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La confiance contagieuse

Sur mon ordi, il y a le petit mot de Kaïs. Cela doit faire six ans que je l’ai sous le nez, et il a migré quand j’ai changé d’ordi. Ce petit mot me rappelle qu’il ne faut pas se laisser aller à la facilité, qu’il faut commencer par faire confiance, quitte à se tromper : quand je le vois, je me souviens de Kaïs, qui se lève derrière mon dos, va au bureau et revient à sa place. J’ai tout vu, sauf ce qu’il a fait au bureau. C’est un habitué des bêtises, des grosses grosses bêtises, qui lui ont valu d’être exclu plusieurs fois du collège, parfois longuement. J’ai envie de le gronder, mais je résiste. J’ai envie de me méfier, mais je décide de ne pas aller chercher ce qu’il a fait. Je lui demande, il me réponds « Rien rien » avec un beau sourire de gamin. Je décide de le croire. Et plus tard, je vois son petit mot. Un gentil message, et un soleil. Juste ce qu’il faut pour me toucher et que six ans après, je me souvienne de la leçon que m’a donné Kaïs.

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Dans le roman que je lis, il y a ce mot-là. C’est mon marque-page. Petit mot écrit à la va-vite, sans doute surtout pour avoir fait confiance et laissé deux élèves seules dans ma classe, à se servir en matériel. Un petit mot gratuit, qui montre que tout est important pour les élèves.

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Et puis à partir d’aujourd’hui, il y a celui-ci, que je vais utiliser comme marque-page de mon agenda. Accroché à un devoir maison « pas bon », par une élève qui en effet n’a pas bien compris, mais qui veut me le dire et s’excuser de ne pas avoir compris… Elle a déjà tellement de mal à écrire… « Mais au moins j’ai essayé », oui, tu as raison, et ça c’est bien. On va le reprendre ensemble, ton devoir, ne t’inquiète pas. Mais finalement, sans ce petit mot, qu’aurais-je pensé ? Je sais que cette élève est très en difficulté, mais aurais-je perçu ses regrets ? Aurais-je autant envie de l’aider ? Je l’espère.

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Voilà pourquoi ces petits mots sont parsemés dans mon quotidien : pour résister à un mélange fatigue-facilité-crispation qu’un enseignant de doit pas se permettre. Pour lutter contre ce qu’il y a de mesquin en moi. Pour ne rien automatiser côté humain.

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Fiches classes pour coopération de classe

Sur le site des Cahiers Péda, un article intitulé « Organiser la coopération dans sa classe« , par Pierre Cieutat, Sylvain Connac, Cyril Lascassies et Cécile Morzadec, introduit « treize fiches libres de droits » sur le thème de la coopération entre élèves. Intéressant, synthétique et dans un format vraiment pratique, je vous conseille d’aller voir. Pour ma part, la fiche sur l’andragogie, celle sur les conseils coopératifs et celle sur le marché des connaissances ont bien clarifié mes idées aujourd’hui.

 

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La poésie des motifs de retenue

Je mets un élève en retenue. Cela ne m’arrive pas souvent, alors je navigue difficilement dans les menus, puisque tout se fait par l’ENT, ce qui est par ailleurs bigrement pratique. Je dois choisir dans une liste dans une liste de motifs. En dehors de motifs classiques (le mien sera « agitation et prise de parole intempestive et répétée en classe », même si j’aurais pu indiquer « manque de respect aux autres, élèves et adultes », mais il faut bien choisir.

Je découvre donc un inventaire à la Prévert, parmi lequel :

  • A aspergé de peinture une camarade
  • Arrose autrui
  • Baisse le pantalon d’un élève en public
  • Chante en cours
  • Fait du yoyo en classe
  • Fait exploser un pétard
  • Fait les devoirs d’une autre discipline en classe
  • Jet d’un gobelet sur un camarade
  • Jette des boules puantes
  • Jette de l’eau
  • Joue avec un pointeur laser
  • Lance un stylo sur le toit
  • Joue à 1, 2, 3 soleil en classe
  • Joue à des jeux vidéo en cours

Et je me dis que décidément, ce métier n’est pas menacé par la routine…

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Choix de graphiques et esprit critique

François Geffrier, ici sur Twitter, s’est arrêté sur ce graphique, issu du journal Le Parisien :

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Voilà une bonne entrée en matière pour chacune de mes classes. Je vais leur demander simplement : que comprenez-vous de ce graphique ? Qu’en pensez-vous ?

Je pense qu’habitués aux Avez-vous vu l’erreur duduesques, ils vont chercher la faille. Or j’ai vérifié, la courbe est réalisée correctement : 1cm en abscisse pour une année, 1cm en ordonnée pour environ 0,77%. Le titre est peu précis (évolution par rapport à quoi ? L’article ne le précise pas explicitement non plus), mais il correspond à ce qui est représenté.
Si cela ne vient pas d’eux-mêmes, je voulais que les élèves me donnent leur sentiment par rapport à cette évolution. Et en quatrième, j’aimerais bien que nous calculions l’augmentation en pourcentage par rapport à 2011. Comme nous avons passé la semaine dans les taux, cela tombe à pic. Pour les sixièmes d’ailleurs pourquoi pas, si nous organisons le travail en collectif.

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le tarif des autoroutes graphique

le tarif des autoroutes graphique

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Il n’y a pas nécessairement de baguette magique

Ici, vous trouverez un article et une petite vidéo qui propose de réfléchir à des stratégies pour réduire l’anxiété associée à l’apprentissage des mathématiques et des sciences.

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« Les mathématiques sont une source de très grande anxiété pour les élèves, les filles sont sous-représentées dans le monde des sciences et des technologies, et celles qui vont développer un sentiment de non-compétence par rapport à ces disciplines le feront avant l’âge de 9 ans« . Alors comment faire, quels outils donner aux enseignants de primaire pour éviter cela ? L’outil Capture d’écran 2019-01-16 à 18.52.06.pngprincipal proposé par les deux intervenantes, Maude et Kim, c’est le temps. Le temps alloué aux sciences et en article aux mathématiques dans les programmations, mais aussi  le temps donné aux enseignants pour se former sereinement, en se confrontant eux-mêmes à leurs zones d’inconfort, à partir d’outils qu’ils connaissent déjà. En laissant les enseignants s’engager dans des domaines qui leur sont moins familiers, donc moins agréables à travailler et à enseigner, en les laissant échanger entre eux à partir de leurs découvertes, on leur permet d’avancer. C’est aussi l’occasion de travailler sur l’erreur, la leur d’abord, pour mieux appréhender, comprendre, accepter et traiter celle des enfants. L’une des intervenantes dit « Il n’y a pas nécessairement de baguette magique » : on peut trouver des solutions sans forcément « innover ».

« Accorder du temps, c’est accorder de la valeur » – Maude Lamoureux

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Le spectre du bon prof

Je suis une fan de la co intervention et du co enseignement. Je trouve cela très enrichissant : un autre regard, un autre ressenti, un cerveau et une paire d’yeux supplémentaires permettent de mieux réfléchir, mieux comprendre, et  de s’améliorer. J’apprends beaucoup sur la co intervention, en pratique, ces derniers temps, car les enseignants du premier degré dans les classes desquels j’interviens pratiquent de façon très naturelle et spontanée la co intervention avec moi. Ils sont capables de s’interrompre dans leur séance pour m’apostropher et me poser une question ou me demander de l’aide, ou réfléchir à haute voix en direct à l’analyse d’une parole mathématique d’enfant. Je trouve ça absolument extra, et notre travail en est vraiment facilité, sans parler de ma place et de mon statut dans la classe.

Un article des Cahiers péda n°549 de décembre 2018 aborde la question de l’efficacité de la co arton11893intervention, en présentant le témoignage de deux enseignantes après une séance à deux qu’elles ont « ratée » (c’est leur sentiment) et mal vécue. C’est très intéressant à lire et cela fait réfléchir à ce type de dispositif, mais aussi à la représentation de l’autorité chez les enseignants, à l’image et l’estime de soi.

Une des enseignantes, Sylvie, qui n’est pas le professeur de la classe, résume par ces mots : « je me suis sentie transparente ». En effet, les élèves ne l’ont pas écoutée comme ils écoutent « leur » enseignante. Ils appelaient « leur » professeur pour recevoir de l’aide, même lorsque Sylvie était passée juste avant répondre à leur problème. L’autre enseignante, Virginie, s’est aussi sentie mal à l’aise, car elle a eu du mal à trouver un positionnement qui lui soit naturel. L’article analyse tout ceci.

Le problème est complexe, mais se rapporte surtout à la posture des enseignantes. Elles s’entendent bien et ont déjà travaillé ensemble. Mais leur « contrat » de co intervention est chargé d’implicite. Dans les faits, en début de séance, « l’une fait classe, l’autre assure la discipline ». Au départ, Sylvie permet surtout de renforcer le contrôle sur les élèves.  Ensuite, la classe s’agite et les deux enseignantes sont en porte-à-faux : « aucune n’a osé élever la voix pour recadrer la classe sous le regard de l’autre ». Elles n’osent pas se fâcher, car « un bon professeur est celui qui ne crie pas en classe ». Et lorsque Sylvie explique qu’elle a eu l’impression d’être dépossédée de son rôle de professeur, on comprend qu’elle s’est sentie « auxiliaire ».

Que retenir de l’analyse proposée par cet article ?

  • Le co enseignement ou la co-intervention est un dispositif différent de l’enseignement en solo et doit être pensé en ce sens. L’ « autre » enseignant ne vient pas comme une cerise sur le gâteau, mais comme un de ses ingrédients, au même titre que l’enseignant en charge de la classe ;
  • Sans doute une phase d’observation mutuelle serait profitable, pour que chacune des enseignantes comprenne le style de l’autre. Ainsi elles pourraient concerner ce style par la suite, quand bien même il est différent (ce qui serait encore mieux !) ;
  • L’implicite, c’est vraiment toujours contre-productif dans l’acte pédagogique, voire franchement négatif ;
  • Beaucoup d’enseignants ont une estime de soi fragile. C’est dommage, car c’est à tort. Le regard de l’autre (parfois un autre en fait imaginaire) reste pesant, dans bien des cas. Difficile alors de rendre collectif ce métier encore bien solitaire. En particulier, les idées reçues sur le « bon prof » sont délétères lorsqu’elles se ramènent à des postures stéréotypées : un bon prof ne crie pas, un bon prof terrorise (on dira se fait respecter, ou fait régner l’ordre…), un bon prof donne des devoirs, etc. Mais comme je l’ai entendu ce matin de la bouche d’IPR, la mission de l’enseignant est de faire progresser les élèves. Il n’est pas là question de « bon prof », ni de le réduire à un garde-chiourme déversant du savoir à ingurgiter et que ça saute. Dans l’article, on constate comme deux enseignantes volontaires et qui réfléchissent aux moyens d’aider au mieux leurs élèves peuvent être freinées par ces stéréotypes. Heureusement, elles ne se sont pas arrêtées là. Mais elles auraient pu choisir la facilité et se décourager, car surmonter l' »échec » (ressenti) de leur premier essai a dû leur demander courage et énergie.

Le mieux est encore d’aller lire l’article en entier, et puis le Cahier en entier aussi !