Actualité·Chez les chercheurs·Question de grand

Si c’est neuro, c’est bô ?

Un très intéressant article des Cahiers pédagogiques questionne le rapport des pédagogues à la neuropédagogie. Justement, j’ai eu un échange intéressant avec un collègue récemment à ce sujet : je relativisais l’impact de la neuropédagogie  et cela l’a agacé, car il a pensé sans doute que je remettais en cause les neurosciences.

Mon propos n’était pas de minimiser les apports, en terme de connaissances, des neurosciences. Je m’appuie sur certains de ces apports dans plusieurs des formations que j’anime, par ailleurs. Je remarque simplement que les neurosciences existent efficacement depuis fort longtemps (Les neurones de la lecture ont dix ans, la bosse des maths vingt ans), nous ont permis de comprendre en effet tout un tas de choses, mais il a fallu tout ce temps pour qu’elles parviennent dans les médias et ainsi se répandent absolument partout comme une recette miracle, devenue neuropédagogie.

Les neurosciences n’apportent pas de recettes miracles dans le domaine de la pédagogie ; elles portent des explications à certains phénomènes. C’est donc une richesse, mais cela ne suffit pas. Et aujourd’hui l’interprétation que font certains journaux des neurosciences sont ras des pâquerettes. Méfiance donc, soignons les sources de nos informations. Je ne critique pas les neurosciences, je critique leur traitement médiatique actuel et l’espèce de buzz qui lui est associé.

Michel Develay, didacticien des sciences, explique dans cet article son point de vue. Il aborde la notion de preuve, de façon fort intéressante.

« Récemment, dans le domaine de l’éducation est apparue une approche nouvelle provoquant un engouement : la neuropédagogie. Elle serait, selon ses disciples, une discipline pleinement scientifique, à laquelle il conviendrait de se rallier, dès lors qu’elle rechercherait du côté du fonctionnement cérébral la cause du fonctionnement intellectuel. Accoler le préfixe neuro à un domaine de recherche est devenu quasi un label qui attesterait de la scientificité d’un programme.(…)

Soit une épreuve comme « Fatima a 30 légos et cinq de plus qu’Antoine. Combien en a Antoine ? » De nombreux enfants répondent 35.

Le neuropédagogue parlera de défaut d’inhibition et cherchera à préciser quelle aire cérébrale est en jeu. Le didacticien parlera de contrat didactique. Le linguiste montrera qu’écrire 5 ou cinq n’a pas les mêmes conséquences. Le psychologue social évoquera le duo Fatima et Antoine en pointant que ce sont deux prénoms qui renvoient à des sphères sociologiques contrastées, il dira même peut-être que compter des legos n’est pas indifférent car certains enfants n’en connaissent pas l’existence…(…)

Avec Michel Fayol, nous pensons que « les neurosciences ne constituent pas actuellement une ressource pour la pédagogie, sauf dans un cas très précis, celui des pathologies » (dossier de Sciences humaines, n°241, octobre 2012).« 

Je ne suis pas d’accord avec cette conclusion :  je pense que les neurosciences participent à faire avancer la pédagogie. Mais il faut raison, prudence, bon sens et esprit critique garder quant à ce qui en est fait dans le domaine de la pédagogie.

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