Chez les chercheurs·Education·Si si c'est drôle

Moucher Toto avec classe

En préparant mes contenus de séances pour les stagiaires de maths dans l’année à venir, je me suis penchée sur le thème de la discipline. C’est compliqué, parce que ni le climat scolaire, ni la discipline, ni l’autorité ne font l’objet de définitions vraiment consensuelles. C’est normal d’ailleurs, car ce sont des notions multifactorielles (ah, toc, un mot à la mode !) et complexes. En tout cas, je suis tombée sur un texte de 1882. Jean Gaillard écrivait, pour l’article « Discipline scolaire » du Dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire, dirigé par Ferdinand Buisson :

« L’élève le plus emporté et qui paraît le plus intraitable est toujours démonté et vaincu par le calme du maître. Éclairons ce point par un exemple. Un désordre grave s’est produit dans la classe, une punition a été jugée nécessaire, le maître l’a infligée. Ce qui peut arriver de plus grave alors, c’est une sorte de révolte de la part de l’élève qui est l’objet de cette répression ; cette révolte se traduit par un geste malséant, par un mot peu convenable, mettons les choses au pire, par une parole injurieuse. L’enfant agit évidemment sous l’empire d’un sentiment violent, son imagination s’exalte, d’autant plus qu’il sent auprès de lui des témoins de la lutte qui s’engage et que, parmi eux, il s’en trouve un certain nombre peut-être prêts à l’admirer.

Si le maître engage la lutte avec l’enfant, le voilà dans la nécessité très grave ou de céder, ce qui compromet son autorité, ou d’employer la force, ce qui compromet sa dignité. L’instituteur, maître de lui-même, songe d’abord qu’il est homme et qu’un homme ne saurait être insulté par un enfant. Il se contente donc de sourire au spectacle de cet être faible qui commet l’erreur de se croire un moment le plus fort ; il apaise d’un simple geste l’émotion qui s’était manifestée dans la classe. Il évite de parler au coupable et, s’il a une observation courte à faire, c’est aux autres qu’il l’adresse, c’est sous le ridicule et presque d’un seul mot qu’il abat cette grande colère. Le petit rebelle était préparé pour le combat, son épée a frappé dans l’eau, il est désarmé il est vaincu et tout honteux de son escapade. Dans une heure, le maître peut l’appeler et lui tenir le langage de la raison. Il pourra l’écouter, il demandera pardon, il acceptera la punition. Le maître qui, par sa tenue, par ses gestes, par ses éclats de voix désordonnés, par ses colères constantes, vraies ou feintes, par des menaces exagérées qu’il lui est impossible de mettre à exécution, apparaît ridicule se retrouve complètement perdu aux yeux de ses élèves. Il ne les dominera jamais, il ne les disciplinera pas. Arrivât-il à les battre, il ne les empêchera pas de se moquer de lui. »

 

Je vais lire ce texte à mes stagiaires, car en même temps il contient tout et il contient aussi de grosses bêtises. Mais c’est intéressant, en tout cas, et puis un peu rigolo. En le lisant, j’imaginais :

Comment cela, Toto, tu n’as pas fait tes devoirs ? Hé bien tu feras les exercices 23 et 45 page 314 pour demain, que tu me présenteras en plus de la correction complète des exercices qui étaient à faire aujoud’hui.

Pardon ? Qu’ouïe-je ? Toto ne viendrait-il pas de me qualifier de $£%*$€§# ? Alors là mes enfants, laissez-moi vous dire que je trouve cela tout à fait malséant, même si je comprends que c’est la révolte qui est à l’origine de cette injure. D’ailleurs son injure ne me touche paaaaaaas du tout. J’en fais fi, même. Si nous avions un conseil à donner à Toto, ce serait de se calmer, de dominer le sentiment violent qui l’anime, de faire taire son imagination exaltée. Et vous autres regardez vos exercices au lieu de toiser votre camarade qui n’est pas un héros, mais juste une andouille un enfant en colère.

J’imagine une classe entière d’enfants médusés. Bon, ça ne marcherait pas deux fois, mais rien que pour voir leur tête…

Cela dit, le conseil de détachement est pertinent. Ce qui ne l’est pas du tout, c’est la façon de considérer l’enfant. Autres temps, autres moeurs… Qu’en sera-t-il en 2150 ?

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