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Les causes de l’échec scolaire évaluées par les enseignants

Dans le train pour aller voir l’exposition Tolkien, j’ai terminé la lecture de l’ouvrage : Les causes de l’échec scolaire évaluées par les enseignants, de Jean Ravestein, chez L’Harmattan. Cette lecture est très facile. Elle m’a intéressée, nous a amenés à beaucoup discuter, mon mari et moi, mais je suis perplexe sur certains aspects.

D’abord, l’objectif. L’objectif annoncé (et respecté) est de « mieux cerner la manière dont les principaux acteurs du système éducatif évaluent les raisons de l’échec ou de la réussite de leurs élèves ». A priori, j’avais cru qu’il s’agissait de réussite et d’échec scolaire. Mais non, il s’agit de dresser un bilan des opinions, croyances et ressentis des enseignants qui ont répondu au questionnaire. Dont acte : l’ouvrage n’est pas menteur, il ne promet rien d’autre que ce qu’il fait. Mais c’est parfois désespérant : certains critères obtiennent des réponses clairement « comme il faut », mais qui m’ont semblé fausses, et d’autres sont atterrantes. Cela fait donc parfois mal. Ce qui m’a plu, c’est la prise de position de l’auteur, qui exprime lui aussi sa surprise ou sa déception face à certaines réactions. La page 169 et sa réponse à un commentaire libre m’a fait rire.

Ensuite, j’aimerais bien le fichier source, les 1500 pages de collectes de données : de là où je suis, j’aurais aimé des précisions. Par exemple, quelles différences entre les jeunes enseignants et les anciens ? Entre les premiers métiers et les seconds métiers ? De même, l’échantillon étudié est présenté comme représentatif sur le plan de la sociologie des profs (hommes-femmes, premier degré-second degré, rural-urbain, etc.), mais l’est-il sur le plan syndical, voire philosophique ? J’ai tendance à me dire qu’un enseignant qui passe un long moment à valider ou invalider cent critères n’est peut-être déjà pas représentatif par essence, dans un sens ou dans l’autre. En tout cas, la lecture m’a alléchée quant à l’ensemble de ces données. Je me demande s’il y aurait moyen de me les procurer, et je vais écrire à l’auteur.

Côté qualités qui m’ont frappée, outre l’aspect accessible à tous, j’ai aimé le large spectre et le choix des références de recherche (qui m’ont fait me sentir en terrain amical), l’aspect concret et actuel des éléments analysés, l’absence de langue de bois.

Côté réticences (facile pour le lecteur, pardon monsieur l’auteur), je ne suis pas fan d’un certain excès de références au « bon sens » qui me fait si peur (le style proverbial, la connivence), ni d’exemples un peu extrêmes parfois. Et dans les critères, à mon sens ça manque de rapport à la didactique, de façon explicite.

Ma plus grande réticence porte sur le vocabulaire des questions : influer sur la réussite ou influer sur l’échec, pourquoi cette dichotomie ? Au final c’est presque la même question qui est posée, mais n’induit-on pas quelque chose chez la personne qui répond ? L’auteur aborde d’ailleurs cette question avec beaucoup d’honnêteté en fin d’ouvrage. De même, « les formations continues des enseignants telles qu’elles existent influent-elles fortement sur la réussite des élèves ? » : pourquoi ce fortement ? Comment mesure-t-on que oui, fortement ?

J’ai pris pas mal de notes, mais je ne peux pas tout discuter ici. Ce serait trop long. Quelques-unes, allez :

  • j’ai une question sur les critères d’évaluation, page 28, et j’aimerais la poser à l’auteur. Je n’ai pas compris :

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De même, que « l’évaluation reste un moyen fort de pression » est une illusion. À moins d’assimiler pression et terreur. Je n’ai peut-être pas compris le propos.

  • Le rapport aux devoirs à la maison de beaucoup d’enseignants me stupéfie (le « volume » ??? Sérieusement ???). Sur ce qu’on appelle « les méthodes pour apprendre, aussi. Et puis 10% des enseignants pensent que « la féminisation du corps enseignant joue sur l’échec scolaire ». 10%…

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Sur le collège unique, aussi , on se prend une bonne claque.

  • Je me suis vraiment interrogée sur le handicap l’inclusion d’élèves porteurs de handicaps physiques/mentaux dans les classes ordinaires est, pour les personnes qui ont répondu, un facteur de la réussite de tous. Je ne vois pas pourquoi. L’inclusion est socialement et philosophiquement souhaitable, et elle favorise le savoir-vivre ensemble et la tolérance, en même temps qu’elle permet aux personnes en situation de handicap de s’intégrer au mieux, mais en quoi cela favoriserait-il la réussite scolaire de tous ? Les enseignants se plaignent de l’hétérogénéité, sauf pour les handicaps ? Ou alors c’est parce que cela oblige/permet aux enseignants d’enrichir leur répertoire de geste professionnels, peut-être.

Ce sont des exemples de ce qui m’a fait réagir. Mais j’ai aussi trouvé des éléments de convergence, voire de fierté dans beaucoup de réponses aux critères proposés. Et je sens que je réfléchis encore. Objectif atteint, donc, monsieur Ravestein.

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