A l'attaque !·Activité rigolote·ça m'énerve·En classe·Sixième

Les nerfs par dessus le tricot

Aujourd’hui, j’ai mis en oeuvre en sixième l’activité à laquelle j’avais pensé ce week-end, avec mes petites étiquettes de prix et des autocollants de réduction. J’avais hâte de la proposer aux élèves, et j’en attendais un moment agréable d’apprentissage. Au lieu de ça, je me suis retrouvée à ramer et finalement à me mettre en colère, ce qui m’arrive heureusement peu : je vis la colère comme le reste, avec beaucoup d’enthousiasme.

Alors d’abord, comment l’activité ne s’est pas passée comme je le voulais :

Pas mal d’élèves étaient mous, à leur entrée en classe. Je ne sais pas pourquoi, mais c’était particulier aujourd’hui : « madame deux étages c’est trop haut », « madame portez-moi-j’en-peux-plus », « madame chuis fatiguée », « madame j’ai mal dormi », « dire que je suis là alors qu’hier j’ai eu un nouveau jeu sur ma PS4 », et à l’arrivée en classe quelques élèves se sont aussitôt avachis sur leur table. Non seulement cela dénote de mauvaises conditions d’apprentissage de leur côté, mais du mien ça m’a énervée d’emblée. J’étais là depuis 7h30 pour préparer la classe, cette séance en particulier, et j’avais envie d’envie.

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J’ai donné les consignes de la façon suivante : vous allez obtenir une étiquette par binôme. Sur chaque étiquette figure un prix en euros, qui est le prix initial, c’est-à-dire le prix de départ. Sur l’étiquette, il y a aussi un autocollant coloré qui signale le taux en pourcentage de réduction, de remise. Par exemple, sur cette étiquette, on considère un article qui valait initialement 80€, et dont le prix est réduit de 30%. Ma question est : quel est le montant de la réduction, c’est-à-dire combien d’euros vais-je payer de moins ? Vous allez organiser votre feuille réponse comme ça : … (et je fais un dessin au tableau, car comme je souhaitais afficher les productions ensuite, je voulais qu’on puisse facilement trouver les informations). Réaction d’une petite dizaine d’élèves, les uns après les autres, comme une horloge régulière : madaaaame j’ai pas compris faut faire quoi ?, aucun n’écoutant la réexplication au camarade précédent. Là, j’ai senti l’iceberg approcher, et j’ai mis en garde les élèves : faites ce travail sérieusement, c’est important, le but est de comprendre ce qu’est un taux en pourcentage, et la notion vous pose des difficultés.

Les élèves se mettent au travail. Trois restent sans rien faire du tout, les autres commencent à débattre. Je vais voir un des élèves inactif, je lui demande pourquoi il ne fait rien, et il me répond « chais pas ». Je le secoue (au figuré) et il fait mine de s’y mettre. Une minute plus tard, il est à nouveau posé là, sans rien faire à nouveau. La tension monte.

Au bout de dix minutes, il est assez évident que c’est un ratage complet, cet exercice. Je vois des démarches du type (par rapport à l’exemple) : 80-30, 80-70, 80/30, 80+30… Cerise sur le gâteau, un élève me dit « il est mal choisi votre exemple, j’en veux un autre », un de ses camarades intervient dans ma remise en place de son voisin en me disant que je n’en sais rien s’il travaille ou pas, et un autre s’obstine dans une démarche fausse malgré mes explications, sans ouvrir du tout sa réflexion et en radotant que « c’est pas possible on images2peut pas diviser 170 par 3″. Ceux-là, je leur explique ma façon de penser, de manière de plus en plus synthétique, bien qu’argumentée. Je suis perplexe, tendance furax. J’essaie de maîtriser ma colère. Deux groupes ont réussi très vite et se sont engagés dans un autre travail que je leur ai attribué, mais les autres alignent des calculs sans leur donner de sens : quand je les interroge sur le pourquoi de leur démarche, ils me répondent « essayer des trucs ». Je stoppe tout et je demande à tous les élèves de sortir le cahier d’exercices et de relire la dernière activité, sur les bottes. Trois s’exécutent. Les autres continuent d’avoir l’air occupés et c’est tout. Je me fâche : je vous ai demandé de relire la correction de l’activité de la fois dernière, c’est parce que cela va vous aider. Vous faites ce que je vous demande, s’il vous plaît. Et là, les élèves à côté de moi sortent le cahier, l’ouvrent à la bonne page… Mais ils n’ont pas copié l’exercice. Baoum mes petits nerfs.

Je vérifie tous les cahiers. Neuf élèves n’ont pas copié la trace de l’activité de la dernière fois. Je ramasse les carnets de correspondance, dans lesquels je mettrai des mots à la récré. Et là, ça suffit : vous n’êtes ni sérieux, ni respectueux. Je ne peux pas vous faire imagesréussir et vous apprendre des choses sans vous. Apprendre, grandir, devenir plus cultivé et plus intelligent, cela demande des efforts, dont on ne peut pas se dispenser, mais que la majorité d’entre vous ne fournissez pas. Et en plus, nombre d’entre vous êtes arrogants et grossiers. Et je cite tous les comportements qui m’ont heurtée depuis le début de l’heure. Je résume, car j’ai davantage développé… En vocalisant avec allégresse. la classe a l’air assez consternée, et embêtée.

J’ai l’attention de tous. Une attention gelée, mais une attention quand même. Je reprends, j’annonce que la recherche s’arrête là et que j’affiche toutes les productions, même de ceux qui n’ont rien fait, qui me disent que pourtant ils ont « presque fini ». Et à partir de là, nous remontons la pente : puisque je ne pourrai pas inciter sur les mises en relations et mes variables didactiques, nous prenons les propositions une par une (ce que je n’avais pas prévu), pour vérifier, corriger, donner du sens. Je continue sur la méthode déjà présentée lors de la séance précédente, et là évidemment j’entends des « aaaaaah d’accord » et « aaaah j’avais pas compris ». Sans blague, mais je respire plus profondément et on continue. Plus nous avançons, plus je récupère la participation des élèves. Je distribue la parole en réfléchissant intensément, pour que l’énergie circule à nouveau, pour que tous s’impliquent.

Avez-vous des questions ? Oui, deux élèves me disent avoir une question. Laquelle ? « J’ai rien compris. » Okééééééééééé. Un souci de compréhension ne me pose pas de problème, mais « j’ai rien compris » oui, et là le moment est mal choisi. Je donne les derniers exemples non corrigés à faire dans le cahier d’exercices de façon individuelle et je prends à part les élèves n’ayant pas compris pour leur réexpliquer et les faire reformuler. Je vois bien qu’elles sont toute stressées et je m’efforce d’être constructive.

Après un bon moment, je circule, et tous les élèves ont suivi une démarche correcte. Ils n’ont pas calqué sur ce qui est au tableau, et semblent s’être approprié le raisonnement. J’envoie des élèves dont je ne suis pas sûre qu’ils aient vraiment compris corriger, sans leur cahier, et tous y parviennent. J’en localise un, pendant ce temps, qui en fait n’a toujours pas compris, même s’il était bien parti. Je m’occupe de lui pendant que chacun vérifie sa solution, la confronte à celle proposée par les élèves correcteurs.

Je décide de ne pas poursuivre avec la deuxième partie de l’activité, et de nous donner de l’air : pour demain les élèves doivent résoudre des exercices du même type qu’aujourd’hui, et à présent nous allons préparer la suite et nous interroger sur ce qu’est un nombre décimal. Je dégaine le travail de Nicolas Pinel sur le tailleur, et ouuuuuuuf, je retrouve les sensations de d’habitude : je présente, ils réagissent, ils posent des questions, ils questionnent, à mes interrogations des tas de mains se lèvent… Nous finissons là-dessus, et nous reprendrons la suite de cette activité demain.

Je suis lessivée. Deux heures de combat didactique. Et ce n’est que le début : je ne vais pas les lâcher jusqu’à ce que j’ai atteint mes objectifs.

Natural-Remedies-for-Fatigue

Maintenant, pourquoi l’activité ne s’est pas passée comme je le voulais :

Mes élèves sont arrivés avec des conceptions incroyablement fortes sur les taux : c’est compliqué, je n’aime pas, je ne comprendrai pas.

Ils n’ont souvent pas voulu comprendre : « mais madame, pourquoi vous nous expliquez pas quelle opération faire, les produits en croix tout ça ? » ou « ma mère elle dit qu’il n’y a rien à comprendre, faut juste faire les bonnes opérations dans le bon ordre ». Beaucoup veulent des recettes. Et moi je m’oppose radicalement à leur en donner sans compréhension des mécanismes qui les sous-tendent. Je leur ai expliqué pourquoi, du coup.

Les calculs posent des problèmes considérables à beaucoup de mes élèves : « par quoi faut-il multiplier 10 pour trouver 80 » en coince certains, alors « par quoi faut-il multiplier 10 pour trouver 270 », c’est pire naturellement. Et pourtant je suis repartie des unités, de ce qu’est une dizaine, tout ça. Mais la construction du nombre est si fragile pour nombre d’entre eux ! Et puis 4 fois 8, ça a quand même donnée 17 résultats différents sur 24 élèves. Pourtant, je fais du calcul mental depuis le début de l’année. Sans doute pas assez…

Beaucoup n’ont pas été attentifs la séance précédente, manifestement, et je ne l’ai pas vu. Pourquoi ? Je l’ignore. Ca, ça m’embête.

Après plus de deux heures sur les taux, la moitié de la classe considère toujours que le symbole % est « un symbole d’unités, comme les litres ou les kilo ». Pourquoi les pourcentages génèrent-ils des obstinations pareilles ? Des difficultés je comprends, mais qu’est-ce qui est si difficile au fond ? Je dois réfléchir. J’ai des pistes, mais qui ne justifient pas l’ampleur des incompréhensions et des blocages.

J’ai donc négligé tout un tas de choses, des pré-requis qui n’étaient pas là. Et eux, de leur côté, n’étaient pas assez motivés, et tirés par le bas par des comportements individuels affichant un manque d’appétence.

Quelles conclusions ?

D’abord, vous voyez, les jeunes collègues avec qui je discutais hier, moi aussi, comme tout le monde, je loupe des séances, par maladresse et à cause de facteurs extérieurs.

J’ai modifié le cours de la séance d’une façon qui, je l’espère, permettra de bien reprendre demain et lundi.

Au final, je vais dérouler ce que j’avais prévu, mais en deux fois plus de temps. Mais cela n’a pas tellement d’importance si au bout du compte mes élèves ont tous compris. Et si ce n’est pas le cas, je recommencerai différemment. Je suis teigneuse, et surtout je suis là pour qu’ils comprennent. Je ne lâcherai pas le morceau.

Une bonne colère, ce n’est pas négatif. Les élèves ont entendu ce que j’avais à leur dire, et d’ailleurs ceux qui n’auront pas fait signer le mot dans leur carnet demain auront une heure de colle, histoire de leur signifier que c’est sérieux et que je n’oublie pas. Moi, j’avais besoin de leur dire, car j’étais déçue de leur attitude, choquée de certaines arrogances, frustrée d’investir autant de temps et d’énergie pour un retour absolument pas au niveau de mes attentes et de leurs besoins.

Sur le plan éducatif, il était manifestement opportun de bien fixer les choses, même si elles avaient été dites déjà : dans une classe il y a des règles, celles de l’enseignant, et chacun doit le respect à l’autre. Pas seulement l’enseignant envers les élèves. Et travailler, c’est se respecter, dans notre relation.

Bon, maintenant je m’attaque à mes quatre paquets de copies.

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3 réflexions au sujet de « Les nerfs par dessus le tricot »

  1. Aaaargh !!! J’ai trouvé ton idée super intéressante et je viens de commander des pastilles de réduction… En plus, j’ai l’impression de reconnaître une de mes classes dans ces descriptions, les multiplications par 10, les tables méconnues, etc… Mais ça ne fait rien, je me lancerai quand même ! Merci d’avoir partagé cette expérience négative, j’expliquais moi aussi à mes stagiaires que ça arrive à tout le monde d’avoir des séances qui partent de travers et que ce qui importe, c’est de pouvoir analyser après-coup à tête reposée les raisons de ce raté !

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      1. Oui, pas de souci. Mais ça risque d’être repoussé après les vacances de février car les différentes écritures des nombres décimaux posent de gros soucis. Il y a une forme de régression, des choses qui étaient bien manipulées qui ne le sont plus, mais comme dans la croissance d’un enfant, ce doit être un passage nécessaire dans la croissance d’un élève. Du coup, on marque un peu le pas sur ce sujet et j’ai abordé parallèlement à celui-ci un travail sur le cube, les patrons, la perspective qui réjouit les élèves  » parce que là, monsieur, c’est pas des maths ! Enfin je veux dire, si, mais c’est pas comme les calculs et tout ça parce que là, on voit, on touche, on imagine… « . Ca va permettre de poursuivre en douceur sur les décimaux, les divisions par 10,100, etc… Et j’ai besoin que ce soit stabilisé à l’approche des pourcentages qui sont toujours vus par certains comme un obstacle insurmontable !

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