Apprendre·Chez les chercheurs·Décrochage·Ecouter·Formation·Lire

« Tous les élèves s’angoissent à l’idée de ne pas comprendre » (Yves Reuter)

Dans une conférence du 23 janvier 2018 à l’Esen, Yves Reuter (professeur en didactique à Unknownl’université de Lille) pose la question suivante : en quoi les disciplines et leur fonctionnement participent-ils du décrochage scolaire ? C’est un domaine assez peu développé par ailleurs : le décrochage est souvent lié à la violence, au climat, par exemple, mais les didactiques en sont presque toujours exclues. Deux types de décrochage sont évoqués et articulés entre eux dans la conférence : le décrochage cognitif (l’élève est là, mais seulement physiquement), l’absentéisme.

À la fin de l’école primaire, quand on demande aux enfants quelles matières ils ont travaillées dans l’année, on obtient 102 désignations différentes. Chaque enfant en cite entre 2 et 21. Il y a dans leurs réponses des matières, des activités (piscine), des domaines (mesures), etc. Certaines matières sont bien reconnues (comme les maths, l’EPS, les langues), d’autres pas : l’EMC est « transparente », par exemple (elle n’apparaît pas dans les réponses des enfants), et « opaque » (quand on leur demande ce que c’est, ils disent ne pas le savoir). Le français est vu comme une discipline « composite », comme fractionnée, alors que les mathématiques sont vues comme plus « homogènes ». C’est amusant, car LE français est au singulier et LES mathématiques au pluriel, le plus souvent.

Les disciplines pèsent d’un poids plus ou moins important dans le vécu. Les maths, l’EPS pèsent lourd, par exemple. Ce vécu est plus ou moins positif selon les âges : les maths, vécues plutôt négativement au secondaire, constituent la discipline préférée des enfants au primaire. De cela, Yves Reuter dit « cela signifie que ce sont les maîtres les moins formés qui font le mieux apprécier la discipline« . Au contraire, l’histoire géographie est peu appréciée en primaire et plus appréciée dans le secondaire. Il est donc difficile d’avoir un propos général sur la formation des maîtres. Peu de matières sont vécues vraiment généralement de façon positive : l’EPS, de manière moindre les arts plastiques, et certaines matières professionnelles en LP. C’est tout. Les deux premiers exemples sont particulièrement intéressants : le statut de discipline est complexe, car celles-ci correspondent aussi à des activités pratiquées de façon volontaire en dehors de l’école. Enfin, l’école n’est pas une globalité, pour les élèves : certaines disciplines les en éloignent, d’autres les y maintiennent.

Capture d_écran 2018-06-21 à 14.24.38

Monsieur Reuter insiste sur un point qui lui semble fondamental : la nécessité pour les élèves de comprendre. Elle est telle qu’ils ne comprennent pas quand on ne les aide pas suffisamment à comprendre, les notions comme les annotations des évaluations.

En maths, le problème fondamental semble être de lever les angoisses liées à la compréhension, ce qui permet de donner l’envie de chercher. Les questions de la rapidité, de la gestion du passage au tableau sont centrales. Les maths sont aussi la seule discipline dans laquelle les élèves disent souvent que l’enseignant s’intéresse à ceux qui comprennent et moins aux autres. Cela désigne certaines configurations disciplinaires des mathématiques, et permet de poser la question : pourquoi ce problème dans ma discipline de façon spécifique ?

Les autres disciplines ont aussi leurs problèmes spécifiques : en histoire géographie, le gros problème est (surtout en histoire) que les élèves ont l’impression d’apprendre sans comprendre, y compris sans comprendre les mots qui apparaissent dans les documents étudiés. En revanche, ils aiment les échanges, les témoignages, les études d’objets amenés dans la classe.

Dans sa conférence, Yves Reuter explique que le rapport du maître à la discipline et aux configurations disciplinaires est lourd de conséquences pour le vécu disciplinaire des élèves, bien plus que son style d’enseignement ou sa personnalité. Il ne développe pas ce point davantage ; je vais aller bouquiner son ouvrage.

Une citation qui j’ai aimée, pour finir :

« Il est plus facile d’insérer un travail sur les normes dans un cadre où il y a de l’expression et de l’échange, que d’insérer de l’expression et l’échange dans un cadre qui est dominé sur les normes. Vous voyez? Après ça se discute. »

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s