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« Pourtant, si l’on parle beaucoup, les élèves s’expriment parfois très peu. »

Un article du Café pédagogique présente ce rapport :

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Alors déjà, j’adore la couverture. A peine je l’ai vue que j’ai eu envie d’avoir des élèves devant moi… Je crois que j’ai vraiment bien choisi mon métier. Mais voyons plutôt le contenu. Au coeur de ce rapport, il y a cette idée :

Penser l’oral est un impératif dans la lutte contre les inégalités scolaires.

Voici un extrait de l’introduction, que je trouve très très jolie. Et en tant que maman d’un enfant autiste, je la trouve vraiment bien vue :

Insaisissable oral

Faculté universelle, le langage se déploie au plus intime de la famille. On y verbalise peu ou beaucoup, on y parle avec ou sans accent, on raconte le monde, on en discute, ou bien l’on s’en tient aux préoccupations matérielles et quotidiennes. Ni l’enfant, ni même l’adulte parfois ne se rendent compte de la puissance du dévoilement par l’oral. L’oral expose, situe, dit quelque chose de soi, de l’image que l’on veut donner de soi et de sa propre représentation d’un interlocuteur.

L’oral ne permet pas le recul de l’écrit. Lis tes ratures ! C’est là même ce que l’oral interdit, le remaniement silencieux d’un message, d’un récit, d’une opinion. L’oral, plus encore que l’écrit, est un lieu d’insécurité dès lors qu’on se confronte à d’autres, au-delà des familiers ou des pairs.

Se préparer à parler, c’est consulter son dictionnaire intérieur, parler c’est aussi interpréter les signaux non verbaux de son interlocuteur, parcourir à nouveau un répertoire personnel et syntaxique pour adapter la suite du message. C’est ensuite écouter une réponse et anticiper la sienne propre. L’oral met ainsi en jeu des opérations d’une insoupçonnable complexité. Il nous contraint à l’ubiquité quand l’écrit nous invite à la pause.

Plus, ou mieux voudra-t-on dire, et plus l’opération sera complexe. De celui qui pense à voix haute, on entendra ainsi les hésitations, les amorces, les reprises, le familier à côté du conceptuel. Mais dans tous les cas, l’oral trahit l’émotion, reflète du savoir ou de l’incurie dans l’immédiateté de l’échange.

 L’oral, apparemment partagé est ainsi plus discriminant et clivant que l’écrit. Mal maîtrisé, il fait stigmate.

De cet objet complexe, il appartient à l’école de se saisir, comme outil de socialisation notamment scolaire, comme outil d’enseignement et d’évaluation, comme vecteur mais aussi objet d’apprentissage : comment dire ?

(…)

Travailler l’oral fait donc l’objet d’une demande sociale pressante : communication harmonieuse, pacifique et citoyenne, civilité, intégration des enfants issus de l’immigration, performance personnelle et professionnelle.

Le corps du rapport comporte des analyses, mais surtout des propositions et des narrations de situations de classe. On est bien dans la réalité. Et il y est beaucoup question de maths. Il se lit facilement et sa version numérique est bien faite du point de vue de la navigation.

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La conclusion synthétise bien le rapport lui-même. Les pratiques mobilisant l’oral sont très inégales, selon les niveaux, les enseignants, les disciplines. Et l’oral concentre de multiples paradoxes : l’enseignant sollicite la parole de l’élève, mais la craint aussi parfois, par « de ne pas pouvoir contrôler une parole laissée libre ». La place et la nature de la parole en classe sont associés à la spontanéité, plutôt qu’à une préparation en amont :

L’oral prend donc du temps, mais il s’agit souvent de l’oral de l’enseignant. C’est dans les interstices de sa parole que l’élève qui participe alors s’exprime. Mais de son aveu même, l’oral du professeur n’est guère préparé comme tel. Son objectif vise plutôt une notion au programme et l’oral advient « au fil de l’eau » sans que l’enseignant ait déterminé à l’avance un temps de parole. L’oral est alors un outil d’enseignement et non pas un objet d’apprentissage.

Placer les élèves en îlots n’est pas une garantie du développement d’une parole organisée, pensée, structurée. C’est l’enseignement dans sa globalité qui doit porter le souci de la parole, et il n’y a pas de recette magique et facile.

L’accent est mis aussi sur la nécessité du travail en équipe, et pas seulement à l’échelle de l’école ou de l’établissement, mais au niveau du réseau.

Je trouve que cette ressource est précieuse.

Quelques extraits de la conclusion :

Pourtant, si l’on parle beaucoup, les élèves s’expriment parfois très peu.

(…)

Il y a peu de moments de feed-backs et de métacognition. L’oral est donc trop peu un outil pour penser, s’approprier, s’améliorer. L’observation a montré qu’il est rarement objet d’apprentissage en cours. Certains enseignants ne le conçoivent qu’en projet. L’un d’eux l’a pourtant exprimé au fil de la discussion : ce qui est réalisé alors pourrait l’être aussi en classe au quotidien. Mais cela suppose que l’enseignant s’y autorise et conçoive le programme comme une invitation à travailler des compétences, plutôt que comme une injonction à épuiser son contenu didactique.

Cependant, cette liberté de l’enseignant existe. Elle s’accompagne souvent de l’ambition de voir l’élève gagner en maîtrise pour s’émanciper. En retour, la classe se mobilise avec sérénité.

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4 réflexions au sujet de « « Pourtant, si l’on parle beaucoup, les élèves s’expriment parfois très peu. » »

  1. « cela suppose que l’enseignant s’y autorise et conçoive le programme comme une invitation à travailler des compétences, plutôt que comme une injonction à épuiser son contenu didactique. »
    Alors ça j’adore!!! On en reparlera… 😉

    Aimé par 1 personne

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