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Le bac ou la Tour Eiffel ?

Pierre Mathiot a remis hier à monsieur Blanquer son analyse et des conseils pour réformer le bac, et donc le lycée. Le ministre présentera sa réforme au conseil des ministres du 14 février. Dans les semaines à venir est prévue une concertation avec les syndicats d’enseignants, après laquelle des arbitrages seront rendus au printemps. Certaines mesures pourraient entrer en vigueur dès la rentrée 2018. Tout cela va vite.

Xavier Darcos avait dit en 2008 : « Le supprimer, ce serait comme démonter la tour Eiffel ». Pour ma part, je trouve la Tour Eiffel moche et le bac inutile, voire contre-productif, et en plus coûteux. Et je n’écris pas cela juste pour provoquer. Mais tant qu’à déboulonner l’un ou l’autre, je préfèrerais que ce soit le bac, parce qu’il fait davantage de dégâts. On va le garder encore semble-t-il, bon, tant pis.

La lettre de mission du Président de la République stipulait « la volonté de réformer et de revaloriser le baccalauréat. L’ambition est à la fois de simplifier son organisation, d’affirmer sa fonction d’accès à l’enseignement supérieur en lien avec la question essentielle de l’orientation et de restaurer sa crédibilité en en faisant une étape déterminante de la réussite future de nos élèves ». Mais l’objectif est aussi ailleurs : de même que la réforme du collège passe beaucoup par la nature et l’organisation du DNB, la modification du bac « va permettre au lycée de faire mouvement« . Et ça, c’est vrai.

Capture d’écran 2018-01-25 à 18.48.28.pngParcours personnalisés, fonctionnement « modulaire », les filières seraient remplacées par des combinaisons de disciplines qui donneraient une teinte à l’enseignement dispensé : entre autres, SES/Economie-gestion, sciences médico-sociales/SVT, informatique/mathématiques, littérature/enseignements artistiques et culturels, voire des combinaisons « maison » pour coller à une logique locale. Les trimestres étant remplacés par des semestres, les jeunes s’engageraient dans un parcours dès le deuxième semestre de seconde, avec la possibilité de changer en cours de route.

Un tronc commun (français, anglais, langue vivante, EPS, mathématiques-informatique, histoire-géographie en première, puis philosophie, anglais, langue vivante, EPS, culture et démarche scientifique, histoire-géographie en terminale) complèterait les enseignements « à la carte » choisis. En passant, je me demande bien ce que ce tronc commun contiendra. Que tous les élèves de première fassent des maths, voilà une bonne nouvelle (ce n’est pas le cas aujourd’hui), mais qu’y enseigner alors ? C’est une question vraiment intéressante. Et qu’il n’y ait plus de maths (ni français) en terminale, je trouve forcément cela dommage. Un enseignement (même léger) de maths qui servent directement au citoyen, voilà qui aurait été chouette, et qui aurait donné l’occasion de faire envisager à tout le monde les maths différemment. L’introduction d’un cours de culture et de démarche scientifique en terminale est destinée à lutter contre la popularité des théories du complot chez les élèves. Ce qui est rigolo, c’est que le rapport déplore que le bac actuel soit « peu lisible« . Je ne suis pas sûre que l’organisation proposée le soit davantage, mais c’est un peu tôt pour le dire.

Les élèves auraient moins d’heures de cours (autour de trois heures de moins, en moyenne, semble-t-il), ce qui bien sûr diminuerait le nombre de postes d’enseignants. Un bac moins coûteux, moins de profs : des économies en perspective. Sur le Café Péda (là, et aussi ici), l’analyse qu’on peut lire évoque aussi une annualisation du temps de travail des enseignants, qui les conduirait à travailler beaucoup plus pour le même salaire, et à la disparition des heures sup, en conséquence. Cela peut donc impacter fortement le pouvoir d’achat des enseignants qui, rappelons-le, s’en prennent en ce moment plein le pif du point de vue fiscal.  Je n’ai pas pour habitude, par décence, de me plaindre de notre salaire, mais tout de même à un moment donné ça suffit. François Jarraud pose aussi les questions fondamentales du groupe classe et de la construction des connaissances : « P Mathiot ne s’interroge jamais sur l’efficacité de son lycée pour tous les élèves, notamment les plus fragiles largués sans groupe classe fixe dans un maelstrom disciplinaire entre des lycées mis en concurrence. »

Nous conserverions la distinction général/technologique, avec des passerelles plus nombreuses, et le même système de choix pour les enseignements technologiques. Je n’ai rien lu sur le lycée pro. Autant pour l’égalité et l’équité.

Au bac, deux épreuves auraient lieu en fin de première et quatre en terminale, dont deux au printemps et deux en juin : le « grand oral » (sur un ou deux thèmes interdisciplinaires étudiés pendant l’année) et la philo. Les TPE disparaîtraient, et ce grand oral ne semble lié à aucun temps dédié au lycée pour le préparer, ce qui, si c’est confirmé, est évidemment hautement inégalitaire. L’article du Monde avance que les élèves passent entre dix et quinze épreuves aujourd’hui, en fonction de leurs options. Le contrôle continu comptera-t-il ? La question ne semble pas tranchée.

Enfin, fini le rattrapage : il serait remplacé par un examen du livret scolaire de l’élève. À mon sens cela ôte de son sens aux épreuves ponctuelles, mais je trouve ça une bonne idée, qui rapproche de la suppression desdites épreuves… Car alors en fait l’obtention du bac serait prévisible pour beaucoup d’élèves, qui risqueraient juste de le décrocher seulement lors de cette deuxième vague. Les épreuves permettraient peut-être à des élèves au dossier scolaire insuffisant de l’avoir quand même… Pourquoi pas  : l’important est que les jeunes puissent continuer leur chemin. Je veux bien d’un bac qui rende compte d’un niveau atteint, avec des déclinaisons pour décrire plus finement ce niveau. Mais je ne veux pas d’un bac qui bloque, qui trie en creusant les inégalités, qui décide que le jeune n’a pas le droit d’accéder à d’autres enseignements qui peut-être l’auraient bien plus épanoui et intéressé, et où il aurait réussi. Et dès la lettre de mission de monsieur Macron (« affirmer sa fonction d’accès à l’enseignement supérieur« ), c’était mal parti pour que je me réjouisse. Pourtant, je suis bien persuadée de la nécessité de réformes, et pas que sur le bac.

On peut lire en conclusion du rapport : « Le changement ne se décrète pas, il se réalisera progressivement et uniquement si les acteurs du système éducatif en acceptent les termes et le trouvent globalement légitime. » Il serait intéressant d’en discuter avec les enseignants de collège, au travers de leur vécu de la réforme du collège.

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2 réflexions au sujet de « Le bac ou la Tour Eiffel ? »

  1. Tout cela va bien trop vite, je comprends le besoin de changement, mais je ne comprends pas pourquoi il devrait se faire si vite. Après ça fait des textes écrits à la va vite comme le B.O. du jour sur les LCA…

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