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Monsieur Bablet

Le Café pédagogique a publié aujourd’hui un article qui explicite les raisons du départ de Marc Bablet du ministère.

« Au contraire de cette dernière année 2017-2018 où je me suis tantôt agacé, tantôt ennuyé, où je me suis même laissé aller parfois à avoir du mépris pour certaines façons de faire, je dois dire que j’ai eu grand intérêt et satisfaction, souvent grand plaisir à contribuer au ministère à la refondation de l’éducation prioritaire entre 2013 et début 2017. »

« Le ministre actuel est un orfèvre de la communication dans ce monde où le spectacle médiatique l’emporte sur le réel du quotidien dans beaucoup d’esprits qui se laissent embarquer par la simplicité des messages. »

« Il est décisif que nous ayons à cœur de porter, contre ces dominations médiatiques de plus en plus marquées par le populisme, des idées construites, argumentées, sujettes à débats contradictoires. La pensée éducative, pour être une pensée, doit se construire dans la contradiction rationnelle sur la base de données solides, reproductibles, critiquables, ce que n’est pas la bouillie pour les chats que l’on nous livre trop fréquemment avec en prime un air d’assurance qui convainc parfois malheureusement ceux qui n’ont pas encore eu le temps d’y penser vraiment. C’est un enjeu éducatif d’abord car il nous faut proposer des pratiques éprouvées de travail pour améliorer nos résultats, c’est aussi un enjeu démocratique car il nous faut retrouver des débats de qualité fondés en valeur. Un mot d’ordre donc : prenons le temps d’y penser, rassemblons les savoirs… appliquons les préceptes de « l’autodéfense intellectuelle ». »

« Pourquoi partir maintenant du ministère ? Disons-le avec simplicité, c’est sans doute d’abord par manque de courage : manque de courage pour être en permanence à penser à ce qui va de travers, au sens caché des commandes, manque de courage pour voir détricoter ce qu’avec mon équipe nous avons patiemment élaboré, manque de courage pour dire franchement qu’il est insupportable de se sentir devenu inutile, manque de courage pour voir qu’une fois de plus ce qui est dit « prioritaire » n’est pas si prioritaire que cela dans le pilotage réel quotidien du système éducatif et que le seul fait de dépenser de l’argent public (les supposés huit milliards du plan pauvreté par exemple sur lesquels je reviendrai) ne constitue pas une véritable priorité qui doit, dans nos métiers, être d’abord une priorité de pilotage, d’engagement, de dialogue professionnel, de parole partagée. »

« On ne peut être que scandalisé par la manière dont on cherche en ce moment à remplacer dans des séminaires d’IEN de ce mois de septembre un Roland Goigoux qui est une vraie référence en matière de lecture par Franck Ramus qui, à ma connaissance n’a guère travaillé dans les classes et qui, s’il connaît le cerveau, ne connaît pas l’enseignement… Or, j’y reviendrai, pour travailler utilement pour les apprentissages en milieu populaire, il ne suffit pas de connaître en laboratoire les apprentissages, il faut connaître les conditions scolaires de leur réalisation. Car les enseignants sont chargés de faire apprendre leurs élèves à l’école pas en laboratoire sous un scanner…Si on continue comme cela, on ratera l’essentiel et tout espoir de voir évoluer les résultats inégalitaires de l’école française. En outre, on peut craindre que derrière ces façons d’aborder les questions, il n’y ait l’idée qu’il serait souhaitable de modifier très profondément l’école au point de ce qui s’est fait par exemple en Suède avec le succès que l’on sait (voir le Monde diplomatique de septembre 2018). C’est la seule manière que j’ai de comprendre la haine de la sociologie et des sciences de l’éducation qui règne en ce moment au ministère. »

Le fait d’avoir été dernièrement au ministère en situation de ne plus pouvoir écrire « refondation de l’école », même dans la citation de la  « Loi de refondation de l’école de la République » qu’il a fallu remplacer par « code de l’éducation » y est également pour quelque chose dans le malaise qui m’a amené à cette décision. (…) Ce choix de ne plus dire « refondation » est donc purement et simplement un acte de communication. Il y en a beaucoup actuellement qui n’ont pas pour objectif de mettre en évidence la qualité de tout ce qui est fait par les fonctionnaires de l’éducation nationale malheureusement. »

« Il est intéressant de voir qu’il {M Blanquer} ne cite volontiers pour cette politique que l’internat de Sourdun qu’il fit réaliser à un coût particulièrement élevé impossible à généraliser quand il était recteur de Créteil (il y a sur le sujet un rapport sévère de la cour des comptes) ou celui du collège de Marciac pour le lien de l’internat avec le festival de jazz. On voit là la préférence  du ministre pour les cas particuliers, pour les projets atypiques dont il pense qu’ils vont permettre de faire évoluer le système. Or ce qui caractérise un projet particulier c’est la grande difficulté de sa transférabilité. Il est significatif que quand monsieur Bourdin lui demande sur BFM le 10 septembre 2018 le nombre d’internats en France, il reconnaisse ne pas connaître cette information qui concerne tout le système et qui figure dans le dossier de presse de rentrée du ministère. Cela soulève un problème de fond que l’on abordera : comment concevoir le changement en éducation ? »

Voilà. Comme à son habitude, Marc Bablet ne transige pas mais est rigoureux. Pour ma part, pour l’avoir rencontré lors de divers événements et avoir bénéficié de ses interventions en formation de formateur REP+, j’ai une estime considérable pour ce monsieur toujours réfléchi, au propos franc mais toujours mesuré, qui sait lancer de piquantes vérités avec élégance, l’oeil qui frise mais le cerveau toujours en action, et qui m’a professionnellement beaucoup apporté.

C’est vraiment dommage qu’il ait quitté ses fonctions, et c’est surtout très inquiétant.

La bonne nouvelle, comme dirait Guillaume Caron, c’est qu’il a ouvert un blog.

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Pour terminer sur une note « continuons le combat », la phrase de Gramsci que monsieur Bablet affectionne : « il nous faut allier le pessimisme de la raison avec l’optimisme de la volonté ».

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