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B-A-BAC ?

Dans le Monde, Annabelle Allouch, maîtresse de conférences en sociologie, écrit sur le bac. C’est l’année ou jamais pour questionner le bac sous sa forme d’examen bloquant, et le bon moment pour moi de mener ma charge annuelle un brin provocatrice. Le titre de son article est :

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Pour moi, le bac est un vestige archaïque de l’évaluation passéiste. Je sais que certains d’entre vous vont bondir (et on peut discuter, rasseyons-nous ensemble), mais je suis contre le fait de bloquer les jeunes par le bac. J’ai vu beaucoup de lycéens ramer dur pour décrocher leur bac en deux ou trois années de terminale et réussir ensuite des études supérieures. J’ai aussi vu beaucoup, beaucoup de lycéens décrocher leur bac sans problème, voire avec une mention, et échouer successivement à différentes poursuites d’études, pour finalement s’arrêter là. Alors je pense que le bac tel qu’il est en ce sens a un côté bizutage plus ou moins assumé. Annabelle Allouch évoque d’ailleurs la question du « bac bloquant » :

On avance souvent l’exemple de la session 1968 du baccalauréat, celle qui a suivi le mouvement de Mai. Passée à l’oral seulement, elle a conservé l’image, erronée, d’un « bac au rabais ». Mais avoir eu moins d’épreuves, avec un taux de réussite plus élevé, a permis à la génération de bacheliers de 1968 d’avoir une trajectoire professionnelle bien meilleure que les précédentes. Des économistes et des sociologues britanniques en ont fait la démonstration. De ce point de vue là, il y a de l’espoir…

Notez que je ne suis pas contre un examen terminal, national, équitable, exigeant et lisible, qui donne un curseur du niveau de connaissances et de compétences des élèves. Je ne m’oppose ni aux examens, ni à l’évaluation évidemment. Évaluer et certifier sont des actes nécessaires pour mesurer les effets d’enseignements et d’apprentissages. Mais je crois qu’on pourrait faire davantage confiance. Une évaluation vraiment positive, depuis l’entrée en maternelle jusqu’à la fin des études (et aussi professionnellement), permettrait à chacun de faire ses choix, en toute connaissance de cause. L’évaluation infantilise, souvent, telle qu’elle est envisagée chez nous. Cette infantilisation, qui se déploie dans tous les domaines actuellement, est méprisante, à mon sens.

L’autre aspect du bac qui me heurte, c’est que pour donner plus de chances aux élèves de l’avoir, parfois on les formate, on développe des automatismes, bref, on bachote. Or enseigner c’est faire grandir, rendre libre et capable de faire des choix éclairés au regard de ses connaissances et de ses capacités de raisonnement. Faire apprendre des trucs par coeur pour qu’ils soient oubliés aussitôt ne certifie rien du tout. Enseigner un programme, c’est chouette : on y navigue, on y fait des choix de focales, de développements. On le traite avec sérieux, mais on y vit. Enseigner à savoir répondre à une épreuve de bac, c’est beaucoup moins rigolo.

Enfin, que le bac soit une « institution » m’est bien égal. Le progrès consiste à interroger ce qui existe pour le transformer en mieux. En revanche, Annabelle Allouch porte un regard sur l’importance des rituels. Qualifier le bac d’institution ou le voir comme un rituel, c’est en même temps la même idée et très différent. Pour autant, un rituel n’a pas de raison d’être immuable : on peut en réinventer, s’ils sont nécessaires :

En France, les changements de niveaux passent presque toujours par une évaluation. Pourquoi ne pas s’emparer de l’expérience du confinement pour la transformer en rituel d’adieux ? Pourquoi ne pas imaginer des exposés, un récit de ce moment très particulier que les lycéens partageraient entre eux, lors d’un moment festif avec leurs enseignants en septembre ? En matière de rituels, tout peut être imaginé…

Madame Allouch écrit aussi :

Le baccalauréat, ce n’est pas seulement un rite individuel où l’élève reçoit une série de notes. C’est aussi un rite institutionnel et politique. En passant les épreuves, le jeune n’est plus jugé uniquement par ses professeurs : il rencontre pour la première fois l’État, qui valide ses capacités et lui garantit une égalité de traitement par rapport à ses pairs. Sous la IIIRépublique, le certificat d’études incarnait déjà ce rapport aux institutions ; avec ce diplôme national, l’État certifiait la valeur du citoyen. Cela n’a pas beaucoup changé. Et c’est de cette première rencontre avec l’institution politique que la promotion du « bac 2020 » se voit privée.

Je comprends cette idée de rencontre avec l’État, de validation officielle. On pourrait discuter l’emploi du mot « capacités », ou y adjoindre l’adjectif « scolaires ». Mais je ne suis pas d’accord avec « l’égalité de traitement par rapport à ses pairs ». Pas du tout. D’ailleurs Annabelle Allouch écrit :

Les épreuves du baccalauréat n’ont jamais été égalitaires ; il s’agit déjà d’un examen socialement discriminant.

Comme première rencontre avec l’État, on peut donc faire mieux.

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Au bac de 1954

Dans une foire à tout, j’avais trouvé, au début de l’été, quelques bouquins de maths. J’ai déjà parlé ici du manuel très simple d’arithmétique de monsieur Leyssenne. Aujourd’hui, comme je repars au collège lundi, je fais le point de ce qui restait sur mon bureau. Commençons donc par les annales du bac. J’ai les fascicules 1954 et 1955.

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Les sujets sont organisés par séries : séries classiques, modernes, techniques, économiques, mathématiques, littéraires.

Quelques exemples :

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Je trouve assez remarquable le spectre de thèmes, la grande hétérogénéité de nature des questions, mais aussi leur forme, qui parfois évoque des sujets de dissertation, au baccalauréat.

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Le miracle du bac

Dans La Croix, un article du 5 juillet propose une analyse du marasme du bac de cette Unknown.jpgannée et un regard sur le pilotage de l’Education Nationale par l’ancien directeur général de l’enseignement scolaire, Alain Boissinot :

Alain Boissinot qualifie le fonctionnement du bac depuis des décennies de miracle : selon lui, l’examen est incroyablement fragile car déraisonnablement complexe. Il répond aux questions du journaliste quant à l’égalité de traitement des candidats :

Des problèmes d’égalité se posent à partir du moment où l’on fait appel au contrôle continu pour certains candidats et pas pour d’autres. Beaucoup s’interrogent aujourd’hui sur la valeur de ce baccalauréat 2019 mais c’est une question sans grande importance : on raisonne comme s’il s’agissait d’un concours, alors que le bac est devenu une attestation de fin d’études secondaires, certes nécessaire pour rejoindre l’enseignement supérieur mais sans effet sur l’orientation. Au bout du compte, personne ou presque ne sera lésé par la solution qu’a imaginée le ministère pour surmonter la crise. Je fais le pari que le taux de réussite, cette année, sera équivalent, voire meilleur que ceux des années précédentes.

Deux choses me gênent : le fait que le bac soit nécessaire pour rejoindre l’enseignement supérieur est tout de même d’une importance considérable (et d’ailleurs je le regrette, car des jeunes sont parfois bloqués alors qu’ils s’épanouiraient plus rapidement en poursuivant leur chemin), et le « ou presque » dont il me semble qu’on ne peut pas se satisfaire.

Dans la suite de l’interview, les organisations syndicales en prennent pour leur grade, et monsieur Boissinot apporte son soutien explicite à Jean-Michel Blanquer :

On n’est pas dans une culture du dialogue mais le principal responsable de cette situation n’est pas le ministre. L’idée de Jean-Michel Blanquer, c’est que les réformes sont nécessaires, attendues par l’opinion publique sinon par les enseignants, et qu’il est essentiel de tenir bon.

Un bémol toutefois :

Même si Jean-Michel Blanquer rêve de la recréer, on n’est plus dans une société de la confiance. Et le titre de sa loi définitivement adoptée jeudi 4 juillet, « pour une école de la confiance », sonne largement comme un vœu pieu.

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Les questions tracassantes de François

Sur Images de mathématiques, François Sauvageot a publié hier une tribune intitulée « CONFIANCE – Comment peut-on en arriver à faire la grève de surveillance du bac ? » La lire permet de faire un point complet sur les interrogations, les tensions, les paradoxes, les inquiétudes (voire les angoisses) actuels quant au lycée. Il faut le lire, et jusqu’au bout (d’autant que la dernière remarque est effectivement tout à fait frappante !) Vous traversez au fil de votre lecture des questions sur l’évaluation et l’orientation, sur les aspects logistiques (à ne pas négliger, car déterminants), sur les programmes.

Le lycée quant à lui devrait garantir une formation citoyenne et l’épanouissement

En prime, Alice Ernoult, présidente de l’APMEP, a répondu au billet.

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Bon courage aux « autres » aussi !

Aujourd’hui les médias n’auront d’yeux que pour la première épreuve du bac, la philo. Est-ce parce qu’elle est la première épreuve de ce bac si vénéré ? Parce qu’elle renvoie aux souvenirs propres de la plupart des gens ? Parce qu’elle engage « toute une classe d’âge », comme je l’ai entendu à la radio ? Parce que la philo « représente la culture française » (là, j’ai ri, j’avoue) ?

Alors je souhaite une bonne journée à tous les candidats qui ne passent pas le philo aujourd’hui : ceux qui passent le bac de français, et ceux qui, en lycée professionnel, passent le français ce matin et l’histoire-géographie-EMC cet après-midi. Ceux-là, ils vont entendre parler du bac général toute la journée. Ils doivent avoir une impression de transparence assez particulière. Pourtant, on en fait, de belles choses, en lycée professionnel !

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Juin ça rime avec examens

Juin, le temps des examens, l’invasion totale dans les médias : bientôt c’est le bac de philo (tiens, et le bac pro qui est passé, on s’en f%&* ?), ça y est c’est le bac de philo, et puis les autres épreuves, et puis le DNB, et puis cette épreuve-ci était trop difficile, et puis un paquet de copies a été perdu là-bas, et puis les rattrapages, et puis cette année parcoursup…

Pfiou, c’est fini. Bon, et alors ça donne quoi ?

Le DNB

Le Café Péda fait un bilan du DNB 2018 : « après l’année record qu’a été 2017, c’est la chute. Avec 87% de reçus, le taux de réussite est en recul de 2% par rapport à 2017″. Et oui, 2%, c’est beaucoup : il y a quand même eu plus de 800 000 candidats cette année. « La série générale obtient 88% de lauréats (-1.8%) et la série professionnelle seulement 78% (-1.6%). Les filles réussissent mieux que les garçons avec 91% de réussite contre 84% pour les garçons« .

Pourquoi cette baisse ? Là encore, le Café péda explique : lors de la session précédente, avec la réforme, « la majorité des candidats arrivait aux épreuves finales avec suffisamment de points pour avoir déjà le brevet« . En effet, le ministère avait décidé d’un DNB hybride, impact par l’examen final, mais plus seulement : la validation du socle commun apportait 400 points sur 700.

 » En octobre 2017 le nouveau ministre veut renforcer l’examen sans revenir sur le socle. (…) Le brevet comporte d’abord une évaluation du socle menée tout au long de l’année . L’évaluation finale  est validée en fin d’année par le conseil de classe et le chef d’établissement. JM Blanquer opte pour un affaiblissement de cette part de l’examen et un renforcement du poids de l’examen final. Il compte maintenant pour 400 points sur 800 au lieu de 300 sur 700« . Les épreuves terminales redeviennent nécessaires pour la plupart des candidats.

Autre changement : « finie l’époque ou maths, sciences, histoire géo et français étaient à égalité. Dorénavant on distinguera le français et les maths, matières nobles et fondamentales à coefficient double (100 points), et le reste. »

« Au final personne ne veut de ce monstre administratif qui est massivement rejeté par le CSE le 19 octobre. Mais JM Blanquer n’écoute pas et sur de ses choix impose son projet. »

L’article du Café pédagogique se termine par une interrogation ô combien sensée : pourquoi maintenir un examen dépourvu de sens, lourd, coûteux, qui nous boulotte le mois de juin alors que nous pourrions travailler avec nos élèves ?

Parce que nous aimons les examens, surtout. Ca forge le caractère, ça prépare à la vie, monsieur-dame. Et puis ça trie : mon enfant est meilleur que d’autres, ouf, je me sens mieux. Mais quand même, il n’y a pas que ça : lorsque je vois des élèves (qui ont rencontré des difficultés ou qui n’ont pas bien trouvé leur place à l’école en particulier) quitter le collège avec le DNB ou avec une mention, je vois leur fierté. Pour eux, à ce moment-là, cela signifie quelque chose. Ça me console, un peu.

Le bac

Toujours sur le Café Pédagogique, un article intitulé « Le bac est-il donné à tout le monde ? » montre que non. Cela dépend si on passe le bac général (91,1% de réussite), technologique (88,9%) ou professionnel (82,6%), si on s’appelle Garance ou Mohamed, si on est une fille ou un garçon, si on est issu d’une famille riche, aisée ou pauvre.

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« On n’assiste pas réellement à une démocratisation du bac. On voit plutôt l’éclatement du système entre un bac des riches qui ne s’ouvre pas, à fort taux de reçus, et un bac des pauvres, qui augmente rapidement, mais n’offre ni les mêmes débouchés ni le même taux de réussite« .

Autre fait-choc à mon sens : « Le taux de 88% de reçus (en 2016) cache le fait que seulement 79% d’une génération obtient le bac. Un jeune sur cinq quitte toujours l’école sans le bac. (…) Concrètement un garçon sur quatre n’aura jamais le bac« . Je crois qu’on peut définitivement arrêter de dire que tout le monde a le bac.

Le Café péda conclut :

« Mais pour bien estimer si le bac a de la valeur, voyons ce qu’il coûte à celui qui ne l’a pas. Si en France personne ne s’est attaché à ce calcul, le caractère pragmatique des Anglo-Saxons nous permet de trouver plusieurs études en ce sens. La plus récente provient de l’Alliance for Excellent Education (AEE) , une association charitable qui milite pour la scolarisation. Pour elle « tout le monde bénéficie des progrès de qualification ». Elle a pu calculer la différence de salaire entre un bachelier et un non bachelier (26 923 $ contre 17 299) et partant de là estimer le manque à gagner collectif : si tous les jeunes Américains de 2008 avaient poursuivi leurs études jusqu’au bac, ils auraient apporté 319 milliards de dollars en plus à l’économie américaine durant leur vie. Mais puisque les diplômés vivent plus longtemps, deviennent des citoyens plus posés, L’AEE estime également d’autres retombées : « les économies régionales et locales souffrent plus quand elles ont des populations moins éduquées car il leur est plus difficile d’attirer des investissements. En même temps elles dépensent davantage en dépenses sociales ». L’AEE a pu calculer qu’en poussant tous les Américains jusqu’à la fin des études secondaires, l’État économiserait de 8 à 11 milliards chaque année en aide sociale, 17 milliards en aide médicale. Si le taux de sortie sans qualification des garçons baissait de seulement 5% cela représenterait 5 milliards de dépenses policières en moins. »

La question n’est pas forcément bac ou pas bac. la question est celle de l’éducation, pour tous, le plus loin possible. Or le bac continue aussi d’incarner l’idée de classement, et par ailleurs c’est un sésame pour la suite.

Mais tout ce qui compte, c’est de partager le savoir, de diffuser la connaissance, de répandre la culture. C’est privilégier un projet collectif de société plutôt que l’individualisme.

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Anti-perles : une bonne initiative

Les « perles » du bac, c’est comme les bêtisiers : ça sent l’enfumage et ça flatte le côté ironique contre lequel chacun de nous devrait lutter. C’est trop facile, en plus, avec des extraits sortis de leur contexte. Alors cette initiative d’anti-perles, qui est peut-être tout aussi artificielle, a au moins pour bienfaits de ne ridiculiser personne et même de mettre en valeur les jeunes.

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Parce que ce n’est pas parce qu’on est jeune qu’on est con.

Là où je m’interroge, c’est sur la confidentialité. Mais il n’y a peut-être pas de problème…