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Les maths et monsieur Attali

Jacques Attali a publié sur le blog de l’Express un article intitulé « Les maths, et nous ». Allons bon.

Monsieur Attali commence par rappeler que le niveau baisse, « avec des conséquences tragiques sur le niveau de nos ingénieurs, de nos chercheurs, de nos entreprises ». Il attribue cela à la réforme des maths « modernes ». Bourbaki fait long feu, tout de même…

Monsieur Attali note des progrès : « Tout cela est réparable, et on s’y emploie, avec un espoir d’y réussir, en particulier, récemment, en s’inspirant de méthodes utilisées à Singapour », méthodes qu’il décrit de façon caricaturale.

Et puis Jacques Attali décrit les qualités (désuètes selon lui) nécessaires à un auteur2exercice harmonieux des mathématiques :  » la concentration, l’entêtement, la répétition, le par cœur, la capacité à reconnaître ses points faibles et à chercher à les améliorer, le travail en équipe pour se faire expliquer par d’autres pairs ce qu’ils ont compris avant vous. » C’est amusant, car s’il y a du vrai là-dedans, ce n’est guère positif pour les mathématiques. En particulier, il n’évoque pas la capacité à raisonner, à réfléchir. Pourtant, en maths, on réfléchit plus qu’on ne répète, même s’il est vrai que les gammes sont indispensables. Je partage aussi avec monsieur Attali le goût de l’effort et sa promotion. Ainsi que l’accès à ce qu’il appelle « l’investissement mental » à tous, sans considération de CSP.

Mais nos mathématiques ne sont pas les mêmes, manifestement.

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Punir, pourquoi ?

Sur le blog NousVousIls, Dorothée Blancheton  propose un article intitulé « des alternatives aux punitions ». Alors que justement je dois gérer des dysfonctionnements massifs dans une classe, pas spécialement dans ma discipline mais en tant que prof principale, cela m’a attirée. D’autant que mon mari et moi avions eu une discussion récemment à ce sujet : il trouve les punitions inutiles pour la majorité. Je suis d’accord (comment ne pas l’être, lorsqu’on observe les « effets » ?) mais mes stratégies d’éducation au vivre ensemble, les conseils de la classe et tout et tout ne semblent avoir aucun effet en dehors de ma propre salle. Je m’interroge donc : parfois, la punition permet aussi d’apaiser les collègues, qui voient qu’on marque le coup, qu’ils sont écoutés et pris en compte, pour des faits évidemment en dépassement des règles de l’école.

Mais ce n’est pas simple. J’ai l’impression de partir dans des directions opposées. Cela ne peut pas permettre à mes élèves de comprendre ce qui se passe, me semble-t-il.

Madame Blancheton évoque le livre « L’impasse de la punition à l’école », paru chez Livre.jpgArmand Colin, sous la direction d’Eric Debarbieux, spécialiste du climat scolaire. Ces deux documents (ici pour l’école et là pour collège et lycée) m’ont souvent aidée, d’ailleurs.

Les garçons sont plus punis que les filles, les punitions sont trop souvent vécues comme injustes (particulièrement en éducation prioritaire), et les punitions « produisent rarement l’effet voulu. » Que faire donc ? Réitérer, encore et encore, des punitions ? Eric Debarbieux dit : « Les professeurs ont un besoin fort d’acquérir des gestes professionnels pour gérer des élèves difficiles. Attention, il n’y a pas une méthode miracle. Mais il y des pistes à explorer» : un collège, après formation à la discipline positive et à la médiation, a divisé par dix le nombre d’exclusions espar trois celui du nombre d’élèves harcelés. mais avant tout, pour améliorer les choses, il faut une cohésion de l’équipe.

Par discipline positive, on n’entend pas « fais ce que tu veux mon grand, il faut que tu fasses tes expériences ». La discipline positive « implique de poser un cadre ferme et bienveillant autour de lignes de conduite, de responsabilités et de rituels. (…) La discipline positive propose de « transformer un incident en opportunité d’apprentissage pour l’élève et le groupe classe » ». 

Une phrase que nous devons ne pas oublier lorsque la mayonnaise nous monte au nez parce que Roman-Manon-Aston-Jennie semble ruiner notre séance et que non, définitivement non, nous n’arriverons pas à faire comprendre à tous avant que ça sonne la notation scientifique ou la différence entre aire et périmètre :

« tout comportement est une stratégie pour nourrir un besoin fondamental ».

Moi, ça me fait du bien de rationnaliser.

Je dois sans doute être plus patiente, et réfléchir davantage.

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J’aime pas les tongs.

 Les Maths en Tongs est une plateforme en ligne « pour apprendre les mathématiques de la troisième à la terminale«  qui « adopte une approche des mathématiques bien plus détendue que ce qui se fait à l’école. Elle s’appuie sur une maîtrise réelle des bases et non sur le « Fais 2000 exos et tu vas comprendre !«  » Ouahhhh, merci les clichés ! Quelle belle condescendance, merci Steven !!!

Le slogan qui nous accueille sur le site est celui-ci :

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Ah deuxième petite crispation : je passe mon temps à dire aux élèves que pour progresser, il faut travailler, qu’il n’y a ni secret là-dessus, ni moyen d’y échapper, et que le sentiment du devoir bien accompli est d’ailleurs bien agréable. J’essaie de développer un certain sens de l’effort (sans prôner de bosser tout le temps, sans pression, non plus) qui me semble en prendre un coup dans les chaussettes, dans ce que je lis ici. Pourtant, la technique ne s’acquiert qu’en s’entrainant. A quand des « trucs » pour courir le 100m comme un champion sans transpirer ? Ou pour jouer du trombone sans travailler sa colonne d’air ?

Malheureusement, pour accéder aux contenus, il faut payer, à partir de 10€ par mois. Je n’ai pas donc pu me faire une idée. J’ai toutefois visionné des vidéos accessibles de la chaîne Youtube, qui m’ont semblé classiques, pas forcément très rigoureuses dans le vocabulaire, et pas hyper révolutionnaires. Elles m’ont paru faire peu de cas du sens et davantage s’attacher à la méthode.

Cela dit, tant mieux si des élèves qui bloquent à l’école surmontent leurs difficulté en tongs… Et puis ça fait des sous à Steven. (en fait non, comme il l’explique dans un de ses commentaires)

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De l’implicite qui tape…
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A la rentrée, y’r’pleut.

Après une longue réflexion sur la façon dont je vais procéder en quatrième, voici le plan de ma prochaine séquence. Elle ne débutera pas la semaine de la rentrée, lors de laquelle nous allons nous remettre en route sur l’extraction de données, les lectures graphiques et le sens de la proportionnalité, mais la suivante. Elle s’intitule y’r’pleut. Pour ceux qui ne le sauraient pas, j’habite en Normandie.

Mon objectif majeur porte sur les pourcentages, car mes élèves ne donnent pas de sens à tout ce qui touche la proportionnalité.

Mon objectif secondaire porte sur les probabilités. Je voudrais faire le lien avec les fréquences.

Mes cerises sur le gâteau, c’est de revoir l’inégalité triangulaire, que nous allons incidemment croiser, et ce que signifie une fraction de…, avec en conséquence la réactivation du produit de fractions.

Mais en vrai, ce que je vise, c’est de motiver mes troupes. Avant les vacances j’ai eu un gros coup de blues en faisant le bilan des évaluations de mes quatrièmes. J’en ai parlé ici. J’ai expliqué à mes élèves ce que je ressentais, avant les vacances, et j’ai essayé, avec une grande énergie, de réveiller les neurones de ces jeunes gens. J’ai un peu réussi. Pas mal, même. Mais encore faut-il que ce mouvement s’inscrire dans la durée. Sur le moment, ils ont sans doute été sensibles aux arguments du type « je n’arrive pas à bien faire mon travail avec votre classe, mais je ne peux pas réussir toute seule, sans vous », et aux encouragements. Et je leur ai dit, aussi, que j’allais me remettre en question moi aussi.

Donc là, le but, c’est qu’il y ait de l’énergie qui circule. Pas de l’énergie qui fait coller un coup de règle dans la tête de son voisin, faire un dab ou émettre des grognements animaux, non. De l’énergie de l’intelligence, dont je sais que tous mes élèves sont pourvus, même si franchement il en est parmi eux qui essaient vraiment de me faire croire le contraire. Mais comme je le leur ai dit, je ne les lâcherai pas. Je n’abandonnerai pas, quoi qu’il arrive. Je vais essayer de les faire progresser, même malgré eux. Voilà.

Bon, donc, je reprends l’année avec Y’r’pleut et seulement 5 semaines devant moi pour inverser de façon mesurable la tendance. C’est une toute petite séquence, accessible à tous.

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Première étape : météoooooooooo

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Le 21 juillet, nous visitions un site de fouilles archéologiques, avec mon mari. D’où cette interrogation : risque-t-il de pleuvoir ? En soi, cette question est déjà très différemment perçue selon le contexte : en fait, je me demandais si j’emmenais un « truc à capuche ». Ç’aurait été encore différent si je m’étais demandé si j’étendais le linge dehors, si je laissais les fenêtres ouvertes ou si j’étais de nature soluble. En termes de risque, on est souvent dans le relatif.

En premier lieu, je vais demander aux élèves d’observer et d’expliquer les différentes informations affichées par mon application. Je voudrais qu’ils me parlent de la température, du dessin avec le soleil et le nuage, de vitesse, de direction, de la façon dont ils comprennent « ensoleillement », des % pour exprimer les précipitations, de ce qu’est la fiabilité. Donc en principe les questions 2 et 3 devraient être incluses dans la réponse à la question 1. Mais comme j’ai préparé mes cours cet été et que le coeur de mon objectif est là, je les ai tapées quand même.

À la question 4, nous allons débattre : mon mari et moi comprenions les choses différemment, cet été.

Pour ma part, je comprenais qu’il y a une chance sur deux qu’il pleuve, mais à 80% de fiabilité. J’ai trouvé ça assez débile. Ça fait 40% de chances qu’il pleuve alors ? Mais pourquoi séparer précipitations et fiabilité ?

Mon mari, lui, ne voyait pas les choses comme ça : il va pleuvoir la moitié de la journée, mais on n’est sûr qu’à 80%, m’a-t-il dit.

Alors j’en ai fait une activité. Elle doit nous projeter dans les probabilités, les risques, les chances, et aussi les taux. Moi, j’ai d’autres informations données par mon application, pour relancer le débat. Mais je ne vous les montre pas tout de suite, car j’ai des élèves qui se promènent ici et cela spoilerait tout.

La suite dans un autre article, bientôt.

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Ca ne va pas.

Non non non non, ça ne va pas. Pas du tout. Mes 4èmes ont loupé leur évaluation, globalement. Évidemment les bons sont encore meilleurs, quelques élèves qui étaient fragiles se sont consolidés, mais les autres ne progressent pas, voire réussissent de moins en moins bien.

Il faut que je change de stratégie. Ça ne marche pas comme ça. Les écarts, qui se réduisaient, se creusent de nouveau.

Ces élèves (ceux qui ne progressent pas) sont ceux qui oublient leurs affaires, ne font pas leur travail de façon répétée, semblent épuisés en permanence. Ce sont eux aussi qui souffrent du manque de régularité des heures de maths dans la semaine (trois heures le lundi, une le vendredi). Ok. Mais je ne peux pas me résigner, ni accepter qu’ils se résignent. Il faut que j’arrive à les faire progresser, en tenant compte de l’absence de travail à la maison, de leur manque d’appétence initiale.

Je veux bien des conseils. Comme ça, à chaud, je me dis que :

  • Il faut que je les fasse davantage apprendre en classe.
  • Il faut que je donne davantage d’interros flash pour automatiser plus encore.
  • Il faut que je prépare des plans de travail. Je dois différencier à fond. Mais je veux aussi garder le groupe classe, parce que j’ai eu du mal à commencer de le construire… Et parce que c’est important, socialement et mathématiquement.
  • Il faut que je continue les concours, les rallyes, qui les motivent vraiment bien.
  • Il faut que je leur montre là où ils ont progressé, car il y a du mieux dans certains domaines.
  • Il faut que je leur montre ma motivation à moi, mon énergie pour eux.

Pfffffff, c’est dur. À part les plans de travail, je fais déjà tout ça, mais je vais essayer de cadrer plus rigoureusement encore. Je passe tellement de temps et d’énergie à construire des séances, des dispositifs qui puissent les faire réussir, ces gamins, et je n’y arrive pas comme je voudrais. Pourtant je sens que ça passe mieux entre nous, que nous nous sourions plus, que nous communiquons mieux. Mais mon objectif, c’est rendre mes élèves compétents en maths, armés pour l’avenir, et surtout, qu’ils aient envie de réfléchir et sachent trouver les méthodes pour dérouler des raisonnements fiables.

Bon. Je balance ma programmation de cette semaine aux orties. J’ai des idées pour renverser la vapeur dès demain.

Au travail.

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Oh le flop !!!

J’avais bien envie de faire ça mardi avec des élèves :

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Alors donc j’ai bravé la pluie diluvienne pour aller acheter un jeu de cartes, nous avons, ma fille et moi, découpé et plieuse douzaine de cartes, puis emboîté deux cartes. Et voilà, nous en sommes restées là. Impossible de comprendre la suite.

Mardi, je proposerai aux élèves les plus patients, capable d’analyse et qui ont des compétences visuo-spatiales de tenter le coup. J’espère qu’ils réussiront mieux que nous !