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Rêver, se réveiller, vivre

Dans un article du Monde, Boris Cyrulnik pose la question : « si, après son bac, on perd un an ou deux, qu’est-ce que cela peut faire ? »

C’est une bonne question, je trouve. Qu’est-ce que cela peut faire ?

Ca dépend pour qui.

Cela peut permettre de rester serein : Boris Cyrulnik relève que nombre de jeunesBORIS-CYRULNIK-1.png s’engagent dans des voies post-bac sans réelle motivation, ou qui ne leur correspondent pas. Ils lâchent, leur estime de soi se dégrade, et naturellement tout cela n’est pas constructif, « à l’âge où l’on apprend neurologiquement et psychologiquement à travailler« .  Boris Cyrulnik dit : « ce qui peut aider un jeune à prendre sa voie, c’est son pouvoir de rêve. Il faut ensuite se réveiller, bien sûr. Le rêve mène au réveil. Mais si un jeune arrive à rêver et à se mettre au travail, il pourra prendre une direction de vie.« 

Je suis complètement d’accord, sur le principe. Mais les principes, c’est plus facile à appliquer quand on est dégagé des contraintes matérielles. La question est de savoir ce que signifie « perdre un ou deux ans » : pour beaucoup de familles, avoir un enfant jeune adulte à la maison sans projet défini, c’est angoissant, car cela fait craindre qu’il ne puisse pas prendre son autonomie. Or cette autonomie est indispensable, et c’est même le but de l’éducation que nous transmettons à nos petits : nous leur apprenons, en leur tenant la main, en les aidant à se relever, en les soutenant, à se passer de nous. Un jeune qui se projette joyeusement vers cette autonomie, et qui a une passion ou un intérêt qui le meut, forcément, c’est rassurant. D’autant qu’il a tout de même beaucoup plus de chances de réussir qu’un autre qui avance dans le brouillard (et puis maintes familles sont dans des situations financières de plus en plus précaires, et lorsque les enfants volent de leurs propres ailes, la vie est plus légère).

Et justement, nos enfants, de 18, 19, 20 ans aspirent à cette autonomie. Comment concilier ce besoin et quelques années sabbatiques ? Boris Cyrulnik cite l’exemples de pays du Nord de l’Europe, qui organisent des voyages à l’étranger sabbatiques pour les jeunes. C’est une idée séduisante, en effet. En fait, il faudrait préciser de quoi on parle : monsieur Cyrulnik ne parle pas des jeunes qui campent chez papa-maman scotchés à la console en pensant niveau de jeu plutôt que lendemain. Il parle de jeunes qui ont besoin de temps pour mûrir leur projet, mais qui sont prêts à s’engager dans une aventure. Ce n’est pas la même chose du tout. En tant que parent, je pense que nous avons surtout peur que nos enfants n’avancent pas, ne s’engagent pas dans leur vie à eux. Nous avons peur de l’absence de rêve.

Dans la suite de l’article, Boris Cyrulink propose une réflexion sur «  le choix entre le plaisir de vivre et l’austérité d’apprendre« . Elle est intéressante : « Il faut être capable de moments d’austérité, de moments où l’on retarde le plaisir de façon à pouvoir acquérir des connaissances pas toujours très amusantes. L’équilibre à trouver est comme le flux et le reflux : c’est l’alternance entre les deux qui donne le plaisir et la solidité de vivre. » Il parle aussi de la notion de prise de risque, qui constitue un danger, tout comme l’absence de prise de risque : tout dépend du moment de la vie.

« Maintenant, excepté les enfants d’enseignants, les jeunes n’exercent plus le même métier que leur père« . Ah bin nous, on a dû rater quelque chose : s’il y a bien un métier qu’ils ne veulent pas faire, nos quatre loulous, c’est enseignant… Pourtant, nous, on aime ça !

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Bonjour madame, c’est pour savoir qui c’est qui a inventé les maths ?

Un matin au collège, je profite de l’annulation d’une visite en école pour réviser ma formation RMC de la semaine prochaine. Je lance mon diapo, je me saisis de mes notes et c’est parti, j’arpente la salle de classe vide, je déroule mon contenu à haute voix, je révise, je mémorise, je prends mes marques, je cale mes repères.

Au bout d’une heure et demie sans doute, toctoctoc. Un toctoctoc net mais presque confus de me déranger. Je mets le diapo en pause, j’ouvre la porte et je vois là un de mes élèves, souriant et perplexe.

Bonjour madame !

Bonjour, D.

Pourquoi vous parlez toute seule madame ?

Heuuuuu… Je révise une leçon que je veux bien savoir.

Ah d’accord. Vous aussi vous avez des leçons à apprendre ?

Bin oui, tu vois.

Vous allez avoir une interro ?

En quelque sorte, oui, bientôt en plus.

Je venais vous voir madame, parce que je me demandais quelque chose.

Ah oui, quoi donc ?

Qui c’est qui a inventé les maths ?

Je me suis lancée dans une explication au départ assez nébuleuse, et puis j’ai fini par structurer ma réponse, mais tout de même, il m’a cueillie, ce zozo. Nous avons parlé préhistoire et os de loup, Mésopotamie et tablettes d’argile, de l’inexistence de monsieur Mathématiques, de l’impossibilité donc qu’il ait vécu entre xxxx et xxxx. Rhaaa c’est vrai que ce n’est pas de chance.

C’était un chouette intermède, et j’ai repris ma répétition avec l’image de ce collégien repartant tout content d’avoir pu discuter.

J’ai vraiment aimé qu’il s’autorise ainsi à venir toquer à ma porte, avec la certitude que je vais prendre le temps de lui répondre, et qu’il soit capable de me demander pourquoi je parle toute seule.

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Les agents secrets de Mathcity

C’est parti pour la suite de la préparation de notre jeu CE2-CM1, dans l’enthousiasme ! Il nous reste à écrire collectivement les règles, finir les plateaux et décorer les boîtes.

Voilà une belle illustration de coopération premier/second degré. Ma collègue PE, Christelle, ne va pas s’arrêter là… 🙂

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Punir, pourquoi ?

Sur le blog NousVousIls, Dorothée Blancheton  propose un article intitulé « des alternatives aux punitions ». Alors que justement je dois gérer des dysfonctionnements massifs dans une classe, pas spécialement dans ma discipline mais en tant que prof principale, cela m’a attirée. D’autant que mon mari et moi avions eu une discussion récemment à ce sujet : il trouve les punitions inutiles pour la majorité. Je suis d’accord (comment ne pas l’être, lorsqu’on observe les « effets » ?) mais mes stratégies d’éducation au vivre ensemble, les conseils de la classe et tout et tout ne semblent avoir aucun effet en dehors de ma propre salle. Je m’interroge donc : parfois, la punition permet aussi d’apaiser les collègues, qui voient qu’on marque le coup, qu’ils sont écoutés et pris en compte, pour des faits évidemment en dépassement des règles de l’école.

Mais ce n’est pas simple. J’ai l’impression de partir dans des directions opposées. Cela ne peut pas permettre à mes élèves de comprendre ce qui se passe, me semble-t-il.

Madame Blancheton évoque le livre « L’impasse de la punition à l’école », paru chez Livre.jpgArmand Colin, sous la direction d’Eric Debarbieux, spécialiste du climat scolaire. Ces deux documents (ici pour l’école et là pour collège et lycée) m’ont souvent aidée, d’ailleurs.

Les garçons sont plus punis que les filles, les punitions sont trop souvent vécues comme injustes (particulièrement en éducation prioritaire), et les punitions « produisent rarement l’effet voulu. » Que faire donc ? Réitérer, encore et encore, des punitions ? Eric Debarbieux dit : « Les professeurs ont un besoin fort d’acquérir des gestes professionnels pour gérer des élèves difficiles. Attention, il n’y a pas une méthode miracle. Mais il y des pistes à explorer» : un collège, après formation à la discipline positive et à la médiation, a divisé par dix le nombre d’exclusions espar trois celui du nombre d’élèves harcelés. mais avant tout, pour améliorer les choses, il faut une cohésion de l’équipe.

Par discipline positive, on n’entend pas « fais ce que tu veux mon grand, il faut que tu fasses tes expériences ». La discipline positive « implique de poser un cadre ferme et bienveillant autour de lignes de conduite, de responsabilités et de rituels. (…) La discipline positive propose de « transformer un incident en opportunité d’apprentissage pour l’élève et le groupe classe » ». 

Une phrase que nous devons ne pas oublier lorsque la mayonnaise nous monte au nez parce que Roman-Manon-Aston-Jennie semble ruiner notre séance et que non, définitivement non, nous n’arriverons pas à faire comprendre à tous avant que ça sonne la notation scientifique ou la différence entre aire et périmètre :

« tout comportement est une stratégie pour nourrir un besoin fondamental ».

Moi, ça me fait du bien de rationnaliser.

Je dois sans doute être plus patiente, et réfléchir davantage.

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Un ruban de Moëbius pour l’APMEP

Suite du travail engagé par notre fiston artiste-métallier, pour la journée rouennaise de l’APMEP en avril : ce matin Owen a profité de la journée portes ouvertes de son lycée pour fabriquer le ruban de Moëbius.

Encore deux oeuvres et le contrat qu’il s’est posé avec ses camarades sera rempli !