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Nicolas Pinel fait la tête au carré

Nicolas Pinel, IEN au Havre et auteur de la MHM, la Méthode Heuristique des Mathématiques, était dans l’émission La Tête au Carré le 15 février dernier. Une occasion de découvrir la MHM par son auteur, pour ceux qui l’ignoraient, et de clarifier les choses pour ceux qui ont entendu parler de la MHM mais ne la connaissent pas vraiment.

Extraits :

« Les enseignants travaillent beaucoup pendant leurs vacances. »

« Il y a un vrai problème. (…) On a en France particulièrement un problème avec l’enseignement des mathématiques, avec des élèves qui en sont dégoûtés, qui rejettent. (…) C’est vraiment ça qui m’a motivé au départ. »

« Ce travail de création partait d’abord de l’idée, avant tout, de donner l’envie aux enfants de faire des mathématiques. Et derrière aussi aux enseignants. Les professeurs des écoles ne sont pas toujours à l’aise avec les mathématiques. »

« L’idée est de créer un concept en enseignant les mathématiques aussi de façon traditionnelle, car il faut aussi faire des exercices, des gammes, mais on peut aussi y trouver du plaisir, apprendre par le jeu. »

« le but, c’est de changer l’image. (…) Les mathématiques peuvent être passionnantes, et même avec des élèves très jeunes on peut faire des choses complexes en mathématiques, parce qu’on met du sens derrière. C’est vraiment là qu’il y a un travail à faire. »

« Heuristique, au départ, c’est pour le lien avec Eureka ! Le mot est resté car les enseignants avec lesquels j’ai travaillé c’est devenu un code, une sorte de logo ».

« L’idée était de synthétiser et mettre de la cohérence dans plein de choses qu’on faisait déjà avant, (…) avec une vision moderne, des réflexions des neurosciences, des temps de jeu, des temps d’apprentissage très traditionnels, des temps où les enfants parlent mathématiques, où ils vont faire des mathématiques dehors, des éléments de la méthode Freinet, des outils Montessori. »

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« Trouver le moyen, dans les activités en classe, de répondre aux besoins de chacun. (…) Une activité plus ouverte permet cela.« 

« La MHM permet un accompagnement du travail des enseignants. »

Et la conclusion de Nicolas :

« Si au lieu de chercher le sexe, la valorisation sociale, la nourriture, etc. c’était la connaissance qui devenait le fer de lance de notre travail, il y aurait beaucoup de choses qui iraient mieux, me semble-t-il. »

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Les représentations initiales du nombre décimal en sixième

Question, ce matin, à mes élèves : c’est quoi pour vous un nombre décimal ?

Voici leurs réponses (le son n’est pas bon, je dois trouver un autre moyen d’enregistrement) :

Avant d’en arriver là, nous avons étudié la construction des entiers, en début d’année, et nous avons bien exploré les fractions, décimales et non décimales. Après cet échange, je leur ai présenté Stevin et sa notation révolutionnaire. Il faut dire qu’il est fort, ce monsieur, quand même. Les élèves étaient très attentifs : ils adorent qu’on leur raconte des histoires, et celle de la virgule, ils ne la connaissaient pas du tout.

La prochaine fois, on enchaîne sur l’analyse de la construction du décimal, des activités sympas pour réfléchir et l’utilisation du glisse-nombre.

En attendant, leurs réponses sont tout à fait intéressantes et vont nous servir de fil rouge dans la séquence : à peu près tous les freins ont émergé, dont un que je n’attendais pas forcément : le sens du signe égal. Devant ce que j’écris au tableau pour illustrer ce que me dit un élève, « 2 = 2,00 », des élèves pensent que les deux nombres sont décimaux, d’autres que les deux nombres ne sont pas décimaux, d’autres encore que l’un est décimal et pas l’autre (malgré l’égalité, ce qui interroge sur le sens qu’ils lui donnent), et certains pensent que cela dépend de comment on regarde (2, il est entier mais il est pas tout à fait entier non plus).

On a aussi dans les propos des élèves « ajouter des zéros », la confusion dizaine-dixième, l’idée de transformer en fraction, et bien sûr la représentation « un décimal c’est un nombre à virgule ».

A moi de travailler tout cela pour faire bouger les représentations (et pas la virgule).

 

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« La pédagogie relève de l’art de la conduite humaine, donc de l’éthique. »

Christophe Marsollier, IG groupe établissement et vie scolaire, nous a présenté une intervention intitulée :

Enjeux relationnels et besoins psychologiques fondamentaux des élèves en classe.

Une intervention qui fait du bien : pour le coup, ma confiance de soi à moi en sort bien renforcée. Voici des notes que j’ai prises :

Comment faire vivre une relation pédagogique et éducative soutenante pour l’élève, tout au long de sa scolarité et en particulier lors de l’apprentissage des savoirs fondamentaux ?

Rester attentif aux besoins fondamentaux des élèves

Il y a une grande corrélation entre vulnérabilité et décrochage. L’exigence naît d’un sentiment de manque de quelque chose de fondamental. Il faut donc aller explorer les manques pour connaître les besoins fondamentaux. Ils sont liés à l’état de développement et à l’âge de l’individu. Les nomenclatures diffèrent selon les auteurs. Celle de Déci et Ryan, le besoin d’autonomie, de compétence et de relation à autrui, semble pertinente. Mais il y en a d’autres :

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Le besoin de justice est celui qui est le moins refoulé, le plus conscientisé. La psychologie des êtres humains permet de développer des mécanismes de protection qui amènent à refouler des sentiments qui le mettent en danger. Mais pas la notion de justice.

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Il est remarquable de constater qu’il suffit de parler deux ou trois fois dans l’année du sentiment d’injustice avec les élèves pour que soit effacé le sentiment d’injustice.

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Comment agir sur l’estime de soi (Christophe André) : la confiance en soi, l’image de soi et l’amour de soi sont en interaction. Le travail sur la gratitude pour tout ce qu’on a déjà, plutôt que de regarder ce qu’on n’a pas et cibler son attention sur ce qui met en danger, est très structurant et efficace, même s’il faut aussi savoir analyser ses échecs. L’estime de soi a un caractère central dans la psychologie humaine.

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Renforcer la résilience des élèves

En psychologie, la résilience consiste à la capacité de rebondir et la capacité à faire face à une situation difficile ou un traumatisme. Chez les élèves, la motivation, la gestion du stress, etc., jouent. Le vécu des élèves est source de variations de leurs besoins et d’affaiblissement de leur résilience : les situations de tensions familiales, affectives, économiques fragilisent le rapport aux autres, à l’école, au savoir. Par exemple un enfant qui a un parent alcoolique est fragilisé en particulier par la non prévisibilité du comportement du parent : ce sont les conséquences qui sont les plus importantes, plus que les causes.

Le manque de résilience et l’excès de vulnérabilité sont des points communs aux décrocheurs.

Our renforcer la résilience des jeunes, il faut combiner des exigences élevées, des objectifs réalistes et une véritable relation bienveillante (patience, présence, attention différenciée), connaître les élèves et leur environnement extrascolaire, les encourager à reconnaître leurs forces et leurs aptitudes personnelles, leur apprendre à interpréter les situations de manière différente et acquérir une flexibilité mentale, leur apprendre à discerner et à privilégier les émotions positives, et collaborer avec les élèves, en donnant des responsabilités enrichissantes.

La bienveillance, c’est chercher à garantir ce qui est bien pour l’autre, sans que ce bien coïncide nécessairement avec ce que l’autre considère comme tel pour sa propre vie. Mais la bienveillance est adossée à trois principes très forts : le respect inconditionnel de l’élève (ses droits, tout ce qui lui appartient, comme ses émotions, sa personnalité. C’est parce qu’il y a une asymétrie forte qu’il y a un besoin fort de ce respect), l’acceptation des limites actuelles de ses compétences (tout en étant confiant dans son potentiel), et la confiance manifestée, la considération positive (l’éducabilité, la dignité).

Il y a quatre réciprocités à construire pour une relation éducative bienveillante : la confiance, le respect, l’écoute, l’engagement. Ces quatre éléments sont à contractualiser.

L’empathie permet d’ajuster la bienveillance.

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Il faut opposer la bienveillance passive (on ne fait pas de mal mais on s’occupe pas de l’autre) de la bienveillance active (on a une présence à l’autre, c’est une bienveillance d’engagement. Elle demande beaucoup d’énergie, c’est une exigence très forte vis-à-vis de soi-même et un exercice extrêmement vertueux).

Faire preuve d’éthique

La pédagogie relève de l’art de la conduite humaine, donc de l’éthique.

Le sur-stress de l’adulte (dans les moments difficiles du métier) risque de faire passer du relationnel au réactionnel, qui amène à des dérives comportementales qui elles-mêmes vont constituer une épreuve émotionnelle de l’élève et le faire changer de comportement face à la discipline.

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Certains de nos élèves ont besoin de soins, tant ils sont dans la vulnérabilité. La bienveillance agit sur la structure même du cerveau. Les enseignants le savent, et aujourd’hui le mouvement qui s’épanouit pour la bienveillance vient de la base, vient d’eux-mêmes, de façon spontanée.

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Une marelle qui s’efface

En juin dernier, l’école de Ponthoile, village de 624 habitants dans la Somme était menacée de fermeture. Avec 28 élèves répartis en deux classes, l’école était considérée en sous-effectif, et ferait l’objet d’un rapprochement avec les écoles voisines. Malgré la mobilisation des parents et de Jean-Luc Mascaron, professeur des écoles et directeur, l’école a fermé.

Dans son combat pour maintenir l’école, le directeur, instituteur du village depuis 18 ans, a écrit au chanteur Gauvin Sers : « J’ai entendu ce qu’il faisait, je savais qu’il serait touché par notre histoire« , explique-t-il. De son côté, Gauvin Sers, qui a grandi à la campagne, voulait « depuis longtemps (…) écrire une chanson sur l’abandon du monde rural« . La lettre de monsieur Mascaron l’a bouleversé :

« Je voulais écrire sur ce sujet qui m’interpelle tant. La désertification de nos campagnes. Vous n’êtes peut-être pas sans savoir que j’ai grandi au milieu de nulle part. « La diagonale du vide » comme ils disent. Rien que le nom… Et pourtant, c’est un nulle part vachement beau hein, attention. Même Monet y a autrefois installé ses palettes et ses pinceaux !
Malgré la beauté du décor, à chaque fois que j’y pose mes valises, immanquablement, ça me saute aux yeux. C’est un constat. Pas juste du grain à moudre pour les émissions de télé. C’est la vraie vie. Y’a plus un médecin à la ronde. Les centres-villes sont déserts. Les guichets de gares ont les rideaux tirés. Et surtout, surtout, surtout, les écoles ferment les unes après les autres. Quoi de plus terrible qu’une école qui ferme ? Qu’un préau silencieux ? Qu’une marelle qui s’efface ?« 

Monsieur Mascaron a retrouvé un poste à quelques kilomètres de Ponthoile, pour retrouver ses élèves, surmonter le choc de la fermeture. C’est tout à fait emblématique de ce que peuvent vivre les « sous-fifre » aux « mains pleines de craie » : ils sont dans la réalité, avec les enfants, pour les faire grandir avec humanité.

C’est une jolie histoire, Mascaron-Sers. Dommage qu’elle finisse mal pour les enfants. Car les plus  plaindre, ce sont eux.

Et puis quand je lis dans le cours de géo de ma fille que les espaces de faible densité tels que la diagonale du vide sont « portés par le dynamisme des activités résidentielles », je suis perplexe. Au bas mot.

Sources : ici, et .

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La tête dans les étoiles, mais pas les pieds sur Terre ?

Hier, en rentrant d’une journée de travail bien remplie, j’écoutais l’émission de France Inter L’heure Bleue. Jean-Pierre Luminet, astrophysicien, conférencier, écrivain, spécialiste des trous noirs et de la cosmologie, a bien vite capté mon attention : son propos était accessible et clair, et le sujet passionnant. Quelqu’un doué ainsi de multiples talents ne peut que forcer mon respect. Jusqu’à ce passage :

Aaaaaah, mais enfin monsieur Luminet, qu’est-ce qui vous a pris de dire des bêtises pareilles (avec tout le respect que je vous dois, naturellement) ??? Pensez-vous sincèrement qu’à l’école les enseignants cherchent à formater les élèves, à « écouter béatement » notre parole ? Elle est bien bonne, celle-là. Nos élèves, nous leur apprenons avant tout à réfléchir par eux-mêmes, à se poser librement des questions et à trouver des ressources pour y répondre, et oui, nous leur enseignons aussi à douter, y compris de nous, de façon réfléchie, avec bienveillance.

Non mais là, vraiment, ça m’a tout énervé. Ce n’est pas bien, de répandre ces idées faciles et erronées.

Groupmf.

Monsieur Luminet, si ça vous dit, venez nous voir. Venez en classe. Vous nous parlerez de cosmologie, et sans l’ombre d’un doute vous passionnerez mes petits élèves. Mais vous verrez aussi ce qu’est école aujourd’hui.

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Le blog de Jean-Pierre Luminet, une pépite !
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Pour une géographie de Paris non euclidienne ?

Voilà, ça se confirme : Cédric Villani est candidat à la candidature à la mairie de Paris. Il parle aussi de la clarification-rétropédalage pour la commémoration de Pétain, du harcèlement scolaire (et l’idée des cours de bienveillance de madame Macron, qui semble ignorer que les enseignants s’en chargent dans leur ensemble, et  que les cours d’éducation civique servent aussi à cela), du prix des carburants.

La journaliste a tout de même été un peu grossière, je trouve : elle demande plusieurs fois à Cédric Villani : « Candidat à la Mairie de Paris, vous êtes sérieux ? » Pourquoi cette ironie à peine cachée ? A-t-elle posé la même question à Marcel Campion, Julien Bargeton ou Anne Hidalgo ?