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Ma journée tellement bisounours que ça fait peur (même à moi)

Aujourd’hui, je me suis trainée toute la journée. Crevée, raplapla, ratatinée. La conférence de consensus (et le manque de sommeil qu’elle a généré, puisqu’on a pas mal bossé, tout de même), et un weekend pas reposant (tout à rattraper pour être dans les clous dans la semaine) : mon lundi a été difficile de bout en bout. La perspective de travailler de 8h à 19h n’aidait pas…

Mais à chaque heure, mes élèves ou mes étudiants m’ont donné la pêche :

Je rends l’évaluation en sixième : des élèves passent de niveau, et ils lèvent les bras en signe de victoire, ou bien ils se trémoussent de joie. « Madame, madame, je peux utiliser mon objet du niveau 7 ? »,  « Madame, moi je voudrais utiliser le 11. »,  « Madaaaaaaame est-ce que je peux inventer mon objet de niveau 12 ? J’ai des super idées ! », « madame, vous avez vu comment c’est vert, là, mes points ? Vous vous souvenez comment au début c’était plein e rouge ? »

Je poursuis par « Bon, j’en ai ras la casquette que vous ne justifiez pas systématiquement. Alors bim, treize d’entre vous ont un travail supplémentaire à me faire pour vendredi. Vous allez m’écrire une nouvelle, une fable, un poème, une charade ou réaliser une BD qui m’explique pourquoi justifier est important. » ; réactions : « Ouaaah, madame, super ! Je peux faire ça ? » « Et moi ça ?? » « Et moi madame j’ai ça comme idée ! » « On peut décorer ? » « Je peux utiliser l’ordinateur ? » « Madame c’est trop bien comme punition ! » « Moi, je peux en faire deux ? » « Madame, je ne suis pas dans la liste, je peux le faire quand même ? ». Bon, c’est ce que je visais, et j’avais bien réfléchir à une « punition » formatrice et attractive.  Que nous allons réinvestir en débat de classe. Mais quand même…

Plus tard, nous enchaînons sur le rallye mathématique, semaine des maths oblige. « Madame, on va gagner pour vous ! » ; « Non madame, enfin si, on va essayer de gagner, mais surtout vous allez voir, on va travailler comme vous dites que c’est bien, on va s’écouter et réfléchir en vrai ». Mission accomplie. J’en ai eu, du mal, à les faire travailler collectivement, ces loulous-là. mais là, on y est.

Et puis plus tard encore, au club maths, un élève de cinquième vient me voir, tout émoustillé : madame, j’ai regardé une chaîne youtube sur les maths et j’ai compris le théorème de Pythagore. Je peux vous montrer ? Il me montre, il a compris en effet comment on utilise le théorème, sa contraposée et sa réciproque. je lui donne des exercices en plus, il me les plie. Je lui demande d’expliquer à ses camarades, dont il a suscité la curiosité. Il leur explique et leur fait comprendre à leur tour. Ils me disent « Alors là, il m’épate, je suis impressionnée ». Mon élève, qui est en difficulté et en grand manque de confiance, se retourne vers moi, avec un regard et un sourire inoubliables.

Mais le groupe de Pythagoriciens ne se contente pas de savoir appliquer le théorème : « mais madame, pourquoi c’est vrai ? ». Je sors donc mon puzzle de Pythagore fait maison, et nous  réfléchissons : les aires des carrés construits sur le triangle, et donc que devrait-on pouvoir vérifier ? Une élève se lève en s’exclamant « les deux petits, ils doivent recouvrir pile poil le grand ! et allez ou, que tout le monde s’affaire ensemble à ce tangram mathématique.

Capture d_écran 2017-03-13 à 19.16.42Et puis en atelier lecture, cet élève qui  me dit « dans un sens ça me rassure, parce que si en fait je ne sais pas lire, enfin si je ne comprends pas ce que je devrais comprendre, c’est pas ma faute si j’y arrive pas au collège. Enfin, ça veut dire que je ne suis pas bête, non ? Et même peut-être, je pourrais y arriver mieux, si on m’explique comment faire ? »

Ou alors encore : vendredi on fait un « Comment ça va? », alors bossez bien pour en profiter pour bien progresser. Réaction d’élèves « Ouaiiiiis, super, un « Comment ça va? », j’adore et après je comprends trop bien ! »

Enfin à l’espe, avec mes étudiants PE, une étudiante vient me voir en partant : « madame vous savez, je voulais vous remercier, parce que j’ai compris, et ce que j’ai compris, ben c’est compliqué. Je suis contente ». Moi aussi, jeune fille, je suis contente.

Alors bon, être ronchon, c’est trop dur. Je laisse tomber, et je vais juste me coucher tôt.

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Mais pourquoiiiiii ?

J’ai corrigé la dernière évaluation de sixième, et elle n’est pas mal du tout : plusieurs élèves semblent faire de beaux progrès. MAIS… Hé oui, il y a un gros MAIS : treize élèves, soit la moitié de la classe, ne justifient pas, même quand je le demande. Attention : parfois ils justifient, mais parfois, ben non. J’ai peu le dire, écrire, le rappeler, le signaler individuellement pendant l’évaluation, non. Je sais bien que c’est parfois parce qu’ils ne savent pas « comment dire », « quoi dire », mais je VEUX des justifications, même mal fagotées, même incomplètes, même inexactes. Sinon, comment puis-je remédier ? Et puis l’exercice scolaire l’impose, et l’exercice des mathématiques aussi : justifier, c’est permettre la communication, la compréhension mutuelle.

Alors demain, je vais demander à ces onze de ces treize élèves de m’écrire une fable, un poème ou une nouvelle d’au moins dix lignes qui m’explique pourquoi il est important de justifier ses réponses. Et pour les deux autres, ce sera au moins vingt lignes. Et j’exposerai les travaux les plus réussis, si leurs auteurs le veulent bien.

Parce que là zut, ça suffit.

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C’est la fête !

Aujourd’hui, j’ai fait le bilan du deuxième trimestre pour mes élèves de cinquième. Et je suis très très contente :

  • Aucun élève n’a décroché. Je craignais pour cinq élèves, en fin de premier trimestre, que ce soit le cas. Les cinq ont progressé.
  • Globalement, tous élèves et tous domaines de compétences confondus, nous sommes passés de 65% à 71% de réussite ;
  • Plus aucune compétence n’est majoritairement loupée ;
  • 14 élèves ont progressé (c’est-à-dire ont gagné entre 3 et 14% de réussites), 11 sont restés stables (entre +2% et -2%) et 4 élèves ont un taux de réussite qui a baissé (-3% pour 3 d’entre eux et -5% pour 1 élève).

Comme nous avons abordé pas mal de notions nouvelles et parfois complexes (les transformations, les nombres relatifs, un niveau supérieur en proportionnalité, …), je suis vraiment, vraiment contente de cette classe.

Une nouvelle fois, le fait d’évaluer par compétences m’est apparu comme un avantage pour écrire les appréciations. Voici ce sur quoi je me suis appuyée, parfois en allant chercher d’autres informations dans Sacoche (relatives au premier trimestre), lorsque j’en éprouvais le besoin :

Il y a là la synthèse du deuxième puis du premier trimestre, et en-dessous le détail des compétences des deux trimestre également. Je peux ainsi évaluer la progression de façon fine, différenciée selon les six compétences institutionnelles, et mettre en lumière des points du programme qui sont bien ou moins bien maitrisés.

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Méta-résolution en évaluation

Aujourd’hui, évaluation en sixième. Parmi d’autre exercices, les élèves doivent résoudre ceci :

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Précision apportée à l’oral : le petit dragon aussi crache du feu, ou alors il veut me boulotter les mollets et moi je veux atteindre le donjon des muffins saine et sauve.

Autre précision : il fallait lire « peut » et non « peur ».

Sur la première question, les élèves s’en sont bien sortis. Moins sur la deuxième, mais on progresse. Entre autres réponses pour la première question, j’ai lu :

  • Hé non madame, vous aurez pas assez de place pour passer, il faut être résonable.
  • Peut-être si vous marcher en fesant atention, mais y a pas beaucoude place.
  • Je vous dirais non, mais pour des muffins vous allez y aller quand même et vous allez vous faire fumer. Je vous aurai prévenue.
  • Oui, mais vous allez avoir très chaud…
  • Non la faux pas même si sa va être tiré dur pour vou.

Je remarque deux choses : d’une part, mes élèves savent faire du méta-raisonnement, en tenant compte d’éléments non mathématiques, mais en ayant d’abord réglé la question mathématiquement. D’autre part, je suis peut-être trop gourmande de façon visible.

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Et π quoi ?

Aujourd’hui, en cinquième, nous corrigions une partie d’un devoir maison, en préparation de la prochaine évaluation, pour réactiver les connaissances liées au calcul littéral. Nous travaillions en particulier sur le signe « × » : quand a-t-on le droit de ne pas le faire apparaître ?

Les élèves m’avaient rendu des devoirs qui laissaient à penser qu’ils avaient bien compris. Leur participation aujourd’hui m’a confortée dans cette idée : ils savaient quoi faire devant « 3×a » ou devant « 4×(2+5) ». Et puis nous sommes arrivés à la question concernant « 2×π×R ». Peu d’élèves avaient bien répondu. Un de mes élèves m’a proposé « 2×πR ». C’était ce que la majorité avait écrit dans son devoir, justement.

Pourquoi « 2×πR », lui ai-je demandé ? Et mon élève de me répondre : parce que dans la leçon, on a appris que le signe × peut ne pas s’écrire s’il est à côté d’une lettre ou d’une parenthèse. Et π, c’est pas une lettre, c’est un nombre, et 2 aussi. Enfin π c’est une lettre, mais quand là on l’écrit ce qu’on veut dire c’est « 3 14 gnagnagna », pas la lettre, quoi. Enfin bon, on peut pas enlever × entre deux nombres.

C’est bien, lui ai-je répondu, tu connais ta leçon et ta remarque est judicieuse ; elle montre que tu sais bien à quoi correspond π et pourquoi on l’écrit sous une telle forme. Et moi, je vais réfléchir à la formulation de la leçon, parce que là tu me montres que ça ne va pas. On pourrait dire qu’on peut ne pas indiquer π entre un nombre et un symbole ? Et Roman m’a répondu, vaguement navré : mais non madame, parce que les chiffres aussi c’est des symboles.

Il a raison, Roman. C’est drôlement bien, d’ailleurs, cette intervention. Je vais lui évaluer, tiens, en terme de compétences.

Je suis allée voir la leçon, depuis :

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Ah ben oui, crotte.

Comment vous dites ça, vous ?

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Fractiomino

Le vendredi des vacances, j’ai proposé aux élèves de ma classe de cinquième de confectionner des dominos.

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J’avais prévu autre chose derrière, car je pensais que certains auraient fini en moins d’une heure, mais non : alors que nous avions réactivé la fraction, l’écriture fractionnaire, le décimal, et travaillé les simplifications de fractions, la tâche les a occupés une heure, et seul un groupe sur quatorze a terminé sans erreur. Deux autres groupes ont pensé avoir fini, mais il faut qu’ils reprennent leur copie dominos, car il y a un moment où ça coince.

Voici quelques productions :

On voit bien que les groupes ne sont pas allés du tout à la même vitesse. D’une part la nécessité de faire des choix, de prendre des initiatives et de devoir trouver des propositions intéressantes (j’aimerais pouvoir exploiter les dominos avec mes élèves de sixième, il fallait donc réfléchir de façon pédagogique…). D’autre part, les différentes écritures du nombre, c’est compliqué encore pour beaucoup d’élèves. Moi qui hésitais à consacrer un temps important à consolider ce qui a été vu à l’école et en sixième, j’ai bien fait ! Car comment bâtir sur des représentations qui ne sont pas intériorisées ?

Voici quelques erreurs que j’ai rencontrées :

Il y a deux grands type d’erreurs principales : les « inversions » numérateur/dénominateur, et les erreurs « d’écriture décimale » proprement dite, comme avec 5 unités et 90 dixièmes écrit 5,90.

Le vendredi de la rentrée, j’ai prévu une séance de programmation. En fait, nous irons e salle info mais seul le groupe qui a vraiment terminé programmera directement. les autres continueront leurs dominos, corrigeront et finaliseront. Lorsqu’ils auront fini ils iront programmer, si ils en ont le temps. De toute façon mes fiches Scratch  sont prévues pour différencier joyeusement.

En tout cas, cette idée (de mon mari, merci mon mari) a bien fonctionné : plutôt que de défiler des exercices d’automatismes (cependant utiles d’ailleurs), les élèves ont dû réfléchir et se sont très bien investis dans l’exercice. Et le fait qu’ils aient dû inventer fait émerger des erreurs intéressantes, dont nous parlerons en classe avant d’aller en salle info.

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Comment les élèves apprécient le travail de leurs pairs

Après la dernière évaluation de cinquième, j’ai mitonné une copie-réponse à partir de solutions d’élèves. Je l’ai proposée aux élèves, par groupes. Ils avaient pour consigne de corriger la copie et de remplir une feuille d’analyse.

capture-decran-2017-02-22-a-18-00-58J’avais déjà procédé ainsi les années précédentes, mais là j’ai essayé d’éviter quelques écueils qui rendaient le travail moins productif que ce que je souhaitais, à cause de bêtes éléments de surface :

  • D’abord, j’ai constitué les groupes en fonction des compétences que j’avais repérées dans leurs copies : dans chaque groupe un  élève avait particulièrement bien répondu à une des questions, et n’avait pas compris un autre point. Les groupes étaient hétérogènes du point de vue des qualités rédactionnelles mises en oeuvre sur cette évaluation, et j’ai cassé les binômes habitués à travailler ensemble ;
  • Ensuite, chaque groupe n’avait pas tout à corriger. Ceux qui sont allés vite ont pu corriger d’autres exercices, de leur choix. Mais j’avais défini mes priorités, et en tout plusieurs groupes avaient corrigé chaque exercice, pour permettre une reprise en commun tous ensemble, avec un débat possible ;
  • J’ai réécrit les solutions des élèves moi-même, pour éviter que les correcteurs ne cherchent « qui c’est qui a écrit ça ??? » ;
  • J’ai proposé des réponses franchement inexactes, d’autres pas très claires, d’autres exactes mais peu ou mal justifiées, et certaines tout à fait justes. Histoire que les élèves soient obligés de réfléchir à la véracité des propositions de leurs camarades ;
  • Dans chaque groupe il fallait se répartir quatre rôles : l’orateur qui ensuite sera capable d’expliquer à l’oral, l’ambassadeur qui peut demander de l’aide aux ambassadeurs des autres groupes ou au professeur, le secrétaire qui note tout sur un brouillon, y compris les fausses pistes ou les erreurs corrigées plus tard, et le rédacteur qui synthétise la trace finale. Tout le monde est bi-classé, car chacun est chercheur. Les élèves sont évalués (et ils le savent) sur leur efficacité dans leurs deux rôles.

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J’ai eu une impression plutôt positive pendant la séance : enfin j’arrivais à obtenir une véritable implication, dynamique, participative (et bruyante) des élèves. Personne n’a glandouillé, et la grande majorité des élèves a même tenu son investissement sur la séance entière. Les débats sont allés bon train. Les traces écrites récupérées m’ont confortée dans cette idée. Seul bémol : la fonction d’ambassadeur, mal employée par trois groupes sur sept, qu’il va falloir repriser et mieux encadrer.

Ce qui m’a plu dans les productions écrites, c’est que mes consignes ont été respectées, que la plupart des erreurs ont été corrigées, et que cette fois les correcteurs n’ont pas cherché la petite bête, ou à critiquer systématiquement. Plusieurs m’ont dit qu’ils avaient écrit ce qu’ils trouvaient « juste, mais encourageant quand même » sur la copie. Deux groupes m’ont dit avoir essayé de « faire comme vous ».

Voici ce que j’ai pu lire (en élève dans le texte) :

« Ta responce est juste mais ça justification est incomplèt. Il vaut aller plus loin dans tes justification »

« Les trois exemples sont juste mais ta justification n’est pas assez abouti. »

« C’est parfait, continue comme ça. »

« tu a tous comprit sur les pourcentages, bravo parce que plein délève ne comprenne pas. »

 » On t’a mis deux points verts sur les connaissances et un point rouge sur les justifications. Relis bien la consigne pour voir si tu as bien répondu à la question. »

« Tu a raison mais pas pour le bonne argument. Du coup en faite c’est faut, parce que se qui conte c’est la démarche dans ta tête. »

« Il faudrait apprendre ta leçon quand même »

« Quand tu veux comparer des nombres tu peux faire apparaître des zéros inutiles et en fait ils sont utiles car on compare plus facilement. »

« Rédige des réponses complètes, on comprend a moitité »

« C’est un problème de leçon. »

« Tu n’as pas très bien compris le système de symétrie axiale. »

« Bonne capacité de raisonement mais pas assez de justification. Et un peu d’étourderie. »

« Il faut réfléchir plus et bien les consignes mais bon font »

« Tu devrais prendre ton temps pour réfléchir pour les notation. Si tu oublie les parenthèses et le point virgule, on est pas sûr que ce soit des coordonnées. »

Je pense que je recommencerai ce travail : c’est une solution que je trouve assez efficace et dynamique pour corriger. Parce que corriger, c’est quand même très très facilement ennuyeux pour tout le monde…