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Antibi dans ma classe

Une collègue m’a interrogée sur mon rapport à la méthode Antibi, après que j’ai émis des réserves. Je lui ai répondu et voici ma réponse. j’aimerais bien des avis de ceux d’entre vous qui ont testé la méthode en classe sur une durée significative.

Lorsque j’ai découvert la méthode Antibi, j’ai été séduite. J’ai lu pas mal, écouté et assisté à des conférences, et je me suis lancée. À l’époque j’enseignais dans un ECLAIR, et j’avais beaucoup d’élèves en grande difficulté, souvent passifs en début d’année devant les évaluations. Je me disais que peut-être cela les motiverait.
En fait, j’ai pu remarquer plusieurs choses :

  • L’évaluation par contrat de confiance fonctionne difficilement, en tout cas pas naturellement pour moi, sur des tâches complexes et des problèmes ouverts ;
  • Le fait de savoir qu’ils allaient être interrogés sur des tâches réalisées en classe ne les amenait pas (du tout) à apprendre lesdites tâches par cœur. Tant mieux, ce n’était pas le but. Mais ils n’étaient pas plus intéressés par les séances de classe (flûte) ;
  • Une partie des élèves en difficultés ne voyait pas du tout le rapport avec ce qui avait été travaillé en classe (zut) ;
  • Une autre partie (et non des moindres) de mes élèves avait trouvé le principe chouette au départ, car sécurisant, explicite, prévisible, mais assez rapidement ils n’ont plus apprécié, et me l’ont dit : ils trouvaient que c’était moins motivant pour eux. En effet, je fonctionne beaucoup à la motivation par le challenge, par le dépassement de soi, quel que soit le niveau de départ. Or là on ne se dépasse pas dans une partie de l’évaluation, et beaucoup d’élèves, y compris en difficulté, ont eu l’impression de s’ennuyer, et, pire, de ne pas progresser comme ils l’auraient pu.

Cependant, il faut aussi relativiser. D’abord, ce n’est parce que ces élèves avaient une telle impression qu’elle était vraie. Ensuite, moi-même, j’ai une espèce de frénésie de ce qui pétille, qui sautille, qui surprend. Et j’enseigne ainsi. Je crois que la méthode Antibi n’est juste pas faite pour mon enseignement : au fond, avant même de la mettre en œuvre je ressentais le principe comme répétitif, avec une connotation négative. En tant qu’élève, je n’aurais pas aimé, je crois. Cela n’en fait pas une mauvaise méthode, c’est évident, et je suis bien persuadée de son efficacité lorsqu’elle est mise en place par des collègues qui savent le faire bien. Ce n’est pas mon cas.

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Cela dit, j’en ai conservé des pratiques pédagogiques, qui sont des conséquences directes de mes essais :

  • J’ai pris conscience de la « constante macabre ». Je trouve cette prise de conscience fondamentale pour tout enseignant ;
  • Je propose des évaluations par contrat de confiance à certains élèves sur une partie de l’année. Ils n’ont pas le même sujet que les autres, tout le monde le sait, mais tout le monde sait aussi que c’est pour les faire progresser. Je ne vois pas l’intérêt de proposer à un élève une évaluation qu’il n’a pas la possibilité de réaliser. Et ça justement c’est résolu par Antibi. Comme je ne mets pas de notes, il n’y a pas de frein exécutif : un élève qui réussira un exercice qui reprend ce que nous avons fait en classe n’aura pas vert-vert, par exemple, mais juste vert, ce qui correspond au niveau attendu pour valider les LSU. L’élève et ses parents savent que c’est une rampe de lancement : après une période donnée je passe à une évaluation « mixte », pour finir par lui proposer du « comme tout le monde », à un niveau donné (puisque de toute façon je ne propose pas le même niveau d’évaluation à l’ensemble des élèves). Ça, ça fonctionne vraiment bien ;
  • Parfois (une à deux fois dans l’année) je propose une évaluation Antibi. Souvent, c’est aux moments creux, comme avant Noël, où les gamins sont épuisés. Ou alors lorsqu’ils sont assommés d’évaluations parce que le conseil arrive. Comme mes dates sont prévues depuis longtemps (une évaluation par mois), je ne peux pas forcément déplacer. Ou bien encore je leur propose cela si nous avons travaillé sur un thème ardu pour eux. Par exemple cette année j’ai procédé ainsi en 5ème pour l’initiation à la démonstration. Et plus tard les élèves ont été évalués sur leur capacité à transposer les méthodes dans des situations plus inédites ;
  • Sans doute aussi est-ce Antibi qui m’a permis tôt dans ma carrière de systématiser les bilans pré-évaluations, à un moment où il était moins question d’enseignement explicite : les élèves savent sur quels savoirs et quelles compétences ils vont être testés, nous co-construisons la plupart du temps ces bilans et les élèves s’auto-évaluent.

Autrement dit, comme souvent, j’ai pris ce qui me correspond et ce que je sais mettre en oeuvre. Ce qui est certain, c’est que découvrir la méthode Antibi m’a fait évoluer de façon vraiment importante, et que des nombreuses années plus tard j’ai intégré ces évolutions de façon définitives à mon enseignement et à ma philosophie de l’enseignement. D’ailleurs à l’ESPE je fais découvrir du mieux que je peux les apports d’Antibi, et je pense que cela devrait être largement diffusé. Libre ensuite à chacun de se faire son opinion, de s’approprier ou pas tel ou tel aspect, mais au moins c’est une base riche pour réfléchir et tout le monde a quelque chose à en apprendre.

Enfin, mes essais et mes lectures m’ont permis de découvrir à l’époque comme les oppositions entre enseignants, pédagogues, didacticiens, pouvaient être violentes et même révoltantes. Et ça, ça m’a permis de me protéger plus tard, en tant que formatrice pour la réforme du collège, par exemple. C’est toujours mieux de savoir à quoi on peut s’attendre et jusqu’où les gens peuvent aller. On fait mieux face et on reste en équilibre, tranquillement.

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3 réflexions au sujet de « Antibi dans ma classe »

  1. Bonjour,
    Je suis prof de maths (je t’avais déjà écrit) aussi et j’ai découvert la méthode Antibi il y a plus de 2 ans.
    Je l’ai mise en place c’est deux dernières années pour la majorité (voire tous) des devoirs d’une heure sur table sauf un par trimestre où ils travaillent sur une tâche complexe ou un problème ouvert (ou les deux).

    Je trouve qu’en effet, le plus important est de prendre conscience de cette constante macabre !
    Je ne sais pas si je l’applique exactement au pied de la lettre.

    Je donne aux élèves un sujet de contrôle avec par exemple 10 questions à l’exercice 1, 5 à l’exercice 2 etc.
    Parmi ces questions il se peut que certaines n’ont pas été faites en cours.
    Le sujet est donné au moins une semaine à l’avance, et ils peuvent poser des question en début d’heure.

    Le jour du contrôle, je donne le même sujet en ayant juste supprimé beaucoup de questions.

    Un exercice supplémentaire « nouveau » est aussi donné, mais pas trop loin de ce qui a été fait en classe.
    Je donne même parfois le nom de la notion qui sera travaillé dans cet exercice.

    Je trouve que ça aide beaucoup certains élèves et d’autres pas du tout.

    Il y a les (très) bons, ça ne change pas grand chose pour eux.
    Certains d’entre eux n’aiment pas parfois. Il y en a même qui avouent ne pas lire le sujet de préparation.

    Il y a ceux qui sont « moyens » ou bons et stressés, c’est à eux que ça apporte le plus.
    Ceux qui ne savent souvent pas quoi, ni comment réviser.

    J’ai même donné des sujets de préparation plus petits pour les élèves très en difficulté (6 questions à l’exercice 1, 3 à l’exercice 2 etc.).
    Les autres camarades le savent. Je leur fait confiance pour ne pas le communiquer. Les parents aussi sont avertis qu’ils ont moins d’exercices à préparer et que le sujet ne doit pas circuler.

    Après, il y a les élèves qui ont des mauvaises notes mais pas forcément de grandes difficultés si ce n’est se mettre au travail.
    Et visiblement, la méthode Antibi n’est pas un levier de motivation pour eux.

    En tous cas, je pense continuer comme ça cette année. Mais je réfléchis tout de même à certains points.
    Donner le sujet de préparation à tous ? Faire plus de devoirs sans utiliser Antibi ? Ou à une moins grosse partie du contrôle ? Y a-t-il des notions que j’ai évaluer avec Antibi qui ne devraient pas l’être ? etc.

    Bref…

    En tous cas, je pense qu’il est difficile d’apprendre 6 exercices semblables (comme calculer une longueur d’un côté dans un triangle rectangle) sans en comprendre et apprendre la méthode.

    Bon, j’ai d’autres articles à lire sur ton blog, ça fait longtemps que je n’avais pas pris le temps de te lire !

    Merci

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    1. Bonjour Wilfried,
      Merci pour ta réponse, constructive et intéressante, qui va permettre à la collègue à l’origine de cette réflexion de voir les choses sous un autre angle.
      Et merci de me lire !

      J'aime

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