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L’ampleur de notre échec

J’ai vu aujourd’hui passer sur Twitter ces deux messages :

Le message de gauche concerne Guillaume Meurice, humoriste et chroniqueur à France Inter. Le message de droite concerne Laetitia Avia, avocate et députée pour La République en Marche.

Dans les deux cas, l’échec de l’école est flagrant et me sidère. Je ne peux pas m’empêcher de me demander si, parmi mes petits élèves, il y en a qui, un jour, écriront, diront, penseront de pareilles horreurs. Je n’arrive pas à réaliser que ce soit possible. Et pourtant, il faut bien que ces adultes aient été enfants.

Pourquoi l’école n’est-elle pas capable d’empêcher la haine ?

Je sais que ma question doit sembler naïve à beaucoup d’entre vous. Mais comme je l’ai déjà écrit de nombreuses fois, pour moi, être enseignant relève d’un projet de société, auquel je crois. Vraiment. Alors oui, je suis sans doute utopiste, j’ai le luxe de pouvoir me retrancher dans ma bulle de privilégiée, sans aucun doute aussi, lorsque la réalité est trop dure. Mais comment se contenter d’enseigner le théorème de Pythagore ou la fraction décimale, et ne pas réagir à cela ? Comment ne pas se révolter, et, surtout, quelles solutions trouver ?

En plus, l’échec de l’école au travers de ces messages est double :2015_soclecommun_infographie-2_757349.jpg

  • Sur le plan de la formation de la personne et du citoyen (domaine 3 du socle), c’est la catastrophe : la vie en société, la formation morale, la formation civique, le respect des choix personnels et des responsabilités individuelles… Rien de rien de rien.
  • Dans les domaines disciplinaires, c’est terrible aussi : comment peut-on écrire ainsi en étant passé par l’école ? Comment si peu de connaissances ont-elles pu être transmises par les SVT, l’histoire-géo-EMC ? Comment l’enseignement des maths a-t-il pu laisser si ignorant du point de vue de la logique ? Aucun savoir dans le domaine des sciences, aucun savoir dans les humanités.

Trouver des solutions passe forcément avant tout pas la compréhension de ce qui amène des êtres humains à considérer de cette façon d’autres êtres humains, et des raisons qui font qu’ils l’expriment. J’ai beau réfléchir, je ne trouve aucune raison rationnelle. La peur, peut-être.

Dans ce cas il faut que nous démontions cette peur, que nous dépliions le coeur froissé de ces individus, pour tout bien mettre en lumière.

Et après, on pourra causer.

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Pour que tous soient visibles, petits et grands

Un témoignage d’une maman a été relayé par Marie-Aleth Grard, vice-présidente d’ADT Quart-Monde,  et circule ces jours-ci sur les réseaux sociaux, entre autre.

Les mots de madame Grard sont clairs, justes et son discours équilibré. C’est bien que ses mots circulent, c’est indispensable, mais j’espère que ne l’entendent pas uniquement ceux qui sont déjà sensibilisés et actifs face à cette réalité. Sa description du conflit de loyauté que ressent l’enfant qui s’empêche de penser à l’école pour ne pas trahir les siens est si simplement juste qu’elle est d’autant plus terrible.

Pour ceux qui veulent creuser, il y a bien sûr le rapport de Jean-Paul Delahaye et toutes ses interventions, et le petit livre d’ADT Quart-Monde.

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En tout cas, n’oublions pas que nous avons tous un rôle à jouer. Comme je le répète souvent à mes étudiants, enseigner c’est choisir de défendre un certain projet de société. Ce projet ne peut pas, d’un point de vue éthique, exclure certains individus, et nous nous devons, nous, enseignants, de résister face aux situations d’injustice, d’agir au quotidien, et d’exercer une pression sur nos élus, ceux qui nous représentent, pour que cela change.

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Maths pour allophones

Aujourd’hui, mon mari et moi sommes allés voir Human Flow. Mon mari, qui est prof d’histoire, en fait une analyse ici. Moi qui suis moins en contact avec la réalité du monde que lui, en sécurité dans ma discipline et mon univers parfois déconnecté de la réalité, j’en ai pris plein la figure. Cette réalité est parfois si violente qu’elle me semble impossible à vraiment appréhender. C’est peut-être une réaction de protection, de la lâcheté ou de la naïveté de ma part, mais bref,  ce film ne m’a rien appris, mais m’a montré, donc secouée.

En revenant, nous discutions des enfants migrants à l’école. Les équipes sont souvent démunies face à ces enfants, car bien peu d’entre nous sommes formés en la matière. Comment faire quand un jeune arrive dans notre classe en cours d’année, sans parler français, parfois sans même parler anglais, souvent en ayant traversé bien plus d’épreuves en quelques mois ou quelques années que nous en vivrons en toute une vie. Comment l’aider à s’intégrer, comment lui apprendre des choses, comment contribuer à lui permettre de construire une identité nouvelle mais sans nier ce qu’il est, ce qu’il était ?

Sur Eduscol, on trouve différents outils :

  • Un livret d’accueil à destination des enfants et des parents pour donner une information claire et accessible qui présente le système éducatif français, les droits et devoirs des familles et des élèves, les principes et l’organisation de la scolarité à l’école, au collège et au lycée, ainsi que l’accompagnement spécifique qui sera mis en œuvre pour l’apprentissage du français langue de scolarisation. Ce livret existe actuellement en neuf langues, avec parfois une version audio. 

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  • Des repères sur l’inclusion des élèves allophones, avec des vidéos qui présentent un état des lieux et une réflexion sur la formation des enseignants. Olivier Hunault, IPR de maths, accompagné de deux enseignants, Cédric Sebisch et Julie Gachon, s’interrogent  sur le rôle des mathématiques comme discipline d’appui pour l’inclusion en classe ordinaire et pour l’apprentissage du français langue de scolarisation. La transposition, en maths, est assez simple et permet de mettre les élèves allophones en réussite assez vite, ce qui n’est pas forcément le cas dans toutes les disciplines. D’autre part, la maîtrise de la langue propre aux mathématiques permet d’inviter les élèves à une réflexion sur le sens des mots. Les deux enseignants expliquent aussi les aménagements pour la classe, pensés pour l’élève allophone, mais de façon inclusive. On peut aussi écouter les témoignages de quatre élèves.
  • Des documents d’appui (ici, ici et par exemple)

Le document « Dix idées reçues sur l’apprentissage de la langue française » m’a particulièrement plu, car il cherche à déconstruire des stéréotypes :

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Un bilan de l’évaluation nationale de sixième

Cette année, une évaluation a été proposée 160 000 élèves de collèges publics et privés, répartis dans toutes les académies. Ma classe de sixième aurait d’ailleurs dû la passer, mais des difficultés techniques ne l’ont pas permis : c’était une évaluation numérique et il n’a pas été possible d’établir une connexion…

Premiers constats très généraux :

  • Huit élèves de début de sixième sur dix ont acquis les attendus du socle en maîtrise de la langue et sept sur dix en mathématiques et sciences.
  • Les écarts entre académies sont importants et ne correspondent pas toujours à ce à quoi on pouvait s’attendre.

Le bilan est ici. En voici quelques éléments :

La compétence 1 est est « maîtrise de la langue » , et la compétence 3 est « principaux éléments de mathématiques et la culture scientifique et technologique ». 

Avec une proportion de maîtrise de 86,0 %, les filles dépassent de 8 points les garçons (78,4 %) dans l’acquisition des éléments nécessaires à la maîtrise de la langue. Cet écart n’apparaît pas dans le domaine des mathématiques et des sciences : environ 72 % des élèves de 6e maîtrisent cette compétence, quel que soit leur sexe.
Les élèves qui ont redoublé (« en retard ») ont un niveau d’acquisition très inférieur à leurs camarades « à l’heure ».
Les performances des élèves en établissements d’éducation prioritaire sont moindres. Les élèves accueillis dans les établissements publics appartenant à un REP+ (environ 5 % des élèves de 6e) ont des lacunes particulièrement importantes. Ce n’est pas nouveau, c’était prévisible, et des efforts considérables de l’institution sont déployés pour y remédier. Il est fondamental que nous, enseignants, contribuions tous à appuyer ces efforts. Nous ne pouvons pas tolérer que les enfants les moins favorisés socialement aient un tel taux de réussite sur les compétences 1 et 3. Ni pour eux, en tant qu’individus, que personnes, ni pour notre société.

Les élèves scolarisés en début de 6e dans le secteur privé ont une meilleure maîtrise des compétences évaluées que ceux du secteur public hors EP. Cet écart doit toutefois être relativisé, car le secteur privé accueille proportionnellement plus d’élèves très favorisés socialement que le secteur public.

A l’exception des académies d’Aix- Marseille et de Montpellier, c’est dans les académies du Nord de la France (Lille, Amiens et Rouen en particulier) et dans les DOM qu’on note les pourcentages les plus élevés de jeunes en difficulté de lecture ou en mathématiques. Un tableau est proposé dans le rapport, qui affiche les résultats bruts par académie, puis un résultat « corrigé » : l’effet de la situation sociale est quantifié, et je me demande bien comment. Je comprends la démarche, mais cela fait froid dans le dos, un peu, cette fonction « réussite scolaire » dont une variable est « le milieu social d’origine ». Cependant, la prise en compte du niveau social ne permet pas de réduire entièrement les différences entre académies (ouf) : à niveau social comparable, des différences de performance entre académies subsistent. C’est le cas par exemple de Besançon et Rouen : le niveau social moyen est similaire mais as les performances, avec un score moyen en compétence 1 de 244 à Rouen contre 253 à Besançon. Les écarts de performance entre académies ne résultent pas seulement du déterminisme social. Et mon académie a un problème.

On constate l’ampleur de ce problème sur le dernier diagramme :

On fait tout de même moins équitable que Rouen : il y a… Paris ! On fait aussi moins performant. D’autant que les DOM ne sont pas représentés sur le graphique pour des raisons … liées à la taille de la figure : la situation y est tellement grave pour la Guadeloupe, la Guyane et La Réunion, qu’ils ne rentrent pas, à cette échelle.

Il y a du boulot…