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Note or pas note, is that the question ?

Ce matin, je suis tombée sur cette infographie de Cyril Naudin, qui est proviseur adjoint.

Elle m’a bien fait réfléchir, cette infographie : je n’évalue pas par notes, mais j’évalue des compétences. J’utilise l’excellent Sacoche, qui peut me fournir des taux de réussite. Ce que j’évalue, ce sont bien des seuils de réussite à des compétences, mais que ce soit sous la forme de diagrammes colorés ou d’un taux de réussite, il y a évidemment une composante sommative dans ma façon d’évaluer. Et j’utilise cette composante sommative, parfois, comme lorsque j’ai besoin d’estimer une évolution globale d’un élève au fil du temps, par exemple, en particulier lorsque ses compétences sont « impressionnistes », en mosaïque. D’autre part, par des exercices tels que la course aux nombres, j’attribue des score chiffrés. J’évalue donc les compétences parce que je suis plus efficace ainsi, que je pense mieux faire progresser les élèves, mais je ne rejette pas l’aspect sommatif qui compose aussi mon enseignement.

Je défends souvent le point de vue selon lequel note ou pas note, ce n’est pas vraiment la question : c’est, je pense, plus la façon d’évaluer, plus que le médium, qui compte. Par exemple, je crois qu’on peut évaluer des compétences en étant arbitraire et en développant des effets contreproductifs.

Mais quand même, je me refuse à attribuer des notes lors des évaluations et sur les bulletins.

Pourquoi ?

C’est là que cette infographie m’aide à réfléchir.

Ce qui suit n’est pas une vérité. Je ne fais pas de prosélytisme, et je respecte des façons de faire différentes de la mienne. C’est juste ma vérité, celle qui me correspond, qui correspond à ma façon d’enseigner, de penser, de vivre mon métier et donc aussi d’évaluer. Et l’écrire me permet de réfléchir mieux.

Je déteste l’encouragement scolaire à la comparaison, au quotidien, entre élèves. J’aime la comparaison à son propre niveau antérieur, qu’on puisse mesurer sa progression. La note, par son aspect synthétique, rend facile la comparaison avec les autres. Le bilan de compétences permet cela plus difficilement, même associé à un taux : les élèves savent et voient sur quelles compétences ils ont été évalués, et ils n’envisagent en général pas le taux comme l’indicateur à retenir. Ils prennent conscience que leurs acquis sont modulaires, plus ou moins indépendants des autres. Obtenir cela demande de les y entraîner, donc de leur expliquer comment j’évalue, quels sont mes seuils de validation, comment je décide de tel ou tel seuil, et de leur laisser le temps d’analyser mêmes leurs cartouches après évaluation, de pouvoir me poser leurs questions. J’aime bien lorsqu’ils me demandent où était évaluée telle compétence : cela nous permet de donner du sens à l’évaluation tout en leur transmettant de façon explicite des codes scolaires en général et mon fonctionnement en particulier. J’aime bien évaluer des productions trouvées dans des manuels avec eux, aussi : choisir ensemble les compétences et leur attribuer un niveau de réussite. Souvent, il faut vraiment débattre pour se mettre d’accord, très souvent nous finissons par voter car il n’y a pas consensus : c’est bien la preuve que l’évaluation n’est jamais objective, ne serait-ce que parce que nos critères sont différents. Et ce que j’aime encore mieux, c’est quand certains élèves, plus tard dans l’année, se posent ce genre de question, mais que ce sont d’autres élèves qui répondent. Et puis ces interrogations se raréfient. Nous progressons dans l’explicite des attendus.

Mais je pourrais aussi procéder ainsi en notant ; il faudrait alors que je puisse expliquer à chaque élève pourquoi tel nombre de points lui a été attribué. C’est là que c’est compliqué : avec les compétences, je l’indique directement. Un élève peut avoir réussi à modéliser mais échoué au calcul, ou bien ne pas avoir fait apparaître de modélisation mais avoir procédé par tâtonnements et obtenir un résultat acceptable qui valorise des compétences de calcul, ou avoir résolu une question en n’utilisant pas du tout le bon vocabulaire, et tout cela peut correspondre à un même total de points (ou à un même taux de réussite), mais ces variations fondamentales pour décrire l’activité des élèves apparaissent, avec mon choix d’outil.

Un autre atout que je vois à l’évaluation des compétences, c’est d’éviter la double peine : si on demande plusieurs fois de recourir à la même compétence, et qu’elle est échouée, elle figure une fois. Avec la note, on perd les points plusieurs fois.

Un autre avantage encore, c’est que la note est cumulative, et qu’on se traîne un boulet quand on récolte une gamelle, même si après on progresse ; avec les compétences, on peut choisir de davantage prendre en compte les compétences au fil du temps, par exemple, ce qui valorise les progrès. Certains collègues choisissent même de ne conserver que les dernières évaluations, ce qui permet de rendre compte d’un niveau final sans que l’historique pèse dans un sens ou dans un autre. Ce sont des choix d’établissement, avec Sacoche, ce qui permet d’en parler, d’en débattre, d’échanger sur nos pratiques pédagogiques.

Alors si je reprends l’infographie du début : oui, je pense qu’évaluer des compétences peut permettre d’encourager la comparaison par rapport à soi, et moins par rapport aux autres. Je pense qu’elle peut être aussi arbitraire et en partie subjective. Tout dépend du référentiel de compétences, de la façon dont on place ses seuils. La note est source d’un stress important chez beaucoup d’élèves, et évaluer par compétences, par son aspect inhabituel, fait perdre ces repères délétères aux élèves. Encore que… J’ai déjà vu des élèves en larmes devant un bilan de compétences sans aucun élément chiffré : les élèves sont aussi blessés et déçus d’échouer selon leurs critères à eux.

Je suis d’accord avec le descriptif des comportements contreproductifs, mais ils ne sont pas forcément liés à la note elle-même, à mon avis. On peut très bien décider de permettre aux élèves de refaire une évaluation notée et ne pas tenir compte d’une première « mauvaise note », par exemple. C’est le rôle de l’erreur et sa place dans les apprentissages qui peuvent changer des choses. C’est vrai, on peut plus facilement s’identifier à une note qu’à un relevé de compétences nettement moins synthétique, beaucoup plus détaillé. Mais tricher, ça se fait aussi avec une évaluation des compétences.

Ce que je trouve vrai, c’est la faible valeur informative de la note. Justement parce que c’est une synthèse. C’est aussi ce qui fait sa force dans les représentations collectives : on la trouve simple car rapide à lire, mais personne ne lit la même chose. Le souci, avec les bilans de compétences, c’est qu’il faut faire un effort pour les lire. Ils sont plus long plus composites et plus inhabituels pour les parents en particulier.

Bon. Je crois que ce que j’aime dans le fait d’évaluer les compétences de mes élèves, c’est :

  • le parti-pris qu’ils sont compétents, justement. Pas en tout, pas tout le temps, mais c’est un postulat ;
  • la possibilité dévaluer des démarches complètement différentes sans que cela n’enlève rien à qui que ce soit. Oui, on peut aussi choisir des chemins de traverse, développer ses procédures sans perdre sa singularité. Je déteste l’idée de la conformité à une norme scolaire ;
  • le portait robot mathématique que l’évaluation des compétences me fournit. Je peux faire l’historique des réussites, des échecs, des fragilités, des progrès. Je peux isoler un domaine, une compétences institutionnelle. Pour remplir les bulletins et rendre compte à l’élève ou aux réunions parents profs, c’est très très puissant ;
  • cette transparence que j’associe à l’évaluation des compétences m’oblige à être très exigeante avec moi-même : tout doit être justifiable, explicable, si possible sans intervention supplémentaire de ma part, et donc explicite pour moi, déjà. Pas si simple.

Le super-pouvoir de l’évaluation des compétences, si je devais résumer, ce serait son aspect fondamentalement explicite.

Mais pense tout de même que ce qui compte, ce sont les pratiques, pas le choix de note ou pas de note. D’ailleurs de nombreux collègue font les deux en même temps ; cela pose encore d’autres questions, car le fait que cela rajoute du travail va tout de même dans le sens de mécanismes différents… Ah zut, je n’ai pas avancé !

Une question de fond, et je l’adresse par exemple à Cyril Naudin, parce que je pense qu’il a dû bien réfléchir dessus, c’est : promouvoir l’évaluation des compétences (en dehors de l’aspect institutionnel), est-ce une façon de provoquer discussions, débats et évolutions autour des pratiques, comme un prétexte, ou est-ce vraiment chargé se sens en soi ?

Voilà, maintenant je vais nous mitonner un bon hachis parmentier.

2 réflexions au sujet de « Note or pas note, is that the question ? »

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