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Excellence et bonheur, d’accord. Le reste, faut voir.

Sur France Culture, dans l’émission d’hier de Rue des écoles, Louise Tourret et Marie-Caroline Missir recevaient  Jean-Michel Blanquer, notre nouveau ministre de l’Education Nationale.

En préambule dans l’émission, monsieur Blanquer a commencé par annoncer qu’il n’était pas dans une philosophie de détricotage et qu’il attendait qu’on arrête d’écouter les bruits, et qu’on l’écoute lui. Selon lui, ses propos sont déformés par les différents médias. Il veut rétablir de la confiance, entre tous les interlocuteurs de l’Éducation Nationale, les élèves et les parents. Il rejette l’image du « technocrate froid » et met en avant les mots « excellence et bonheur« . Il affirme rechercher le consensus, la sérénité à l’échelle collective.

  • Sur l’école primaire :

C’est la priorité annoncée de Jean-Michel Blanquer. Selon lui, c’est là que le principal se joue, avec une attention particulière de la classe de CP. Il fait référence à des études, mais il ne les cite pas, ce qui est dommage je trouve.

Notre ministre tient aussi beaucoup à l’école maternelle, qui doit être l’école du langage. Quelles innovations ? « Il y en aura certainement beaucoup« , répond-il, « mais je pense que ce sont principalement des innovations du terrain« , pensées et inventées par les enseignants.

  • Sur les rythmes scolaires :
Les rythmes ont déjà changé de multiples fois. L’offre scolaire risque d’être inégale sur le territoire, avec la possibilité de décider de façon locale. Cela dit, cette offre est d’ores et déjà inégale et hétérogène. La véritable question est : qu’est-ce qui profite le plus aux élèves, qu’est-ce qui les fait le mieux réussir ? Jean-Michel Blanquer en parle explicitement, en évoquant des études quant au « temps de l’enfant« , en particulier concernant les tout-petits. Mais il dit aussi que ces études ne montrent pas grand-chose, que la chronobiologie n’est pas une science exacte, et que tout dépend des réalités du terrain.
  • Sur la réforme du collège :
Le Café pédagogique pense que monsieur Blanquer est du côté de l’ « anti-pédagogisme ». En effet, dans Le Point, le ministre a déclaré : « Le pédagogisme doit désormais relever du monde d’hier« . Mon problème, c’est que je ne sais pas ce qu’est le « pédagogisme » (mon correcteur orthographique non plus d’ailleurs). Alors j’ai cherché. D’abord j’ai tapé « pédagogisme » dans le Larousse, et ça a fait planter l’application. Après un deuxième essai, le mot ne figure pas dans le dico.
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J’ai lu dans Le Figaro qu’il y a d’un côté les «pédagogistes», enclins à voir dans l’enfant un petit roi qui construit son savoir, et de l’autre, les «traditionalistes», persuadés que l’école d’hier faisait mieux que celle d’aujourd’hui. Les deux dénominations ne me semblent pas vraiment liées, en réalité. La première est grotesque, car faire construire son savoir ne fait pas de l’enfant un enfant roi, mais un enfant qui comprend. De l’autre côté, que l’école faisait mieux autrefois ne signifie pas grand-chose, car on ne définit pas ce que signifie « faire mieux ». Philippe Wattrelot synthétise ainsi sa pensée : « Dans sa dernière chronique dans le magazine Le Point, il {le ministre} prône une troisième voie entre le « pédagogisme » et le « traditionalisme ». J’ai pour ma part été agacé par l’utilisation de ce mot péjoratif de « pédagogisme » et la caricature qu’il y fait en parlant d’une pédagogie qui voit « dans l’enfant un petit roi qui construit son savoir». On peut déplorer ce schématisme. « . Mais Philippe écrit aussi  « Pour ma part, je l’ai croisé deux ou trois fois dans des studios de radios pour des débats. J’ai trouvé face à moi quelqu’un d’assez combatif, quelquefois excessif. Mais je sais aussi qu’il est capable sur certains points d’avoir une écoute attentive et constructive. » En tout cas, dans Rue des Ecoles, Jean-Michel Blanquer n’a pas été aussi virulent que dans son interview du Point, dans laquelle ses propos étaient clairs et non déformés par les médias.
Les personnels de direction ne ressentent pas tous la décision d’enterrer les EPI de façon positive (et les enseignants non plus, d’ailleurs, même si sans doute une majorité se réjouit) : cette année a été complexe, des efforts importants ont été déployés par nombre d’acteurs de l’éducation, et finalement, tout passe à la poubelle sans autre forme de réflexion. C’est vrai que cela paraît précipité et simpliste. Pour ma part, je ne formerai pas à ce à quoi je ne crois pas, en tout cas.
Dans Rue des écoles, monsieur Blanquer trouve que la réforme du collège n’était pas cohérente, car elle donnait et enlevait dans le même temps des moyens pour l’autonomie des établissements, qui est un principe qu’il trouve très important. Cette autonomie est fondée sur « l’idée de liberté chère à la France« , qui elle-même n’est pas en opposition avec l’idée d’égalité. Là encore le mot-clef pour monsieur Blanquer est la confiance, « avec une institution qui vient aider« . Il veut donc changer des choses, mais n’envisage pas cela comme des « retours en arrière« , mais comme de « nouvelles phases« .
Comment rétablir les classes bilangues et les langues anciennes sans moyens supplémentaires ? À cette question de Louise Tourret, monsieur Blanquer répond que les moyens, on les a déjà, et qu’il n’est pas besoin d’en ajouter. Mais ensuite il répond à autre chose : si on veut, on garde les EPI. Mais il n’y a aucun lien entre les EPI et les dotations horaires, puisque les EPI se font sur le temps scolaire, intégrés aux disciplines. Il n’y a aucune heure en plus pour les EPI.
  • Sur les programmes scolaires :

Le ministre a annoncé des « évolutions » des programmes, en particulier en français et en histoire. Au collège, « il ne faut pas supprimer les programmes actuels mais les faire évoluer grâce à des repères annuels et aux initiatives que nous prendrons en matière de formation des professeurs et de développement des outils pédagogiques« . news502.gifÇa ressemble à la mort des cycles. Je suis vraiment profondément perplexe devant l’absence totale de réflexion (ces décisions sont prises trop vite pour être vraiment réfléchies) et de concertation. Et, mais je l’ai déjà dit, devant le déploiement d’énergies et d’argent investis dans les formations l’année dernière et cette année. C’est absurde et indécent.

Sur les programmes de français et d’histoire, monsieur Blanquer dit : « L’apprentissage du français repose sur le vocabulaire et la grammaire. La progression de l’élève doit se faire selon un programme, clair, explicite et structuré« .  En histoire, le ministre veut que l’on avance « de façon structurée et explicite : aller du simple au complexe. Il est normal de déployer une chronologie narrative« , reprenant au passage l’accusation de l’absence de chronologie dans les programmes d’histoire. J’en connais que ça va contrarier… D’autant que les programmes d’histoire sont toujours chronologiques.

  • Sur l’innovation :

Jean-Michel Blanquer affirme ne pas y être opposé, au contraire. Il se dit ouvert à toutes les expérimentations, à condition d’être évaluées, ce qui est effectivement normal. La question se pose alors de la façon d’évaluer, des outils d’évaluation. Il se peut, en tout cas, « progressiste« , prêt à aller chercher partout les bonnes idées.

  • Sur le redoublement :
Monsieur Banquer semble revenir sur la suppression des redoublements.  Pourtant, la recherche a établi des résultats en défaveur du redoublement, et cela de façon internationale. Nathalie Mons explique : « La recherche montre que le redoublement pour les élèves en difficulté scolaire n’a pas d’effet positif. Il faut réfléchir de façon posée. On ne peut pas systématiquement à chaque quinquennat entamer des politiques différentes« . En fait si, manifestement, on peut. Mais on ne devrait pas. Mais Rue des Ecoles n’a pas abordé cette question.
  • Sur les devoirs faits à l’école :
Madame Missir explique que le dispositif existait sous le gouvernement Sarkozy, mais que Najat Vallaud-Blekacem l’a supprimé, faute de moyens pour payer les enseignants pour l’animer. Mais rien de plus dans l’émission de France Culture, qui a manqué de temps pour aborder tous les sujets.
  • Sur le baccalauréat :
Jean-Michel Blanquer veut le remuscler et le rendre plus utile. Il parle de « perspectives d’évolution« , mais affirme ne pas vouloir le supprimer.
Dans sa dernière partie, Louise Tourret interroge Paul Vannier, enseignant d’histoire-géographie en lycée, responsable du programme éducation de la France insoumise, candidat au élections législatives de 2017.
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