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Vivre son homosexualité à l’école

Récemment, j’ai découvert deux court-métrages sur l’homosexualité par des lycéens. La première partie de Comme un regard, par Théodore Tomasz, jeune réalisateur de 18 ans,  qui a tourné au lycée Camille Claudel à Digoin, dans le département de la Saône-et-Loire. Son travail est remarquablement abouti et sonne juste.

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J’avais précédemment visionné un autre court-métrage d’élèves, collectif cette fois, plus ancien :

Il y aussi un projet, intitulé PD, d’Olivier Allard, dont je n’ai vu que le teaser.

Il est urgent et indispensable que les personnels enseignants soient amenés à parler de l’homosexualité à l’école : les enseignants sont bienveillants, mais ont-ils tous conscience de la violence, parfois invisible, qui entoure les jeunes homosexuels, bisexuels, transsexuels, pansexuels, etc. ? Les deux court-métrages cités plus haut évoquent la mort, le suicide, les violences parentales et par les pairs.

C’est tout de même incroyable d’en être encore là. Face à ces comportements inacceptables d’exclusion, les enseignants ont un rôle à jouer, par un comportement exemplaire et une parole explicite, responsable, apaisante.

C’est si joli d’être amoureux…

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Les ENT, dépassés ?

Le Café Pédagogique rapporte sa lecture d’un rapport de la Cour des comptes sur le plan numérique, jugé accablant. Différents points sont évoqués : le « pilotage désastreux », y compris financier, le mélange des rôles entre opérateurs et ministère, le plan tablettes, les accroissements des inégalités sociales, la surestimation du rôle du numérique dans la réussite à l’école… Un autre point, crucial pour les enseignants, est abordé : les ENT, jugés dépassés.

La Cour souligne les « résultats décevants des ENT » qui n’ont pas réussi à devenir les supports d’usages pédagogiques comme on l’avait imaginé.  » Entre 7 et 8 enseignants sur 10 déclarent ne jamais utiliser les ressources ou les services de l’ENT pour préparer leurs cours, personnaliser l’accompagnement des élèves, produire des contenus pédagogiques avec les autres enseignants ou encore faire collaborer les élèves entre eux », note le rapport. Les enseignants préfèrent d’autres outils pour collaborer. Pour la Cour il est clair que les ENT sont dépassés.  » L’efficacité des espaces numériques de travail (ENT) en termes de sécurité et d’usages s’avérant décevante, leur pérennité, dans un environnement technologique qui a beaucoup évolué depuis leur création mérite aujourd’hui d’être réinterrogée ».

La Cour est très inquiète de la domination d’entreprises privées en ce qui concerne les notes des élèves.  » Dans presque tous les établissements du 2nd degré, la confection des emplois du temps repose désormais sur un unique logiciel externe qui expose potentiellement toute l’institution à un risque de vulnérabilité », note le rapport.  » La DINSIC (Direction interministérielle du numérique et du système d’information et de communication de l’Etat)  partage le constat d’une quasi-dépendance du ministère de l’Éducation nationale s’agissant des logiciels de gestion de la vie scolaire. Cette situation doit, selon cette direction, conduire à interroger « des choix technologiques profonds au ministère de l’Éducation nationale ». En clair, la Cour recommande d’interdire ou de racheter Pronote.

Je suppose que ce rapport n’aura aucune incidence, mais au moins sur les ENT, ça défoule.

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« Il y a des mots qui ne se disent pas, même pour rigoler »

Un rapport est paru, relayé par le Café Pédagogique, qui « présente en la matière plusieurs témoignages, affligeants et édifiants. Il analyse aussi les processus qui, à l’Ecole, mènent à la haine. (…) Dans une société encore très hétéronormée qui ne reconnaît que deux sexes et rejette l’idée de non-binarité, les LGBTphobies frappent celles et ceux qui ne correspondent pas à l’image attendue« .

La campagne du ministère de l’Education Nationale est là, avec des témoignages de jeunes.

Et nous, enseignants, nous nous devons en effet d’être clairs et attentifs. « Pédé », c’est un mot qui ne se dit pas, point. J’ai quelques élèves qui ont bien du mal à l’assimiler. Je crois qu’un nouvel affichage va venir habiller ma classe.

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Bon prof, mauvais prof ?

Un article du Café Pédagogique aborde la question de l’ « effet-maître ».

L’effet-Maitre, ou effet-professeur, désigne l’influence d’un enseignant donné sur la réussite de ses élèves. On ne se place alors pas seulement dans l’optique de telle ou telle méthode, telle ou telle progression, mais dans une optique plus générale, plus personnelle, liée à toutes les façon d’enseigner et d’être en classe du professeur.

La question est de savoir si cette effet-maître existe, pour commencer? Or différentes études, dont une étude d’ampleur internationale récente (le document est en anglais) se sont penchées sur la question .

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La question à peine cachée, c’est la question du mérite. Le sujet est donc épineux. Et les critères discutés dans la communauté scientifique ; B Suchaut, membre du Conseil scientifique, dit :   » l’efficacité de l’acte pédagogique (est) en partie liée au contexte d’enseignement, c’est-à-dire à la classe et aux élèves qui la composent. Pour le métier d’enseignant, la définition même du concept de mérite ne va pas donc de soi et nécessiterait de mobiliser des indicateurs nombreux pour l’appréhender dans son ensemble« .

Cependant, cette question de l’effet-maître est intéressante pour les contenus de formation continue : si on savait quels leviers sont efficaces, on pourrait transmettre l’information et former en ce sens.

L’étude publiée actuellement met en avant que le niveau de formation initial, la formation professionnelle des enseignants (à l’entrée dans le métier, en particulier) et l’augmentation de la rémunération, qui permet « d’avoir de meilleurs candidats pour le métier d’enseignant et de garder des professeurs expérimentés : augmenter de 1% la paye augmente de 3% les résultats des élèves.« 

Bonne nouvelle, donc : « l’étude montre que des politiques globales concernant les conditions d’exercice du métier d’enseignant ont un impact sur l’efficacité du système éducatif. Elle nous sort donc des calculs visant à sélectionner les « bons » profs et punir les « mauvais » « .

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Enseigner, « formule de vie »

Je prépare une formation sur la différenciation, pour la semaine de la rentrée. En chemin, je suis tombée sur cette parole de Freinet :

« Il faudrait surtout rappeler aux parents et aux maitres qu’un éducateur qui n’a plus Unknowngoût à son travail est un esclave de son gagne-pain et qu’un esclave ne saurait préparer des hommes libres et hardis ; que vous ne pouvez pas préparer vos élèves à construire demain le monde de leur rêve si vous ne croyez plus à ce rêve ; que vous ne pouvez pas les préparer à la vie si vous ne croyez plus à cette vie ; que vous ne sauriez montrer la voie si vous êtes assis, las et découragé, à la croisée des chemins ! “J’ai retrouvé la dignité d’un métier qui est pour moi formule de vie”, vous dira l’éducateur moderne. Imitez-le!… »

Voilà une parole éminemment politique, lorsqu’on la lit aujourd’hui : toute la question est de savoir ce qui éloigne le maître de cet enthousiasme, et comment le restaurer. Car le décrochage n’est pas l’apanage des élèves…

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Dis-moi, élève, il est où ton esprit ?

Un article des Cahiers Pédagogiques a retenu mon attention. il est signé de Serge Pouts-Lajus (président de l’association Education et territoires) et s’intitule « Non, le cerveau n’apprend pas ! »

Serge Pouts-Lajus dresse d’abord un état des relations entre enseignants et neuro-scientifiques : « Les partisans des NSC y voient un encouragement à aller de l’avant tandis que d’autres s’interrogent à propos de cette science qui ne fait que démontrer des résultats déjà connus ou triviaux… » Mais le passage qui a le plus retenu mon attention est la paragraphe « Abus de langage ? » :

la littérature des NSC, dont les publications des Cahiers pédagogiques citées plus haut, fourmillent d’expressions telles que : « le cerveau apprend », il « se souvient », il « pense »… Abus de langage ? Sans doute car ce n’est évidemment pas le cerveau de Jean qui apprend mais Jean, personne et sujet de l’apprentissage. C’est ainsi du moins que la plupart des enseignants considèrent leurs élèves : comme des sujets et non comme des cerveauxAccepter l’abus de langage revient à identifier le sujet à son cerveau, à céder à un neuro-essentialisme [1] auquel on est en droit de ne pas adhérer. La science se fait ici l’alliée d’une philosophie qui situe l’esprit dans le cerveau et s’oppose à une autre qui le situe aussi à l’extérieur, non seulement dans le corps tout entier mais dans l’environnement, les interactions sociales, l’histoire [2]. Le choix du cerveau apprenant contre le sujet apprenant ne relève donc pas d’un débat scientifique mais d’un débat philosophique.

Dans la suite de son article, Serge Pouts-Lajus s’interroge sur le « pouvoir de la preuve », seulement effectif « dans un domaine où la science est pleinement compétente ». Sans rejeter les apports potentiels des neurosciences en éducation, il pose la question : la pédagogie est-elle un de ces domaines ?

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Rêver, se réveiller, vivre

Dans un article du Monde, Boris Cyrulnik pose la question : « si, après son bac, on perd un an ou deux, qu’est-ce que cela peut faire ? »

C’est une bonne question, je trouve. Qu’est-ce que cela peut faire ?

Ca dépend pour qui.

Cela peut permettre de rester serein : Boris Cyrulnik relève que nombre de jeunesBORIS-CYRULNIK-1.png s’engagent dans des voies post-bac sans réelle motivation, ou qui ne leur correspondent pas. Ils lâchent, leur estime de soi se dégrade, et naturellement tout cela n’est pas constructif, « à l’âge où l’on apprend neurologiquement et psychologiquement à travailler« .  Boris Cyrulnik dit : « ce qui peut aider un jeune à prendre sa voie, c’est son pouvoir de rêve. Il faut ensuite se réveiller, bien sûr. Le rêve mène au réveil. Mais si un jeune arrive à rêver et à se mettre au travail, il pourra prendre une direction de vie.« 

Je suis complètement d’accord, sur le principe. Mais les principes, c’est plus facile à appliquer quand on est dégagé des contraintes matérielles. La question est de savoir ce que signifie « perdre un ou deux ans » : pour beaucoup de familles, avoir un enfant jeune adulte à la maison sans projet défini, c’est angoissant, car cela fait craindre qu’il ne puisse pas prendre son autonomie. Or cette autonomie est indispensable, et c’est même le but de l’éducation que nous transmettons à nos petits : nous leur apprenons, en leur tenant la main, en les aidant à se relever, en les soutenant, à se passer de nous. Un jeune qui se projette joyeusement vers cette autonomie, et qui a une passion ou un intérêt qui le meut, forcément, c’est rassurant. D’autant qu’il a tout de même beaucoup plus de chances de réussir qu’un autre qui avance dans le brouillard (et puis maintes familles sont dans des situations financières de plus en plus précaires, et lorsque les enfants volent de leurs propres ailes, la vie est plus légère).

Et justement, nos enfants, de 18, 19, 20 ans aspirent à cette autonomie. Comment concilier ce besoin et quelques années sabbatiques ? Boris Cyrulnik cite l’exemples de pays du Nord de l’Europe, qui organisent des voyages à l’étranger sabbatiques pour les jeunes. C’est une idée séduisante, en effet. En fait, il faudrait préciser de quoi on parle : monsieur Cyrulnik ne parle pas des jeunes qui campent chez papa-maman scotchés à la console en pensant niveau de jeu plutôt que lendemain. Il parle de jeunes qui ont besoin de temps pour mûrir leur projet, mais qui sont prêts à s’engager dans une aventure. Ce n’est pas la même chose du tout. En tant que parent, je pense que nous avons surtout peur que nos enfants n’avancent pas, ne s’engagent pas dans leur vie à eux. Nous avons peur de l’absence de rêve.

Dans la suite de l’article, Boris Cyrulink propose une réflexion sur «  le choix entre le plaisir de vivre et l’austérité d’apprendre« . Elle est intéressante : « Il faut être capable de moments d’austérité, de moments où l’on retarde le plaisir de façon à pouvoir acquérir des connaissances pas toujours très amusantes. L’équilibre à trouver est comme le flux et le reflux : c’est l’alternance entre les deux qui donne le plaisir et la solidité de vivre. » Il parle aussi de la notion de prise de risque, qui constitue un danger, tout comme l’absence de prise de risque : tout dépend du moment de la vie.

« Maintenant, excepté les enfants d’enseignants, les jeunes n’exercent plus le même métier que leur père« . Ah bin nous, on a dû rater quelque chose : s’il y a bien un métier qu’ils ne veulent pas faire, nos quatre loulous, c’est enseignant… Pourtant, nous, on aime ça !