Actualité·ça m'énerve·scandale

Il n’est peut-être pas représentatif, l’échantillon… Hein dites ???

Un sondage, mené par l’IFOP en décembre 2017, révèle que 9% des Français croient « possible que la Terre soit plate et non pas ronde comme on nous le dit depuis l’école ».

Je ne comprends pas.

Comme quoi, pour chacun de nous il y a tous des choses que nous ne comprenons pas, mais ce ne sont pas les mêmes. Pour ma part, je ne peux pas comprendre qu’on pense que la Terre n’est pas ronde.

J’ai lu des commentaires, ici ou là, qui mettent cela sur le dos de l’attraction pour la théorie du complot. Mais cette façon de camper sur ses positions, de se croire clairvoyant là où le troupeau de béni-oui-oui se trompe, de refuser les démonstrations rigoureuses, de se fier à son intuition sans aucune réflexivité, c’est assez angoissant.

Je crois que c’est Siri Husdvedt qui fait l’éloge du doute, en ce moment. Évidemment, c’est le genre de parole qui me fait du bien, à moi. Mais au final en effet, sans le doute, que reste-t-il de la pensée ?

En plus, nul besoin d’un bonhomme dans l’espace pour comprendre que la Terre est ronde…

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CAPESOS, mac et moi…

Ceci est un appel au secours.

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Je forme des étudiants en M1 MEEF maths, en les préparant au concours, plus particulièrement à la deuxième épreuve orale. Cette année, un nouveau système débarque, qui m’a l’air bien pratique : le CAPESOS. Ah, ça pète, hein ?

Le souci, c’est que je veux l’installer sur mon ordi, pour avoir les mêmes outils que mes étudiants. Et mon ordi est un mac. Ca a l’air tout bien prévu pour, mais ça coince. J’ai installé Virtuabox et Etcher, et puis l’appli CAPESOS. mais quand je lance CAPESOS, ça me dit ceci :

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L’un(e) de vous aurait-il réussi à installer et lancer CAPESOS sur un mac ? Siouplééééééééé… Je vois bien qu’il manque un truc dans l’installation, mais je ne comprends pas ce que j’ai loupé puisque j’ai installé le truc boum comme ça.

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L’annualisation du temps de travail chez les enseignants

C’est un marronnier, l’annualisation du temps de travail chez les enseignants. Aujourd’hui en avalant mon déjeuner en vingt minutes, j’entendais les propos de messieurs aux élégantes cravates, à côté de moi. Ils vantaient les mérites de l’annualisation du temps de travail : ce serait mieux pour les élèves, on s’adapterait mieux aux besoins, et puis les enseignants, même s’il travaillent plus certaines périodes, ils ont de la marge et au final le temps global resterait le même.

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Mouimouimoui.

Sur le fond, je suis plutôt d’accord. Sur la forme, je compte. Ma décharge de formatrice ESPE, ma décharge de formatrice académique et mes rôles de référence décrochage et de réapprendre à lire sont annualisées. Cette semaine j’anime 33 heures de cours, plus une intervention en formation. Evidemment j’ai quand même des preps et des copies. La semaine dernière, c’était 27 heures devant des élèves, étudiants ou collègues, et beaucoup de déplacements et de rencontres avec des parents. Mais je ne vois pas une seule demi-journée de libre à l’horizon, excepté le weekend et certains mercredis. Je pars à 7h10, je rentre entre 17h30 et 19h.

Alors parfois, je fatigue et je ne vois pas cette annualisation-la comme une avancée. Même si c’est vrai, cela permet de mieux s’adapter aux besoins. Mais jamais on ne compense le temps de travail en plus sur les périodes chargées. Ou de façon vraiment insignifiante. En ce qui me concerne j’ai choisi d’assurer des missions annualisées. En ce moment j’en bave, mais je sais pourquoi : je fais ce que j’ai envie de faire, mon quotidien professionnel me passionne. Mais faut-il l’imposer à tous ?

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Arrête de faire ta prof, nom d’un chien !

Je corrige mes derniers paquets de bataille de relatifs. C’est long et fastidieux. Je compte 20171119_15083553 cartes, zut. Alors je recompte. Ah bin non, 55. J’en attends 54. Je soupire et je recommence, en constituant des tas de dix pour pouvoir vérifier encore au besoin, et je dénombre à voix haute. Là, mon chien, posté en soutien psychologique juste à côté de moi, baille bruyamment. Ni une ni deux, même pas le temps de réfléchir, je lui dis d’un ton pète-sec et que je trouve aussitôt détestable : « Dis donc Rouky, dis tout de suite que je t’ennuie ??? ».

Là, je me dis : arrête de faire ta prof, trop c’est trop.

Et je vais rassurer mon chien qui semble perplexe.

En fait il y avait 54 cartes.

 

A quoi ça sert les maths ?·Allez les jeunes !·ça m'énerve·Chez les élèves·Culture mathématique·Lire·Tous ensemble !

Scientifique, littéraire, adjectifs non exclusifs.

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C’est la question posée par un article du Monde campus. Dans cette question, outre la sempiternelle question de la « suprématie » de la filière scientifique sur les autres, permet de réfléchir au terme de « valeur », appliqué à un individu…

Un jeune bachelier de la filière ES expose son point de vue, dans cet article : selon lui, il existe une « sacralisation » du bac S et des savoirs scientifiques.

Ce jeune homme semble d’abord s’étonner de la volonté de Sciences-Po « d’attirer des élèves aux profils diversifiés, notamment plus d’élèves « avec un parcours d’ingénieur, par exemple, ou de sciences dures », qui étaient pénalisés par la présence de ces épreuves. Des ingénieurs, des mathématiciens, des physiciens à Sciences Po ? Dans une école spécialisée en droit, sciences politiques, économie ou histoire ?« 

Heu oui, pourquoi pas ? Les bacs généraux demeurent assez… généraux. En S, on fait aussi de l’histoire, et pour peu qu’on soit un peu curieux on peut avoir développé des connaissances en sciences politiques, en économie… D’ailleurs alors on pourrait s’offusquer de l’accès de bacheliers L à sciences-po, puisqu’ils ne font pas non plus de sciences éco. Là, je ne suis pas du tout d’accord avec notre bachelier. Plus loin, il semble regretter que les prépas littéraires soient accessibles trop facilement aux scientifiques. Pour ma part, je trouve très bien que des bacheliers scientifiques puissent se lancer dans des études littéraires ; ce décloisonnement est plutôt rassurant. Il est regrettable en revanche qu’il n’existe pas davantage dans l’autre sens. Mais en effet c’est en S qu’on fait le plus de sciences, et l’accès aux connaissances scientifiques semble différent en terme d’autonomie des apprentissages. Il faudrait développer des passerelles, de vraies passerelles, vers les études scientifiques. Nous sommes d’accord là-dessus, l’auteur de l’article et moi.

Notre jeune bachelier fait le constat que la filière S est peuplée de non scientifiques. C’est vrai. Mais pourquoi pas ? Pourquoi faudrait-il absolument catégoriser les lycéens si jeunes ? S’engager dans telle ou telle filière, c’est choisir d’approfondir tel ou tel champ disciplinaire. C’est bien si cela ne rend pas cul-de-jatte dans les autres, non ?

« Quand j’étais lycéen, j’ai pu constater que la sacralisation de la filière S est intégrée par tous : élèves, parents et même certains professeurs. » Par tous, non. Par beaucoup, oui. Et c’est bien la filière S, pas le fait d' »être scientifique », qui est recherché. C’est en effet dommage, car il y a une sorte de déséquilibre. Là, nous sommes encore d’accord.

« Par-dessus tout, il faut se demander : pourquoi les S auraient-ils leur place partout ? Un bagage scientifique permet-il vraiment de s’adapter à n’importe quel domaine ? Un mathématicien aurait-il plus de valeur qu’un historien ou un artiste ?« 

Voilà de bonnes questions. A la dernière, évidemment non, et la question n’a même pas de sens car un individu n’a pas de « valeur ». Pourquoi les S auraient-ils leur place partout ? Le bac S est sans doute en fait le plus général. Et, comme je l’écrivais plus haut, un étudiant motivé peut bûcher pour acquérir une culture économique, littéraire, historique, mais plus difficilement scientifique, s’il est tout seul.

« Comme de nombreux étudiants que j’ai rencontrés au cours de mes études, je pense qu’il faut en finir avec l’admiration béate que l’on voue à la « rigueur », à l’« esprit de synthèse et de logique » qu’offre la filière scientifique, et valoriser à leur juste niveau les compétences diverses qu’offrent les autres filières.« 

Cette admiration de la rigueur, de l’esprit de synthèse, de la logique, n’a rien de béat. Ce ne sont d’ailleurs pas des qualités proprement scientifiques, et la filière scientifique n’est évidemment pas la seule à les développer. Et oui, valorisons toutes les compétences. Elles comptent toutes.

Je comprend l’amertume du jeune bachelier qui a écrit ces lignes. Je partage certains points de vue, mais l’excès tue la vérité.

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Cela dit, je sais tricoter, aussi.

J’allume mon ordi qui se vidéoprojette au tableau, en formation. Une des icônes est intitulée « Article Tricot ».

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Ni une ni deux, un collègue se lance dans une diatribe mi narquoise, mi outrée : autant pour la femme libérée, n’importe quoi, voilà, les femmes d’aujourd’hui sont exactement les femmes d’autrefois (???), quand elles ont du temps elles font quoi ? Du tricot, de la cuisine, pffff vraiment c’est décevant.

Alors d’une, si j’avais envie de tricoter et de lire des articles sur le tricot, j’apprécierais qu’on me laisse en profiter tranquille.

De deux, en l’occurence, il s’agissait d’un article d’André Tricot, professeur d’université très prolifique et intéressant, qui abordait les biais possibles de la correction de copies.

De trois, cher collègue, tu as l’air d’une truffe.

J’ai laissé mon collègue terminer sa tirade tout seul, sous l’oeil médusé de ses pairs. Et puis je lui ai envoyé l’article. Put-être que lui aussi, il aimera lire Tricot.

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Quand mon cerveau dit non.

Je révise aujourd’hui une formation que je présente mardi, et qui s’appuie sur des expérimentations de Stanislas Dehaene. J’ai le texte que voici, de Raymond Queneau :

Poor lay Zanglay

Ung joor vare meedee ger preelotobus poor la port Changparay. Eel aytay congplay, praysk. Jer mongtay kang maym ay lar jer ay ger vee ung ohm ahvayk ung long coo ay ung chahrpo hangtooray dunn saughrt der feessel trayssay. Sir mirssyer sir mee ang caughlayr contrer ung ingdeeveeduh kee luhee marshay suhr lay peehay, puhee eel arlah sarsswar.

Ung per plus tarh jer ler rervee dervang lahr Garsinglahzahr ang congparhrgnee d’ung dangdee kee luhee congsayhiay der fare rermongtay d’ung crang ler bootong der song pahrdessuh.

Ce qui est intéressant, c’est que cela fait plusieurs fois que j’essaie de le lire, et que je rame sévèrement. Je m’arrêtais systématiquement à « ung long coo« , jusqu’ici. mais comme je vais devoir être capable de remédier aux difficultés des collègues formés, aujourd’hui j’ai décidé d’aller au bout, persuadée que j’avais laissé tomber par manque de temps, par paresse… Hé bien non. J’ai laissé tomber parce que l’effort demandé à mon cerveau es trop important.

Lorsque tout à l’heure je me suis attaquée à la lecture, il s’est produit la même chose que d’habitude : j’ai calé à « ung long coo« , et pas moyen de redémarrer. Je lui ai pourtant intimé l’ordre de se reprendre, à mon cerveau, perplexe devant sa mauvaise volonté. Pas moyen. J’ai fait une pause, lancé une lessive, et je suis revenue à la charge. Mais non, toujours pas moyen. J’ai dû appeler mon mari à l’aide.

Peux-tu lire ce texte, lui ai-je demandé ? Alors il l’a lu, comme ça pouf, d’une traite. La seule différence est qu’il l’a lu à voix haute alors que je le lisais mentalement, car nous travaillons dans la même pièce et que je ne voulais ni le déranger, ni avoir l’air ridicule à galérer (!). Mais je ne pense pas que ce soit suffisant pour expliquer l’énorme différence.

Maintenant qu’il me l’a lu, je peux le relire. Il me faut me concentrer fort, mais j’y arrive.

Il faut que je réfléchisse à tout cela, mais je trouve ça en même temps très intéressant, hyper frustrant et c’est une expérience inédite pour moi. ne pas comprendre quelque chose, ça m’arrive tout le temps. Mais sentir mon cerveau caler et se mettre en veille, refuser franchement une activité, c’est une première de cette façon.