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Avec des ciseaux ET des crayons de couleur

Il y a quelques semaines, j’avais proposé à mes élèves de sixième un petit exercice :

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J’ai récupéré 60 travaux, pour 53 élèves : deux élèves ont réalisé aussi le travail sous géogébra, et un papa, une maman, une grande soeur et deux grands frères ont eu envie aussi de me rendre leur production. Dans ces quatre familles, il n’y avait pas consensus. J’aime bien l’idée que ces quatre personnes se soient autorisées à me transmettre leur « travail », d’ailleurs.

Bon alors ce n’est pas extra en terme de réussite. voici ce que cela donne :

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La majorité des élèves n’a pas compris la consigne, et m’a rendu la figure découpée mais blanche, ou bien la figure coloriée, mais dedans, sans idée de superposition de couleurs. Pour 5 productions, la consigne a été comprise mais le résultat n’est pas correct. 25 élèves ont réussi, ce qui est beaucoup, je trouve, vu la complexité de la consigne, que j’avais peu travaillée en classe.

Parmi les élèves qui ont réussi, il y a une sous-catégorisation à faire :

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Quatre élèves se sont autorisés à « faire autrement ». C’est peu. Je ne sais pas si c’est parce qu’ils pensaient ne pas en avoir le droit ou s’ils n’y ont pas pensé, pour les autres, mais je dois en discuter à la rentrée avec les classes. D’ailleurs les deux élèves à avoir utilisé géogébra sont deux élèves dys, qui sont habitués aux aménagements.

Alors maintenant, qu’est-ce que je fais de tout ça ?

J’avais donné cet exercice pour la lecture de consigne et le tracé initial de la figure. Le tracé, c’est bon. La consigne, il faut que je la reprenne avec les élèves : pourquoi 11 d’entre eux ont réalisé la première partie et pas du tout la deuxième ? Par paresse, parce que c’était difficile, par manque de temps, parce qu’ils n’ont pas compris, parce qu’ils n’étaient pas sûrs, parce qu’ils n’avaient pas de crayons de couleur …?

Pour corriger, je pense m’appuyer d’abord sur les productions fausses, en faisant chercher l’erreur et le pourquoi de cette erreur, son bien-fondé. Ensuite, je corrigerai avec géogébra, en montrant les deux procédures : un élève a tracé ses triangles avec des segments, l’autre par des polygones. Celui qui a utilisé les polygones a été beaucoup plus efficace, car la solution apparaît alors toute seule, par effet de transparence. En parallèle, je ferai circuler les deux calques, qui donnent exactement la même idée que géogébra par les polygones.

J’aime beaucoup cet exercice mais il faut que je réfléchisse à mieux l’amener l’année prochaine. Je l’aime bien parce que je trouve qu’il mobilise du Représenter, bien sûr, mais aussi du Modéliser. Du coup, je pensais attirer les élèves avec le Représenter, qui leur semble souvent accessible et sympa, et les amener à modéliser. Mais le Modéliser est difficile, vraiment. Peut-être commencerai-je à l’avenir par bien analyser la consigne avec les élèves, puis présenterai-je des productions de cette année qui ne remplissent pas les objectifs : une blanche, une colorée dedans, une ou deux fausses.

Cela devrait être mieux.

 

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Aider à faire ses devoirs

Cette année, plusieurs élèves de la classe de sixième dont je suis professeur principale ne font pas correctement leurs devoirs. Quand les enseignants leur demandent pourquoi, ils ne savent pas. Ils ne savent pas non plus comment faire pour faire ses devoirs.

J’ai rencontré les parents de ces enfants, et certains sont eux-mêmes perdus : ils rentrent parfois très tard du travail, et il est trop tard pour s’atteler aux devoirs, ou bien ils ne lisent pas le français et ne peuvent pas se repérer dans l’agenda (il faut dire que même en lisant le français, se repérer dans l’agenda des élèves est parfois difficile), et encore moins dans les contenus disciplinaires.

Alors j’ai essayé de produire un document qui puisse servir d’appui à ces élèves. Pour ne stigmatiser personne et parce que cela peut être utile à tout le monde, je vais le photocopier pour tout le monde, en A3. Ainsi les enfants pourront l’afficher au-dessus de leur bureau, s’ils ont ont un, ou sur le frigo, ou où ils voudront, pour le tenir à jour. De quelques élèves, je vais exiger qu’ils remplissent quotidiennement cette feuille et il me la rendent chaque fin de semaine, signée par papa ou maman ou l’éducateur. Ensuite nous aviserons, en en discutant pour faire un point de ce que cela a apporté ou pas aux élèves concernés, et en analysant l’effet sur leurs résultats.

Je veux bien des avis, des idées d’améliorations, des remarques de tous ordres, merci ! 🙂

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6ème Je fais mes devoirs (pdf)

6ème Je fais mes devoirs  (modifiable, doc)

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Pauvreté et ségrégation scolaire, ça suffit : ATD Quart-Monde

ATD Quart-Monde a publié une tribune ici, intitulée « Pauvreté et ségrégation scolaire, ça suffit ! » La liste des signataires est impressionnante.

Je vous invite à aller lire cette tribune sur le site d’ADT. Mais quand même, je le reproduis aussi ici. Pour rappel, ADT signifie Agir Tous pour la Dignité, et leur site propose les soutiens et adhésions en ligne.

Nous, Mouvement ATD Quart Monde, syndicats d’enseignants, fédérations de parents d’élèves, Mouvements pédagogiques, constatons que beaucoup d’enfants de familles en situation de grande pauvreté suivent une scolarité qui ne leur permet pas de devenir des citoyens à égalité de droits avec les autres. Cette injustice peut être combattue et l’école a la possibilité d’y jouer un rôle important. Nous lançons un appel pour que des écoles et des collèges construisent des projets dans ce sens.

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Le constat

Nous le savons, au-delà des apparences, tous les enfants de France ne suivent pas jusqu’à la fin de la scolarité obligatoire, un parcours identique. Parallèlement au cursus le plus courant, il existe l’enseignement adapté (SEGPA par exemple) pour les enfants « présentant des difficultés d’apprentissage graves et durables » et l’enseignement spécialisé (ULIS, IME, ITEP…) pour les enfants en situation de handicap. Les enseignements adaptés et spécialisés ont évidemment leur raison d’être, mais reçoivent-ils véritablement le public pour lequel ils ont été créés ?

Lorsqu’on interroge des adultes en situation de grande pauvreté sur leur histoire scolaire, un grand nombre d’entre eux parle de leur passage par l’enseignement adapté ou spécialisé, avec, au terme de cette scolarité, l’impasse d’un manque de formation. La pauvreté affecte souvent le bagage culturel de ceux qui en sont victimes. Mais ils ont sur leur propre histoire un regard particulièrement perspicace. Là où la situation est grave, c’est que, aujourd’hui, leurs enfants ont les mêmes parcours scolaires. S’ils rencontrent des difficultés, celles-ci sont très vite jugées comme ne pouvant être prises en charge par l’école ordinaire. Comment se fait-il que ce ne soit pas le cas avec des enfants de milieux favorisés ? Les statistiques montrent bien ce phénomène : la majorité des élèves de SEGPA, d’ULIS pour troubles intellectuels et cognitifs, d’IME et d’ITEP est issue de milieux défavorisés.

Ces orientations des enfants de milieux défavorisés les situent d’emblée dans des formations dont les ambitions ne sont pas celles de l’école « ordinaire ». A titre d’exemple, très peu d’élèves de SEGPA préparent le Diplôme national du brevet et seulement 37 % d’entre eux obtiennent un CAP, souvent non choisi par le jeune. Quant aux élèves d’ULIS, d’IME, d’ITEP, les statistiques ne sont même pas disponibles.

A ces orientations s’ajoute une autre situation tout aussi problématique et dont on ne parle pas. Il s’agit de ces enfants auxquels la MDPH attribue un(e) AVS (Auxiliaire de vie scolaire), afin de les maintenir dans le cursus ordinaire. Mais l’AVS n’est souvent présente que quelques heures par semaine. Il arrive trop fréquemment que l’Éducation nationale ne propose pas d’autre solution en l’absence de l’AVS que de garder l’enfant à la maison, se mettant par là en défaut avec la loi, ce qui peut entraîner pour l’enfant un nombre d’heures d’école très réduit. Qu’en est-il alors du droit à l’éducation ?

Tout cela est cause de beaucoup de souffrances et d’inégalités sociales : souffrance des enfants qui se sentent dévalorisés, qui se pensent comme les exclus de l’école ; souffrance des parents qui avaient mis tous leurs espoirs dans l’école pour que leur enfant ne vive pas ce qu’ils ont vécu ; et souffrance des enseignants dont beaucoup contribuent douloureusement à ces orientations, percevant que ce n’est pas la solution, mais ne voyant pas comment faire autrement.

Sortir de la fatalité

Ce gâchis ne peut pas continuer comme si c’était une fatalité. Nous sommes devant une injustice faite aux enfants de familles pauvres. Ces orientations contribuent fortement à la reproduction de la grande pauvreté en enfermant ces familles dans un cercle vicieux « pauvreté → scolarité difficile→ orientation subie vers l’enseignement adapté ou spécialisé → pauvreté » dont elles ne peuvent sortir seules. Elles sont le résultat de la responsabilité collective d’une société qui ne se donne pas les moyens de rompre avec cette reproduction, pourtant identifiée depuis longtemps par bon nombre de sociologues.

Partager les richesses de l’école et croiser les expertises, dont celle des parents

Riche de l’engagement des enseignants, l’école peut faire autrement. C’est pour cela que depuis deux ans, le Mouvement ATD Quart Monde mène un travail sur ce sujet afin de permettre à tous les enfants, quel que soit leur milieu d’origine, d’accéder à une formation humaine, citoyenne, professionnelle ambitieuse. Dans ce travail, la parole des parents est primordiale. Par leur savoir de vie, ils sont les experts dont l’école a tort de se priver. Lors d’un colloque de chercheurs et de professionnels, en avril 2018, des parents disaient : « Comme parent, on sait combien ça blesse un gamin quand il est traité de fou. Souvent on a vécu nous-mêmes l’échec scolaire, l’humiliation quand on était enfant. On veut éviter ça pour nos enfants et pour tous les enfants ».

C’est en croisant le savoir des parents, le savoir des professionnels et le savoir de la recherche que l’on trouvera comment faire cesser cette injustice. Des enseignants, des équipes pédagogiques, des écoles et des collèges, se sont déjà engagés dans ce sens, en s’appuyant sur la co-éducation avec les parents et en mettant en œuvre des pratiques notamment de coopération, au profit de tous, même des meilleurs, et qui permettent aux enfants de se sentir reconnus comme capables de penser et d’apprendre, de s’intéresser, de participer, sans s’ennuyer et sans décrocher. C’est tout cela qui porte en germe une école véritablement pour tous, une école qui ne se déclare pas incompétente devant les difficultés scolaires de ses élèves.

Appel  aux écoles et collèges volontaires

Nous lançons un appel pour que des écoles et des collèges, accompagnés de chercheurs, acceptent d’expérimenter des dispositifs pédagogiques et structurels qui permettent que plus aucune décision d’orientation ne soit prise pour cause de pauvreté. Nous souhaitons que la richesse pédagogique des enseignants spécialisés puisse être mise au service des élèves, individuellement, en petits groupes, et au sein des classes ordinaires, sans perte de moyens, afin d’inclure tous les enfants.

Le développement actuel de l’inclusion de certains élèves de SEGPA ou d’ULIS dans les classes ordinaires va dans le bon sens. Mais ce mouvement est encore trop timide, il doit être largement amplifié.

Notre appel va aussi vers tous les acteurs des procédures d’orientation, Éducation nationale et MDPH. Il faut réexaminer sérieusement ces procédures, faire un examen critique des critères d’orientation et de leur usage, dont la « mesure du QI » assez largement remise en cause par la recherche.

Aucun enfant, aucun jeune, ne doit se sentir indigne et exclu d’une scolarité normale avec tous les autres. Ce scandale doit cesser. Il ne sert à rien de s’indigner contre la pauvreté si, dans le même temps, notre société ne se donne pas les moyens de mettre tous les jeunes en capacité de s’insérer dans la vie professionnelle et d’exercer pleinement leur citoyenneté.

BRAVO!!!·Chez les parents·Expo de maths·Je suis fan·Nouvelles technologies·Programmation

Le TO7 de mes 9 ans

Hier en vadrouille je suis tombée sur mon premier ordi. J’en ai, de beaux souvenirs de programmation d’un canadair ou d’une chenille, au club info du mercredi après-midi. Et en m’achètant cette merveille, mes parents ont clairement influencé ma vision des nouvelles technologies.

D’autant que longtemps ni le téléphone ni la télé ne sont rentrés à la maison. C’était donc un choix très raisonné de leur part.

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C'est pas des maths!·Chez les collègues·Chez les parents·Chez moi·Patatipatata·Question de grand

Biquette for ever

Ces temps-ci, lorsque je m’assois devant mon ordi, je commence par répondre aux mails du gang des 130, gang d’autant plus redoutable qu’il change sans cesse de nom. Vous m’envoyez des trucs extraordinaires, vous me faites découvrir des ressources dont je n’avais pas idée, et puis on papote. Souvent, il y a des tendances dans les papotages, et aujourd’hui, deux préoccupations sont revenues plusieurs fois : « je vais avoir dans ma classe mon enfant/l’enfant d’un collègue, et ça me pose problème », et « finalement t’as choisi quoi comme cartable ». Occupons-Nous de la première question.

Je ne crois pas que cela pose le moindre problème, sauf si vous-même vous crispez (ce qui n’est pas grave, simplement il faut en tenir compte). Si vous pensez que cela va être compliqué, et surtout si vous vous demandez comment vous allez vous comporter, alors oui, il vaut sans doute mieux éviter. Pour ma part, j’ai eu mon papa comme prof de physique (le titre est une dédicace pour lui 🙂 ), trois de nos quatre enfants en classe, chacun plusieurs années, et mon ex-mari parmi mes étudiants, lorsqu’il s’est reconverti. Nous nous en sommes tous bien remis. Personne ne m’a jamais enquiquinée à cause de ça, et aux dires de mes enfants, eux non plus.

Une collègue m’a envoyé des articles qui disent qu’avoir ses enfants en classe, c’est « risqué ». Aucun ne dit précisément en quoi, sinon que l’enseignant peut être plus sévère ou plus cool avec son enfant. Dans mon cas, j’ai sans doute été plus sévère, un peu, mais en même temps nos enfants avaient fait le choix de m’avoir et savaient quelles sont mes exigences en tant que maman.

Je ne vois pas de risque. Je crois que la bonne décision, c’est celle qui est en accord avec l’enfant, avant tout, et celle qui est naturelle pour l’adulte. J’ai passé de drôlement bons moments avec nos loulous, et je les ai vus apprendre, vivre parmi leurs pairs, affronter des difficultés, être des bambins à l’école. C’est moi qui leur ai appris les nombres relatifs, le théorème de Pythagore, le rap du sohcahtoa. J’ai apprécié de vivre tout ça en restant à l’écart, en les regardant, en me taisant. C’est une expérience assez unique, et qui soude, me semble-t-il. Nous avions confiance les uns dans les autres, nous nous connaissons mieux encore. Avec mon ex-mari, c’était chouette de faire un bout de chemin ensemble pour le faire avancer dans son projet.

Pour moi c’était simple, parce que je suis la même en classe et hors la classe (ce qui est sans doute autant une qualité qu’un défaut), et parce que je suis de toute façon dans un rapport assez affectif, voire maternel. Et, point très important, mes collègues et ma direction ont le positionnement juste, celui qui me préserve en cas de coup de vent, mais qui suit toujours dans l’intérêt des enfants.

Cela dit, si on ne le sent pas, bin on ne le fait pas, c’est tout. Il n’y a pas de norme à respecter. La seule chose à laquelle nous sommes tenus, c’est de faire notre métier du mieux que nous le pouvons. Restons simples.

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