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Construire une évaluation

Un étudiant professeur de maths m’a demandé cette semaine comment je m’y prends pour construire une évaluation, car il a l’impression de « faire n’importe quoi », « jamais pareil », et que « c’est pas réfléchi », ce qui l’agace. Il ne sait pas par quoi commencer, si l’évaluation doit être pensée au début de la séquence ou à la fin, etc. Justement, j’ai deux évaluations sur le feu : il est temps de faire nos évaluations de janvier, dans mes classes, puisque nous en faisons une par mois. Ma méthodologie est plan-plan mais stable.

D’abord, pour répondre à la question de « quand penser l’évaluation », je ne pense pas qu’il y ait de règle. L’essentiel est que l’évaluation ait du sens, évalue effectivement les élèves et permette des prolongements, des remédiations ensuite. Pour ma part, je propose une évaluation chaque mois, de façon indépendante de la séquence engagée. Comme en plus chaque séquence arrose des thèmes du programme très variés, et que je modifie ma progression en fonction des réactions des élèves, impossible de prévoir mon évaluation a priori. Enfin, je m’appuie aussi sur la culture de classe, les remarques des élèves, les débats inattendus pour réactiver dans l’évaluation. Impossible à anticiper.

Étape 1 : les thèmes

Première question : quels sont les thèmes engagés ? Pour mes cinquièmes, je voudrais les faire réfléchir au moins sur les priorités de calcul, les translations, le calcul littéral, Scratch, les angles et les triangles. Si possible je glisserais bien un peu de probas et un petit retour sur la notion de moyenne, qui posent des problèmes, et que j’essaie de réactiver régulièrement.

Je reprends mon cahier de textes (que je remplis à la main, qui est un peu différent de la trace sur pronote : c’est ma trace à moi et pour moi). À chaque séance, j’ai noté ce que je voulais que les élèves retiennent ou comprennent. Je vais m’appuyer là-dessus pour construire mon évaluation. Par exemple, « Revenir sur l’importance de la flèche et de son sens ; différence avec un segment » au milieu de la partie translation.

Je relis le programme de cycle 4 pour vérifier que j’ai bien capté les bons enjeux, pour les domaines qui m’intéressent. Faire ça à chaque fois me permet aussi de connaître les programmes le mieux possible. Je n’ai pas de surprise en les lisant, mais je pourrai bientôt les réciter… Il me semble important de les connaître sur le bout des doigts.

Étape 2 : les compétences

Je déplie mon référentiel Sacoche et je le relis. Je voudrais engager toutes les grandes compétences :

  • Chercher, forcément c’est le cas.
  • Calculer, avec les priorités et le calcul littéral, c’est bon.
  • Représenter, les translations et les probas y contribueront.
  • Raisonner, je dois veiller à mon choix d’exercices pour permettre aux élèves de vraies opportunités de raisonnement.
  • Modéliser : les probas, le calcul littéral, peut-être les translations ; je commence à avoir pas mal de matière pour modéliser, à ce stade de l’année.
  • Communiquer : cela va de soi, mais mes consignes doivent être explicites en ce sens.

Mon but n’est pas de proposer des problèmes, ni, pour cette fois, des tâches complexes. Je garde les problèmes pour d’autres circonstances, évaluées en activité en classe, en direct. Quant aux tâches complexes, j’en ai déjà évalué ce mois-ci.

Étape 3 : premier choix d’exercices

Je farfouille dans mes documents des années passées, dans mes livres numériques ou papier, sur Eduscol, sur les sites des copains pour avoir des documents réels, si possible.

Je trouve rapidement sur les translations, les priorités de calcul, les angles. Ce sont des exercices d’automatismes, principalement. Il faut donc que je trouve des exercices de nature différente sur les autres thèmes.

Je trouve une image à commenter, qui permettra de modéliser en s’appuyant sur un de mes thèmes visés, très bien : de l’analyse d’image, c’est parfait. Et rigolo, en plus.

Sur la moyenne, c’est difficile : il me faut un exercice assez ouvert pour permettre le tâtonnement, car mes élèves sont en difficulté dans la compréhension de la moyenne. Moi, ce que je voudrais, c’est qu’ils fassent le lien avec la somme des valeurs. Je finis par me fabriquer un petit exercice qui va dans ce sens.

Un ajout de dernière minute : une narration de ce que nous avons fait en classe sur un thème précis. Histoire de voir si tout le monde était bien attentif et a fait du lien entre la mise en activité et le contenu institutionnalisé. Plus encore que pour le reste, ce sont mes pratiques que j’évalue là.

Étape 4 : mise en forme

En supposant que je garde tout ça, qu’est-ce que ça donne ? Je mets en page et j’organise les exercices de façon à commencer par ce que je pense plus accessible à tous, et de façon à ne pas gâcher de papier… Là, je me rends compte que j’ai oublié le calcul littéral. J’ai déjà neuf exercices, mais assez courts.  J’ajoute un dernier sur le calcul littéral. De toute façon, si c’est trop long, ils finiront la fois suivante. Cela ne me pose aucun souci, et si entre-deux ils révisent et approfondissent, tant mieux. De mon côté j’aurai déjà évalué le premier jet, et je saurai ce qu’ils ont laissé de côté, ce qui n’a pas été réussi du premier coup. Ils auront le droit de se corriger (sans rien effacer, en utilisant une autre couleur) et de compléter.

Je trouve ce que je cherchais, dans le Maths Monde : un exercice à la consigne courte, qui évalue le sens des opérations, des notations, et qui fait appel à l’esprit critique et mène à exprimer un point de vue à l’écrit. Nickel.

Étape 5 : le moment de vérité

J’imprime, je réponds à tout, en rédigeant. Je mesure le temps. 9 minutes, c’est bien pour une heure d’évaluation. Par contre, je me suis trompée dans un exercice, avec un choix d’exemple tout à fait maladroit, et dans un autre la consigne n’est pas claire du tout. Je corrige. Je vérifie que j’ai bien mes six grandes compétences engagées.

Étape 6 : le référentiel de compétences, en détail

Je reprends mon évaluation et mon référentiel, et je sélectionne les compétences engagées, en les ordonnant pour que la correction soit plus pratique.

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Je garde au final 22 compétences. J’aurais pu en conserver moins, mais j’ai envie d’évaluer tout ce que je peux, et j’ai le temps de corriger en détail cette semaine, en analysant précisément les productions. Et puis nous sommes à la moitié de l’année et je voudrais voir l’évolution de mes élèves sur ces points précis.

Étape 7 : finalisation

J’ai reporté les compétences évaluées sur mon corrigé, à chaque question. J’ai réimprimé, corrigé à la main les imperfections liées à des images trop peu nettes. C’est prêt. J’ai consacré presque trois heures à élaborer cette évaluation, mais je sais précisément où je vais. J’aime bien travailler ainsi : je sais ce que j’évalue, pourquoi, et quel que soit l’élève de ma classe auquel je pense, je sais qu’il aura de quoi se nourrir, de quoi répondre, et de quoi réfléchir.

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