A l'attaque !·Chez les cadres·Décrochage·Dur dur·Je suis fan·Lire·Tous ensemble !

« La solidarité et la coopération font plus progresser les élèves que le « chacun pour soi » et la compétition. »

Sur l’observatoire des inégalités, Jean-Paul Delahaye a publié un article intitulé Unknown« Comment l’élitisme social est maquillé en élitisme républicain ». Il date de mars mais m’avait échappé.

Jean-Paul Delahaye rappelle que notre école fonctionne bien, voire très bien, pour trois quarts des élèves. Le scandale, c’est pour le quart restant, constitué d’élèves majoritairement issus de milieux populaires. Comme à son habitude, monsieur Delahaye écrit de façon directe :

Notre élitisme est tout sauf républicain, il est essentiellement un élitisme social qui ne veut pas dire son nom. Cette injustice sociale qui est à l’œuvre au sein de l’éducation nationale ne date pas d’aujourd’hui. Notre système éducatif n’a jamais vraiment été programmé pour faire réussir tous les élèves. L’échec scolaire massif des enfants des milieux populaires n’est pas un accident, il est inhérent au système éducatif français qui a été conçu pour trier et pour sélectionner les meilleurs, ce qu’il fait très bien.

Il explique ensuite que « ce n’est pas l’école qui creuse les inégalités : elle ne parvient pas à les réduire, ce qui n’est pas la même chose. » Sans l’école, les inégalités seraient pire encore.

En France, qui prétend être le pays du « vivre ensemble », on ne scolarise pas ensemble. La partie de la population dont les enfants réussissent si bien dans une école qui procède par élimination, et qui sont surreprésentés dans les classes préparatoires aux grandes écoles, – s’est réservé de fait la voie générale. Elle valorise, dans les discours, l’apprentissage et l’enseignement professionnel, mais n’en fait pas une voie de réussite pour ses propres enfants : elle y oriente les enfants des milieux populaires, ce qui a l’avantage de protéger ses enfants du contact des enfants des autres.

Voilà une remarque bien réelle : combien de collègues, de connaissances et de parents m’ont demandé si je ne craignais pas pour l’avenir de notre garçon qui vient de décrocher son bac pro ? Pourquoi l’envoyer en lycée pro alors qu’il pouvait aller en lycée général ? La réponse était bien simple : parce que c’est ce dont il a envie, sans doute ce qui lui conviendra (en effet, c’est avéré), en résumé parce que c’est en passant par là qu’il sera le plus heureux.

Apporter des solutions nécessite davantage de partage et de fraternité et oblige à dépasser certains intérêts particuliers pour privilégier l’intérêt général, ce qui est loin d’être la tendance actuelle. Ceux dont les enfants réussissent bien aujourd’hui dans l’école telle qu’elle est n’ont pas besoin et donc pas intérêt à ce que l’école se réforme pour la réussite des autres, ce qui prive le système éducatif de mesures qui lui permettraient de mieux lutter contre les inégalités et d’œuvrer pour l’intérêt général.

La réflexion sur les REP est très intéressante aussi :

À effectifs d’élèves identiques, un collège en éducation prioritaire, malgré les quelques postes supplémentaires dont il bénéficie, peut avoir une masse salariale inférieure à celle d’un collège de centre-ville. La dépense pour l’accompagnement éducatif (aide aux devoirs notamment) en éducation prioritaire a été chiffrée par la Cour des comptes à 32 millions d’euros pour 1,7 million d’élèves pour 2016. Cela représente une dépense moyenne de 18,80 euros par élève ! Une évaluation réalisée en 2012 indiquait que l’on dépensait 70 millions pour l’accompagnement les élèves de classes préparatoires, sous la forme d’heures d’interrogation (dites heures de colle) pour préparer les concours. Soit 45 fois plus par élève. Qui sont les assistés dans notre pays ?

Jean-Paul Delahaye illustre son propos par des exemples clairs et qui, selon l’état d’esprit initial, atterrent ou déclenchent la fureur.

Un extrait qui fait du bien, pour finir,

La question pédagogique est déterminante. C’est sans doute pour cela que la pédagogie est autant combattue et caricaturée par ceux qui ne veulent rien changer. La haine de la pédagogie manifestée par certains est en réalité une façon de s’opposer farouchement à un élargissement de la base sociale de la réussite. Bien sûr, il n’existe pas qu’une seule approche pédagogique pour faire réussir tous les élèves, il existe même des approches pédagogiques néfastes qui en rabattent sur les exigences et qui enferment les élèves dans leur position d’origine. Mais l’on sait que la solidarité et la coopération font plus progresser les élèves que le « chacun pour soi » et la compétition.

Il faut le lire, en entier.

Actualité·Chez les cadres·Coup de fatigue·Décrochage·Dur dur·L'éducnat·Message·scandale·Tous ensemble !

Préavis de travail et bons mots à la Cour

Ce matin, j’ai découvert, médusée, la vidéo de l’intervention de Claude Malhuret. Elle est ici.

« Les lycées, ZAD, zone à délirer », « les élèves sont forcés d’enseigner la morale à certains de leurs professeurs », « est-ce qu’ils ne pourraient pas un jour déposer un préavis de travail ? », « les révolutionnaires à statut protégé »… Monsieur Malhuret a le sens de la formule. Dommage qu’il n’ait pas aussi le sens des responsabilités.

Personnellement, j’ai été profondément blessée par les propos de ce sénateur. Mon premier réflexe a été de chercher sa présence au Sénat, à l’Assemblée. Et puis je me suis raisonnée : son rôle de sénateur ne se limite sans doute pas aux murs du Sénat. Moi aussi, j’aurais pu ironiser sur ceci ou cela. Mais comme la parole est publique (bon, la mienne est publique de niche, je le sais 🙂 ), elle mérite qu’on la soigne, qu’on exerce une attention particulière à ce qu’elle contient. Paradoxalement, c’est certainement ce que pense monsieur Malhuret : il doit être bien fier de son discours, dont on parle dans les médias. Pourtant, c’est confondre parole politique et bon mot. Cela m’évoque surtout la cour de Louis XIV ou Louis XV.

Capture d’écran 2019-07-10 à 09.10.43.png

Claude Malhuret est manifestement une personne complexe. Même sans partager ses convictions, force est de constater qu’il a accompli de bien belles choses au cours de sa carrière, a apparemment su faire des choix et s’y tenir. Pourquoi aujourd’hui cette saillie qui ressemble à un défouloir ? Lui qui s’est consacré à l’humanitaire, on aurait pu attendre un peu plus de délicatesse : pourquoi abîme-t-il l’image de notre métier, et la nôtre, personnelle, de la sorte ? Il parle du « manque de respect envers leurs collègues dont ils abîment l’image », de la part des « escamoteurs de copies », mais c’est bien ce qu’il fait, là, devant ses gens que nous avons élus, devant nos représentants : il nous traîne dans la boue, en faisant comme si cela concernait une infime fraction d’entre nous. Mais ce que tout un chacun entendra derrière ses mots, c’est une charge contre notre métier tout entier. Claude Malhuret règle-t-il ses comptes avec les enseignants ?

Il aurait pu proposer de discuter avec les collègues qui ont retenu des copies. Ce serait une idée certes désuète, mais productive. Ça s’appelle le dialogue. Le même dialogue qui permet que nous enseignions, en classe. Enseigner par l’autoritarisme ne fonctionne pas, et nous, nous l’avons compris. Dans la sphère publique, cela fait si longtemps que le contact a été rompu que les crises deviennent toutes plus violentes. Tout le monde crie, personne ne s’écoute, personne ne s’entend. La situation, de ce point de vue, semble bien bloquée. Moi qui suis de nature optimiste, je ne vois aucun espoir d’amélioration, aucun signe d’embellie. Monsieur Malhuret aurait pu exprimer son point de vue central (il faut punir les collègues qui ont retenu les copies) d’une façon différente, sans céder à la facilité de l’ironie. Je pourrais citer Bertet, mais comme il a aussi écrit que dans un couple, il y a pire que le mensonge, c’est la franchise, je vais m’abstenir. Que monsieur Malhuret réclame des sanctions contre tels ou tels, c’est son droit et il y aurait matière à débattre, mais je ne crois pas que cela ait été son objectif par cette intervention. Je pense qu’il a voulu les projecteurs, qu’il a sorti toutes ses belles plumes, accessoirement qu’il s’est défoulé contre notre profession tout entière, mais son message supposé me paraît relégué encore plus loin.

Hé bien moi, cela me peine. Voilà. Ça peut paraître nouille, mais l’intervention de Claude Malhuret m’a affectée. Je fais mon métier avec tout mon coeur, toute ma conviction, toute mon énergie, et nous sommes des milliers dans ce cas. Les collègues qui ont retenu les copies ne l’ont forcément pas fait par gaieté de coeur. On peut, encore une fois, débattre du moyen choisi. Mais pour en arriver à des extrêmes pareils, il faut être motivé par son métier, par le projet qu’il porte. Personne, dans l’Éducation nationale, ne ferait porter la pression sur les élèves et les familles sans le mesurer. Et l’opinion publique, dont une trop grande partie aime à déblatérer sur les enseignants (nous vivons tous le « sauf vous, madame XXX, vous on sait que vous faites bien votre métier. Mais les autres… »), va être relancée dans sa haine ordinaire. Alors que nous sommes là pour avancer ensemble, travailler ensemble à enseigner et à éduquer nos enfants, les citoyens de demain. C’est lamentable. Et je ne parle pas de l’attractivité du métier. Qui ira encore s’étonner de la désaffection des jeunes pour les métiers de l’enseignement, quand on travaille autant pour un salaire… disons modéré et tout gelé, et qu’on s’en prend plein la poire ?

Je croyais que les hommes politiques étaient là pour rassembler. Je croyais qu’ils devaient être exemplaires, eux aussi. Ou plutôt, je voudrais. J’aurais voulu, disons.

C’est compliqué de faire comme si quand des démonstrations aussi éclatantes de ce qu’est la réalité nous pètent à la figure.

Chez les collègues·Chez moi·Coup de fatigue·Décrochage·Dur dur·Patatipatata

Décrochage professionnel

Sur Slate, Thomas Messias, professeur de mathématiques, a écrit sa fatigue et ce qui l’amène à baisser les bras sur une partie de sa fonction. Son article est clair et juste, et j’espère qu’il amènera nos cadres à s’interroger : notre métier est en danger. Que des collègues investis et tournés vers la réussite des élèves se découragent n’est pas plus acceptable que le décrochage de nos élèves.

Thomas Messias est prof de maths, mais aussi journaliste freelance. En 2015, il a publié un essai, Le Nouveau Cinéma argentin, aux éditions Playlist Society. Je ne le connaissais pas, mais je le lirai dorénavant, d’autant que j’ai vu beaucoup de titres « féministes » que je suis curieuse d’explorer.

Il décrit son découragement à endosser le rôle de professeur principal.

Tenter de leur offrir un suivi plus personnalisé, essayer d’influer positivement sur la dynamique de la classe, travailler ensemble sur leurs droits et devoirs, tout cela me semblait important et potentiellement passionnant.

Je savais que ce statut de prof principal ne serait pas de tout repos. Il allait falloir suivre les résultats des élèves, rester aux aguets face aux éventuelles baisses de moral ou de motivation, prendre des rendez-vous (une fois, deux fois, dix fois) avec certains parents pour parler discipline, orientation ou bien-être en milieu scolaire.

Plusieurs fois, Thomas Messias a envie de ne plus se proposer comme professeur principal. Mais il est tenace :

Si je ne l’ai pas fait, c’est parce que j’ai aussi réalisé ce qu’un travail de prof principal correctement mené pouvait apporter aux élèves: du cadrage, de la confiance, le sentiment de venir au lycée pour de bonnes raisons et pas juste parce que la scolarité est obligatoire.

Pour Thomas Messias, l’arrivée de Jean-Michel Blanquer change beaucoup de choses :

  • A force de nous faire vivre réforme sur réforme, ajustement sur ajustement, les enseignants se perdent :

Les informations nous sont parvenues au compte-gouttes, et que je n’ai jamais autant répondu «je ne sais pas» que cette année.

  • Thomas Messias fait partie des (nombreux) enseignants qui sont dubitatifs (le mot est faible) devant la réforme du lycée, quant aux plus-values pour les élèves.
  • Il regrette aussi les conséquences du déploiement de la réforme, en établissement : « guéguerres internes », « pressions », « lobbying », j’imagine bien l’ambiance. Pour avoir entendu beaucoup de collègues en discuter, ce sentiments est largement partagé sur le territoire.

Alors Thomas Messias renonce, et culpabilise. Alors il rationalise, pour rendre tout ça acceptable :

J’ai déjà passé plus de temps que nécessaire à écoper et qu’il est vraiment temps que je pense un tout petit peu à ma santé physique et mentale. L’an prochain, je serai juste un prof de maths, et puis c’est marre.

Je dois dire que je comprends son sentiment. Parfois moi aussi, je me demande si je ne vais pas raccrocher telle ou telle composante de mon activité professionnelle. Trop souvent il faut tellement se battre, pour que des dispositifs efficaces ne disparaissent pas dans une pure logique comptable, pour être payés du travail fait (dans quelle entreprise attend-on plus d’un an des remboursements ?), pour constituer des dossiers administratifs totalement ubuesques, pour être pris en compte en tant qu’individu, que personne, et pas uniquement comme outil de travail. Nous donnons tant de nous, et parfois il y a si peu d’humanité dans cette gigantesque machine. Tant que nous restons dans un niveau où de vraies relations humaines existent, tout va bien. Mais il y a un autre niveau, un niveau digne de films futuristes déprimants. Et ce niveau-là donne envie de le fuir.

zb5aFldTPWcvAR70vXWTQWkuDnQ.jpg

A l'attaque !·Apprendre·Chez les collègues·Décrochage·Dur dur·Tous ensemble !

Les élèves présentéistes

Aujourd’hui, en formation, j’ai appris un mot que j’ignorais : le présentéisme. Cela s’appliquait à des élèves : un collègue évoquait son problème avec les « élèves présentéistes ».

Un élève présentéiste est un élève présent physiquement en classe, alors que son état physique ou psychique, ou sa motivation, ne lui permettent pas d’être actif au sens pédagogique. L’élève présentéiste, si j’ai bien tout compris, n’est pas un  élève qui glandouille occasionnellement. Ce n’est pas non plus « juste » un élève qui ne fait pas ses devoirs. Un présentéiste, c’est un élève qui ne s’engage pas, au sens jamais. Un élève qui occupe un siège mais n’apprend pas, car il n’entre pas dans la tâche.

Sur le coup, le fait qu’on étiquette ce modèle d’un mot spécifique m’a fait sourire. Je me suis dit qu’on avait trouvé encore une nouvelle manière de jargonner. Mais en y réfléchissant, même si « présentéiste » est un néologisme vraiment pas beau à mes oreilles, il a deux mérites : être neutre (cela évite l’ironie ou le mépris immédiats, par exemple) et pointer un réel problème doublé d’un scandale. Le problème est la souffrance de l’enfant concerné. Un enfant sans flamme, sans énergie, sans mouvement, c’est dramatique et intolérable. Et le scandale, justement, c’est qu’il soit possible de vivre sa scolarité en en restant extérieur, parce qu’un présentéiste non agité n’est pas dérangeant.  Notez bien que je reprends cette remarque à mon compte : sous la mitraillette des questions et des sollicitations des élèves actifs, avec en prime quelques jeunes qu’il faut canaliser et d’autres qu’il faut relancer ou soutenir, je sais que parfois je vole d’élève en élève mais que j’en abandonne un autre, endormi intellectuellement. Par manque de disponibilité, par manque de la bonne idée pour le faire s’éveiller, par faiblesse sans doute. Pourtant je le sais, j’en suis tout à fait persuadée, nos élèves ne sont pas là pour le principe, mais pour apprendre et de ce fait mieux grandir, bien grandir. En même temps, agir efficacement en temps réel pour tous n’est pas humainement possible. Mais alors il faut veiller à s’occuper d’eux en aval, si ce n’est ni en amont ni sur le coup.  En tout cas le propos du collègue qui en parlait était bien celui -ci : il ne pouvait pas se contenter d’élèves « présentéistes ».

Et puis cette idée de présentéisme est intéressante aussi en lien avec ce qu’est l’activité de l’élève. Être actif, ce n’est pas accomplir une tâche sans réfléchir. Copier ce qui est écrit au tableau sur son cahier, tracer un tableau, coller une feuille, ce n’est pas de l’activité. C’est de l’occupationnel. Pour autant, il y a évidemment des moments d’occupationnel en classe, parce que cette feuille, il va bien falloir la coller. Mais c’est un moyen, pas un but.

martine-prc3a9sentc3a9iste.jpg

A l'attaque !·Allez les jeunes !·Décrochage·Formation·Question de grand

Un journal des apprentissages

Je réutilise cette année le principe du journal des apprentissages pour deux élèves. Pour un c’est lancé, pour l’autre je commence demain.

Pour ces deux élèves, je me suis fixé des objectifs différents : pour l’un, il s’agit de travailler sa concentration en classe, pour l’autre de se trouver des repères en tant que collégien.

J’utilise de jolis petits cahiers, parce que c’est important, le support. C’est moi qui les donne aux élèves concernés, la première fois, lors d’un entretien individuel qui permet de rendre ça un peu solennel et de fixer les objectifs de façon explicite et claire.

Le principe est que je propose à l’élève concerné des incitations, et l’élève me répond à l’écrit. C’est une sorte de correspondance entre nous. Le contenu est « privé », dans le sens où je ne le montre à personne d’autre. l’élève fait ce qu’il veut : il le fait lire ou pas autour de lui. Il peut aussi m’écrire ou me représenter ce qui lui semble important, ou poser des questions.

Chaque soir, élève le dépose à la loge, et je le récupère. Chaque matin, je le dépose à la loge après avoir répondu et proposé de nouvelles incitations, et l’élève le reprend en arrivant. Comme le dit Caroline Scheppers, « il s’agit résolument d’une écriture à quatre mains ».

Ici, un autre article sur mes cahiers l’année dernière. Les effets avaient été vraiment positifs sur deux élèves, mais le troisième avait lâché assez vite.

Quelques apports sur le journal des apprentissages :

Capture d’écran 2019-05-01 à 11.18.59Sans titre

« Dans cette perspective, le langage ne concrétise pas seulement la pensée, en l’occurrence la pensée sur les apprentissages scolaires, mais il la fait advenir tout entière. Le diariste écrit dès lors à propos de ses apprentissages pour conceptualiser, définir, expliquer, lister, s’interroger, interpeler, discuter, faire le point, comparer, verbaliser son processus d’acquisition des compétences… Par ailleurs, nous (les enseignantes, les futurs instituteurs et moi-même) tâchons d’inscrire le projet dans la zone proximale de développement de chaque élève. »

  • Écrire le journal de ses apprentissages. In J.-C. Chabanne et D. Bucheton (éds.), Parler et écrire pour penser, apprendre et se construire. L’oral et l’écrit réflexifs (pp.129-149). Paris : PUF, de Jacques Crinon :

« Le dispositif est donc simple, austère même. Ses effets n’en sont pas moins notables, lorsque les enseignants qui l’adoptent ont la patience de l’inscrire dans un temps long. Pendant plusieurs jours, plusieurs semaines parfois, les textes obtenus déçoivent. Des listes d’activités, des emplois du temps presque. Besoin de structurer le temps scolaire en égrenant les tâches et en les catégorisant au sein de disciplines scolaires. Repérer ce qui attache ensemble des activités, des savoirs, des discours dans des logiques de disciplines ne va pas de soi.C’est sans doute un des enjeux de ces premiers écrits apparemment bien modestes, enjeu plus visible dans les discussions du matin auxquelles donnent lieu les écrits. »

A l'attaque !·Allez les jeunes !·Apprendre·Chez les chercheurs·Décrochage·Dur dur

Stress et neurones

Ici, un article aborde les effets néfastes du stress sur les apprentissages. Le thème n’est Unknowncertes pas nouveau : Catherine Gueguen, citée dans ledit article, en parle depuis longtemps, et fort bien. On sait déjà que le stress induit une perte de confiance (« L’enfant sous stress perd totalement confiance et vit les autres (et le monde) comme une menace constante. Cet état de perpétuelle méfiance l’amènera soit à fuir, soit à attaquer, soit à être dans un état de prostration.« ), qu’il a des répercussions sur l’humeur, par exemple. mais cet article met aussi en exergue des conséquences directement physiologiques du stress :

  • « Le stress agit directement sur les neurones et diminue la substance blanche (principalement composé des axones myélinisés et des neurones qui relient les différentes aires de la substance grise) et la substance grise (où se situent les corps cellulaires des neurones)« . Allez donc lire en détail, je vous assure que c’est impressionnant.
  • « Le stress a des effets néfastes sur l’attention, la concentration et la mémorisation. » C’est l’hippocampe qui est concerné.
  • « Le stress entraîne une destruction de neurones dans le cortex pré frontal, structure fondamentale de l’être humain pensant, responsable et éthique.« 
  • « La sécrétion prolongée de cortisol peut aussi modifier le métabolisme et l’immunité de l’organisme« , avec un cortège de conséquences potentiellement graves.

Il faut donc être vigilant, et ne pas relativiser à outrance le stress des jeunes (et des vieux). Pour autant, il ne s’agit pas non plus de basculer dans des excès inverses. Mais en tant qu’enseignants, nous devons observer et réfléchir en permanence pour réguler au mieux le stress que nous pouvons transmettre, créer ou ne pas empêcher chez nos élèves : « Une relation proche, chaleureuse, étroite avec l’enseignant permet à l’élève de déstresser et de mettre son énergie dans le travail scolaire, dans les relations avec ses pairs et son enseignant » écrit Catherine Gueguen.

Capture d’écran 2019-04-24 à 18.52.30

Chez les chercheurs·Chez les collègues·Décrochage·Dur dur·Enseignement·L'éducnat·Lire·Quel beau métier·Tous ensemble !

La crise de la cinquantaine de l’enseignant

Un article du Café pédagogique propose un titre qui m’a interpellée : « Comment les profs tiennent… »

Pour ma part, je me suis d’abord demandée ce que signifiait « tiennent » dans le titre. La question centrale, étudiée par Sabine Coste (Formatrice à l’Espe de Lyon et membre du laboratoire Education Culture Politique) est en fait : « comment les enseignants quinquagénaires font-ils pour tenir ? »

Heuuu ok, voilà une question qui est presque d’actualité pour moi… Même si je ne me sens pas vraiment concernée, jusqu’ici. Encore que… Cela fait deux années de suite, peut-être plus, que je frôle le burn out et que ma famille m’arrête à temps. Même si j’attribue cela plutôt aux formidables opportunités qui me sont offertes et à mon inaptitude totale à accepter de passer à côté d’une occasion potentiellement épanouissante, peut-être cet article me permettrait-il de réfléchir différemment ?

Le propos central est le suivant : « Les questions du bien être au travail et celle de l’usure s’imposent avec le vieillissement du corps enseignant. Du fait de l’élargissement des tâches demandées aux enseignants leur professionnalité est mise à mal. » Parmi les causes d’épuisements les plus fréquemment identifiées chez les enseignants quinqua, on trouve :

  • « L’organisation du travail : on demande de plus en plus aux professeurs de travailler en équipe mais la plupart du temps les emplois du temps ne permettent pas de se rencontrer. » Il faut donc consacrer davantage de temps de présence et de temps de travail personnel pour satisfaire ces exigences.
  • « La porosité entre vie professionnelle et vie personnelle. (…) Les enseignants pensent 2308171en permanence à leur travail qui envahit leur vie privée. » Apparemment, les quinquagénaires sont plus atteints que les autres, ce qui est étrange, je trouve. Jeune, je pensais tout le temps à mon travail, à mes élèves, à leurs problèmes, aux miens, aux nôtres. Je me laissais souvent envahir, de façon très désagréable. C’est n’est plus le cas, sans doute parce que je sais mieux maitriser ma pensée, mais aussi parce que j’ai acquis des gestes professionnels qui me permettent de me mettre moins en « faute » ou en insuffisance. L’expérience me permet de moins m’en vouloir, parce que j’ai l’impression de mieux faire les choses. Manifestement je suis moins modeste, en revanche. Il y a aussi qu’en dix ans j’ai organisé ma vie très différemment, et que j’assume de vivre mon métier en continu, comme avec ce blog. Un jour, je passerai sans doute à un rythme très différent. Et comme pour tout, lorsque je fermerai cette porte-là, ce sera définitif, mais réfléchi.
  • « Ce qui pèse le plus sur les enseignants c’est l’absence de reconnaissance de leur travail« . Je comprends bien cela. J’ai de la chance, je reçois des signes de reconnaissance que j’identifie et qui me satisfont tout à fait. Mais c’est un véritable luxe, je le sais.
  • Dans l’alourdissement des taches (reconnu par l’inspection), un exemple est donné, assez emblématique : l’accueil des élèves à besoins particuliers, dans des conditions de formations (…) et d’aide très insuffisantes (c’est frustrant et culpabilisant), est cité. C’est vrai que parfois on se demande comment faire pour être là pour tous et pour chacun en même temps. Justement parce que nous sommes bien convaincus du bien-fondé de l’école inclusive.

Madame Coste décrit très bien notre métier aujourd’hui : « Les enseignants qui durent sont ceux qui trouvent des satisfactions dans le travail, par exemple quand ils conçoivent des situations pédagogiques et quand ils constatent qu’avec elles les élèves progressent. Les enseignants éprouvent de la satisfaction quand ils voient briller les yeux de leurs élèves. Le métier d’enseignant n’est plus un travail uniquement de transmission. C’est devenu un travail de conception de dispositif pédagogique, d’accompagnement et d’évaluation. » En effet, ce que veulent les enseignants, c’est faire réussir leurs élèves, c’est trouver un sens à leur métier, c’est souvent même contribuer à changer la société. Et aujourd’hui, l’enseignement est un métier créatif. Reste à partager davantage cette idée, pour que tous les cadres permettent à tous les enseignants de vivre cette créativité. Tout est dans la confiance… Mais pour entendre beaucoup de témoignages d’enseignants de tous degrés, dans les faits, ce n’est pas toujours le cas, loin de là. Notez que je n’entends pas par là l’absence de contrôle : évidemment, notre travail, notre efficacité doivent être évalués et les formations adaptées et discutées en conséquence. Mais il n’y a aucune raison valable que cela se passe mal, comme d’ailleurs dans la relation humaine et d’apprentissage ente prof et élève.

« Ceux qui ne s’usent pas sont aussi ceux qui mettent en adéquation leur engagement professionnel avec les valeurs pour lesquelles ils sont entrés dans l’enseignement. Quand les enseignants retrouvent ces valeurs dans le métier ça leur permet de tenir.(…) Les enseignants âgés de plus de 50 ans viennent souvent d’un milieu modeste et ils ont vécu leur métier comme une ascension sociale. Ils veulent rendre à l’institution ce qu’elle leur a donné comme ils le rendent aux élèves.« 

Au final, je comprends pourquoi ça va, pour moi : je me sens reconnue et j’y crois toujours, à fond, même. En lien avec la reconnaissance, toutes les nouvelles missions et tâches qu’on me confient rendent mon quotidien pétillant, complexe et déstabilisant juste ce qu’il faut. J’adore ça. En revanche, je vieillis, en effet, et je le sens : rester active physiquement huit heures (voire plus) dans une journée me fatigue, et parfois je me surprends à avoir envie de m’assoir. Mais ça, c’est la vie !

Il est beau, cet article. Mais je n’aime décidément pas le mot « tenir », que je trouve de parti pris.

Capture d’écran 2019-04-21 à 21.05.19.png
Rapport à lire ici, plutôt avec la pêche, parce que ce n’est pas positif…