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Pourquoi la provocation du MEDEF est infantile

Vous avez sans doute vu passer ça :

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Evidemment, toute la communauté éducative, et pas seulement, a réagi vigoureusement.

Après la colère, l’indignation, le sentiment d’injustice, réfléchissons. Que dit ce tweet ?

  • Provocation

Aspect provocant de ce tweet est évident. Mais qu’est-ce que la provocation ? Chez l’adolescent, la provocation est une étape assez classique : parce que l’adolescent lutte ou a quitté l’enfance mais n’est pas encore ancré dans l’âge adulte, il manque de repères. La peur du vide le plonge dans une solitude telle qu’il va chercher à combler par la provocation. Ainsi, l’enfant mesure son pouvoir sur l’adulte.

Peut-être le MEDEF traverse-t-il sa crise d’adolescence ? Il faudrait alors lui expliquer que la « crise d’adolescence » n’est pas un passage obligé. Contrairement au MEDEF, la majorité des ados vont bien et s’en dispensent. Sur qui le MEDEF essaie-t-il de mesurer son pouvoir ? Je l’ignore.

  • Lâcheté

Dans la vidéo de peudo-excuses, le patron du MEDEF parle de courage. Pourtant, le Medef a tweeté ce slogan sur son compte avec le hashtag #MaBlagueNulle. Se cacher derrière un soi-disant « humour nul » me semble très enfantin, du type : naaaaan mais c’est pour rire, le prends pas comme ça, c’est de l’humour, rholala t’a pas le sens de l’humour ou quoi ? Un minimum aurait été d’assumer vraiment et de ne pas qualifier ce tweet de blague. Et puis cet air faussement cool ne donne pas non plus une impression de sens des responsabilités.

Le fait de présenter des excuses est également dépourvu de courage. Ce message a forcément été réfléchi. Son but premier était sans doute de provoquer ; alors pourquoi s’excuser ?

  • Manipulation

Revenons sur l’idée de « provoquer le débat ». C’est souvent une bonne idée, de débattre. Mais encore faut-il que ce débat soit organisé. Nous, enseignants, le savons : organiser un bon débat impose d’y réfléchir avec soin : il faut définir rigoureusement son objet (avec objectivité, et non en agitant des représentations irrationnelles ou en se limitant à un pavé dans la mare des polémiques). Il faut réfléchir par avance aux arguments des uns et des autres, et poser une question. On ne pose pas un débat en assénant une affirmation unilatérale. Il faut encore réfléchir à la façon dont le débat va se dérouler : gérer les prises de parole, organiser le temps, savoir limiter cette parole lorsqu’elle part en roue libre ou déborde sur d’autres sujets, ou lorsque sa forme n’est pas respectueuse des participants. Enfin, il faut réfléchir à l’institutionnalisation : que ce débat nous a-t-il apporté ?

Dans le cas qui nous occupe, aucun des éléments d’un débat constructif n’apparaît. C’est bien juste une provocation, pas une volonté d’échanger pour construire. Cela s’apparente davantage à de la manipulation, d’autant que comme on l’a entendu dans des médias, « le mal est fait » ; cela m’a fait penser aux questions des avocats à un témoin, dans les séries télévisées, dont ils savent qu’elles vont être objectées (j’ignore si dans la « vraie vie » il en est de même). Le but, c’est de distiller dans l’esprit des jurés des doutes infondés, des représentations subjectives, souvent basées sur des sentiments mesquins et négatifs, pour servir ses intérêts.

  • Diviser pour … pour quoi, en fait ?

A quoi sert cette tentative de manipulation ? A diviser. Opposer des groupes de personnes, de citoyens, se rejeter les uns les autres par le biais de raccourcis effrayants. Pourquoi ? J’avoue ne pas comprendre. Pour détourner l’attention d’autres questionnements ? Pour se rapprocher d’une partie de la population, et créer une opposition d’un côté qui fédère un autre groupe (on désigne un bouc émissaire pour se sentir en collectif contre lui, c’est souvent observé en cour de récré) ? Pour faire parler, simplement ?

De même que je suis pour le collège unique, je rêve de la France unique. Celle où nous assumons de vivre les uns avec les autres, sans catégoriser et étiqueter. Tous différents, tous ensemble, tous en France. C’est pas gagné.

  • L’éducation, c’est quoi ?

Ce n’est pas ainsi que l’on éduque. Le message du MEDEF n’est pas constructif. C’est un contre-exemple au slogan « éduquer mieux, former toujours ».

 

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5 réflexions au sujet de « Pourquoi la provocation du MEDEF est infantile »

  1. Inutilement provocateur, oui… Cela étant, « Si l’école allait mieux (pare qu’on lui donnerait les moyens, qu’on en ferait une priorité, et qu’elle pourrait donc faire mieux son travail, la société irait mieux », ça serait vrai, non ?

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  2. Oui, mais c’est encore plus compliqué, en fait : tant de facteurs entrent en compte ! Par exemple, se donner un vrai « vivre ensemble » réussi est sans doute une priorité encore plus importante, aux sens où c’est un préalable pour construire une école qui aille mieux. Car en effet, elle ne va pas assez bien.

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  3. … C’est l’histoire de la poule et de l’oeuf : l’école ne peut pas tout faire dans l’enseignement du vivre ensemble mais elle en est le rouage essentiel – à condition qu’on lui donne les moyens de faire…

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  4. Hum, il ne pourrait pas y avoir un genre de sanction pour ce genre de  »  » « blague »  »  » qui ne sont pas faites par des humoristes reconnus. Diviser par des phrases coutes, c’est usant, j’ai l’impression qu’on entend ce genre de phrases toutes les semaines.

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