Chez les chercheurs·Chez les collègues·En classe·Evaluer·Formation

Dans les brouillons, ça bouillonne

Sur les Cahiers péda, un article de Souad Benabbes en date du 23 mai réfléchit à l’usage du brouillon. L’article présente une recherche menée en 2013 dans un lycée algérien.

« Le brouillon représente un écrit incontournable« , dont s’emparent plutôt les élèves qui ont compris comment travailler et/ou ce qu’attendent les enseignants. Mais qu’en pensent les élèves qui rechignent à l’utiliser, et comment les y amener ? « Selon Yves Reuter, les élèves considèrent le brouillon comme un signe d’incompétence : ils l’associent à quelque chose de sale, d’illisible, empli de taches et de ratures. » C’est vrai, et bien dommage en mathématiques aussi : l’activité de recherche n’est ni linéaire, ni propre. Ça part dans tous les sens, on se trompe, on avance, on recule, on barre. Cela m’a pour ma part amenée à de moins en moins insister sur la propreté des travaux de mes élèves. La présentation, je n’en ai jamais rien eu à faire. Mais même la propreté, j’ai pris du recul. Je veux pouvoir lire sans difficulté, savoir ce qui est rayé et ce qui ne l’est pas, mais même en évaluation, une copie crado ne me chcapture-d_c3a9cran-2017-09-01-c3a0-19-02-09.pngoque pas. En revanche, nous prenons le temps, lorsque cela me semble important, de mettre au propre certains travaux. Et j’attends aussi des devoirs maison plus propres que des travaux en temps limités. Non pas par principe, mais parce que je sais que savoir produire un travail « propre » est important, pour pouvoir montrer qu’on sait respecter une norme, par exemple. Moi-même, je ne suis pas très soigneuse, à l’écrit. J’ai toujours été rassurée par les sympathiques piles de brouillons et je ne conserve jamais un document de travail propre et net bien longtemps : les idées arrivant, il faut bien les déposer quelque part ! Le brouillon me permet bien, à moi,  d’ « amoindrir la charge cognitive« .

Depuis plusieurs années, je ramasse les brouillons des élèves qui le veulent bien, en évaluation ou en travaux de recherche. Cette année, tous me les rendent, sans même que j’aie encore à le leur demander. De mon côté, je les ramasse et les lis pour deux raisons : ils me permettent de comprendre une démarche, de retracer un chemin mental, et puis ainsi je les valorise, au sens vraiment de leur donner de la valeur : ils valent le coup, puisque la prof les lit. Côté effet secondaire, les élèves ont de plus en plus tendance à les conserver dans leur cahier d’exercices. Seule contrainte : qu’une pile de feuilles de brouillon soit accessible dans la classe. La règle établie est qu’on a le droit de se déplacer sans demander, si c’est pour aller chercher du brouillon. J’ai essayé l’usage du cahier de brouillon, mais avec beaucoup moins de succès : avec des feuilles volantes, on décide de conserver ou pas son brouillon. S’il est trop plein de bêtises et qu’on veut le voir disparaître, hop, direction la poubelle (jaune). Alors que dans le cahier, les écrits restent, et parfois pèsent aux élèves. Encore une fois, c’est le rapport à l’erreur qui pose problème chez ces élèves, et c’est une raison supplémentaire pour les amener à l’usage serein du brouillon.

Revenons à l’article. Il présente les effets sur les élèves de l’utilisation du brouillon (améliorer leur expression écrite, leur confiance en eux), et les conditions d’efficacité. Deux groupes d’élèves ont été observés : « les scripteurs du premier groupe ont retravaillé leur brouillon lu et annoté par leur enseignant, et ceux du second groupe ont révisé et réécrit leur premier jet en s’appuyant sur une grille d’auto-évaluation« . Ensuite, les travaux ont été comparés. Conclusions: « l’annotation du professeur amène l’élève à un travail guidé de réécriture plus efficace que la révision-correction menée par l’élève lui-même via l’utilisation d’une grille d’auto-évaluation« . Tant mieux : nous sommes donc utiles. L’auteur de l’article expose ensuite des modalités : « accompagner les élèves dans leurs productions d’écrits implique d’organiser son enseignement de façon à les engager dans les différentes phases du travail d’écriture : planification, mise en texte, révision et réécriture. (…) Accompagner l’élève, c’est également changer de posture : c’est permettre à l’élève de comprendre le processus rédactionnel en commentant son texte plutôt qu’en le corrigeant« . Cette dernière phrase est très intéressante : l’enseignant est plus efficace en travaillant avec l’élève à l’amélioration de sa production, plutôt qu’en faisant à sa place. Même si cela semble évident, le rappeler est sans doute nécessaire. Corriger, évaluer sans avoir permis et organisé de reprise du travail permet des progrès moindres chez les élèves, puisque cela ne favorise pas leur réflexion sur leur propre objet de travail.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s