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Prof, un job.

Cette semaine, un article du Soir, en Belgique, posait une question importante : « pourquoi le statut social du professeur est-il si bas en Belgique ? » Et de répondre : « Parce que tout le monde est persuadé qu’il pourrait lui aussi faire le job. Tirer vers le haut le statut du professeur est fondamental. »

En Belgique aussi, PISA amène comme constat que la qualité de l’enseignement francophone belge est très moyenne. L’article cite des spécialistes selon lesquels : « tous les plans d’excellence de la terre ne déboucheront sur rien tant qu’on n’aura pas redonné aux enseignants un statut qui les fasse respecter, rendu leur fonction intellectuellement plus captivante et offert des perspectives de carrière », « Si vous devez opérer un choix entre des classes plus petites ou de meilleurs professeurs, optez clairement pour de meilleurs professeurs« , « Hausser le niveau de formation est une étape indispensable : elle permet de professionnaliser le cursus en faisant du professeur non seulement celui qui transmet le savoir, mais aussi un bon coach, un bon mentor ou un évaluateur. Attention à ne pas confiner cette formation à l’intérieur des murs de l’université », il faut prévoir « des changements de rôle au cours de leur carrière, discutés et planifiés avec la direction de l’établissement scolaire. Il faut également planifier des bols d’oxygène libérant les profs régulièrement de leurs salles de classe durant l’année et sur la durée de leur carrière ».

Tout ceci est bien compliqué, et par exemple « redonner aux enseignants un statut qui les fasse respecter » est une question terriblement complexe car elle engage le politique, le social, le culturel. Ce n’est pas seulement une cause de dysfonctionnements, c’est aussi une conséquence de choix politiques et d’évolutions de la société depuis fort longtemps. C’est bien pour cela qu’il n’est pas possible de trouver des solutions rapides et immédiates. Mais qui est prêt à assumer de laisser du temps parmi les décideurs ? Comment se le permettre avec les échéances électorales ? Heureusement, il est des mouvements qui existent sur la durée, malgré les réformes éclair et contradictoires. Mais ils sont surtout impulsés par les acteurs de terrain, qui, eux, sont quotidiennement dans la réalité et cherchent à faire progresser les élèves, à les faire apprendre pour grandir. Ceux-là savent que de toute façon le prochain changement institutionnel est pour bientôt. Comme d’habitude. Mais nous, nous avons un cap à conserver, contre vents et marées : celui d’apprentissages utiles, cohérents et efficaces.

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Et là paf, c’est les vacances.

Une rencontre avec des parents, deux heures de cours, une prise de contact avec des collègues de cycle 2, un passage à l’inspection académique et voilà, je finis plus tôt que prévu et c’est les vacances. C’est un peu comme quand on freine brutalement en voiture : la ceinture qui se tend, ça surprend et sur le coup on a le souffle coupé.

Là, j’en suis là, j’ai le souffle un peu coupé. En même temps j’ai des tas de beaux projets très variés, plein de questions dans la tête, plein de pistes de travail… Mais comme à chaque début de vacances, je vais commencer par ranger mon bureau. Mon bureau sur lequel je pose mon ordi et mon bureau d’ordi. Pour remettre tout à sa place et libérer de l’espace pour la suite.

Et ensuite, je coupe les réveils. Ah ça, c’est le moment béni des vacances…

Demain j’attaquerai les 26 mails non urgents que j’ai laissés traîner depuis un moment.

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Ouf, ça va.

Pfiou, l’évaluation de mes quatrièmes est corrigée. C’était un boulot de malade, mais j’en suis venue à bout rapidement : il faut que je donne l’exemple du travail régulier et sérieux, dans cette classe encore plus que dans les autres.

Alors, finalement, où en suis-je de cette classe compliquée, dans laquelle quelques élèves carburent fort, pas mal réussissent grâce à une volonté sans faille, quelques-uns sont fragiles mais suivent sans accumuler de retard, et bien trop ont renoncé, voire dorment carrément en classe (je les réveille, évidemment…) ?

  • Première vague d’évaluations, fin septembre :

7 élèves en grande réussite ; 12 élèves en réussite ; 6 élèves trop fragiles ; 1 élève qui coule.

  • Deuxième vague d’évaluations, fin octobre :

9 élèves en grande réussite ; 9 élèves en réussite ; 7 élèves trop fragiles ; aucun élève ne coule.

Pour autant, j’en vois un pour qui je vais devoir trouver des ressources insoupçonnées pour l’instant pour le maintenir à flots. Mais cela signifie que bien qu’ils m’agacent souvent (deux font des bruits, un dort, un fait tomber sa règle à peu près toutes les deux secondes, un fait des dabs pratiquement sans arrêt, un ricane non stop sur le dos de ses camarades, mais bruyamment), me donnent l’impression d’attendre parfois, hé bien en fait ce n’est pas si mal : on progresse plutôt, le groupe se forme, le travail s’intensifie, la réflexion devient plus autonome, et, je dois le reconnaître, mes consignes sont suivies (de façon plus ou moins pertinente, mais la volonté est là) par trois quarts des élèves.

Je suis donc très contente.

J’aime bien être très contente.

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L’avenir de l’éducation prioritaire : ???

Un rapport de la Cour de Comptes est sorti aujourd’hui sur l’éducation prioritaire (la synthèse est ici). On peut en lire des commentaires dans divers médias. Sur le Café pédagogique, l’article du fait du jour commence ainsi :

 » « Un consensus se dégage en faveur du maintien d’une politique d’éducation prioritaire ambitieuse, visant à accorder un traitement différencié aux écoles et établissements qui concentrent les difficultés ». Dans un nouveau rapport, la Cour des comptes ne remet pas en cause la nécessité d’une politique d’éducation prioritaire. Mais elle en bouleverse les règles. La Cour met fin à la labellisation en proposant un nouveau mode de distribution des moyens qui seront plus concentrés. Elle souhaite davantage d’autonomie pour les chefs d’établissement des réseaux qui deviendraient des écoles du socle, regroupant sous l’autorité du principal écoles et collège. Celui ci aurait une large autonomie dans l’usage des moyens et pourrait recruter sur profil ses enseignants. Le rapport vient finalement en appui à la politique impulsée par JM Blanquer à travers la mission Mathiot – Azera. »

Le timing est tellement remarquablement favorable à monsieur Blanquer que tous les articles le remarquent.

Commençons par être positifs : « Le rapport de la Cour des comptes frappe d’abord par la qualité de la documentation recueillie et l’excellente connaissance de l’histoire de l’EP et des études portant sur elle en France et ailleurs. Il reconnait l’utilité de la politique d’EP. Or ce n’était pas du tout acquis si l’on se réfère à ses rapports précédents. La Cour reconnait que cette politique a réussi à stopper les effets de la dégradation de la situation sociale dans les quartiers prioritaires. » En effet, la Cour des Comptes écrit que « les performances scolaires moyennes des élèves ne sont pas améliorées grâce à la labellisation« . Elle note aussi qu’alors que la situation sociale des familles dans les zones d’éducation prioritaire continue de se dégrader de façon notable, la politique de l’éducation prioritaire a au moins permis d’empêcher que les écarts de niveaux scolaires ne se creusent eux aussi : « Elle a maintenu le niveau des élèves malgré la forte dégradation de leurs conditions de vie« .

Selon la Cour des Comptes, labelliser les établissements REP développe des réactions d’évitement d’établissements de « mauvaise réputation ». C’est toute la politique de la ville qu’il faudrait plutôt revoir, mais ça on peut toujours rêver : liberté, égalité, fraternité, mais de loin, avec chacun chez soi. On ne sait jamais, des fois que la pauvreté, ça soit contagieux.

Le Café écrit : « Autrement dit la Cour demande la suppression des labels Rep et Rep+ et la distribution de toutes les écoles et collèges (même non EP) selon l’indice synthétique de difficulté créé par la Depp en 2014« . Dans le rapport, on joue habilement et prudemment sur les mots, en évitant de parler de délabellisation, tout comme monsieur Blanquer le fait. Mais la refonte proposée, en un moment aussi opportun, peut en effet mener à tout.

Côté enseignants, « la Cour souhaite qu’on n’affecte en EP que des enseignants ayant au moins deux années d’ancienneté en usant largement du recrutement sur postes à profil. Pour cela le régime indemnitaire des enseignants devrait être amélioré mais selon leur mérite. (…) La Cour introduit aussi une hypothèse intéressante : « ouvrir la possibilité d’une affectation temporaire d’une durée de trois à cinq ans sur les postes en éducation prioritaire assortie de la garantie de retour à l’affectation d’origine ». Cette proposition serait intéressante si elle s’accompagnait du développement de collectifs enseignants« . Ah oui, ça c’est un bonne idée !

L’avenir nous dira ce qui va se passer. Label ou pas, l’éducation prioritaire existe. Elle a besoin de plus, parce que ses enfants ont moins et que c’est injuste. Et label ou pas, dans le fond peu importe, si la République fait tout ce qui est en son pouvoir pour aider ces enfants, ces futurs citoyens, et donc aussi leurs parents. Mais est-ce le cas ?

Ce qui serait bien, c’est de se laisser le temps de vraiment réfléchir, de laisser du temps pour se concerter. Pas comme dans cette avalanche de réformes et d’ajustements permanents qui partent dans tous les sens, qui se contredisent, qui détournent progressivement tous les acteurs de terrain de l’éducation des discours institutionnels.

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