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Victor Hugo est contre les lignes.

Sur The conversation, Claude Lelièvre, enseignant-chercheur en histoire de l’éducation à Paris-Descartes, a publié lundi 5 novembre un article en réaction aux « lignes » de monsieur Blanquer. Il écrit :

« Évoquant la nécessité de sanctions proportionnées et de mesures de « responsabilisation » des élèves, dans la lignée des travaux d’intérêt général, le ministre a ajouté qu’il « n’était pas rétrograde » de demander à un élève de « faire des lignes ». Il est piquant de constater que le représentant de l’Éducation nationale Jean‑Michel Blanquer s’inscrit ainsi benoîtement dans une tradition de « pensums » qui perdure en toute méconnaissance de leur interdiction formelle.« 

Le mot rétrograde a dû faire tilt dans l’esprit de Claude Lelièvre. Il reprend rapidement l’histoire du rapport à la punition. Il rappelle d’ailleurs que ceux qui sont pour les lignes, de toute époque, défendent leur  » nature « désagréable », et que le caractère fastidieux des « lignes » était opportun, même s’il était peu instructif. Et ils ont fait valoir qu’une punition s’inscrivant directement dans les tâches scolaires et se voulant « intelligente » – un exercice dans le livre par exemple – pouvait avoir pour effet de rabaisser le travail scolaire habituel au rang d’une punition ». Sauf que non : c’est l’ajout de travail qui constitue une punition. Si cela permet de faire progresser l’enfant, tant mieux. D’un autre côté, la dernière fois que j’ai donné une punition, un élève me l’a ramenée en me demandant si j’avais d’autres exercices du même type car il avait « bien aimé ». Ce n’était certes pas l’effet visé, mais dans le fond, j’ai atteint mon objectif : au moment où je lui ai donné sa punition il n’a pas aimé, mais il en a fait quelque chose d’éducatif et nous avons pu nouer un contact de nature différente.

Plus loin, monsieur Lelièvre cite Victor Hugo (A propos d’Horace (1835)) :

Marchands de grec ! marchands de latin ! cuistres ! dogues!
Philistins ! magisters ! je vous hais, pédagogues !
Car, dans votre aplomb grave, infaillible, hébété,
Vous niez l’idéal, la grâce et la beauté !
Car vos textes, vos lois, vos règles sont fossiles !
Car, avec l’air profond, vous êtes imbéciles ! images
Car vous enseignez tout, et vous ignorez tout !
Car vous êtes mauvais et méchants ! — Mon sang bout
Rien qu’à songer au temps où, rêveuse bourrique,
Grand diable de seize ans, j’étais en rhétorique !
Que d’ennuis ! de fureurs ! de bêtises ! — gredins ! —
Que de froids châtiments et que de chocs soudains !
«Dimanche en retenue et cinq cents vers d’Horace !»
Je regardais le monstre aux ongles noirs de crasse,
Et je balbutiais : «Monsieur… — Pas de raisons !
Vingt fois l’ode à Panclus et l’épître aux Pisons !»
Or j’avais justement, ce jour là, — douce idée
Qui me faisait rêver d’Armide et d’Haydée, —
Un rendez-vous avec la fille du portier.
Grand Dieu ! perdre un tel jour ! le perdre tout entier !
Je devais, en parlant d’amour, extase pure !
En l’enivrant avec le ciel et la nature,
La mener, si le temps n’était pas trop mauvais,
Manger de la galette aux buttes Saint-Gervais !

Ca l’a vraiment enquiquiné, Victor, ses lignes…

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