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« La solidarité et la coopération font plus progresser les élèves que le « chacun pour soi » et la compétition. »

Sur l’observatoire des inégalités, Jean-Paul Delahaye a publié un article intitulé Unknown« Comment l’élitisme social est maquillé en élitisme républicain ». Il date de mars mais m’avait échappé.

Jean-Paul Delahaye rappelle que notre école fonctionne bien, voire très bien, pour trois quarts des élèves. Le scandale, c’est pour le quart restant, constitué d’élèves majoritairement issus de milieux populaires. Comme à son habitude, monsieur Delahaye écrit de façon directe :

Notre élitisme est tout sauf républicain, il est essentiellement un élitisme social qui ne veut pas dire son nom. Cette injustice sociale qui est à l’œuvre au sein de l’éducation nationale ne date pas d’aujourd’hui. Notre système éducatif n’a jamais vraiment été programmé pour faire réussir tous les élèves. L’échec scolaire massif des enfants des milieux populaires n’est pas un accident, il est inhérent au système éducatif français qui a été conçu pour trier et pour sélectionner les meilleurs, ce qu’il fait très bien.

Il explique ensuite que « ce n’est pas l’école qui creuse les inégalités : elle ne parvient pas à les réduire, ce qui n’est pas la même chose. » Sans l’école, les inégalités seraient pire encore.

En France, qui prétend être le pays du « vivre ensemble », on ne scolarise pas ensemble. La partie de la population dont les enfants réussissent si bien dans une école qui procède par élimination, et qui sont surreprésentés dans les classes préparatoires aux grandes écoles, – s’est réservé de fait la voie générale. Elle valorise, dans les discours, l’apprentissage et l’enseignement professionnel, mais n’en fait pas une voie de réussite pour ses propres enfants : elle y oriente les enfants des milieux populaires, ce qui a l’avantage de protéger ses enfants du contact des enfants des autres.

Voilà une remarque bien réelle : combien de collègues, de connaissances et de parents m’ont demandé si je ne craignais pas pour l’avenir de notre garçon qui vient de décrocher son bac pro ? Pourquoi l’envoyer en lycée pro alors qu’il pouvait aller en lycée général ? La réponse était bien simple : parce que c’est ce dont il a envie, sans doute ce qui lui conviendra (en effet, c’est avéré), en résumé parce que c’est en passant par là qu’il sera le plus heureux.

Apporter des solutions nécessite davantage de partage et de fraternité et oblige à dépasser certains intérêts particuliers pour privilégier l’intérêt général, ce qui est loin d’être la tendance actuelle. Ceux dont les enfants réussissent bien aujourd’hui dans l’école telle qu’elle est n’ont pas besoin et donc pas intérêt à ce que l’école se réforme pour la réussite des autres, ce qui prive le système éducatif de mesures qui lui permettraient de mieux lutter contre les inégalités et d’œuvrer pour l’intérêt général.

La réflexion sur les REP est très intéressante aussi :

À effectifs d’élèves identiques, un collège en éducation prioritaire, malgré les quelques postes supplémentaires dont il bénéficie, peut avoir une masse salariale inférieure à celle d’un collège de centre-ville. La dépense pour l’accompagnement éducatif (aide aux devoirs notamment) en éducation prioritaire a été chiffrée par la Cour des comptes à 32 millions d’euros pour 1,7 million d’élèves pour 2016. Cela représente une dépense moyenne de 18,80 euros par élève ! Une évaluation réalisée en 2012 indiquait que l’on dépensait 70 millions pour l’accompagnement les élèves de classes préparatoires, sous la forme d’heures d’interrogation (dites heures de colle) pour préparer les concours. Soit 45 fois plus par élève. Qui sont les assistés dans notre pays ?

Jean-Paul Delahaye illustre son propos par des exemples clairs et qui, selon l’état d’esprit initial, atterrent ou déclenchent la fureur.

Un extrait qui fait du bien, pour finir,

La question pédagogique est déterminante. C’est sans doute pour cela que la pédagogie est autant combattue et caricaturée par ceux qui ne veulent rien changer. La haine de la pédagogie manifestée par certains est en réalité une façon de s’opposer farouchement à un élargissement de la base sociale de la réussite. Bien sûr, il n’existe pas qu’une seule approche pédagogique pour faire réussir tous les élèves, il existe même des approches pédagogiques néfastes qui en rabattent sur les exigences et qui enferment les élèves dans leur position d’origine. Mais l’on sait que la solidarité et la coopération font plus progresser les élèves que le « chacun pour soi » et la compétition.

Il faut le lire, en entier.

2 réflexions au sujet de « « La solidarité et la coopération font plus progresser les élèves que le « chacun pour soi » et la compétition. » »

  1. Comme je préfère me concentrer sur quoi on peut agir je trouve la question de l’article : « Pourquoi est-il si difficile dans notre pays de concevoir des modes d’évaluation qui encouragent, plutôt que de pénaliser, et qui font progresser dans les apprentissages ? » intéressante.
    Personnellement issue d’une classe aisée et ayant fait une CPGE je suis arrivée jeune enseignante avec un mode élitiste en tête (au moins inconsciemment). J’ai au bout de ma première année d’enseignement cherché à m’améliorer et un des moyens pour lesquels j’ai opté est l’évaluation par contrat de confiance. (J’avais écouté une conférence faite par ANdré ANtibi sur ce système et je m’étais reconnue dans beaucoup de points).
    J’y ai vu une réelle différence de motivation de la part des élèves et donc un engagement plus probant.

    Aimé par 1 personne

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