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Entendre et regarder pour construire du commun.

Ma journée de formation a commencé par une intervention vraiment intéressante, lumineuse en fait : « Du travail en partenariat au métier d’intermétiers », par Corinne  Mérini et Serge  Thomazet, chercheurs  associés  laboratoire ACTÉ, université Clermont Auvergne.

Nous sommes partis de la question de l’inclusion, des élèves à besoins particuliers : les élèves à besoins particuliers risquent de  ne pas suivre une scolarité ordinaire si on ne met pas en place des dispositifs à même de les aider. Une solution serait de transformer l’école pour la rendre accessible. Les problématiques ne sont pas seulement scolaires : elles sont aussi sociales, médicales ; chercher comment travailler ensemble et construire des espaces de réponse qui permettent à chacun de faire son travail mène à la problématique du travail collectif. Il faut faire exister des espaces d’intermétiers à même de permettre les interactions et associent les enfants, qui sont acteurs de leur projet.

L’étymologie du mot « partenariat » : association et division

Dans le mot partenariat, le suffixe « ariat » désigne une forme d’organisation, ici du travail. Le partenariat est extrêmement contextuel. Avec le partenariat, on ne travaille pas dans l’égalité mais dans l’équité : ce qui est important c’est la place qu’on va donner à chacune des paroles, y compris celle de la plus petite quotité. Même les plus petites voix engagées dans l’action commune doivent avoir une place. Mais partenariat vient aussi, étymologiquement (en latin) par division, en référence au partage du butin chez les voleurs : on est en même temps associés et divisés. C’est une ambiguïté intéressante : on travaille avec et en même temps contre les intérêts de l’autre.

Si on se penche sur la définition plus scientifique, on est dans l’action, quand on est dans le partenariat. Et un inconvénient est que l’action nous envahit et nous empêche de prendre de la distance. Au départ, ce qu’on a en commun avec les autres c’est un problème à résoudre. Le partenariat est énergivore et chronophage. Sans un problème initial on n’aurait pas eu d’intérêt commun, et peut-être même aurait-on juste eu des intérêts divergents. Ce qui fonde le collectif, c’est la négociation.

Une négociation n’est pas une commande : le partenariat n’est ni une sous-traitance ni une délégation. C’est un travail commun, conjoint.

Différence et asymétrie

La négociation va mettre en conflit (du point de vue code et réglementation, pas forcément du point de vue des personnes, en tout cas a priori). La différence est un des obstacles du partenariat et la meilleure solution est de l’accepter pour travailler dessus et la mettre au service de ce qu’on a envie de construire pour le bien de l’intérêt commun. L’asymétrie de relations va venir embarrasser le traitement des différences. Il existe de multiples causes d’asymétrie : d’usages, par exemple, géographique ou temporel. Des gestes professionnels simples peuvent contrebalancer certaines de ces asymétries.

Mieux vaut parler de toutes ces difficultés plutôt que de les taire en idéalisant le partenariat. La relation partenariale est faite d’une dimension de monopole, une dimension de concurrence et une dimension de coopération. La réglementation elle-même organise des monopoles, comme au travers du secret médical ou l’évaluation (monopole institutionnel de l’enseignant), ou les monopoles d’expertise. Le partenariat n’a rien de lisse ou d’homogène. C’est dynamique, jamais complètement stabilisé, toujours réinterrogé.

A ce niveau de l’intervention, je me suis dit que c’était peut-être cette instabilité, poussée à son paroxysme pour moi ces derniers temps, qui m’ont fatiguée et poussée à mettre fin à mes activités de formatrice, de RMA, avant cela de formatrice REP+. Surtout lorsqu’au niveau du ministère aucun espoir ne se fait jour pour donner de la cohérence et de l’humanité. On est dans une stratégie comptable, voire d’exploitation. Sans doute mes aspirations de vie se sont-elles trop éloignées de cette pression, de l’agir avant tout, qui ressemble plus à de l’agitation compulsive. Je ne sais pas si je suis claire vue de l’extérieur. Mais pour moi, cela prend sens.

Comment tout cela tient-il ensemble ? Aucune contractualisation formelle ne garantit une relation partenariale. Le contrat didactique est tacite, rarement réinterrogé, car le partenariat est avant tout une relation volontaire. Sans l’engagement des acteurs, on peut toujours conventionner tout ce qu’on veut, cela ne servira pas à grand chose. C’est le contrat de collaboration qui peut contribuer à stabiliser :

  • la sémiotique instrumentale, c’est-à-dire l’échéancier qui va cadrer l’organisation et tout ce qui est rédigé du projet ;
  • la sémiotique affective ; la valeur de la relation, du plaisir ou déplaisir, de l’engagement et de l’implication, car nous avons autant le droit que nos élèves à esquiver ;
  • la sémiotique référentielle : quand on travaille ensemble, à quoi réfère-t-on pour comprendre cette situation où on est tous ensemble ? Si on met la dyslexie comme problème commun à résoudre entre enseignants, parents, orthophoniste,; la notion de dyslexie est comprise de façon complètement différente par les protagonistes : à la maison, la dyslexie ne pose pas de problème, à l’école c’est un obstacle important et pour l’orthophoniste c’est un objet de travail. C’est source de malentendus ou d’incompréhension entre les partenaires, qui peut amener les personnes à des conflits qui se construisent autour de la résistance de l’autre, alors que cette résistance est due au fait qu’on ne réfère pas à la même chose. Il faut donc avant tout travailler au problème commun pour en voir une représentation à peu près commune, un sens commun en explicitant les points de vue et enjeux de chacun. Il faut entendre et regarder pour construire du commun, et parler, même avec un vocabulaire ou des valeurs différentes.

L’errance constitutive des métiers du partenariat

Les métiers ont à travailler ensemble aujourd’hui. La plus-value est du côté de la mise en commun des expertises, d’un travail transversal qui construit de la complémentarité. De nouveaux métiers ont émergé, qui travaillent à faire du lien. C’est une évolution nette et qui commence à être ancienne, pour professionnaliser les situations d’interface : coordonner ne suffit pas, il faut des gestes professionnels.La situation d’intermétier est socialement partagée, mais part dans tous les sens. Elle est peu matérialisée, largement symbolique : la personne qui est en intermétier est au milieu de nulle part. Elle n’a pas une salle de classe qui localise son métier. C’est difficile à vivre parce que le périmètre de travail n’est pas franc, matérialisé, évidente ; du point de vue identitaire cela peut être compliqué. Les territoires d’action sont communs mais habités différemment selon les métiers. Le travail commun, qui peut être synchrone ou asynchrone, ne se voit pas bien et est compliqué du point de vue identitaire, du point de vue de la légitimité. Il faut construire une organisation plus homogène. Les professionnels de l’intermétier doivent avoir un profil psychosocial assez particulier, que tout le monde n’a pas. On prend un risque en y installant tel ou tel.Les différences engendrent des tensions entre les métiers : chaque métier a ses propres dilemmes (est-ce que j’enseigne ou est)-ce que j’éduque, par exemple). Mais les dilemme d’un métier, ne sont pas ceux d’un autre métier.

Me revoilà. Clairement, madame Mérini a touché là un point sensible que j’avais négligé : déjeuner dans la voiture sur un parking, ne pouvoir trouver aucun endroit pour me poser en tant que formatrice (pas de lieu, pas de bureau, rien), m’a fatiguée. A un moment donné, le coût a été supérieur au gain pour moi : le gain, c’était de me sentir utile, d’apprendre, de me former. Le coût, c’était l’éloignement de ma famille, mais aussi l’inconfort, une fatigue excessive et une perte financière assez extraordinaire. Corinne Mérini m’a permis de mieux me comprendre, de mettre en mots ce qui m’a éloigné de la formation, philosophiquement et concrètement. Les deux comptent.

Différences de territoires, différences de temporalité

Il y a aussi des différences de territoires de décisions : l’enseignant s’autorise à prendre des décisions dans le territoire de sa classe, peut-être au niveau de l’établissement s’il est impliqué dans le CA, la commission permanente, etc., mais si le territoire est en-dehors de l’école, c’est encore plus compliqué.

Les temporalités aussi (en tant que rapport au temps) sont très différents aussi : le rapport au temps d’un parent, d’un soignant, d’un enseignant sont différents. La pression du temps social, de l’administration et de ses agendas pèse aussi. La rencontre des métiers soulève des tensions de territoire, mais le rapport au temps embarrasse aussi les négociations et les décisions entre les métiers. La négociation aide à transformer les tensions en dilemmes d’intermétier, des dilemmes communs comme

  • la pression sociale du temps qui pousse à forcer la négociation vers une décision ou la volonté de poursuivre la négociation,
  • un choix à faire entre implicite ou explicite,
  • être dans le formel (on lance un GEVASCO) ou l’informel (on discute sur le parking),
  • travailler en continuité ou en rupture (parfois la rupture est archi nécessaire pour provoquer des effets)

(Et boum, déconnexion. Argh. Je complèterai le propos manquant dès que j’aurai accès au diapo)

Amener à renforcer le pouvoir d’action de l’autre est tout l’objet des métiers en intermétier.

Et c’est un bel objectif. Ma question aujourd’hui est : ai-je envie d’y retourner ? Le DU « passeurs » que je suis aujourd’hui est ainsi orienté. Mais je doute (de toute façon ce DU m’intéresse en lui-même, donc ça, je ne doute pas). J’ai envie d’agir plus localement, dans ma classe, dans les écoles autour de moi, auprès des collègues et cadres qui me sollicitent ponctuellement. Mais les intermétiers que j’ai vécus (assez nombreux car j’ai eu pas mal de missions différentes) me semblent, avec le recul, épuisants pour peu d’efficacité. Peut-être est-ce juste une réaction de repli après quelques bonnes claques. Ou peut-être est-ce plus profond. Je verrai bien : je me donne toujours la possibilité de changer d’avis et de direction.

Une réflexion au sujet de « Entendre et regarder pour construire du commun. »

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