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Juin ça rime avec examens

Juin, le temps des examens, l’invasion totale dans les médias : bientôt c’est le bac de philo (tiens, et le bac pro qui est passé, on s’en f%&* ?), ça y est c’est le bac de philo, et puis les autres épreuves, et puis le DNB, et puis cette épreuve-ci était trop difficile, et puis un paquet de copies a été perdu là-bas, et puis les rattrapages, et puis cette année parcoursup…

Pfiou, c’est fini. Bon, et alors ça donne quoi ?

Le DNB

Le Café Péda fait un bilan du DNB 2018 : « après l’année record qu’a été 2017, c’est la chute. Avec 87% de reçus, le taux de réussite est en recul de 2% par rapport à 2017″. Et oui, 2%, c’est beaucoup : il y a quand même eu plus de 800 000 candidats cette année. « La série générale obtient 88% de lauréats (-1.8%) et la série professionnelle seulement 78% (-1.6%). Les filles réussissent mieux que les garçons avec 91% de réussite contre 84% pour les garçons« .

Pourquoi cette baisse ? Là encore, le Café péda explique : lors de la session précédente, avec la réforme, « la majorité des candidats arrivait aux épreuves finales avec suffisamment de points pour avoir déjà le brevet« . En effet, le ministère avait décidé d’un DNB hybride, impact par l’examen final, mais plus seulement : la validation du socle commun apportait 400 points sur 700.

 » En octobre 2017 le nouveau ministre veut renforcer l’examen sans revenir sur le socle. (…) Le brevet comporte d’abord une évaluation du socle menée tout au long de l’année . L’évaluation finale  est validée en fin d’année par le conseil de classe et le chef d’établissement. JM Blanquer opte pour un affaiblissement de cette part de l’examen et un renforcement du poids de l’examen final. Il compte maintenant pour 400 points sur 800 au lieu de 300 sur 700« . Les épreuves terminales redeviennent nécessaires pour la plupart des candidats.

Autre changement : « finie l’époque ou maths, sciences, histoire géo et français étaient à égalité. Dorénavant on distinguera le français et les maths, matières nobles et fondamentales à coefficient double (100 points), et le reste. »

« Au final personne ne veut de ce monstre administratif qui est massivement rejeté par le CSE le 19 octobre. Mais JM Blanquer n’écoute pas et sur de ses choix impose son projet. »

L’article du Café pédagogique se termine par une interrogation ô combien sensée : pourquoi maintenir un examen dépourvu de sens, lourd, coûteux, qui nous boulotte le mois de juin alors que nous pourrions travailler avec nos élèves ?

Parce que nous aimons les examens, surtout. Ca forge le caractère, ça prépare à la vie, monsieur-dame. Et puis ça trie : mon enfant est meilleur que d’autres, ouf, je me sens mieux. Mais quand même, il n’y a pas que ça : lorsque je vois des élèves (qui ont rencontré des difficultés ou qui n’ont pas bien trouvé leur place à l’école en particulier) quitter le collège avec le DNB ou avec une mention, je vois leur fierté. Pour eux, à ce moment-là, cela signifie quelque chose. Ça me console, un peu.

Le bac

Toujours sur le Café Pédagogique, un article intitulé « Le bac est-il donné à tout le monde ? » montre que non. Cela dépend si on passe le bac général (91,1% de réussite), technologique (88,9%) ou professionnel (82,6%), si on s’appelle Garance ou Mohamed, si on est une fille ou un garçon, si on est issu d’une famille riche, aisée ou pauvre.

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« On n’assiste pas réellement à une démocratisation du bac. On voit plutôt l’éclatement du système entre un bac des riches qui ne s’ouvre pas, à fort taux de reçus, et un bac des pauvres, qui augmente rapidement, mais n’offre ni les mêmes débouchés ni le même taux de réussite« .

Autre fait-choc à mon sens : « Le taux de 88% de reçus (en 2016) cache le fait que seulement 79% d’une génération obtient le bac. Un jeune sur cinq quitte toujours l’école sans le bac. (…) Concrètement un garçon sur quatre n’aura jamais le bac« . Je crois qu’on peut définitivement arrêter de dire que tout le monde a le bac.

Le Café péda conclut :

« Mais pour bien estimer si le bac a de la valeur, voyons ce qu’il coûte à celui qui ne l’a pas. Si en France personne ne s’est attaché à ce calcul, le caractère pragmatique des Anglo-Saxons nous permet de trouver plusieurs études en ce sens. La plus récente provient de l’Alliance for Excellent Education (AEE) , une association charitable qui milite pour la scolarisation. Pour elle « tout le monde bénéficie des progrès de qualification ». Elle a pu calculer la différence de salaire entre un bachelier et un non bachelier (26 923 $ contre 17 299) et partant de là estimer le manque à gagner collectif : si tous les jeunes Américains de 2008 avaient poursuivi leurs études jusqu’au bac, ils auraient apporté 319 milliards de dollars en plus à l’économie américaine durant leur vie. Mais puisque les diplômés vivent plus longtemps, deviennent des citoyens plus posés, L’AEE estime également d’autres retombées : « les économies régionales et locales souffrent plus quand elles ont des populations moins éduquées car il leur est plus difficile d’attirer des investissements. En même temps elles dépensent davantage en dépenses sociales ». L’AEE a pu calculer qu’en poussant tous les Américains jusqu’à la fin des études secondaires, l’État économiserait de 8 à 11 milliards chaque année en aide sociale, 17 milliards en aide médicale. Si le taux de sortie sans qualification des garçons baissait de seulement 5% cela représenterait 5 milliards de dépenses policières en moins. »

La question n’est pas forcément bac ou pas bac. la question est celle de l’éducation, pour tous, le plus loin possible. Or le bac continue aussi d’incarner l’idée de classement, et par ailleurs c’est un sésame pour la suite.

Mais tout ce qui compte, c’est de partager le savoir, de diffuser la connaissance, de répandre la culture. C’est privilégier un projet collectif de société plutôt que l’individualisme.

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Le Cosplay qui fait VRAIMENT peur

Deux hommes passent devant moi.

– (moi) Je peux vous prendre en photo?

– Oui, allez-y !

– Merci beaucoup!

– Et vous vous êtes déguisée en quoi, hahaha?

– En prof de maths.

Les deux garçons, parfaitement synchronisés :

– Aaaaaaaaaaaaaaah !

Et ils s’enfuient en courant chacun de leur côté.

Mais heuuuuu chuis gentille moi!

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Message pour mes élèves

Plus qu’une semaine d’école. Les élèves sont restés chez eux à partir de mercredi, puisqu’il y avait DNB. Mais lundi, ils sont attendus au collège. Alors les jeunes, ceci est message pour vous :

REVENEZ !!!

Juste une semaine, ce n’est pas grand chose… Ca va être bien : on va faire des maths, on va finir l’année en apprenant encore des choses, et puis on pourra se dire au revoir.

Allez, me laissez pas toute seule !
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Anti-perles : une bonne initiative

Les « perles » du bac, c’est comme les bêtisiers : ça sent l’enfumage et ça flatte le côté ironique contre lequel chacun de nous devrait lutter. C’est trop facile, en plus, avec des extraits sortis de leur contexte. Alors cette initiative d’anti-perles, qui est peut-être tout aussi artificielle, a au moins pour bienfaits de ne ridiculiser personne et même de mettre en valeur les jeunes.

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Parce que ce n’est pas parce qu’on est jeune qu’on est con.

Là où je m’interroge, c’est sur la confidentialité. Mais il n’y a peut-être pas de problème…

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Par le pouvoir du calcul littéral

Ce matin, dernière manche d’un rallye maths local. Mes élèves de sixième planchent bien plus tranquillement qu’en début d’année, et il n’est même plus besoin d’un coordonnateur : ils communiquent entre eux naturellement, et les groupes se font, se défont, se modifient au gré des besoins. Mais surtout, trois groupes s’associent pour chercher le dernier problème qui leur résiste : un classique, dans lequel il faut réfléchir à des pots de confiture. Ils discutent et essaient de s’expliquer les uns aux autres leur démarche ; mais personne ne se comprend. Pourtant, ils disent tous la même chose, mais pas de la même façon. Au moins, ils ne s’énervent pas ni ne s’impatiente, et ils reformulent. Mais c’est si compliqué avec des mots, qu’eux-mêmes s’y perdent ! Alors une des élèves impliquée dans cette discussion s’illumine d’un coup, et elle écrit ceci :

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Elle vient de s’inventer le calcul littéral, et est en train de s’engager vers un système de trois équations à trois inconnues. Elle modélise la situation, et la présente à ses camarades, qui alors sont tous d’accord : ils ont trouvé un langage commun, un langage mathématique qui leur est venu naturellement.

C’était vraiment beau à regarder, cette démarche collective. Et en plus, c’est ce qui leur a permis de résoudre le problème, avec succès.

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« Apprendre les nombres relatifs, ça m’a énormément plu. »

Après avoir étudié le bilan de mes élèves de sixième, voici celui des cinquièmes. Le titre est une citation d’un de mes élèves, qui m’a énormément plue aussi.

  • Travailler en îlot :

Au moins, c’est simple : 100% des élèves ont aimé et préfèrent rester en ilot plutôt que de revenir en rangs.

  • Les maths en cinquième, c’est comment ?

A droite, les élèves ont trouvé que faire des maths en cinquièmes, c’était (de gauche à droite) très différent, dans la continuité ou pareil qu’en sixième. Une majorité d’élèves a trouvé que nous avons travaillé de façon différente de l’année dernière ; j’avais 6 élèves de cette classe l’année dernière, qui ont tous répondu « dans la continuité » ou « pareil ».

A gauche, les élèves ont trouvé que les maths cette année, c’était facile – normal – difficile. Une élève en difficulté a répondu « difficile », et pour les autres, ce « normal » est assez rassurant. Certains élèves très en réussite ont répondu « facile », mais pas tous.

  • Qu’as-tu compris ?

J’ai fait une sélection de grands thèmes, pour ne pas trop éparpiller les réponses. Le premier graphique donne les résultats détaillés, et le deuxième propose un regroupement par plutôt non/plutôt oui :

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Le grand gagnant est le calcul littéral. En effet, cette année, mes élèves ont accroché très fort au calcul littéral. Ils ont eu envie, se sont accrochés, ont finalement souvent conclu que ce n’était pas si compliqué.

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Avec ce regroupement, ce sont les relatifs qui l’emportent. Là aussi, c’est une nouveauté. Les élèves ont envie de grandir, de découvrir des choses dont ils savent que les adultes les connaissent. Les relatifs, c’est en même temps accessible et assez complexe pour ensuite être fier de soi. C’est aussi un thème très spiralé, et dont on parle tout au long de l’année, du coup.

Côté pas compris, on retrouve la proportionnalité : comme toujours, c’est un concept difficile, tentaculaire (la relation de proportionnalité, les échelles, les taux, les agrandissements-réduction, les grandeurs produit et quotient…). Les élèves en perçoivent la complexité et hésitent entre se raccrocher à des formules toutes faites, sans les avoir vraiment comprises, ou s’engager dans une réflexion qui les effraie, et qui pourtant est plus simple (mais nécessite de réfléchir à chaque fois de façon nouvelle, et d’écrire).

Les réponses de mes élèves sur les probas m’étonnent, et en même temps pas : je trouve que c’est un thème assez intuitif, et l’année dernière c’était passé comme une lettre à la poste, mais j’ai bien constaté cette année que ça frottait. Nous en avons fait toute l’année, et ça a été dur toute l’année, même si maintenant je suis assez contente.

  • Côté activités :

Quelles activités avez-vous aimées ? Mes élèves sont bon public :

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Les tournois de calcul mental avaient vraiment bien marché sur le coup, mais seulement 15 élèves ont gardé un souvenir positif. Les deux autres activités à 15 élèves aussi sont les activité de tracés. Voilà une grosse différence avec la sixième, où les élèves aiment encore très majoritairement réaliser de belles constructions. Cependant, parmi les 15 élèves aiment les pavages, 13 m’en ont rendu entre deux et sept. Ceux qui aiment aiment donc beaucoup.

Plickers remporte toujours un grand succès : les élèves me réclament des interros…

  • Et le système d’XP ? Et l’absence de notes ?

Capture d’écran 2018-06-17 à 16.43.07.png« Es-tu gêné par l’absence de notes ? » Une élève est gênée par l’absence de notes : « Je voudrais avoir une moyenne« , écrit-elle. Quatre de ses camarades répondent « Ca ne me gêne pas, mais… », avec des arguments tels que « quand j’ai bien réussi j’aimerais bien avoir une note » pour deux d’entre eux, et « mes parents ne comprennent pas toujours » pour les deux autres, signe que je dois encore améliorer ma communication vers les papamamans.

En expression libre, comme à leur habitude les élèves m’écrivent de jolies perles toute douces. Par exemple, à « qu’as-tu appris de plus important pour toi cette année en mathématiques ? « , j’ai pas mal de mentions de notions (surtout les relatifs, le calcul littéral, les équations, les transformations, parfois assorties d’un « c’était pas si dur que je croyais », « je ne savais pas faire avant », « ça m’a énormément plu« , …), mais aussi ces réponses :

  • Que j’aime beaucoup travailler à quatre ;
  • Que j’ai retrouvé le goût d’apprendre les maths ;
  • Qu’il y a différentes façons d’apprendre ;
  • Qu’on peut apprendre en s’amusant ;
  • Tout ce que j’ai appris cette année est important ;
  • Tout ce qui était nouveau ;
  • Que les mathématiques c’est facile quand on a compris les techniques ;
  • Tout était important, parce que les maths c’est important ;
  • A vivre ensemble ;
  • Beaucoup de choses que je ne savais pas ;
  • A avoir confiance en moi en maths ;
  • Que les maths ne sont pas si compliquées que ça.

Et puis sur le système d’XP, voilà ce que j’ai trouvé le plus souvent, dans l’ordre du plus fréquent au plus isolé :

  • « C’est moins stressant comme ça« , et « c’est amusant » (13 mentions chacune)
  • « Le système de bonus est super« , « on a plus envie de travailler comme ça » (11 mentions chacune)
  • « Ca ressemble à un jeu vidéo« , « On sait mieux où on en est« , « On travaille plus tous ensemble » (5 mentions chacune)

Et puis des réponses comme celles-ci :

« C’est bien, car si on n’a pas très bien réussi une évaluation, nos parents ne le savent pas. »

« C’est bien, mais si j’avais eu des notes j’aurais eu des bonnes notes; »

« C’est bien, parce que les niveaux permettent quand même de se situer globalement. »

« Les compétences c’est plus développé. »

« Comme ça on sait ce qu’on doit travailler. »

« Si on se loupe ça n’impacte pas la moyenne. »

Quelques élèves émettent des réserves : ils auraient quand même bien aimé connaître leur moyenne générale ; une bonne remarque : « Je ne connais pas mon niveau en maths par rapport aux autres matières« , même si d’un enseignant à l’autre nous notons si différemment que cela serait difficile de toute façon.

Je conclus sur les paroles de deux élèves :

Le sage qui a tout compris : « De toute façon les XP au final c’est comme des notes« 

Et la révolutionnaire qui veut faire passer un message tout en nuances : »Tous les profs devraient enlever les notes« .

🙂