A quoi ça sert les maths ?·ça m'énerve·Calcul mental·Maths pour tous

Êtes-vous nul en quiz ?

Un article de France Bleu.fr propose un quiz pour semer ses compétences en mathématiques :

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Alors bon, je l’ai fait, forcément.

La bonne nouvelle, c’est que j’ai obtenu un score de 10/10, ce qui est plutôt rassurant. La mauvaise, c’est que c’est vraiment très très mal fait dans le fond, la forme, et qu’encore une fois on méprise et on réduit les maths en opérant ainsi.

Je m’explique.

  • Dans le fond, déjà, sur le plan des maths, c’est un quiz sur la proportionnalité et le choix de la bonne opération. Pas une trace de gestion de données, de géométrie. Du calcul et du « grandeurs et mesures », pis c’est tout.
  • Ca n’a rien à voir avec les exigences de CM1.
  • C’est davantage un test de lecture que de maths, le mot lecture étant à prendre dans le sens d’extraction d’informations dans un énoncé fantaisiste le plus ridicule possible. C’est un effort colossal de lire chaque proposition jusqu’au bout.
  • C’est mal fichu, et certaines questions ne tiennent pas debout. exemple :

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Non mais qu’est-ce que quoi ??? Dans cette phrase, Grubignon vend des grenouilles. D’accord. Mais à la fin, ne « qui ne vend, lui, que des têtards » se rapporte aussi à Grubignon. En soi ce n’est pas incompatible, car je suppose qu’un têtard peut être défini comme une grenouille (encore que je ne sois pas sûre ; à partir de quand la larve est-elle catégorisée comme une grenouille ?). En tout cas, c’est mal fichu car le « lui » donne une impression d’opposition. En plus il y a des virgules désagréables.

Un autre exemple :

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Là, outre la perversité de l’auteur, qui teste davantage notre persévérance que nos compétences mathématiques, le « m2 » est très très maladroit dans un énoncé qui se veut mathématique.

Et puis la conclusion elle-même pose problème :

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Si ça fait deux, c’est que ce n’est pas excellent… Quant à la vision réductrice, marquée du point de vue générationnel (des baignoires qui se vident et se remplissent ??? Et les trains qui se croisent, ils font chou-tchou ?) et clairement négative de cette si belle science, je ne relèverai même pas. Ah si zut, je viens de le faire.

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De l’usage de l’évaluation

L’évaluation est au coeur de la réforme du collège, et au coeur des questions d’enseignement.

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Sur Eduscol toujours, par exemple dans le domaine des langues vivantes, on trouve aussi ceci :

« Seul un entraînement cohérent et adapté peut mener à une évaluation positive et réussie. Elle est un outil de progrès car elle permet de valoriser les acquis au service d’une nouvelle étape d’apprentissage. (…)

L’évaluation permet à l’enseignant :

  • de situer l’élève dans son parcours d’apprentissage ;
  • d’affiner le profil linguistique de l’élève en distinguant clairement ses compétences dans chacune des cinq activités langagières ;
  • de réajuster éventuellement sa progression en fonction des évolutions constatées ;
  • de réfléchir à des dispositifs adaptés de différentiation pédagogique.

L’évaluation permet à l’élève de :

  • prendre conscience de ses progrès et de ses besoins dans la langue ;
  • comprendre l’intérêt des activités de remédiation proposées par l’enseignant. »

On voit bien que tout ceci est transposable, parfois directement, dans toutes les disciplines.

Alors voici ma question : est-ce bien raisonnable qu’un élève de début de collège m’explique, fatigué par avance, qu’il va passer ses vacances à travailler parce qu’il aura six ou sept évaluations en trois jours à la rentrée ? Sont-ce des conditions favorables d’évaluation ? Et d’ailleurs, pourquoi toutes ces évaluations d’un coup ? Parce qu’il faut des notes, la fin du deuxième trimestre approchant à grands pas. Mais c’est contraire à l’intérêt de l’élève, de façon immédiate et à plus long terme (la façon dont il va envisager l’évaluation va être dégradée), et ce n’est pas ce que l’institution attend. De plus, je ne peux pas imaginer que six ou sept enseignants ont atteint pile poil en même temps le « bon moment » pour évaluer une séquence.

Evaluer devrait se faire en continu, en proposant des réévaluations pour permettre de remédier et de progresser. Evaluer devrait être un non-événement. « Ne pas avoir assez de notes » n’est pas un argument, ni un problème. La seule question intéressante est celle des compétences : que sait faire cet élève, qu’a-t-il appris, qu’a-t-il compris ? Mais c’est vrai, cela nécessite une réflexion de fond de notre part à tous, réflexion qui a des conséquences importantes sur nos pratiques pédagogique et didactiques, et qui va demander de travailler différemment.

Au final, enseignants, élèves et parents se stressent tous sur cette façon figée et concurrentielle d’envisager l’évaluation. Nous sommes tous d’accord pour dire que notre système est trop élitiste, que les enfants réussiraient mieux s’il apprenaient pour le plaisir d’apprendre, que PISA montre les limites de nos pratiques.

Et pourtant, les changements sont lents et à la marge.

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Comment j’ai perdu mon temps (et comment je vous fais perdre le vôtre)

Sur France Inter, le Si tu écoutes, j’annule tout de vendredi 27 janvier prétendait parler de maths, ou d’un sujet qui impliquait les maths. Les animateurs ont annoncé qu’il serait question de « femme idéale de façon chiffrée » juste avant que je parvienne à destination. Bon en fait, j’ai écouté en différé, et pas
du tout. Je ne vous propose même pas l’extrait correspondant, tant il n’y a rien de rien de ce qui est annoncé dedans. Mais le « sujet » s’appuyait sur un article de slate.fr, intitulé « Le corps des femmes, cet idéal mathématique pour les hommes ». Moui moui moui, bon, je vais voir…

Bon, en fait l’idée est de rappeler que non, les maths ne sont pas partout, avec un titre racoleur. Suit donc un « tour d’horizon des superstitions en forme de chiffres ronds dont a fait l’objet le corps des femmes », terriblement long et sans aucun intérêt.

Mais alors, me direz-vous, pourquoi vous parlé-je de cette émission inconsistante mathématiquement, et de cet article lamentable ?

Parce que j’y ai perdu de temps et que comme j’ai peu dormi, je suis acariâtre, alors il n’y a pas raison que je souffre toute seule.

monsieur-grognonNa.

 

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Et un boulot de crotte, aussi

J’enseigne en collège, j’enseigne à l’ESPE, mais je suis aussi formatrice REP+, et formatrice académique.
Dans ce cadre, aujourd’hui, j’ai animé une formation sur le climat scolaire, au Havre. J’ai été mauvaise, mais bien, bien mauvaise. Je n’ai pas géré l’espace et son organisation, je n’ai pas maitrisé le temps, j’ai été en-dehors, pas assez réactive, pas assez rentre-dedans, pas assez adaptable. Probablement ne m’étais-je pas non plus assez emparée du dispositif, de ses modalités.
J’ai loupé, et ce n’est la faute de personne d’autre.
Alors que faire de cela maintenant?
Hé bien assumer, déjà. Ensuite, relativiser. Et puis agir. J’y retourne dès que je peux, et je leur dis : j’ai loupé la fois dernière, alors là, je vais vous montrer que je peux faire mieux que ça. Je ne vais pas non plus annoncer un feu d’artifice, hein. Mais je vais faire en sorte que les enseignants auxquels je m’adresse sentent que je ne m’en fiche pas, que ma mission m’intéresse, me motive, et qu’eux aussi, ils m’intéressent et me motivent.
Vous voyez, les jeunes (élèves et étudiants) : on se plante à tout âge, avec toute ancienneté. Et on peut rebondir, la plupart du temps. C’est une question d’humilité (ben oui, je me plante, et je ne suis pas toujours compétente), de fierté (Je ne vais pas en rester là, non mais sans blague !) et d’énergie (On y retourne, taïaut !).
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Vous reprendrez bien un peu de cliché ?

Sur le site de Marianne, j’ai lu ce matin un article qui m’a fait bondir. Véronique Marchais, professeur de français et co-auteur du manuel scolaire Terre des lettres, fait sa fête à la formation intiale des enseignants, à l’ESPE. Tout en nuance, l’article explique que le « lent naufrage de l’école française » est la faute des ESPE, qui propose une « formation initiale aujourd’hui réduite à un embrigadement« , infantilisante, « imposant une démarche unique« , espèce d’éteignoir de la liberté pédagogique et de l’esprit critique. L’ESPE apparaît d’ailleurs comme rangée dans la catégorie « institution », quel qu’en soit le sens.

J’invite cette dame à venir nous rendre visite, dans notre ESPE, quand elle veut. Elle aura un contre-exemple de ce qu’elle prétend. Elle écrit : « Qu’on se le dise : le professeur qui réfléchit est une espèce en voie de disparition, menacée par les réformes en cours. » C’est une honte, d’écrire ça. Ce que nous faisons dans mon ESPE, c’est justement donner l’envie, les moyens, la conscience de la nécessité de réfléchir par soi-même, pour être le plus efficace possible, tout en prenant du plaisir à enseigner.
La suite est l’avenant : c’était mieux avant, doxa, dogme, pédagogues (on a échappé aux pédagogos, merci madame), idéologie, refus de la réalité… Tout est en miroir, en fait, et c’est une charge-défouloir qui n’est en rien constructive, et qui est mensongère. Dommage : il serait intéressant de discuter vraiment. Car non, l’enseignement descendant et magistral n’a pas réussi. C’est bien pour cela que les professionnels ont cherché des solutions. Solutions imaginées, construites et testées grâce à leur liberté pédagogique, la même que l’auteur de l’article imagine niée. Au contraire, la réforme, justement, l’affirme comme jamais, et la permet concrètement davantage qu’auparavant. Et puis les enseignants gardent ce qui fonctionne : il n’est pas question de changer juste pour changer. Chaque enseignant est libre de décider de ses pratiques, et le fait en réfléchissant aux meilleurs façons de faire réussir les élèves. Car c’est cela qui doit nous guider : ni des querelles de clocher, ni des positions de principe, ni la recherche d’un pouvoir qui n’existe pas. Notre seul moteur, c’est de faire réussir les élèves, c’est-à-dire de les préparer à leur vie d’adulte, d’humain, de citoyen.
« Il faut réaffirmer la liberté pédagogique ; C’est cela, et cela seul qui pourrait “inverser la courbe” du lent naufrage de l’école française. »  Merci madame, d’avoir trouvé la solution.
Je retourne donc exercer « vulgairement » mon métier, avec l’impression de réfléchir par moi-même, alors que je ne suis qu’une exécutante manipulée qui pense de travers.