Actualité·Allez les jeunes !·Chez les élèves·Chez moi·Dur dur·Mots de maths

Degrés et radiateur

Cette semaine, je dis à mes élèves, enthousiaste, en mode tadaaaaaa :

Aujourd’hui, c’est un jour important : je vais vous apprendre à utiliser un … radiateur ! Allez, chacun prend le sien !

Stupeur générale. Les gamins me regardent interdits, mais n’osent rien dire. Moi, mon cerveau entend que j’ai dit « rapporteur », évidemment. Alors je les regarde à mon tour, déçue du flop de mon effet. Habituellement ils sont très contents d’apprendre à utiliser le rapporteur. Histoire de m’enfoncer, j’ajoute :

Vous vous souvenez, hier, nous avons utilisé une nouvelle unité de mesure : les degrés ! 

Oh là là, misère. Ca tombe mal, quand même, avec les ° et les °C…

Un élève, soudain, a le regard qui s’éclaire et s’exclame :

Rapporteur, madame !

Oui, bin quoi rapporteur ? Tu as oublié le tien ?

Non non ! 

Et il enchaîne en s’adressant aux autres :

Rapporteur, les autres, on sort le rapporteur !

Et comme un seul homme, les élèves brandissent leur rapporteur, manifestement soulagés.

Je n’ai rien compris sur le coup. C’est à la fin de l’heure que l’élève qui m’a comprise, lui, est venu m’expliquer.

Je crois que je suis fatiguée.

Capture d’écran 2018-12-14 à 14.29.11.png

A l'attaque !·Actualité·Chez moi·Mes projets·Patatipatata

To be continued

J’ai des articles en projet :

sur l’intervention de monsieur Torossian dans notre académie,

sur la course aux nombres en quatrième,

sur la super journée tangente d’hier aux Arts et Métiers,

sur les problèmes en cycles 2,

sur les angles,

sur la venue de ma collègue chercheuse en classe,

sur les mathématiques et l’actualité,

sur le conseil coopératif dans ma classe de sixième,

sur ma rencontre avec Stella Baruk,

Hé bien non, vous ne lirez rien de tout cela aujourd’hui, et sans doute pas non plus demain : je suis parfaitement débordée (mais tout va bien, je gère tranquillement).

je-suis-deborde.jpg

A l'attaque !·Actualité·Chez moi·Mes projets

Programme de la journée

– Préparer les contenus et une planification d’une formation de trois jours sur l’enseignement des compétences, commande d’un chef d’établissement

– Dénicher des jeux pour faire faire des problèmes en cycle 2, commande d’un IEN

– Préparer un conseil d’élèves pour la classe de sixième dont je suis PP. Je n’ai jamais fait ça ; si quelqu’un a des outils à me conseiller et des conseils à me donner, je prends

– Fêter les 20 ans de notre grande…

News_03_ok.jpg

 

Allez les jeunes !·BRAVO!!!·Chez les élèves·Chez moi·Culture mathématique·Je suis fan·Maths et arts·Maths pour tous

Mon Shivathématiques, comme il est beau !!!

Un de nos enfants est cette année en bac pro métallerie, et c’est un artiste : il dessine, joue de la musique, fabrique des masques, conçoit des installations… Et maintenant, manipule le métal pour le plier à son imagination. Rien ne l’arrête, et il parvient à réaliser ce que son esprit conçoit, presque toujours sans plan. En ce moment il est en stage, et il réalise des tas d’oeuvres. Tous les jours il en ramène : il a fait la série des sept péchés capitaux, il a réalisé un magnifique dragon, des personnages tous plus expressifs les uns que les autres.

Et aujourd’hui, il est revenu avec le Shivathématiques, pour moi. Je lui avais demandé s’il voulait bien me réaliser une sculpture métallique qui puisse représenter les maths pour mettre dans ma classe… Son stage s’achevant bientôt, je pensais que cela ne le branchait pas, ce que je comprenais d’ailleurs : l’inspiration ne se commande pas. Et là, paf, il revient avec ça :

Capture d_écran 2018-11-21 à 18.30.26

Alors si vous êtes pressés, passez votre chemin, parce que je vais prendre mon temps et un grand plaisir à vous décrire le Shivathématiques.

Le voici de dos :

Capture d_écran 2018-11-21 à 18.30.16

Il illustre différents domaines des maths :

Capture d_écran 2018-11-21 à 18.29.16
les probabilités
Capture d_écran 2018-11-21 à 18.33.02
la géométrie, mais aussi grandeurs et mesures
Capture d_écran 2018-11-21 à 18.33.11
la gestion de données (je suis fan du diagramme en barres)
Capture d_écran 2018-11-21 à 18.29.56
et le calcul, bien sûr.

Mais il a des détails-trouvailles partout : un bras en chiffres romains, un autre avec les symboles d’opérations, un en règle graduée et un avec des symboles comme pi ou la racine carrée.

J’ai hâte de lui trouver une place dans ma classe et de pouvoir expliquer tout ça à mes élèves…

Il est trop fort, non, notre artiste ?

A l'attaque !·Allez les jeunes !·Au collège·ça m'énerve·Chez les élèves·Chez moi·En classe·Je suis fan·Maths pour tous·Tous ensemble !

Bagarre, fatigue et énergie

Depuis le début de l’année, c’est compliqué avec mes quatrièmes. Une bonne partie est intéressée, bosse, mais est pipelette. Une autre partie, très minoritaire mais constituée de plusieurs élèves, semble être arrivée découragée ou trop préoccupée par des soucis que ne devraient pas avoir des enfants pour pouvoir travailler.

Et le lundi je les ai trois heures en classe entière, dont les deux dernières heures de la journée.

Aïe.

Pour couronner le tout, je ne suis pas très autoritaire. Évidemment je me fâche quand il faut, et cela ne me pose aucune difficulté, mais je ne veux pas mener ma classe à la baguette. Je veux les mener par l’intérêt. Je veux que d’eux-mêmes ils aient envie de travailler, je veux voir briller dans leurs yeux le plaisir de la découverte, l’envie de comprendre, et je veux aussi lire de la confiance. Tant qu’à faire, j’aimerais qu’elle soit réciproque. Je ne veux pas dresser. Je veux rester dans cet esprit. Et quand je n’y arrive pas, cela m’obsède et prend beaucoup de place. Parce que je qui  aussi très têtue. Aussi têtue qu’idéaliste.

Hé bien avec cette classe, cela me demande un boulot de fou. Une énergie incroyable. Jusqu’ici , j’ai eu quelques heures dont je suis sortie vraiment contente, mais pour le (gros) reste, je me disais : nous avons fait ce que je voulais, aux évaluations les acquis sont globalement solides, ils apprennent, mais plusieurs n’ont pas l’air heureux d’être là, quelques-uns refusent de travailler, et trop papotent.

Pffff. Durs, les lundis. Je sortais lessivée.

Alors j’ai tricoté, comme toujours : un lent travail de bagarre, des rappels perpétuels, des encouragements, des remises en place, des familles rencontrées, avec les élèves. Dialoguer, encore dialoguer, comprendre, ne pas excuser mais montrer qu’on a compris, et poser mes objectifs, ce sur quoi je ne peux pas transiger : tu es là pour apprendre et moi, je suis là pour t’enseigner.

Comme je le disais à une jeune collègue, ce sont des choses qui évoluent doucement, presque imperceptiblement, et puis un jour, paf, on s’aperçoit qu’on a déjà parcouru un chemin significatif. Je lui ai bien expliqué, mais pourtant j’ai à nouveau vécu cette surprise moi-même, et c’était aujourd’hui.

Aujourd’hui, j’ai vu mes élèves bosser deux heures comme jamais ils ne l’avaient fait. Ils m’ont réclamé plus d’exercices, encore des exercices, « parce qu’on est en train de comprendre madame ». Alors tant pis, la séquence d’après aura un peu de retard.

Aujourd’hui, je les ai vu enchaîner sur le concours Algorea, et travailler comme des chefs, tous. Ils se sont entraidés, ils ont bossé de façon autonome et dans un climat qui m’allait parfaitement bien.

Aujourd’hui, j’ai renoué avec deux élèves avec qui le dialogue était difficile. Nous avons pu en plaisanter, rebâtir, rétablir un lien avec le sourire.

Aujourd’hui, j’ai vu des élèves sous un jour que je n’avais pas encore eu le loisir d’observer. Parce qu’ils y ont mis du leur, parce que j’avais décidé de me décrisper (ce qui m’a demandé un effort conscient pas évident du tout).

Aujourd’hui , j’ai vu deux élèves qui étaient inactifs se mettre en mouvement, accepter le risque de se tromper, de ne pas comprendre, réussir et être portés par cette nouvelle énergie.

Aujourd’hui, j’ai pu recadrer un élève qui partait en cacahuète, parce que nous avions parlé de son projet et que j’ai pu l’attraper par là, par son avenir.

Alors je sais que ce n’est pas gagné. Je sais que je vais être déçue, parfois, mais je sens que c’est à portée de main, nous allons y arriver, à travailler ensemble, avec plaisir, et faire ce bout de chemin comme il faut.

Et tout ça après 23 ans de métier… Alors les jeunes, pas de panique… Vous avez du temps devant vous avant de vous ennuyer. 😉

creeking.jpg

Chez les chercheurs·Chez les collègues·Chez moi·Enseignement·Formation·Quel beau métier·Tous ensemble !

Mille et une façon d’être prof

Guillaume Caron m’a permis de lire ce document, ce matin :

Capture d_écran 2018-11-10 à 09.34.41Capture d_écran 2018-11-10 à 09.34.49Capture d_écran 2018-11-10 à 09.35.06

Cette lecture m’a beaucoup intéressée, et beaucoup interrogée aussi. Les paroles de l’enseignante suivie, F., sont un excellent support de réflexion par leur franchise et leur clarté. Mais je trouve le titre mal choisi, même s’il s’achève par un point d’interrogation : le problème décrit n’est pas, à mon sens, celui de deux métiers différents, enseignant en lycée ou enseignant en collège, mais celui du public enseigné. Cette enseignante est passée d’un lycée dans lequel le climat scolaire semblait la satisfaire à un établissement en éducation prioritaire, dans lequel F. se heurte à des difficultés de discipline. Selon moi il y a là une confusion qui va dans le sens d’idées préconçues que j’ai souvent rencontrées, chez les enseignants et chez les stagiaires : on enseigne des « vraies maths » en lycée, et en collège, hé bien c’est moins sérieux ou moins consistant.

Or, je ne suis pas du tout d’accord.

Mon parcours professionnel m’a amenée à enseigner dans des établissements très divers pendant mes années de TZR. Ensuite, j’ai enseigné plus de dix ans dans un lycée ECLAIR, puis en collège, hors éducation prioritaire.

Alors oui, la façon d’assurer un climat de classe propice au travail est très différente avec des enfants plus jeunes. Mais au collège aussi, on fait de vraies maths. Lorsque je suis arrivée au collège, j’ai été ravie de démontrer davantage, par exemple, d’expliquer pourquoi on pose une division de cette façon, etc. Et sans la pression de ce fichu bac, on est libre. L’enseignante suivie dans l’enquête regrettait de ne pas voir la lumière dans les yeux de ses élèves au collège, alors qu’elle la voyait au lycée. Pour ma part, allumer la lumière dans mes classes d’élèves de seconde captifs en lycée général après avoir été refusés en LP, ou dans mes classes de STMG dans lesquels une grande part des élèves trimballait avec eux une souffrance de dix ans face aux mathématiques, c’était un sacré défi. Il fallait du temps, et il fallait de l’affectif, bien qu’ils soient plus âgés. Dans mon expérience personnelle, ce n’était pas les mathématiques qui m’apportaient l’autorité, ça c’est certain ! Elles constituaient plutôt un obstacle.

F. dit : « Ces gamins-là, ils sont, comment dire, tellement préoccupés, il y a tellement de choses dans leur entourage qu’il n’y a pas tellement de place pour les maths. Un gamin qui est disponible parce qu’il n’a pas trop de problème par ailleurs, ça fait un élève à qui tu peux enseigner des maths quel que soit le niveau. Là, avec ces gamins il y a tellement de trucs lourds, et moi ça me saute tellement au visage, que les maths sont dérisoires, sont complètement dérisoires ». C’est très bien dit, et cela décrit ce que je ressentais en lycée. Elle dit aussi : « Je me dis qu’au lycée, ils vont comprendre que le but c’est le cheminement pour arriver au résultat, donc le résultat n’a pas grande valeur, alors qu’au collège ce qu’ils veulent savoir, c’est si c’est juste ou faux, c’est tout. » Là encore, cette phrase est permutable entre nous si l’on remplace lycée par collège.

Pour autant, j’ai un excellent souvenir de mes élèves en lycée, dont j’ai régulièrement des nouvelles. Une différence fondamentale entre F. et moi, c’est que lorsque j’ai été en difficulté dans mon lycée ECLAIR, je trouvais toujours le soutien actif des collègues. Lorsque je rencontre d’anciens élèves aujourd’hui, lorsqu’ils m’écrivent, le lien affectif est évident et il est resté tangible. Cela ne me dérange absolument pas, car c’est ma façon de travailler et d’être, ma façon de vivre mon rapport au monde et aux autres. Mais toujours aussi ces anciens me parlent de maths, de déclic ou de découverte. J’ai énormément appris ces années-là, comme en collège en éducation prioritaire, comme en école, en animant des séances de la petite section au CM2, comme à l’université ou en entreprise, où je suis aussi intervenue. Je ne ressens pas ces différents postes comme des métiers différents. Sans doute ces différences sont-elles liées à ce que chacun d’entre nous cherche personnellement dans son métier. Pour moi, les mathématiques ne sont pas prioritaires ; j’envisage mon métier plus comme prof que comme « de mathématiques ». C’est le langage et le chemin de l’apprentissage avant la discipline, qui m’intéressent.

Évidemment, aucun choix, aucun ressenti n’est meilleur qu’un autre. Je fais juste ce que je peux, avec ce que j’ai. Mais en fait nous sommes tous tellement différents et tellement libres de vivre nos différences professionnellement (ce qui est un luxe incroyable, ne l’oublions pas) qu’il me semble que trop de paramètres entrent en jeu pour conclure quoi que ce soit.

En tout cas  je vous conseille la lecture de ce texte, car le témoignage de l’enseignante est vraiment enrichissant. Elle a affronté ses difficultés avec courage, s’est remise en question et a réussi à y remédier. C’est un bel exemple l’honnêteté intellectuelle et de sens des responsabilités.