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Inclusion et grand oral

Bon. Je vais tenter de rester calme.

Un élève de terminale qui est autiste, et ne peut pas s’exprimer à l’oral, peut bénéficier d’aménagements. Par exemple, cet élève peut bénéficier de temps supplémentaire pour tout écrire. Et un lecteur lit à sa place.

Jusque là, tout va à peu près bien. L’épreuve risque d’en être une au sens littéral du terme, évidemment, mais admettons.

Là où les choses se corsent, c’est pour l’évaluation : au travers du grand oral, ce n’est pas le fond de ce qui est présenté qui est principalement évalué. C’est la forme. Voici une grille indicative de l’académie d’Amiens :

Vous voyez le souci ? « Qualité orale de l’épreuve », « qualité de la prise de parole en continu », impossible à évaluer ici, sauf à évaluer les compétences du lecteur, qui d’ailleurs de son côté ne connaît a priori rien au sujet, ce qui ne va pas l’aider à être au top de sa prosodie. « Qualité des connaissances » et « qualité des interactions » reposent sur les échanges, leur dynamisme (enfin, dans « qualité des connaissances, l’écrit permettra d’évaluer des choses quand même). Là encore, les questions devront être posées à l’écrit et leur réponse fournie à l’écrit par le candidat. Du point de vue interaction, c’est en décalage avec la fameuse « norme ». « Qualité et construction de l’argumentation », ok, ça peut le faire au travers de l’écrit. En étant positive, je vois deux items sur 5 évaluables.

En plus, la présentation dure seulement 5 minutes, contre des échanges de 10 minutes… Ah et j’oubliais la délicieuse partie « causons orientation à bâtons rompus », qui en plus des mêmes problèmes que précédemment pose une nouvelle difficulté : le candidat, en raison de son handicap, ne peut pas se projeter dans l’avenir. Vu la situation, on le comprend d’ailleurs.

Voilà.

En plus, l’examinateur étant extérieur, il ne connaît pas le handicap du candidat. Il sera briefé, bien sûr. Mais par expérience, il est des examinateurs qui s’en contrefichent, demandent à un candidat dont on a annoncé qu’il ne peut pas interpréter l’implicite… d’interpréter l’implicite, direct comme ça paf, et qui lui mettent une bonne grosse gamelle.

Mais c’est comme ça, on ne peut pas faire autrement, vous comprenez.

Non ?

Moi non plus.

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Désir de maths : en panne ?

Aujourd’hui, le 13/14 abordait ce thème, avec Anne Cortella (enseignante-chercheure, maître de conférences, membre du bureau de la commission française pour l’enseignement des mathématiques) et Sébastien Planchenault (professeur et formateur de Mathématiques, rattaché à l’académie de Versailles, président de l’APMEP) :

https://www.franceinter.fr/emissions/le-13-14/le-13-14-du-vendredi-21-janvier-2022

Tout de suite, Bruno Duvic a montré quel est l’air du temps : alors qu’Anne Cortella affirmait que les mathématiques sont indispensables au citoyen, il a demandé :

Pardon, pourquoi les mathématiques sont indispensables à la formation du citoyen ? L’histoire on voit bien, l’éducation morale et civique on voit bien, les maths pourquoi, ça m’intéresse ?

Quand mon mari prof d’histoire-géo a entendu ça, ça l’a bien fait rire. On nous avance sans cesse l’argument de « pour construire l’avenir il faut connaître le passé ». Quand on voit comment nos politiques se conduisent, et qu’ils sont cultivés justement en histoire (prétendument), on peut douter. Anne Cortella a d’ailleurs mentionné que ce point de vue sur la nécessité de l’histoire scolaire est peut-être une idée préconçue. Puis elle a développé en quoi les mathématiques peuvent développer la capacité de raisonner (non exclusivement : toutes les disciplines y contribuent, les maths d’une façon toute particulière) qui permet aux personnes de comprendre le monde, de développer leur esprit critique.

La pénurie des profs de maths a été évoquée, avec des solutions comme augmenter le niveau global de la population en maths, améliorer les conditions de travail des enseignants.

Sur les mathématiques au lycée, Sébastien Planchenault a exposé la situation au lycée, et a affirmé la capacité de la communauté mathématique à être force de proposition pour construire pour l’avenir. L’enseignement scientifique a été questionné, car la réalité n’est pas du tout ce que le projet prévoyait. Les conséquences à moyen terme sur certaines formations, comme la préparation au concours de professeur des écoles aussi.

Toujours sur Fance Inter et toujours aujourd’hui, on avait déjà parlé maths :

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Vers la multiplication

Dans mon collège, nous avons cette année accueilli un élève, en sixième, qui ne sait pas lire. Appelons-le Sorenn. En arrivant, Sorenn ne connaissait pas son alphabet, ni le code qui permet de déchiffrer, même pas dans son principe. En mathématiques, il sait additionner, mentalement pour des nombres pas trop désagréables, et soustraire s’il peut le réaliser sur les doigts. Il ne connaît pas le sens de la multiplication.

Un mystère, c’est comment il a ou arriver en sixième dans ces conditions : pas de dossier de quoi que ce soit, pas de notif MDPH, un dossier scolaire vide de toue particularité alors qu’il a toujours été scolarisé. Juste des évaluations, calamiteuses, et des mentions de bonne volonté.

Je travaille avec Sorenn deux heures par semaines depuis le mois de novembre. Parfois, c’est difficile : il a une histoire de vie douloureuse et n’est pas toujours en mesure de s’assoir ou de réfléchir à des concepts. Je le comprends, mais je veux et je dois lui apprendre des choses. Alors je m’adapte : j’essaie de l’emmener le plus loin possible, et quand vraiment c’est contreproductif ou qu’il risque de souffrir, je contourne la difficulté. Nous jouons à la bataille navale pour travailler le repérage et la logique élémentaire, nous allons chercher des formes géométrique dans le collège, dans la cour, pour les nommer, les décrire, les dessiner à main lever puis de façon instrumentée en revenant en classe, nous mesurons la hauteur au-dessus de mon tableau pour déterminer si un affichage peut ou pas y rentrer, etc. C’est un défi permanent, mais je suis seule avec lui, ce qui me permet cette adaptation. C’est passionnant.

Pendant plusieurs semaines, Sorenn a appris avec moi à prononcer les lettres de l’alphabet. En capitales, en cursive. En script, c’est encore difficile mais on progresse. Sorenn arrive à lire des mots entiers, tant qu’il n’y a pas de ou, de eu, de in et leurs variantes. Il parvient à copier des phrases simples et courtes. Il sait à présent comparer des nombres entiers, jusqu’au million, même avec des zéros mal placés, et à résoudre des problèmes additifs. Il réalise des figures et verbalise de façon structurée le programme de construction. Il a progressé d’une façon fantastique, grâce à de supers outils sur lesquels je me suis reposée. Mais voilà, le script coince sévèrement et le stresse terriblement. Quand il commence à se lever et à tourner façon lion en cage, je sais qu’il y a péril. Je parviens parfois à le récupérer sur la même tâche, parfois pas.

Comme il fatigue de cet apprentissage de la lecture et de l’écriture, aujourd’hui j’avais piqué une ressource qu’utilise mon mari pour lui faire comprendre la multiplication : sur l’école de Crevette, il a trouvé ces fiches :

Ces fiches m’ont plu : il y en a plusieurs, et même un effectif assez important, ce qui permet de travailler le sens, d’expliquer les enjeux, et ensuite d’automatiser et de laisser en autonomie de façon graduelle. Ensuite, elles commencent par travailler la commutativité de la multiplication, ce qui est à mon sens absolument fondamental et pas du tout évident. Ce matin, en une heure, nous avons travaillé sur trois fiches de chaque exemple ci-dessus. J’avais bricolé des outils supplémentaires (des fiches pour représenter en faisant appel à la commutativité, de différentes façons), sorti du matériel, nous avons rangé, dérangé, organisé, organisé autrement.

Au final, Sorenn a compris des choses. J’ai l’impression qu’il a vraiment progressé sur le sens de la multiplication, mais cela reste à vérifier, évidemment. Nous avons aussi beaucoup travaillé les symboles d’opération, la façon de les exprimer (Sorenn disait au départ « plus » ou « fois » de façon indifférenciée devant + ou x), ainsi que le signe « = ». C’était passionnant, et épuisant. Je suis ressortie épuisée. Bon après j’ai récupéré, mais sur le coup, j’avais les neurones en cacahuète. En tout cas, il est passé d’une représentation imagée à la représentation symbolique, ce qui est un indicateur favorable.

J’ai hâte d’être à demain pour retrouver Sorenn.

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1,1.5

– La piscine elle mesure 1,1cm de long, sur la photo.

– Non, moi je trouve 1,2cm.

– Bah on va prendre la moitié, non ?

– Ah ouais. Mais c’est quoi la moitié ?

– Bah 1,1.5 !

– Ah ouais.

– Madaaaaaame, ma calculatrice elle est pas bien, elle a une virgule mais pas de point ! Je peux pas taper 1,1.5 !

Deux groupes, de classes différentes, ont eu cette idée. Va falloir bosser le décimal.

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La théorie (c’est beauuuuu) et la pratique (c’est désespérant)

Ce matin, je lisais Rabardel, tranquillement. Enfin tranquillement, non, parce que je ne comprends pas tout et que c’est difficile. Mais quand même, je m’y retrouve et cela me motive pour écrire mon mémoire de DE passeur (cela reste incertain car je ne vois pas où trouver le temps sans me ruiner la santé). Bref, je lisais des mots comme :

Corbett (1988) résume cinq caractéristiques principales de l’approche anthropocentrique :

– l’approche anthropocentrique s’appuie sur les compétences existantes des utilisateurs et cherche à les développer, alors que l’approche conventionnelle tend à les incorporer dans les machines et à contribuer ainsi à déqualifier les opérateurs;

– une technologie anthropocentrique cherche à augmenter les degrés de liberté laissés aux opérateurs pour définir leurs propres objectifs et activités de travail. Le contrôle s’exerce dans le sens homme technologie et non dans le sens inverse ;

– les technologies anthropocentriques cherchent à réduire la division du travail ;

– elles visent à faciliter la communication sociale (formelle et informelle) entre les opérateurs ;

– et d’une façon plus générale elles doivent viser le développement d’environnements de travail mieux compatibles avec la santé, la sécurité et l’efficacité du travail.

En plus, la perspective anthropocentrique n’oublie pas le groupe. Ni l’individu au sein du groupe. Après 84 pages lues d’une traite, je me dis chouette, je vais utiliser ces références dans mon mémoire, parce que ce que je veux faire, c’est de l’approche anthropocentrique, et surtout pas la position résiduelle : je considère et je veux considérer les collègues comme créateurs et non comme exécutants. Pas des sous-fifres, pas des fusibles, mais des inventeurs autonomes, de confiance. Cela me donne une possibilité d’écrire un mémoire à connotation politique (au sens large).

Et là, bim, mon ami Nourdin m’envoie ceci :

Et je lis, en mettant mon poulet au four :

L’application filtre, ainsi, parmi une liste de noms enregistrés par l’Éducation nationale, les personnes disponibles selon différents critères : temps de trajet jusqu’à l’école, horaires et durée du remplacement, niveau de la classe… Un SMS ou un mail est ensuite envoyé au professeur qui remplit un maximum de conditions.

EUber teach, voilà, comme dans cet article dramatiquement récent…

Pourquoi chercher des solutions de société, humanistes, à long terme, alors qu’on peut avoir la pensée courte et dépenser l’argent qui devrait aller aux élèves, à leur enseignement, pour la donner à des entreprise privées ?

Un réponse : chie-napse.

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Avant, il y avait la réthorique, pour bourrer le mou.

Maintenant, il y a plus simple : le recours au mensonge, éhonté, évident, grossier.

Vincent Parbelle m’a signalé ce tweet de Damien Pelé, tout à fait magnifique… Je vais montrer ça à mes élèves, pour la peine.

Question aux auteurs de ce diagramme, au Figaro, au choix :

  • Ne pensez-vous pas qu’une remise à niveau en mathématiques élémentaire s’impose ? Car 47<53, même en pourcentages, si, si. La barre bleue devrait être plus courte que la blanche, voyez-vous. En mesurant, on s’aperçoit qu’il ne s’agit même pas d’une inversion.
  • Si vous saviez ça, mais que vous avez voulu mentir, pourquoi ne pas pipeauter les résultats obtenus, directement ? Vous seriez malhonnêtes, mais cela ne se verrait pas.
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Bien vu !

Enseignons-nous dans de bonnes conditions ? Bin non. A peu près dans aucun domaine : ni pédagogiquement (aucun matériel fourni, aucune facilitation du ministère), ni sur le plan sanitaire (des masques distribués ? Noooon. Un capteur de CO2 ? Noooon. J’ouvre les portes et des fenêtres et je me caille, voilà). La vie sco se démène, les collègues font tout ce qu’ils peuvent en se serrant les coudes à distance réglementaire, les équipes de direction soutiennent mais fatiguent. Mais ce n’est pas grave : le principal, c’est de se taire, d’écouter notre ministre clamer que tout va bien, d’essayer de penser à autre chose qu’au mépris pour notre profession, notre mission et nos personnes. Que ces semaines soient partiellement ou totalement perdues du point de vue des apprentissages, ce n’est manifestement pas le problème de monsieur Blanquer. Que les conditions obscures, les protocoles variables et abscons, la communication institutionnelle désastreuse nuise aux plus fragiles et aux plus démunis, non plus. Le principal, c’est que nous gardions les enfants, même pas au chaud. Cela s’appelle une obsession électorale.

Un appel à la grève est lancé pour jeudi 13 janvier.

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Comment ça, ça fait une semaine ???

Wow, seulement ? J’ai l’impression d’en avoir trois dans les pattes… Il faut dire que trois classes en cas contact, ça change des choses. Faire cours et visio en même temps, c’est différent, et assez fatigant. En classe, nous veillons déjà à mobiliser tout le monde, à n’oublier personne ; là il faut en plus de l’attention aux présents « physiques » garder un oeil sur le tchat, écouter si l’ordi émet le « boubip ! » qui signale qu’un élève en distanciel lève la main, faire attention à ce que la caméra cadre bien les contenus de cours, qu’on ne perd pas la connexion… Il faut scanner à chaque fin d’heure toutes les productions et les écrits pour les déposer sur Pronote, de façon encore plus détaillée que d’habitude, et ça prend du temps et des neurones. Avant tout ceci, il a fallu modifier les programmations, car l’hybride ne permet pas les mêmes gestes pédagogiques que le présentiel. Et, horreur ultime, je suis vissée à mon bureau car c’est ma visualiseuse qui est projetée au tableau et partagée dans Ma classe à la maison. Alors ça, c’est franchement pénible : je suis une gigoteuse, contrainte à la sédentarité.

Mais globalement, les élèves ont bien joué le jeu. 3 n’ont pas participé dans une classe de 6e, 7 en 5e ; ce n’est pas parfait, mais peut-être sont-ils malades, n’ont pas accès à un ordi ou n’ont pas internet, et cela aurait pu être pire. J’ai préparé de quoi leur permettre de revenir sans stress. Au moins, je sais que je peux procéder ainsi.

Le weekend va être une occasion de prendre une respiration pour aborder la suite avec sérénité, ce qui m’a parfois manqué cette semaine… Déjà j’ai pris une saine décision : ne plus tenter de comprendre le protocole. Je m’occupe de la classe, du péda, du dida, et c’est tout. Ca m’évite de m’énerver, de ne rien comprendre et de devoir réactualiser mes informations toutes les demi-journées.

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Le blues des profs de maths ?

Un article du Monde d’aujourd’hui s’intitule ainsi, sans le point d’interrogation. Ecrit par Sylvie Lecherbonnier, il commence ainsi :

La discipline reine de l’ancien bac scientifique est descendue de son piédestal, au grand dam de ses professeurs.

Bon, cette première phrase m’intrigue et me tend un chouillat : je n’avais pas remarqué que nous étions à un moment de ma carrière sur un piédestal, en fait. Il y a 25 ans, je devais être trop occupée à enseigner en zone violence pour m’en apercevoir, alors que nous devions vivre un âge d’or… Et le « grand dam » des professeurs de mathématiques, ce n’est pas que les maths ne soient plus considérées comme une « discipline reine ». Car il n’y a pas de « discipline reine ». Nous, ce que nous souhaitons, c’est que ce soit une discipline enseignée. Et pas parce que nous voulons créer des postes, conquérir le monde ou asservir un pays entier par le pouvoir incroyable de l’algèbre, non : les mathématiques sont utiles pour comprendre le monde, elles participent à la capacité à raisonner et structurer ses raisonnements, inviter, modéliser, communiquer, j’en passe et des pas moindres.

C’est agaçant, d’ailleurs, de toujours nous entendre dire que nous agissons prioritairement pour obéir une logique de postes. Oui, nous perdons des heures, des postes, des classes, des poursuites d’études, en maths. Mais de toute façon, des matheux, il n’y en a pas assez, et des profs en général non plus. Mais nous, ce qui nous agresse, nous indigne, nous inquiète avant tout, c’est qu’on prive des jeunes de possibilités, de culture, d’un pan de liberté, de capacités accrues à l’autonomie de pensée et de vie. Comme le dit Sébastien Planchenault (président de l’APMEP) dans l’article, c’est le gouvernement qui. « obéit à une logique comptable », pas les défenseurs de l’enseignement des mathématiques pour toutes et tous. Ceux qui enterrent l’accès aux maths sont aussi ceux qui ne savent même pas qu’ils en manquent, de maths. Croyant être en haut de l’échelle, croyant dominer par le pouvoir, et se sachant sans ou avec peu de bagage mathématique, ils en concluent que personne n’en a besoin. C’est raccord, remarquez, comme erreur de raisonnement. Et cela montre la profondeur de leur inculture : ils ne savent même pas qu’ils ne savent pas. Et puis bon, on n’a sans doute pas la même échelle. Moi, pour être en haut de mon échelle, je n’ai besoin de dominer personne.

La suite de l’article, par les témoignages d’enseignants de lycée, montre comme en plus l’option maths experte, prévue pour faire plus de maths, en dégoûte bien trop d’élèves, et au final « renforce une vision élitiste de notre discipline » (c’est toujours Sébastien Planchenault). C’est vraiment misérable. Claire Lacaze, professeur en lycée, regrette les maths de première littéraire d’ « antan ». Comme je la comprends : pour avoir enseigné plus de 10 ans dans cette section, c’était vraiment chouette.

Une étude de l’Université d’Oxford publiée en juin 2021, a montré que les lycéens qui n’étudient pas les mathématiques ont une quantité inférieure de neurotransmetteur (comme l’acide y-aminobutyrique), en jeu dans la croissance des neurones). Leur matière grise est en retard dans les parties liées à la logique, la compréhension, la mémoire et l’apprentissage :

Nous montrons qu’au sein d’une même société, les adolescents qui manquent spécifiquement d’éducation mathématique présentent des niveaux d’inhibition cérébrale réduits dans une zone clé du cerveau impliquée dans le raisonnement et l’apprentissage cognitif. Fait important, ces niveaux d’inhibition cérébrale permettaient de prédire la réussite en mathématiques ∼19 mois plus tard, ce qui suggère qu’ils jouent un rôle dans la neuroplasticité. Notre étude fournit une compréhension biologique de l’impact du manque d’éducation mathématique sur le cerveau en développement et du jeu mutuel entre la biologie et l’éducation.

https://www.pnas.org/content/118/24/e2013155118

Cette étude montre qu’apprendre les maths, cela permet de savoir des maths, mais pas seulement.

Nous n’arrêtons et nous n’arrêterons pas de le dire. Nous ne sommes pas entendus, certes. Je ne suis pas sûre que cela nous donne « le blues ». Pour moi, c’est davantage de la colère : nous ne nous battons pas pour nous-mêmes, mais pour une société, pour des jeunes (et des moins jeunes, aussi, évidemment : on peut apprendre à tout âge !).

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Ouch

Dans mon collège, aujourd’hui mardi (le lendemain de lundi, donc, forcément ; autrement dit nous avons repris hier…), nous avons une centaine d’élèves absents. Mon collège compte dans les 470 élèves, je dirais.

Alors bon, en ce qui me concerne je n’ai pas de classes fermées. Mais pour les 5 à 7 absents par classe, je fais une petite visio de point dans la semaine quand c’est nécessaire, je mets de côté les documents pour leur retour, je remplis de façon détaillée l’ENT. Ca va encore. Mais quand je vais avoir des classes qui ferment à cause d’un cas de covid, dès le lendemain vont revenir certains élèves (les négatifs vaccinés qui ont bien voulu faire un test). Mais pas les autres. Il faudra donc :

  • Trouver des supports qui mettent en réelle activité mathématique,
  • Que ce que nous travaillons soit rattrapable en autonomie et sans aide des parents,
  • Accepter de faire des coupes dans les programmes, parce que forcément nous avancerons bien moins efficacement ; mais quoi, comment ?
  • Réussir à mettre tout le monde en activité alors que sans doute une partie des élèves sera fixe et l’autre partie pas fixe du tout.

Je préfère que les écoles, collèges et lycées restent ouverts, mais je voudrais exercer mon métier dans des conditions décentes. Il n’y a pas de solution idéale, je le sais. Cependant, là, on est quand même hyper loin de l’idéal. L’ « organisation » proposée par notre ministre, balancée une veille de rentrée dans un article de presse payante, sera peut-être efficace électoralement, mais elle ne profite pas à nos élèves. C’est comme cette idée de recruter à tout-va des remplaçants, qui indique clairement qu’on imagine qu’enseignant n’est pas un vrai métier mais une occupation qu’on peut faire sans préparation ni formation. C’est bien aussi, ça, tiens.

Source : Huffington Post

On a beau vivre le mépris au quotidien, on ne s’y habitue pas.