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Compassion, empathie et querelle de mots

Dans un article publié sur Le Temps, Paul Bloom, psychologue canadien, promeut son livre : «Against Empathy. The Case for Rational Compassion». J’ai lu l’article et j’ai eu l’impression que nous n’entendons pas tous le même sens au mot empathie. Pour moi, l’empathie est la capacité de comprendre ce que ressent l’autre, et la compassion se rapporte plus à une sorte de lamentation et de partage de souffrance.

Paul Bloom dit : « L’empathie consiste à ressentir ce que ressent l’autre. La compassion consiste, elle, à se soucier de quelqu’un qui souffre, sans pour autant éprouver soi-même ce qu’il ressent. » De ce fait, l’empathie ainsi envisagée dévore celui  qui la ressent (jusqu’au burn out) et « justifie » des erreurs de jugement (on s’engage émotionnellement « pour » quelqu’un qui ne constitue qu’un cas particulier et on est amené à se tromper sur une généralité), alors que la compassion est plus intellectuelle et noble.

Cet article m’a laissé très perplexe : en plus de mon problème de vocabulaire, il assène des clichés, je trouve :

Il y a une attitude générale dans la culture occidentale (et en tout cas aux États-Unis) selon laquelle les émotions représentent une forme de sagesse: il faudrait toujours écouter son cœur et nos dirigeants devraient être portés par de grands sentiments, quitte à minimiser l’importance de l’intelligence et de la rationalité. Imaginez que, aux États-Unis, un candidat dise: j’ai l’intention de prendre mes décisions en déterminant quelles sont les meilleures options, en réfléchissant et en les étudiant en détail… Les gens lui répondraient: nan, on ne veut pas de toi, on veut plutôt une personne avec de gros sentiments.

C’est peut-être vrai, mais cela me semble caricatural, comme d’autres passages.

Pour me mettre au clair avec les mots, je suis allée consulter mon ami dico.

L’empathie est un calque du mot « Einfühlung ». Cela signifie « faculté intuitive de se mettre à la place d’autrui, de percevoir ce qu’il ressent. » Finalement, cela ne m’avance pas beaucoup : même si je me mets à la place de quelqu’un pour le comprendre, je ne vais pas forcément absorber ses émotions. Je peux me mettre à sa place pour percevoir au sens de comprendre, sans ressentir.

Toujours dans le Larousse, la compassion est définie comme un « Sentiment de pitié qui nous rend sensibles aux malheurs d’autrui ; pitié, commisération » et se rapporte au fait de souffrir avec l’autre.

Il me semble donc définitivement que les mots choisis ne conviennent pas, ce qui m’a gênée à la lecture. Mais c’est peut-être un souci de traduction. Et je comprends le propos de fond, la volonté de mettre en garde contre un pensée courte qui s’appuierait sur l’émotionnel, qui en effet prend trop de ace dans les échanges en société actuellement.

Mais enseigner sans empathie, cela doit être compliqué. Sans mon empathie à moi, en tout cas.

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