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La différenciation, sujet hautement sensible

J’ai lu aujourd’hui un article de Sylvain Connac, à lire dans son intégralité ici.

Sylvain Connac rappelle en préambule qu’il est établi, au travers d’études convergentes, que les classes hétérogènes sont « la meilleure façon d’élever le niveau moyen de l’ensemble des élèves, au bénéfice des plus faibles et sans pénalisation notable des plus brillants ».

Sylvain Connac définit ensuite les termes utiles ici : « différencier la pédagogie consiste à ajuster l’enseignement aux différents besoins des élèves, en offrant à chacun les meilleures conditions pour apprendre ». Cela passe par l’observation de chaque élève : ses besoins, ses appuis, ses motivations, pour qu’il ne disparaisse pas derrière ceux qui savent. Chacun a sa place, et cette place doit être allouée par l’enseignant. Par la différenciation on ne nie pas les écarts, mais on évite de les amplifier, au pire, et on les réduit, au mieux.

Une pédagogie indifférenciée est, dans ses effets, profondément différenciatrice

Kahn

Selon Meirieu, « une différenciation pédagogique n’est pas « une nouvelle méthode pédagogique, mais bien une autre manière de concevoir l’organisation de l’enseignement : affirmer des objectifs communs et en multiplier les voies d’accès, tant en diversifiant sa panoplie méthodologique qu’en utilisant les interactions entre les élèves ». Et selon Perrenoud, « différencier serait lutter à la fois pour que les inégalités devant l’école s’atténuent et pour que le niveau monte ». Au travers de ce début d’article de Sylvain Connac, deux choses crèvent les yeux : la différneciation n’est vraiment pas une nouveauté, et ce n’est clairement pas vendre la soupe. Ce serait plutôt un acte pédago-militant.

On peut différencier selon plusieurs modes : sur les contenus (mais alors chacun n’aura pas droit aux mêmes savoirs et savoir-faire), sur les processus (« par une diversification des entrées et des formes de guidages différentes »), sur les productions (on peut permettre de diversifier les formes et les évaluer sous un angle formatif pour prolonger l’apprentissage), sur les structures (mais alors on risque de reproduire les inégalités sociales dans le scolaire).

Sylvain Connac approfondit la différenciation en proposant des éléments de modélisation ; je ne fais que résumer et je vous conseille de lire l’article pour en savoir plus.

Différencier, c’est surtout la capacité à alterner différentes méthodes dans la durée, afin qu’une même notion fasse l’objet d’approches successives et complémentaires. C’est, ensuite, le fait de ménager des temps de travail individuels (…). C’est, enfin, la mise en oeuvre de groupes de besoins (…).

Connac/Meirieu

Ainsi, il n’existe pas de manuel de différenciation, qui permettrait d’apprendre à différencier par la succession de « trucs » ou de pratiques directement transférables. Différencier, c’est un ensemble de gestes et de pratiques professionnels, liés à l’enseignant lui-même, à sa discipline, ses élèves, ses contenus. C’est un savoir-faire, justement, ce qui va bien dans le sens qu’enseignant est un métier complexe et plein. Ce n’est pas parce que tout le monde a appris à l’école que tout le monde peut enseigner.

Sylvain Connac étudie ensuite des risques, des attitudes professionnelles contreproductives. Il propose trois pistes pour accompagner les élèves ; l’externalisation de l’aide scolaire hors la classe (le soutien), l’adaptation de l’activité scolaire selon les élèves ou la personnalisation des apprentissages. Puis il détaille avantages et inconvénients de chaque piste, de façon très claire et très réaliste, en déglinguant au passage quelques mythes, ce qui n’est jamais inutile. Il rappelle que proposer des tâches aux consignes simplifiées n’est pas forcément motivant : tout cela est en même temps tout à fait sensé et délicat à mettre en oeuvre. Mais c’est utile de le rappeler. L’article évoque aussi l’accroissement de travail pour les enseignants, ce qui n’est en effet pas à négliger.

Et l’individualisation, alors ? Un des problèmes de l’individualisation, c’est qu’elle n’utilise pas la ressource qu’est le groupe. Certains y voient même une forme d’élitisme, dans les faits (pas forcément dans les intentions), qui risque de creuser les écarts.

Avec l’individualisation, on cherche à ajuster au profil de chaque élève un suivi propre qui l’écarte de toute dynamique collective.

Connac

Et l’individualisation n’est pas de la personnalisation, en pédagogie. On le voit bien d’ailleurs pendant les fermetures des établissements, à cause du covid : chacun est dans son coin, mais pour autant on n’a pas forcément personnalisé les tâches.

Il ne paraît pas pertinent de renter de (re)former le métier des enseignants par un traitement sur mesure des difficultés des élèves : c’est risquer (…) de dévaloriser leurs principaux outils de travail qui sont, le plus souvent, des outils à usage collectif. Il semble plus pertinent de s’appuyer sur les théories qui définissent l’apprentissage comme une capacité résolument sociale (…).

Cèbe, Pelgrims, Connac

Par exemple, l’aide entre pairs, le travail en équipes, l’usage de la table d’appui (dont je suis fan), en complément de l’étayage de l’enseignant, est une piste qui concilie moult avantages. Et cela permet ou apprend à l’enseignant à se mettre en retrait pour observer et analyser, et donc perfectionner ses outils et ses pratiques.

Penser la différenciation pédagogique c’est se confronter à des enjeux hautement sensibles. En effet, la différenciation « se situe d’emblée dans une ambiguïté. Car se préoccuper des différences entre élèves peut s’entendre en deux sens opposés : on peut vouloir les sauvegarder ou on peut vouloir les réduire.

Kahn

Finalement, la question de la différenciation est liée de près à un projet de société : quelle école voulons-nous, collectivement ? Et cela crée forcément des tensions individuelles : entre les discours institutionnels et les actes institutionnels, il y a souvent contradiction. Chacun peut entendre ce qu’il veut, percevoir l’implicite qui le met en situation de conflit, peut-être de conflit de loyauté.

Le projet éducatif de la différenciation pédagogique et des démarches de personnalisation sont clairement orientés vers les finalités de progrès et d’excellence : au sein d’une classe, concevoir les différences comme une richesse, pour orienter la coopération entre élèves vers l’amélioration des apprentissages individuels, donner à tous alternativement la chance de ne pas se sentir seul face à la difficulté et, à d’autres moment, être considérés comme une personne-ressource capable d’apporter son aide.L’intention éducativde serait ainsi de concevoir la difficulté plus, pour l’élève, comme un défi à surmonter que comme un état psychoaffectif qui soumet.

Cet article m’a plu, car je l’ai trouvé clair, avec les pieds dans la classe, sans concessions ni dans un sens ni dans l’autre. Il me semble vraiment adapté pour qui veut clarifier sa vision de la différenciation.

Une réflexion au sujet de « La différenciation, sujet hautement sensible »

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