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Évaluer, noter

Un article du Monde, qui date initialement de 2016, est réapparu sur la version numérique du quotidien, relatant le contenu d’une étude du CNRS sur l’effet de la notation chiffrée. L’étude, supervisée par Pascal Huguet, directeur de recherche au CNRS, a porté sur trois disciplines : mathématiques, français et histoire-géographie. Dans les établissements concernés pas l’étude, un système « alternatif » a été mis en place : « l’évaluation par compétences », avec quatre niveaux de maîtrise. Comme au DNB donc. D’ailleurs l’article le dit dès 2016 : « Rien de révolutionnaire. Voilà près de dix ans que l’éducation nationale s’attelle à développer cette logique, sans trouver de véritable écho sur le terrain tant les résistances sont importantes ». Enfin, cela dépend des ministres tout de même.

Le bilan : sans surprise, les écarts se réduisent, de façon encore plus forte en mathématiques. Autre constat : les élèves les plus en réussite progressent aussi. Car l’évaluation des compétences permet à tous de retravailler les fragilités, d’identifier les points sur lesquels des progrès sont encore possibles.

Les chercheurs n’excluent pas non plus l’hypothèse que français et histoire-géographie se prêtent moins facilement à l’évaluation par compétences. Quoi qu’il en soit, « dans aucune des trois disciplines, il n’y a eu de baisse de niveau, et c’était, au départ, ce qu’on voulait vérifier »,précise Alain Diger.

On sait ce qui fonctionne mieux que notre système actuel. Mais on ne change pas. Heureusement des pilotes laissent la liberté aux enseignants qui en ont envie, d’évaluer comme ils le préfèrent. Maigre consolation, mais consolation tout de même.

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Les notes, contreproductives pour l’intérêt général

Dans l’Expresso du Café Péda du 28 novembre 2019, Pierre Merle parle de la notation. Justement, je suis en ce moment dans un cycle de formations concernant l’évaluation et, du coup incluse dedans, la notation. J’aime bien le propos de Pierre Merle, moi.

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Pour mémoire :

  • Personne ne corrige de la même façon, et cela se répercute de façon très très importante sur les notes, avec des écarts considérables pour une même production ;
  • La notation dépend d’une multitude de biais tous plus effrayants les uns que les autres pour tout enseignant. Elle n’est pas du tout équitable, ni égalitaire ;
  • « Si la fiabilité totale n’existe pas, certaines pratiques d’évaluation sont plus favorables aux apprentissages. Les classes sans note, fondées sur une évaluation par compétences, favorisent une plus grande progression des élèves, quel que soit leur niveau scolaire. Ce résultat est établi en mathématiques. Les enquêtes menées auprès des élèves montrent que, dans les classes sans note, ceux-ci sont moins stressés et, résultat essentiel, au lieu de se focaliser exclusivement sur leurs notes, s’intéressent davantage à leurs erreurs et aux commentaires des professeurs. Débarrassée des notes anxiogènes et décourageantes, une majorité d’élèves moyens et faibles retrouve le goût d’apprendre. » J’ajoute que cela permet aux élèves en réussite d’aller plus loin encore, sans limite.

D’ailleurs, pendant que j’y suis, on pourrait peut-être arrêter de prétendre que ne pas noter c’est servir la soupe (il n’y a aucun lien entre exigence et note. Il y a un lien avéré entre stress et note, et parfois même entre autoritarisme et note), et aussi que sans note les élèves ne travaillent pas (il est là, le lien entre autoritarisme et note). Ça, c’est faux.

On le sait, la recherche le prouve, mais on ne change rien, parce que… Parce que… Parce que quoi ? « Les gens » ne veulent pas ? On ne les prendrait pas pour des idiots, « les gens » ?

Quant à nous faire croire qu’on veut tenir compte de ce que veulent les gens, c’est vraiment malhonnête.
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Enseigner les bons comportements

Un article sur Gynger reprend des apports et un diaporama de Franck Ramus :

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Pour qui a déjà étudié ou écouté Franck Ramus, rien de nouveau, et pourtant, remettre le  nez dans ces contenus est toujours sain. Pour se remémorer la règle des 5 (commentaires positifs) pour 1 (commentaire négatif), pour relire que les punitions dégainées en réflexe sont improductives, voire contreproductives, pour se souvenir que les enfants et les adolescents ne raisonnent et ne réagissent pas comme des adultes, bref, pour réfléchir et réguler nos nerfs.

Aujourd’hui, en relisant sur les récompenses, je me suis aperçue que c’était tout à fait en lien avec mon système de maths et jeu de rôles.

Enseigner les bons comportements est une entreprise exigeante, sans doute plus consommatrice d’énergie intellectuelle. Mais chercher à « étouffer une rébellion », même individuelle, est à long terme bien plus fatigant, car cela ne fonctionne pas et ne permet pas de transmettre efficacement des apprentissages. Et puis ce n’est pas satisfaisant humainement, éthiquement, par rapport au métier.

 

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Exclure, verbe transitif : rejeter quelqu’un d’un groupe

Un article ici, de Julien Garric, de l’Université d’Aix Marseille, se penche sur la pratique de l’exclusion dans le second degré. C’est un article intéressant, très accessible et qui fait un état des lieux certes sans surprise, mais complet. C’est aussi un article nécessaire, qui peut nous servir de support, en formation, pour nous préparer aux arguments de nos collègues favorables ou coutumiers des exclusions, pour les faire réfléchir différemment. Car l’exclusion est une pratique en même temps banalisée et tue, au sens d’évoquée le moins possible, bien souvent. Et c’est un sujet délicat, qui exige ouverture d’esprit et bienveillance de la part du formateur.

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Car les enseignants d’excluant pas de gaité de coeur : ils excluent parce qu’ils n’ont pas d’autre moyen qui leur semble raisonnable et efficace, pour résoudre une situation difficile. L’idée n’est pas de les condamner, de les critiquer ou d’oublier de comprendre leur quotidien et la réalité des difficultés. L’idée est de les aider à trouver des solutions. Ces solutions sont-elles à l’échelle de la classe, de l’établissement, de l’Ecole ? Là est la question. Sans doute tout ça en même temps. En attendant, quand on exclut un élève, on le prive de savoir. Et ça, c’est quand même terrible à vivre quand on est enseignant.

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La conclusion est claire :

Le renouvellement de la réflexion sur la punition scolaire s’impose ainsi comme un enjeu central pour la construction d’une école visant la réussite de tous.

Il m’arrive d’avoir envie d’exclure un élève. Je l’ai déjà fait par le passé, d’ailleurs. Pourtant, j’exerce actuellement dans un collège « simple », bien plus tranquille que la plupart. Lorsque l’envie me démange, j’envisage la situation en terme de décrochage : si j’exclus, je me sens, moi, en décrochage. Alors je résiste.

Pour rappel, dans le B.O. :

L’exclusion ponctuelle d’un cours ne peut être prononcée que dans des cas exceptionnels. Elle s’accompagne nécessairement d’une prise en charge de l’élève dans le cadre d’un dispositif prévu à cet effet et connu de tous les enseignants et personnels d’éducation. Toute punition doit faire l’objet d’une information écrite du conseiller principal d’éducation et du chef d’établissement. (source)

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« La solidarité et la coopération font plus progresser les élèves que le « chacun pour soi » et la compétition. »

Sur l’observatoire des inégalités, Jean-Paul Delahaye a publié un article intitulé Unknown« Comment l’élitisme social est maquillé en élitisme républicain ». Il date de mars mais m’avait échappé.

Jean-Paul Delahaye rappelle que notre école fonctionne bien, voire très bien, pour trois quarts des élèves. Le scandale, c’est pour le quart restant, constitué d’élèves majoritairement issus de milieux populaires. Comme à son habitude, monsieur Delahaye écrit de façon directe :

Notre élitisme est tout sauf républicain, il est essentiellement un élitisme social qui ne veut pas dire son nom. Cette injustice sociale qui est à l’œuvre au sein de l’éducation nationale ne date pas d’aujourd’hui. Notre système éducatif n’a jamais vraiment été programmé pour faire réussir tous les élèves. L’échec scolaire massif des enfants des milieux populaires n’est pas un accident, il est inhérent au système éducatif français qui a été conçu pour trier et pour sélectionner les meilleurs, ce qu’il fait très bien.

Il explique ensuite que « ce n’est pas l’école qui creuse les inégalités : elle ne parvient pas à les réduire, ce qui n’est pas la même chose. » Sans l’école, les inégalités seraient pire encore.

En France, qui prétend être le pays du « vivre ensemble », on ne scolarise pas ensemble. La partie de la population dont les enfants réussissent si bien dans une école qui procède par élimination, et qui sont surreprésentés dans les classes préparatoires aux grandes écoles, – s’est réservé de fait la voie générale. Elle valorise, dans les discours, l’apprentissage et l’enseignement professionnel, mais n’en fait pas une voie de réussite pour ses propres enfants : elle y oriente les enfants des milieux populaires, ce qui a l’avantage de protéger ses enfants du contact des enfants des autres.

Voilà une remarque bien réelle : combien de collègues, de connaissances et de parents m’ont demandé si je ne craignais pas pour l’avenir de notre garçon qui vient de décrocher son bac pro ? Pourquoi l’envoyer en lycée pro alors qu’il pouvait aller en lycée général ? La réponse était bien simple : parce que c’est ce dont il a envie, sans doute ce qui lui conviendra (en effet, c’est avéré), en résumé parce que c’est en passant par là qu’il sera le plus heureux.

Apporter des solutions nécessite davantage de partage et de fraternité et oblige à dépasser certains intérêts particuliers pour privilégier l’intérêt général, ce qui est loin d’être la tendance actuelle. Ceux dont les enfants réussissent bien aujourd’hui dans l’école telle qu’elle est n’ont pas besoin et donc pas intérêt à ce que l’école se réforme pour la réussite des autres, ce qui prive le système éducatif de mesures qui lui permettraient de mieux lutter contre les inégalités et d’œuvrer pour l’intérêt général.

La réflexion sur les REP est très intéressante aussi :

À effectifs d’élèves identiques, un collège en éducation prioritaire, malgré les quelques postes supplémentaires dont il bénéficie, peut avoir une masse salariale inférieure à celle d’un collège de centre-ville. La dépense pour l’accompagnement éducatif (aide aux devoirs notamment) en éducation prioritaire a été chiffrée par la Cour des comptes à 32 millions d’euros pour 1,7 million d’élèves pour 2016. Cela représente une dépense moyenne de 18,80 euros par élève ! Une évaluation réalisée en 2012 indiquait que l’on dépensait 70 millions pour l’accompagnement les élèves de classes préparatoires, sous la forme d’heures d’interrogation (dites heures de colle) pour préparer les concours. Soit 45 fois plus par élève. Qui sont les assistés dans notre pays ?

Jean-Paul Delahaye illustre son propos par des exemples clairs et qui, selon l’état d’esprit initial, atterrent ou déclenchent la fureur.

Un extrait qui fait du bien, pour finir,

La question pédagogique est déterminante. C’est sans doute pour cela que la pédagogie est autant combattue et caricaturée par ceux qui ne veulent rien changer. La haine de la pédagogie manifestée par certains est en réalité une façon de s’opposer farouchement à un élargissement de la base sociale de la réussite. Bien sûr, il n’existe pas qu’une seule approche pédagogique pour faire réussir tous les élèves, il existe même des approches pédagogiques néfastes qui en rabattent sur les exigences et qui enferment les élèves dans leur position d’origine. Mais l’on sait que la solidarité et la coopération font plus progresser les élèves que le « chacun pour soi » et la compétition.

Il faut le lire, en entier.

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Préavis de travail et bons mots à la Cour

Ce matin, j’ai découvert, médusée, la vidéo de l’intervention de Claude Malhuret. Elle est ici.

« Les lycées, ZAD, zone à délirer », « les élèves sont forcés d’enseigner la morale à certains de leurs professeurs », « est-ce qu’ils ne pourraient pas un jour déposer un préavis de travail ? », « les révolutionnaires à statut protégé »… Monsieur Malhuret a le sens de la formule. Dommage qu’il n’ait pas aussi le sens des responsabilités.

Personnellement, j’ai été profondément blessée par les propos de ce sénateur. Mon premier réflexe a été de chercher sa présence au Sénat, à l’Assemblée. Et puis je me suis raisonnée : son rôle de sénateur ne se limite sans doute pas aux murs du Sénat. Moi aussi, j’aurais pu ironiser sur ceci ou cela. Mais comme la parole est publique (bon, la mienne est publique de niche, je le sais 🙂 ), elle mérite qu’on la soigne, qu’on exerce une attention particulière à ce qu’elle contient. Paradoxalement, c’est certainement ce que pense monsieur Malhuret : il doit être bien fier de son discours, dont on parle dans les médias. Pourtant, c’est confondre parole politique et bon mot. Cela m’évoque surtout la cour de Louis XIV ou Louis XV.

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Claude Malhuret est manifestement une personne complexe. Même sans partager ses convictions, force est de constater qu’il a accompli de bien belles choses au cours de sa carrière, a apparemment su faire des choix et s’y tenir. Pourquoi aujourd’hui cette saillie qui ressemble à un défouloir ? Lui qui s’est consacré à l’humanitaire, on aurait pu attendre un peu plus de délicatesse : pourquoi abîme-t-il l’image de notre métier, et la nôtre, personnelle, de la sorte ? Il parle du « manque de respect envers leurs collègues dont ils abîment l’image », de la part des « escamoteurs de copies », mais c’est bien ce qu’il fait, là, devant ses gens que nous avons élus, devant nos représentants : il nous traîne dans la boue, en faisant comme si cela concernait une infime fraction d’entre nous. Mais ce que tout un chacun entendra derrière ses mots, c’est une charge contre notre métier tout entier. Claude Malhuret règle-t-il ses comptes avec les enseignants ?

Il aurait pu proposer de discuter avec les collègues qui ont retenu des copies. Ce serait une idée certes désuète, mais productive. Ça s’appelle le dialogue. Le même dialogue qui permet que nous enseignions, en classe. Enseigner par l’autoritarisme ne fonctionne pas, et nous, nous l’avons compris. Dans la sphère publique, cela fait si longtemps que le contact a été rompu que les crises deviennent toutes plus violentes. Tout le monde crie, personne ne s’écoute, personne ne s’entend. La situation, de ce point de vue, semble bien bloquée. Moi qui suis de nature optimiste, je ne vois aucun espoir d’amélioration, aucun signe d’embellie. Monsieur Malhuret aurait pu exprimer son point de vue central (il faut punir les collègues qui ont retenu les copies) d’une façon différente, sans céder à la facilité de l’ironie. Je pourrais citer Bertet, mais comme il a aussi écrit que dans un couple, il y a pire que le mensonge, c’est la franchise, je vais m’abstenir. Que monsieur Malhuret réclame des sanctions contre tels ou tels, c’est son droit et il y aurait matière à débattre, mais je ne crois pas que cela ait été son objectif par cette intervention. Je pense qu’il a voulu les projecteurs, qu’il a sorti toutes ses belles plumes, accessoirement qu’il s’est défoulé contre notre profession tout entière, mais son message supposé me paraît relégué encore plus loin.

Hé bien moi, cela me peine. Voilà. Ça peut paraître nouille, mais l’intervention de Claude Malhuret m’a affectée. Je fais mon métier avec tout mon coeur, toute ma conviction, toute mon énergie, et nous sommes des milliers dans ce cas. Les collègues qui ont retenu les copies ne l’ont forcément pas fait par gaieté de coeur. On peut, encore une fois, débattre du moyen choisi. Mais pour en arriver à des extrêmes pareils, il faut être motivé par son métier, par le projet qu’il porte. Personne, dans l’Éducation nationale, ne ferait porter la pression sur les élèves et les familles sans le mesurer. Et l’opinion publique, dont une trop grande partie aime à déblatérer sur les enseignants (nous vivons tous le « sauf vous, madame XXX, vous on sait que vous faites bien votre métier. Mais les autres… »), va être relancée dans sa haine ordinaire. Alors que nous sommes là pour avancer ensemble, travailler ensemble à enseigner et à éduquer nos enfants, les citoyens de demain. C’est lamentable. Et je ne parle pas de l’attractivité du métier. Qui ira encore s’étonner de la désaffection des jeunes pour les métiers de l’enseignement, quand on travaille autant pour un salaire… disons modéré et tout gelé, et qu’on s’en prend plein la poire ?

Je croyais que les hommes politiques étaient là pour rassembler. Je croyais qu’ils devaient être exemplaires, eux aussi. Ou plutôt, je voudrais. J’aurais voulu, disons.

C’est compliqué de faire comme si quand des démonstrations aussi éclatantes de ce qu’est la réalité nous pètent à la figure.