Pierre Carrée

Maths et jeu de rôles, version 2018-2019

Vous êtes quelques-uns à me demander des explications sur la façon dont je mets en place les points d’expérience, les pouvoirs, etc. Voici donc un état de mes pratiques pour cette année :

Le personnage mathématique

Les élèves incarnent un personnage mathématique. Ce n’est que de l’habillage, une façon de « ludifier » la classe et d’instiller de la fantaisie. En début d’année, chaque élève choisit sa feuille de perso. Une année j’avais fait zombie, une autre pokémons, une autre mathématiciens. Cette année, mes enfants les ont réalisées sur la base des super-héros Marvel. Du coup il y a du choix, pour le moment entre 40 personnages différents, et peut-être 90 s’ils finissent avant la rentrée.

Recto de la feuille de perso

Au recto de la feuille de perso, l’élève va inscrire, au fil de l’année, ses XP (points d’expérience). Je reviens plus loin sur la façon sont ces XP sont déterminés. L’élève les cumule, et note la date et le total. Son niveau est donné par le chiffre des milliers de son total d’XP. Si il a 4 985 XP, il est niveau 4. Il entoure son niveau dans l’encadré correspondant.

A chaque niveau, l’élève reçoit (virtuellement) un pouvoir. Il le stocke dans son sac à dos, et l’utilisera le jour de son choix. Ces pouvoirs lui allouent des avantages :

Lorsqu’il a utilisé un pouvoir, il le note et moi aussi.

Le but est d’atteindre le niveau le plus haut possible. Je pratique ce système depuis plusieurs années maintenant, et ça marche bien : les élèves en difficulté sont motivés par le fait que le système est cumulatif. Lorsqu’ils ne réussissent pas une évaluation aussi bien qu’ils l’auraient souhaité, ils avancent juste moins vite, mais il n’y a pas l’effet moyenne, qui « descend » leur note globale. Quant aux élèves en réussite, ils carburent à fond pour atteindre un niveau qui leur convient.

Le calcul des XP

Une précision préalable : les XP, c’est pour s’évaluer en s’amusant, et surtout pour pousser les élèves à en faire toujours plus, à aller toujours plus loin, mais c’est plus entre les élèves et moi. Les parents verront la partie compétences, développée dans la section suivante.

Tout effort mérite XP. Je modifie chaque année un peu mes repères pour les attribuer, selon ce qui me semble le plus pertinent, mais globalement on gagne :

Les travaux réalisés à la maison ne sont pas évalués en terme d’XP. En revanche, un élève qui ne fait pas son travail va revenir dans ma classe pour le faire.

Les compétences

J’évalue toutes les tâches par Sacoche. L’évaluation devient un non événement, car elle consiste en un relevé de compétences en continu.

Sacoche me fournit un relevé que je distribue aux élèves (ils ont eu le même vierge avant l’évaluation, pour qu’elle soit explicite) :

Les élèves reportent sur le verso de leur feuille de perso leurs réussites :

Verso de la feuille de perso

C’est un peu comme une barre de vie dans un jeu vidéo : on essaie de remplir toutes les barres su mieux possible. Quand on est au bout, j’ai des rallonges à coller, qui se déplient ensuite. Les élèves aiment bien ça.

Si les élèves ne remplissent pas cette partie de la feuille, ce n’est pas très grave : c’est surtout pour eux.

En revanche, ce qui est très important, c’est la trace que moi je conserve de leurs échecs et de leurs réussites, qui me donne un bilan transmissible aux parents :

Les quatre couleurs correspondent aux quatre niveaux institutionnels du LSU, du DNB. Ainsi, le but est de n’avoir que du jaune et du vert. Chaque trimestre, on compare l’évolution des couleurs (les bilans sont toujours cumulatifs depuis le début de l’année), ce qui permet de savoir quelles sont les forces et les faiblesses des élèves, ce qu’il leur faut travailler prioritairement, ce que moi je dois mettre en oeuvre pour les faire progresser.

Les familles et les élèves ont aussi un accès à Sacoche, et peuvent suivre tout au long de l’année leurs évaluations.

Les bilans d’évaluation me permettent aussi d’allouer les XP : Sacoche me transforme leur bilan en un taux, et si par exemple mon évaluation est sur 1000XP, je multiplie par 10 et zou. J’ai bien conscience que ce taux n’a pas une signification très rigoureuse, mais ce n’est pas grave, puisque les XP c’est pour les élèves.

Pourquoi ce système ?

J’imagine bien qu’il doit sembler bien compliqué à beaucoup d’entre vous. Comme je suis moi-même rôliste, il m’est familier et je sais exactement où je vais. Je ne suis jamais perdue dans sa mise en oeuvre.

Cette idée m’est venue il y a quelques années, grâce à un bouquin (the multiplayer classroom) et parce que la notion de compétenceme renvoie aux jeux de rôles, à cette idée de progrès, de développer ses capacités, de toujours aller vers le mieux. Et ce système me permet en même temps d’évaluer des compétences et de donner un cadre ludique.

Si j’ai oublié des choses, si je ne suis pas claire, dites-moi.