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La réforme du panda

On en a vécu, des réformes. On en a changé, d’orientations. On nous a réécrit les programmes, on nous a inventé les EPI, les ATP ont perdu leur P et se sont ancrés dans nos horaires disciplinaires. Les parcours se sont démultipliés, et puis on a inventé de nouveaux acronymes. On nous a aussi réformé le DNB, avec d’un coup d’un seul des points à distribuer pour avant-hier. De nouvelles colonnes sont apparues dans les bulletins. On nous a créé le CAFFA, pour continuer à être formateur, comme depuis plus de quinze ans. C’est l’histoire de notre vie professionnelle : on n’en est pas au premier changement.

Mais là, c’est dingue. Une nouvelle virevolte, un changement de ouf, un truc vraiment dingue : Scratch a changé de nom comme ça, paf,du jour au lendemain. C’est arrivé comme ça : ma petite icône orange, sur le bureau de l’ordi, est devenue un panda bleu. Je vous jure, je n’ai rien vu venir ! A la maison, rien n’a changé, mais en classe, tout a été remplacé sans que je ne comprenne pourquoi…

C’est la chaleur ? C’es moi qui fatigue ?

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Ingrat, mon métier ? C’est un peu court, monsieur !

Un matin, un papa, devant mon collège, dit à son enfant, qu’il dépose pour aller en cours : « Tu veux être prof ? Mais enfin, XXX, c’est vraiment un métier de con ! »

Le monsieur croise mon regard et ne sait pas quoi dire. Je me suis arrêtée net, incrédule. Il me dit « Enfin non, pas comme ça. Je veux dire c’est ingrat, madame Lommé, excusez-moi, mais c’est vrai, enseignant, c’est ingrat ».

Je n’ai pas su quoi vous répondre, monsieur, à part un « mais non! » à la limite du pathétique. Et puis j’ai rencontré des arguments sur ma route :

Ce jour-là, en classe, deux élèves sont venues m’apporter des gâteaux qu’elles avaient cuisinés. Elles m’en avaient laissé une part, une au chocolat, une à la banane. Elles étaient toutes contentes, avec leurs gâteaux bien enveloppés. Je me suis régalée.

En salle des profs, une collègue est venue me dire que le dispositif « Réapprendre à lire » avait fait progresser les trois élèves concernés de la classe dont elle est professeur principale, de façon mesurable. Le conseil de classe l’avait constaté et noté sur les bulletins : ces élèves ont repris confiance en eux et comprennent mieux ce qu’ils lisent. Ma collègue voulait que je le sache.

Dans l’après-midi, deux stagiaires enseignantes m’ont contactée pour venir me rendre visite en classe, alors qu’elles n’ont plus cours, donc viennent juste pour le plaisir. Et à moi, cela m’a fait très plaisir.

Le soir, j’ai ouvert un mail qui émane de la maman d’une de mes élèves de l’année dernière, maintenant au lycée. Elle me donnait des nouvelles et m’a dit que sa fille gardait « un souvenir heureux et lumineux de son année » avec moi, en me remerciant pour cette année-là.

Alors non, mon métier n’est pas ingrat. C’est un métier qui me donne beaucoup, tous les jours. C’est aussi un métier difficile, fatigant, qui secoue, parfois, qui remet en question, souvent. J’ai bien conscience d’être favorisée en exerçant là où j’exerce. Et pourtant, je crois avoir autant reçu, sinon plus, pendant la dizaine d’années passée en éclair, même si le quotidien était plus fatigant aussi, et les « gros » problèmes plus fréquents.

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Mathiavélique, le jeu diabolique !

En AP en sixième, mes élèves ont fabriqué un jeu, du début à la fin. J’ai beaucoup aimé ce moment avec eux, et ils ont produit un travail d’une grande qualité.

Nous aurons consacré neuf heures au collège à élaborer Mathiavélique, le jeu diabolique, plus plusieurs heures pendant le week-end, où ma fille, élève de cinquième, est passée à la réalisation des plans de la classe de sixième.

Voici notre planning de séquence :

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Nous avons utilisé 5 heures d’AP (pendant lesquelles pratiquement toute la classe est venue systématiquement, alors que la séance concernait des groupes), 3 heures de cours, 2 heures de club maths, et pas mal de temps perso, sur un week-end.

Nous avons remobilisé ou mobilisé beaucoup de notions mathématiques. Nous avons parlé pourcentage, aire, fluctuation… Les élèves ont été très investis, ce qui a permis d’obtenir un beau résultat, dont je suis vraiment très fière, même si je n’ai été que chef d’orchestre.

Ce matin donc, les élèves ont présenté le jeu à notre chef et à des surveillants. Ils ont été très bien : nous avions préparé la présentation, un élève se chargeait d’expliquer les règles, chacun a lu des questions. C’était très chouette et je crois que nous avons réalisé un beau boulot.

Ce qui est amusant et qui m’a évidemment beaucoup plu, c’est que les élèves ont choisi, outre un super titre et un parcours en forme de π, des catégories correspondant aux compétences. Ils se sont donc approprié ces compétences : lorsqu’ils créaient leurs questions, ils savaient me dire à quelle compétence elles se rattachaient. Je pensais qu’ils auraient préféré des domaines du programme, tels que espace et géométrie ou nombres et calculs, mais non.

Autre surprise : ce ne sont pas les compétences modéliser ou raisonner qui les ont embêtés, mais la compétence chercher. Pour celle-là, ils ont eu du mal. En revanche dans représenter ils ont mis sans hésitation les questions liées aux écritures des nombres. Ils ne se sont pas cantonnés à des représentations statistiques ou de géométrie.

Quelques photos de notre week-end, avec le passage au concret par ma fille :

Elle est restée avec nous ce matin pour l’heure de test, du coup, les sixièmes l’ont applaudie, tout contents de son travail. C’était très sympa, et est représentatif du bon esprit dans lequel ils terminent l’année, alors que leurs qualités en matière collaborative étaient plus que limitées en début d’année. Ils ont grandi, ces jeunes gens !

À l’avenir, j’aimerais que la réalisation aussi soit faite par les élèves de la classe. Là, nous étions contraints par le temps et je voulais que ce soit tout beau… Car mine de rien, il nous a fallu plusieurs heures pour réaliser le plateau !

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Réapprendre à lire : capsule lancée !

Hier, l’équipe de Canopé venait au collège pour tourner une capsule autour du dispositif réapprendre à lire. Valérie Vilmain, qui a pensé le dispositif, sa mise en oeuvre et la formation des enseignants qui va avec, était là pour être interviewée, ainsi que ma collègue documentaliste, qui anime l’atelier avec moi.

Au départ, ça partait carrément mal : quatre absents, et parmi les autres, seuls deux élèves avaient le document autorisant à être filmé. Ouille, l’angoisse ! Heureusement A et E étaient là, avec leur document tout bien rempli. Ils ont donc été filmés, eux, et ont été interviewés. J’était déçue car ce sont deux élèves qui se sont débloqués assez brutalement en lecture, et que nos élèves allophones n’étaient pas filmables, ce qui est bien dommage. En plus cela a été très compliqué d’un point de vue logistique. Heureusement les surveillants ont été super et m’ont gardé les élèves lorsque j’avais  besoin de m’éclipser pour répondre aux questions. Valérie et ma collègue doc ont été évidemment super, mais ça c’était plié d’avance ; mais le bonheur du jour a été les deux élèves qui se sont exprimés. Ils ont été formidables, authentiques et tellement émouvants ! Du coup, ma déception de na pas avoir d’élève encore en difficulté à filmer en lecture s’est envolée.

L’année prochaine, on recommence ce dispositif. Mais dès le début de l’année, de façon plus carrée et en reprenant toutes mes notes pour être sûres de tout bien faire : comme Valérie était là, nous nous sommes rendu compte que nous faisions des choses de travers. Mais nous avons prévu du temps, avec ma collègue doc, pour reprendre tout ça. Et elle va suivre elle-même la formation de Valérie, pour que nous consolidions notre méthodologie.

Plusieurs capsules seront bientôt disponibles sur le site de Canopé, sur des sujets divers, tels que la co-intervention, le lire-écrire-parler. J’indiquerai les liens à ce moment là.

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On n’a pas π-gé ! C’est π-teux…

J’ai trouvé cette affiche au salon Culture et jeux mathématiques. Il s’agit de trouver les mots correspondant aux pictogrammes-jeux de mots, et nus avons un souci, les élèves et moi : il nous en manque un, peut-être deux. Il s’agit de celui au pinceau et pot de peinture rouge (nous avons une proposition, mais je doute) et celui juste à droite du précédent, où de l’eau semble couler (il y a un reflet dû au soleil au moment où j’ai pris la photo). Les autres, c’est bon. Mes élèves ont même eu d’autres idées, que nous réaliserons sans doute.

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Pouvez-vous nous aider ?

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« Mais qu’est-ce que vous aimez dans le métier d’être prof ? »

Ca, c’est vraiment récurrent : les élèves se demandent souvent ce qui peut me rendre aussi joyeuse d’exercer le métier d’enseignante. Cela les laisse manifestement perplexes. Et cela me laisse perplexe de les voir aussi incrédules. Nous ne nous comprenons pas.

Comme il était 7h50, j’ai répondu à l’élève qui m’interrogeait : « Ouhlà, il est tôt, je réfléchis et je te dis demain, ok ? »

« D’accoooord madame Lommééééé, alors à demaiiiiin ! » s’est exclamé le petit bonhomme qui est parti en gambadant de façon assez improbable. Alors je me suis dit  » Je fais ce métier parce que j’aime ces gamins ».

De huit heures à neuf heures, j’ai animé une heure de dispositif lecture. Mes élèves ont fait des progrès incroyables et cela m’a rendue vraiment fière (alors que ce sont eux qui bossent, mais bon). Du coup je me suis dit « Je fais ce métier parce que parfois je suis utile aux enfants ».

De neuf heures à dix heures, rallye mathématique. Ambiance joyeuse, coopérative avec une classe qui en était incapable en début d’année. Une élève jaillit de sa chaise « J’ai trouvé l’exercice neuf madame ! » Un autre lui dit « Attends, moi aussi j’ai une solution, on va comparer ». Et zou, discussion, débat. Là, je me suis dit « Je fais ce métier parce qu’aider les jeunes à grandir c’est formidable ».

De dix heures à onze heures, nous travaillons le nombre π. Je montre aux élèves une affiche vue au salon de la culture et des jeux mathématiques ce weekend à Paris, et nous réfléchissons ensemble. Il s’agit de trouver à quoi correspondent des π-ctogrammes. ils en trouvent plein, il nous en manque un. « Je vais le trouver pour vous, madame. Ca vous fera plaisir ? » Je me dis « Je fais ce métier parce que c’est un métier profondément humain, pour les liens qu’il crée ».

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De onze heures à treize heures, club maths. Je joue avec les élèves, et nous réfléchissons dur sur nos nouveaux jeux. A ce moment là, je me suis dit « Je fais ce métier parce que ça m’amuse, et parce qu’ils m’empêchent de me fossiliser, les jeunes ».

De treize heures à quatorze heures, évaluation en cinquième. Je regarde mes élèves, qui se concentrent d’une façon vraiment touchante, bouche ouverte et sourcils froncés. Ils m’appellent « madame, je peux utiliser mon pouvoir magique demander de l’aide à un camarade ? » ; « madame, je peux utiliser mon pouvoir regarder dans le cahier ? « . Alors à treize heure quarante-deux, « Je fais ce métier parce que c’est un métier dans lequel on construit, on invente, on fabrique ».

A quatorze heures, je file, jusqu’à seize heures, à une réunion de conception de formation. J’écoute des collègues motivés, ouverts, cultivés, volontaires. je me dis « Je fais ce métier pour les échanges, pour tout ce que j’y apprends en permanence ».

Revenue à la maison, j’ai fait bosser mon fils qui va passer le bac d’ici peu. Nous avons bien travaillé et je me suis dit « Ce qui est bien avec ce métier c’est que je sais des trucs, que je suis capable de les expliquer, de les transmettre, et de répondre à ses questions ».

Sur le coup de dix-neuf heures, je pense à une idée de projet pour Canopé qui m’a fait une commande. Je joins au téléphone les collègues concernées, qui me répondent malgré l’heure. Tout de suite elles me disent ok, on te fait confiance, vas-y, on est avec toi. Et là, je me dis « Je fais ce métier pour pouvoir m’enrichir des autres, travailler ensemble, en équipe, pour les élèves ».

Tout à l’heure, j’irai me coucher. Je penserai à ma journée, je repasserai le programme de demain. Et je me dirai que « je fais ce métier parce que j’ai hâte d’être à demain ».

Mais qu’est ce que je vais lui dire, à mon petit bonhomme, demain ??? Peut-être que je fais ce métier parce que mes heures ne se ressemble jamais.

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Un sourire pour Valérie

Valérie, c’est une super prof des écoles en charge de SEGPA qui a mitonné le dispositif Réapprendre à lire au collège. Ce dispositif est maintenant bien lancé dans mon établissement. D’ailleurs grâce à Sandrine, qui y est documentaliste, ce dispositif va se développer l’année prochaine, et en plus nous allons pouvoir à nouveau travailler ensemble. C’est chouette.

Aujourd’hui j’ai donc mené une nouvelle heure dans le cadre de ce dispositif. les gamins font des progrès épatants, et ils s’en aperçoivent. Cela développe leur volonté de bien faire d’aller plus loin encore. Ils sont passés de 39 fautes en 17 minutes à 4 fautes en 3 minutes, par exemple. Epatant, je vous dis.

Et ce qui est encore plus beau, c’est qu’aujourd’hui, un de mes élèves du dispositif, habituellement muet et que je n’avais jamais vu sourire, s’est exclamé avec enthousiasme  » Madame Lommé, j’ai fait deux fautes et j’ai mis 2 minutes !  » Je me suis retournée pour le féliciter :  » Bravoooo ! Tu te rends compte comme tu as progressé en si peu de temps ?  » Mon élève m’a répondu  » Oui !  » en se déployant, lui qui est assez replié sur lui-même. Et il avait un large sourire vraiment, vraiment magnifique. Je suis tellement contente de l’avoir vu, ce sourire. Alors je l’envoie à Valérie.