer la philosophie qui consiste à sélectionner dès le CP (…) on n’atteindra pas de meilleurs niveaux d’éducation et on ne réduira pas les inégalités scolaires.

Elise Huillery

Là où je ne suis pas du tout d’accord, c’est sur l’obligation institutionnelle prétendue de répartir nos élèves en 1/3-1/3-1/3, entre un niveau haut, moyen et bas. Non, nous ne sommes pas contraints de nous en tenir à une courbe de Gauss. Je ne ressens aucune pression de cet ordre et moi aussi mon objectif est que tous mes élèves soient en réussite à l’issue des séquences d’apprentissages, ce qui est présenté comme l’objectif « normal » des enseignants américains. C’est vrai, la culture de l’évaluation en France est élitiste et prégnante, et la constante macabre existe (j’apprends d’ailleurs avec tristesse la mort d’André Antibi), mais la majorité des enseignants lutte pour que ce ne soit plus le cas. Les enseignants savent que notre système est inégalitaire, particulièrement inégalitaire, et cherchent à lutter à leur échelle.

Camille Peugny, sociologue, professeur à l’université de  Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, intervient aussi, en particulier sur la réforme du lycée :

C’est difficile de suivre les méandres de la pensée gouvernementale. Mais supprimer les mathématiques du tronc commun étant sans doute une erreur.

La massification de l’enseignement, elle est réelle. Mais attention : on est à moins de 50% de baccalauréat général chez les personnes de 18 ans. La massification n’est pas la démocratisation ; la démocratisation n’est pas à la hauteur. 100 000 jeunes quittent le système scolaire avec au plus le brevet des collèges.

Il est difficile d’accéder à une véritable démocratisation tant qu’on n’interroge pas fondamentalement l’orientation de notre système éducatif. Il est particulièrement élitiste, davantage tourné vers la nécessité de sélectionner une petite élite plutôt que de donner le maximum de compétences au plus grand nombre de gens. On le voit dans la pratique de l’évaluation précoce, qui vise davantage à sanctionner ce que les élèves ne savent pas faire plutôt que ce qu’ils savent faire, (…). Si les élèves arriveront toujours inégaux à l’école, les années où il est possible de réduire ces inégalités ce sont les premières, or nous dépensons moins pour l’école primaire que les autres pays de l’OCDE. Autre symbole de l’élitisme : on va dépenser 60% de plus pour un étudiant en classe préparatoire plutôt que pour un élève de premier cycle universitaire.

Camille Peugny

Camille Peugny évoque les classe hétérogènes, en citant une étude qui montre que les élèves en réussite réussissent moins bien lorsqu’ils sont concentrés dans une même classe. On savait depuis longtemps que l’hétérogénéité est un meilleur plan que des classes de niveau, mais entendre clairement qu’elle est préférable même pour les « bons élèves » fait du bien.

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/l-invite-e-des-matins/baccalaureat-la-massification-scolaire-ne-fait-pas-l-egalite-9979687

Je suis très inquiet, en tant que citoyen et pas seulement en tant que chercheur, de voir comme le métier m’enseignant semble dévalorisé et semble perdre complètement son attractivité. Probablement paie-t-on aujourd’hui le faible niveau de rémunération des enseignants, mais il est lui-même lié aux discours que la société tient sur l’école et tient sur les enseignants depuis trente ans. Le niveau de rémunération d’un métier tient aussi à l’image sociale qu’on en a.

Il y a une souffrance, chez une partie des enseignants, de devoir mener une politique dévaluation, de tri. Le but de notre système éducatif n’est pas simplement de classer et de trier des élèves mais aussi de les former, d’en faire des citoyens, de les préparer aussi, au bout d’un moment, à la vie professionnelle, mais qu’on se donne 5, 6, 7, 8 ans sans évaluations, avec une vraie mixité sociale, des enseignants bien formés qui exercent un métier qui est valorisé socialement, alors on aura progressé.

Camille Peugny
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Pap Ndiaye ?

Bon, je craque un tout petit peu pour parler de notre nouveau ministre. Mais je ne m’engage pas : sinon je vais encore avoir envie d’être optimiste pas forcément pessimiste. Mais là, mon mari écoute un grand entretien aux rendez-vous de l’histoire de Blois en 2022, avec Pap Ndiaye. Alors j’ignore ce que ce monsieur nous réserve, mais quand il parle de son identité de Noir, sous un aspect sartrien, ça tranche violemment par rapport à son prédécesseur. Le langage de Pap Ndiaye aussi est très très différent. Ses éléments de culture sont radicalement différents aussi. C’est déjà ça.

Pap Ndiaye semble l’opposé de Jean-Michel Blanquer du point de vue idéologique. Lorsqu’il va s’exprimer, il faudra manifestement l’écouter pour entendre son propos. C’est déjà ça.

Pap Ndiaye fait partie du gouvernement d’Emmanuel Macron, qui a porté Jean-Michel Blanquer et approuvé sa politique. Ca interroge.

La cause des femmes, ce n’est pas une cause singulière, c’est une cause universelle. La cause des Noirs, ce n’est pas une cause singulière, c’est une cause universelle.

Rendez-vous de l’histoire, Blois, 2022

Dans la catégorie « c’étant avant », la journée de monsieur Blanquer n’a pas dû être épanouissante : on tape sur les doigts de sa femme pour conflit d’intérêts (au bout de plusieurs mois, il a fallu attendre son départ pour parvenir à cette ébouriffante conclusions ???), sa chorale a été délaissée (ce que je regrette pour celles et ceux qui se sont impliqués), et il est relevé par Pap Ndiaye, ce qui ne doit pas le rendre fou de joie.

Il y a un lien fin qui unit les gens qui font communauté, mais ce lien ne demande qu’à être épaissi culturellement. (…)

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Mémé Tonpyj : apprendre le sommeil en cycle 2

Ce matin, Amandine Rey, maître de conférences en neuropsychologie à l’Université de Lyon 1, nous a présenté un exemple de « recherche expérimentale non randomisée » au travers du programme Mémé Tonpyj. Elle était assez captivante, et je suis allée faire la connaissance de cette Mémé Tonpyj.

Mémé Yvette ne m’est pas agréable, a priori. Mais bon, si elle peut m’apprendre des choses, et surtout m’être utile pour des élèves, allons-y.

https://memetonpyj.fr/

Le programme est centré sur le cycle 2, mais je pense qu’on peut en faire des choses aussi en dehors de ces niveaux. Il se décline en différents contenus très accessibles : des bandes dessinées, des vidéos et des documents pour les enseignants (un document explicatif, des fiches de préparation, l’agenda du sommeil, un poster pour la classe, la correction des exercices et un exemple d’évaluation). Tout est téléchargeable instantanément ici. Le programme est décrit de façon détaillée sur cette page de La Main à la Pâte.

https://synapses-lamap.org/2020/09/08/interview-meme-tonpyj-un-projet-pour-la-classe-un-projet-de-recherche-appliquee/

Le contenu de la mallette numérique est très complet, lisible et à mon avis facile à déployer. Les fiches de prep sont concises et claires, les vidéos très courtes, seulement là pour introduire le reste des activités. L’ensemble des supports est conséquent, mais ne doit pas non plus prendre un temps fou à mettre en oeuvre en classe.

Copyright © Émile Cohl/Université Lyon 2017

Bon, je vais faire un petit dodo, tiens.

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La recherche translationnelle

Dans la cadre d’un  séminaire national intitulé « Pourquoi et comment renforcer les liens entre l’enseignement et la recherche ? », j’ai eu l’occasion d’écouter différents intervenants qui nous ont parlé de la recherche translationnelle.

J’ai lu une partie de ce document, pour trouver une définition de la recherche translationnelle, mais je n’ai pas trouvé ou pas compris. En même temps, je suis ralentie dans ma tête pour cause de covid, c’est donc peut-être ma faute. J’ai lu ceci, qui m’a intriguée :

Dans tous les pays, une idée commence à faire son chemin : l’importance d’utiliser des méthodes scientifiques afin d’aider à faire progresser les pratiques pédagogiques. Ce mouvement, appelé « éducation fondée sur des données probantes » ou evidence-based education, se propose notamment d’évaluer par des méthodes rigoureuses les effets de différentes pratiques pédagogiques. Une véritable recherche translationnelle en éducation commence à émerger, à l’interface entre la recherche fondamentale en sociologie, économie expérimentale et sciences cognitives, et sa mise en application pratique dans les classes.

Ma première réaction a été la perplexité : une recherche appuyée sur des éléments rigoureux émerge seulement ? Mais alors quelle était « la » recherche auparavant ? Une recherche sans souci de démarche scientifique ou de rigueur ?

A ce moment-là, j’ai été partagée : d’un côté, la démarche scientifique me paraît absolument indispensable, mais il me semblait qu’elle était déjà une préoccupation des chercheurs. D’un autre, je suis méfiante avec le clairon des « données probantes », car on risque de tout opérationnaliser, façon excès des neuro-sciences, ce qui me semble inadapté aux problématiques de l’enseignement.

Mais dans la rédaction de mon mémoire de DE « passeurs », je me pose ces questions : mes hypothèses sont-elles valides ? Pertinentes ? Mes entretiens sont-ils réalisés de façon adaptés ? La façon dont je les traite n’est-elle pas biaisée de multiples façons ?

C’est compliqué, tout ça. C’est comme dans l’enseignement aux premier et second degré : on a des savoirs sur de « bons gestes », qui favorisent. Mais de multiples « bonnes pratiques » existent, qui ne sont pas bonnes pour tout le monde car pas forcément transférables.

C’est ça, la clef : la notion de transfert. Je ne crois pas beaucoup à la transférabilité universelle de pratiques pédagogiques, didactiques ou de formation. En revanche, comme un intervenant nous l’a promu, je crois très fort au collaboratif, au faire-ensemble plutôt qu’au fais-comme-je-te-dis. Cela implique qu’il faut aller sur nos différents terrains de pratique, et pour cela il faut du temps. Mais je crois que ce sont ces échanges-là qui permettent de tous nous surpasser pour aller plus loin et mieux faire réussir les élèves.

En tout cas, j’ai beau être complètement ouatée dans ma tête, ce séminaire m’intéresse vraiment.

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Qui sont les assistés, dans ce pays, au final ?

Ce matin, les Cahiers Pédagogiques organisaient un webinaire éducatif : « Comment lutter contre les inégalités à l’école ? » pour lequel les Cahiers pédagogiques recevront Jean-Paul Delahaye, ancien DEGESCO du ministère de l’éducation nationale. C’est le premier d’une série de webinaire plus politiques. Merci aux organisateurs, qui ont fourni un gros boulot, de façon bénévole.

La Dream-Team en plein boulot MERCI !!!!!

Le webinaire sera très vite mis en ligne, associé à un accès à des notes et ressources. Voici les miennes, de notes.

Le rapport de Jean-Paul Delahaye, Grande pauvreté et réussite scolaire : le choix de la solidarité pour la réussite de tous est le plus téléchargé de tous les rapports de l’inspection générale.

Jean-Paul Delahaye est revenu rapidement sur sa propre histoire, malheureusement remarquable par son caractère exceptionnel, et a fait des constats sur les moyens insuffisants mis en oeuvre pour aider les enfants de familles pauvres. Mais il a rapidement mentionné le volet pédagogique, car la question est en effet très vaste.

Jean-Paul Delahaye a écrit un ouvrage qui va sortir ces jours-ci, L’école n’est pas faire sur les pauvres, qui est une courte synthèse destinées à tous les citoyens, et pas seulement aux initiés, pour partager un diagnostic sur l’éducation : quelle place fait-on dans une République qui revendique ses valeurs et principes, à l’égalité des droits dans la réussite scolaire ? Dans un pays qui revendique les vivre ensemble, on n’éduque pas ensemble ?

De 1981 à aujourd’hui, la gauche a gouverné la moitié du temps. Elle a fait avancer l’éducation pour tous, mais n’est pas parvenue à faire que l’école soit égalitaire quelle que soit l’origine sociale. Cette question divise même les partis, les syndicats, les fédérations de parents d’élèves. D’apparents accords de principe volent en éclat dès qu’on parle de suppression de classes bilangues, par exemple. Car de gauche ou de droite, beaucoup de parents veulent « protéger leurs enfants de ceux de certains autres ». En réalité, tout le monde est pour la mixité scolaire, mais à condition que ce soit dans les autres établissements que ceux où sont scolarisés ses propres enfants.

Les inégalités à l’école ne nuisent pas à tout le monde : beaucoup n’ont pas envie d’élargir la base sociale à l’école. La fraternité reste là un mot creux. Cela dit, Jean-Paul Delahaye dit qu’il faut aussi écouter les angoisses de ceux qui se renferment et développent des stratégies individuelles pour scolariser leurs enfants dans un milieu à part. On entend même aujourd’hui des volontés de sélection précoce, d’apprentissage à 14 ans, qui reçoivent un écho favorable par ceux qui pensent que cela concerne les enfants des autres, qui iront voir ailleurs. Des familles pauvres se laissent même parfois convaincre et acceptent de subir ce qu’elles pensent peut-être légitime.

Quelle fraternité budgétaire dans un pays qui dépense plus pour scolariser ses élites héréditaires que pour l’accompagnement éducatif de l’éducation prioritaire ? Qui sont les assistés, dans ce pays, au final ? Quelle fraternité dans un pays qui a fait du temps scolaire un fardeau, avec la semaine de quatre jours ? Qui se soucie aujourd’hui de ce que font les enfants pauvres qui ne sont pas à l’école le mercredi, eux qui ne sont ni au conservatoire, ni au tennis club, ni dans des cours privés ? Quelle fraternité dans un pays qui pense le collège pour les enfants qui s’orienteront vers la voie générale, mais pas pour les autres ?

Et que dire de l’expression « nivellement par le bas » ? Quel bas ? C’est le peuple, le bas ?

Au moment où on se prépare à de nouvelles échéances électorales, on ne peut pas dire qu’il suffirait de revenir sur certaines mesures pour aller vers une école plus sociale et fraternelle. Parce qu’il existe une lutte des classes qui ne dit pas son nom, il faut préparer l’opinion publique par le débat pour créer un rapport de force qui soit favorable aux plus fragiles aussi.

Il faut absolument que notre pays parvienne à mettre en oeuvre une politique dans la durée, quelles que soient les alternances politiques. Cela permettrait de bâtir une « école jusqu’au bout ». Si on ne va résolument vers plus de justice à l’école, on risque de voir émerger des mouvements qui iront bien plus loin que l’occupation de quelques ronds-points.

Une démocratie doit être une fraternité ; sinon, c’est une imposture.

Antoine de Saint-Exupéry

Du côté formation des enseignants, Jean-Paul Delahaye a souligné un paradoxe : les enseignants français sont parmi les plus formés en terme de niveau de diplôme, mais pas du point de vue des contenus. Les enseignants du premier degré ne sont pas assez formés pour enseigner les fondamentaux, les enseignants du second degré ne sont pas outillés assez pour enseigner à tous, en différenciant. Le numérique, l’enseignement aux enfants en situation de handicap, bien d’autres thématiques vives aujourd’hui font peu partie de la formation. Enseigner les maths en maths experte en terminale ou les maths en sixième, ce n’est pas le même poste de travail et cela ne requiert pas les mêmes gestes professionnels.

On n’a pas forcément ce qu’on mérite, on ne mérite pas forcément ce qu’on a.

Le problème surgit lorsque l’école considère que la norme est constituée par les enfants de milieux cultivés ou favorisés, statistiquement minoritaires. Au sujet de la méritocratie, en lien avec les travaux de Marie Duru-Bellat, on a tous besoin d’une croyance que chacun obtient de manière juste ce qu’il a fait pour l’obtenir, fiction nécessaire selon les sociologues. Les difficultés des enfants de pauvres ne viennent pas d’un manque de mérite. La méritocratie comporte une face claire pour ceux qui en bénéficient, et une face sombre pour ceux qui en sont exclus. Quel mérite y a-t-il à réussir quand on tout reçu pour réussir ? Sur la notion de méritocratie, on peut lire : Les élites, les grandes écoles et les mésaventures du mérite (1870-2020), de Paul Pasquali.

Il est bien établi que la mixité sociale est protectrice pour les enfants pauvres et ne pénalise pas les plus forts. C’est peut-être contre intuitif, c’est c’est ainsi. Les familles riches ne scolariseront jamais de gaieté de coeur leurs enfants dans des établissements qui, par exemple, concentrent les enseignants contractuels qu’on laisse sans formation. C’est à l’Etat de garantir de bonnes conditions de scolarisation à tous les enfants. On sait ce qui ne marche pas pour instaurer ou restaurer de la mixité scolaire : les politiques d’assouplissement de la carte scolaire (ce sont les familles de non boursiers qui en profitent en fait et place les établissements dans une logique marchande). Des politiques régulées de sectorisation, conduites avec les représentants de parents et de personnels, peuvent en revanche permettre de progresser vers la mixité, comme à Amiens. Il faut de la détermination, de la patience, pour s’acheminer vers le vivre ensemble, vers un équilibre. Qu’on cesse d’implanter les Ulis et les SEGPA dans toujours les mêmes établissements, et les classes musique à horaires aménagés dans d’autres serait un début. Faire cesser les dysfonctionnements de certains établissements qui expulsent les élèves en situation de grande difficulté pour obtenir de bons résultats aux examens aussi. A plus petite échelle, veiller à la répartition des élèves pour classes hétérogènes, construire des emplois du temps qui donnent la priorité aux besoins des élèves, veiller à ce que les voyages scolaires soient organisés pour tous, proposer des listes de fournitures scolaires raisonnables sont des leviers.

L’Education Nationale ne peut pas être une sorte de loterie pour les enfants du peuple.

La liberté pédagogique ne pose aucun problème en soi, et elle est une richesse. Mais elle pose problème quand telle ou telle méthode ne peut pas, par définition, être appliquée à certaines catégories d’élèves.

Il y a aujourd’hui un déploiement d’une haine à la pédagogie. Ceux qui n’aiment pas la pédagogie n’ont jamais accepté la démocratisation de l’enseignement. Cela masque un conflit sur la nature démocratique ou non de l’école française. Il est indispensable de promouvoir une éthique collective pédagogique : la démocratisation ne nuit à personne !

On n’a jamais donné au collège unique les moyens d’être un vrai collège unique. Et pourtant c’est le noeud du système éducatif. Certains ont voulu faire du collège une digue, d’autres une vague. Avant le collège unique, il y avait trois séries au collège. On n’a eu de cesse, au moment du collège unique, d’unifier les métiers enseignants, ôtant les possibilités de s’adapter aux différents publics d’élèves.

Les parents de milieux populaires ne sont pas démissionnaires. Peut-être même en fait demandent-ils trop de l’école, misent-ils trop sur l’école. Ne pas pouvoir ou oser assister à des réunions dans les écoles ne signifie pas qu’on se détourne du scolaire de ses enfants.

Il ne faut pas parler de familles « défavorisées » ou « démunies ». Défavorisées en quoi d’ailleurs ? Ces familles sont pauvres ; il ne faut pas avoir une espèce de pudeur qui empêche d’évoquer les pauvres, et les riches aussi, qui ne sont pas riches que d’argent.

C’est toujours un plaisir, d’écouter Jean-paul Delahaye : il est vrai, clair, lumineux, il argumente. Et le débat était bien orchestré. Mais il reste aussi toujours une impression désespérante : on sait ce qu’on devrait faire, pour une société plus équilibrée, plus juste et fraternelle, mais celles et ceux qui sont aux commandes choisissent de ne pas le faire.

Mes notes ne sont pas exhaustives, et prises en direct. Pour celles et ceux qui sont intéressés au propos de Jean-Paul Delahaye, je leur conseille d’aller visionner le webinaire sur le site des Cahiers Pédagogiques (et de les soutenir, d’ailleurs, aussi, parce qu’ils sont bigrement nécessaires dans le paysage éducatif et social).

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« On ne fera pas l’école de demain avec des enseignants qui ne se sentent pas libres d’être intelligents »

Mon collègue David Sire, dont j’ai parlé aux Journées car il est à l’origine des Bigarrures, a participé à l’écriture d’un ouvrage :

Ce livre analyse les premières années de « l’ère Blanquer » (de mai 2017 à décembre 2020), et les réformes qui vont avec. Sous la forme de récit épistolaire, les auteurs partagent avec nous une longue conversation écrite ; ils sont six, « amoureux de l’école », d’âges, d’origines et de statuts différents. C’est avant tout un ouvrage militant, qui analyse la situation (im)posée par un ministre « peu ordinaire », pose des questions et tente de leur apporter des éléments de réponse concrète. Les auteurs ne toucheront rien sur la vente du livre : tout ira à l’Icem et au Gfen.

Un des auteurs écrit ceci, pour résumer l’ouvrage :

Le constat est que, depuis qu’elle est républicaine, l’école en France et la démocratie se cherchent, se tournent autour, se rapprochent parfois l’une de l’autre, d’assez près à certains moments, pour se trouver finalement séparées, chaque fois, par des événements divers. 

Parmi les questions : comment une école républicaine peut-elle n’être pas démocratique ? Pourquoi faut-il qu’elle le soit ? Comment s’y prendre pour qu’elle le devienne ?

Un chapitre est consacré aux maths, qui relate les réponses d’élèves d’élémentaire à un problème type « âge du capitaine ». Il y est question d’ « additionneurs frénétiques », de pourquoi on en arrive là :

D’ailleurs ici, un certain nombre d’additionneurs frénétiques sait pertinemment que sa réponse ne veut rien dire. Additionner même quand ça veut rien dire relève d’un contrat didactique implicite propre aux mathématiques, puisque c’est la seule matière on peut écrire n’importe quoi même quand ça veut rien dire, sans que ça ne pose aucun problème. Cela vient d’une autre erreur pédagogique qui était d’imposer un formalisme mathématique écrit avant d’en avoir construit les concepts associés.

Ouuuuh, intéressant, ça ! Et une réponse d’un autre des auteurs, dans le fil de la discussion :

On ne fera pas l’école de demain avec les outils d’hier et d’avant hier. Ce n’est pas un problème de technologie. On peut faire l’école d’avant hier avec un tableau numérique. On ne fera pas l’école de demain si l’on ne prend pas le temps d’exploiter ce type de situations, avec du vrai dialogue élève/élèves, avec l’élaboration patiente de conclusions qui pourront être réinvesties (ah oui, c’est comme l’autre jour avec l’âge du capitaine!) On ne fera pas l’école de demain avec des enseignants qui ne se sentent pas libres d’être intelligents.

Je suis bien d’accord. Et voilà qui permet à tous les enseignants, ceux d’une chapelle, ceux d’une autre, ceux qui refusent les chapelles, ceux qui revendiquent la ratatouille, de se mettre d’accord, non ? Le chapitre se poursuit avec une autre étude de cas passionnante, et les échanges se poursuivent :

Les erreurs des enfants sont presque toujours la conséquence d’un raisonnement.

Et l’on ne peut les aider qu’en agissant sur ce raisonnement, (et non en « corrigeant » celles-ci ) et ce, de deux manières :

1- en évitant d’avoir le comportement en classe qui risque de les orienter dans les mauvaises direction évoquées ci-dessus ;

2- en créant une (des) situation(s), qui vont, de l’intérieur, les amener à rectifier leur interprétation (…) Apprendre à DIFFÉRER son interprétation, c’est une des clés essentielles du savoir lire. Et on notera que les méthodes syllabiques installent le contraire.

Je pense que cette dernière phrase est intéressante à lancer si on veut mettre de l’ambiance en salle des maîtres ou en formation. Mais dans cet ouvrage, voilà un des aspects qui m’ont plu : les auteurs prennent position, car ils se font confiance et se répondent au fil des échanges. Il y a matière à controverse, mais par des personnes qui croient à un projet porté par l’école. La forme de l’ouvrage le rend aussi très lisible.

Toujours dans le même chapitre, il y a une réflexion sur la note, que j’ai trouvé bien posée, franche, ouverte.

Un autre chapitre propose une réflexion collective sur les « six propositions » de Philippe Meirieu. Là encore, on y lit de belles réflexions ouvertes :

Olivier Houdé nous le dit depuis quelques années déjà notamment dans « Apprendre à résister ». La vraie intelligence nait quand on est capable de se freiner pour activer le bon algorithme. En effet, le cerveau réagit toujours de manière automatique dans un premier temps et quand on apprend à se poser, à résister à ses réponses premières on renforce notre système d’inhibition qui va nous aider ensuite à mieux raisonner. Ainsi apprendre à penser et réfléchir ce serait apprendre à se freiner. L’école est donc bien le lieu de décélération.

J’ai aimé le passage sur l’acharnement pédagogique : parfois, quand un enfant est en difficulté, mieux vaut lui permettre d’abandonner ou de différer. L’acharnement du l’enseignant à faire réussir, s’il est marqué de bonnes intentions, peut créer beaucoup de souffrance chez l’élève, qui s’en voudra d’autant plus que l’enseignant manifeste envers lui une gentillesse particulière. Ce chapitre parle aussi d’attention, d’évaluation, de plaisir d’apprendre, de culture à l’école, de culture par l’école.

Je vous conseille la lecture de ce bel ouvrage, qui dans sa structure même sort des cadres habituels. Il n’est pas question de chercher le consensus, à sa lecture, mais de réfléchir avec ces collègues à notre si beau et si délicat métier.

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La Chine et le travail scolaire extra-classe

Mon collègue Baptiste Hebben, avec qui nous concoctons un dossier des Cahiers Pédagogiques sur les maths, a attiré mon attention sur un article de La voix du Nord, paru le 24 octobre 2021. Cet article s’intitule :

On y lit qu’une loi vient d’être votée en Chine, pour limiter encore les devoirs à la maison et les cours du soir, dans le but d’alléger la pression exercée sur les élèves. Ainsi, à partir du 1er janvier 2022, les autorités locales devront veiller à l’application de cette loi. Déjà, fin août, le gouvernement chinois avait décidé l’interdiction des examens écrits pour les enfants 6 ou 7 ans, examens qui eux aussi font peser une pression reconnue maintenant comme déraisonnable sur les enfants. Cela nuit à la santé morale et physique des enfants, selon le ministère de l’Education. Et comme permettre d’avoir une bonne éducation (avec ces cours extra scolaires) coût cher, les couples ont là un argument supplémentaire pour ne pas avoir d’enfant, à un moment où l’état cherche à stimuler la natalité.

Là, déjà, on se dit que si l’idée de limiter les devoirs à la maison et les cours plus ou moins particulier est intéressante, la motivation refroidit. Mais malheureusement, ce n’est pas fini. Dans la foulée, les mineurs n’ont pas le droit de jouer plus de trois heures par semaine aux jeux en ligne, et, surtout, des mesures ont été prise pour « lutter contre l’idolâtrie des célébrités, les émissions de télévision jugées vulgaires et les artistes efféminés ». Certaines chansons sont estampillées « contenu illégal », et les Chinois ont interdiction de les chanter.